31 mai 2009
ELLE - Chasse à la Baleine
Ne vous disais-je pas encore récemment comment ma vie s'enluminait de choses simples ?
Ma vie, à l'instar d'un ouvrage de parchemin patiemment écrit par moi et ouvragé de petits plaisirs comme des enluminures qui, au sens propre, éclairent ma vie. Après la découverte de la Diterzi. Oui, LA Diterzi comme on disait la Pompadour ou la Montespan. La Diterzi avec un article défini qui souligne la renommée de la belle sans volonté de déprécier. Bref, après découverte de la Diterzi, ne voilà pas que France Inter m'offre de nouveau de quoi me réjouir et jubiler.
"Eclectik" samedi matin et je découvre l'existence du Baleinié. D'ailleurs, maintenant que je sais, je me demande comment j'ai pu vivre dans une telle ignorance. Car cette publication mérite au moins une renommée égale à celle du Bescherelle ou de l'Almanach Vermot. D'ailleurs, ne devrait-on pas dire, à l'instar des dames précédemment citées, LE Balénié car sa futilité non sans utilité risque à coup sûr un jour de nous sauver la face ? J'me comprends mais vous pas, forcément, faut être initié.
"Le Balénié, dictionnaire des tracas". Des tracas ? Ah, évidemment, il nous faut bien un dictionnaire des synonymes pour comprendre de quoi traite celui-là. Des tracas ? Des soucis, des ennuis mais surtout des embarras quotidiens. Enfin un dictionnaire nous permettant de nommer l'innommable, de nommer l'innommé sans plus jamais pratiquer la métaphore pour éviter de dire ce qu'une bouche bien née ne saurait articuler. Car enfin, je vous le demande, comment dire sans rigoler à un beau mec qui vous drague, sans l'effaroucher pour autant, "Ah, mais Monsieur, vous avez du persil coincé entre les dents !". Quelle délicatesse il y aurait à lui dire en souriant, espérant à notre tour ne pas être sujet au même tracas "Ah, Monsieur, scellez votre bouche sans tarder car une saspigoule s'y est glissée ?" Cela aurait de la classe assurément et le Monsieur pourrait, d'un coup de langue leste, débarrasser son beau sourire de cette vilaine tâche verte révélatrice du contenu de son diner tout en laissant la dame rêveuse devant tant de dextérité !
De la même façon, quel soulagement de s'éviter la déplaisante rencontre avec un cabinet d'aisance encombré si la personne qui en sort nous signale, évidemment gênée, qu'un terrible troosme-vova y sévit et qu'il faut mieux ne pas l'utiliser ! Vous quitterez le lieu bien heureux d'être initié tout en constatant que, décidément, le pio-pla de la dame défigure, façon saucisse fumée, sa silhouette potelée.
Dans un autre registre, ne vous êtes-vous jamais tancé de cette manie que vous avez de vertiglier à tort et à travers. J'en viendrais presque à comprendre ma mère qui ne jette rien et encombre ses tiroirs et ses placards de bouts de ficelle, selles de cheval, cheval de course...
Mais pourquoi, me questionné-je, ces mots-là n'existent pas encore et pourquoi les auteurs ont-ils dû palier la carence évidente de l'Académie Française ? Car enfin, l'Académie n'assure-t-elle pas l'évolution de notre langue et pour ce faire ne détient-elle pas la science du grec et du latin permettant de créer, en conservant une forme de filiation avec nos racines, des mots nouveaux ? Elle se torture pourtant les neurones pour adapter de manière arbitraire des mots étrangers mais elle ne saurait enfanter des substantifs inoffensifs qui éviteraient à notre bouche de se blesser en expliquant avec force circonlocutions la nature crue d'une situation ? Serait-ce que ces Immortels manquent de fantaisie et d'imagination ou est-ce que le monde dans lequel ils vivents est exempt de trivialités ?
Bref, évidemment ces néologismes resteront confidentiels et n'amuseront que quelques amateurs de curiosités dont je suis, c'est dit ! Dommage ! J'ai souvent souri à la lecture de tous ces mots, non pas à cause de leur créativité mais à cause des réalités qu'ils recouvraient, même si certaines situations scatologiques me faisaient rire comme une gamine à la récré !
Qui osera encore dire de moi que je suis sophistiquée ?
Pour le plaisir :
- Pégaudie : longue attente avec musique "Grand Siècle" dans l'écouteur du téléphone.
- Plute : l'étiquette du prix oubliée sur un cadeau.
- Pio-pla : l'élastique du slip ou de la socquette qui blesse et qui boudine.
- Priadour : durée d'apnée nécessaire au changement de la litière du chat.
- Saspigoule : découverte tardive d'un bout de verdure coincé entre vos dents.
- Troosme-retro : feuille de PQ de texture papier calque.
- Troosme-vova : chasse d'eau inopérante après grosse commission et pas chez soi.
- Vertiglier : jeter quelque chose qui ne sert à rien depuis toujours et en avoir justement besoin le lendemain.
- Xiévreau : distance entre le bout des doigts tendus et le ticket de péage (environ 3,5cm.)
05:01 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le baleinié dictionnaire des tracas, christine murillo, jean-claude leguay et grégoire oestermann, seuil
