15 octobre 2009

ELLE - Gicerilla entre en résistance

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Le titre m'avait fait m'exclamer d'indignation !

Encore un article paru dans "ELLE" qui, je le sentais, allait faire naître sous mes doigts un billet de révolte. J'avais arraché la page, animée par une hargne pleine d'anticipation, me promettant de le lire lorsque j'en aurai le temps. Et puis le temps a passé...

Je l'avais remisé dans mon carnet à spirales où je l'avais oublié jusqu'à ce dimanche. Un article plié ne tombe pas par hasard, c'est bien connu, il voulait se faire remarquer, évidemment. Il fallait donc que je le lise. Et comme une mise-en-scène orchestrée par un hasard soucieux de me faire réfléchir sur le sujet, ne voilà pas que la télévision, allumée par inadvertance, venait en renfort de mes réflexions.

Je finis de lire l'article "Faut-il simplifier l'orthographe ?" Ce titre m'avait pour un peu fait hurler seule comme seules hurlent les folles ayant perdu l'esprit, chair à Charcot en devenir. C'est que de pareilles propositions pourraient facilement me rendre folle. Un "non" tonitruant,  un "non" réactionnaire et indigné, un "non " désespéré avait jailli de ma gorge. Ma colère enflait au fil des paragraphes. Simplifier l'orthographe pour satisfaire le manque d'ambition de crétins paresseux et niveler par le bas une société qui régresse déjà. Perdre, par une réforme farcie d'arbitraires, la trace de notre culture, la trace de notre histoire dans l'écriture. Jamais. 

Je relis les arguments bon marché que me sert François de Closets et je ne peux m'empêcher de penser quoiqu'il en dise, qu'il y a dans cette proposition comme une solution de facilité pour pallier le manque d'éducation tant à la maison qu'au lycée. "Notre orthographe n'est ni cohérente, ni logique" dit-il. Bien sûr qu'elle est tout cela mais, pour le comprendre, il faut avoir des lettres, il faut avoir des langues. Il faut connaître le latin et le grec. Il se peut qu'il faille aussi connaître un peu de hittite, un brin de tokharien et un soupçon de celtique. Alors, et alors seulement, le grand dessin de notre langue et de sa construction nous arrive et la lumière jaillit. N'y a-t-il pas même parfois une forme de jouissance pour le curieux qui se donne la peine de comprendre d'où vient tel mot et qui découvre dans sa construction comme une évidence historico-linguistique ? Et les conventions adoptées dans l'écriture ne sont-elles pas comme autant d'indices de nos origines semés par les linguistes pour ne pas se perdre tout à fait ?

Il me semblait que De Closets était loin d'être un crétin ignare. Comment, dès lors, peut-il demander une réforme fondée sur une décision arbitraire à vocation simplificatrice ? Simplification pour moins d'efforts. On y revient encore. La politique du moindre effort pour séduire les masses dénuées d'ambition et fainéantes. Et je m'interroge. "Qu'est-ce qui aujourd'hui me diffère des jeunes à la parole bancale, à la graphie tordue et non plus ortho, au phrasé syncopé de celui qui n'a pas de plaisir à parler ?" Le plaisir. Oui, il se peut, le plaisir. Car il y a du plaisir à acquérir du vocabulaire pour parler droit et bien exprimer sa pensée. Serait-ce alors qu'ils ne pensent pas ? Pourquoi aimé-je tant les mots et affectionné-je comme un défi leur complexité orthographique ? Une orthographe droite est une victoire et une gloire qui devrait être convoitées.

Et alors que je réfléchis dans ce sens, voilà le 13h15 de dimanche et Alexandre Jardin qui m'interpellent en des mots qui font mouche. Alexandre s'échauffe, une forme de bégaiement l'embarrasse alors que les mots de précipitent vers ses lèvres comme les parisiens vers la rame. Il parle des jeunes des banlieues qu'il fréquente :

"La pauvreté lexicale aboutit à la brutalité. Lorsqu'un adolescent n'a pas les mots pour s'exprimer il se tourne vers la violence. On peut imaginer tous les programmes de réinsertion, avec tous les budgets du monde, s'ils n'ont pas les mots ils cogneront (...) donner leur les mots (...) et ils vont médiatiser leur violence, ils vont médiatiser leurs espoirs (...) la violence qui est faite à la langue est une violence sociale, ça condamne à rester dans un ghetto ..."

Très peu de mots, quelques phrases qui conquièrent instantanément ma conviction, sans esbroufe. Voilà pourquoi il faut lutter contre l'ignorance et l'éducation bas-de-gamme. Voilà pourquoi les parents ont cette responsabilité morale de transmettre à leurs enfants l'envie d'apprendre pour devenir des hommes libres. La liberté est à la portée de celui qui sait, l'inverse est-il vrai ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?

 Dessin gracieusement prêté par CENO.