06 septembre 2008
ELLE - Comment faire du mâle un ami

"Tous ces messieurs ont bien de la chance !"
Me disais-je in petto alors que, vautrée sur mon transat, j'observais avec mes yeux curieux d'anthropologue contrarié le défilé de tous ces hommes le long de la piscine. Arrivés à la quarantaine et parfois même plus tôt, il semblerait qu'une malédiction les frappe inéluctablement. Comme si une fée Carabosse abaisée (vous noterez au passage le "a" privatif de mon néologisme créé par obligation car l'expression consacrée "mal baisée" n'était pas appropriée puisqu'elle ne l'est pas, justement ...) avait décidé, par dépit, qu'à cet âge là, une excroissance viendrait agrémenter leur devant.
Une turgescence plus ou moins volumineuse, oblongue ou globulaire selon les cas, semble en effet devoir pousser inévitablement, enflant toujours plus. Je ne parle pas, bien sûr, de celle du cavalier vaillant qui avance, sabre au clair, à la conquête de ces dames frémissantes. Non, je parle de cette enflure disgracieuse qui commence sous les pectoraux et se termine en débordant sur l'élastique du slip de bain qui ceint, tant bien que mal, la mâle taille. D'ailleurs la malle la taille s'est fait il y a bien longtemps et il ne lui en reste que le nom car point de différence entre les épaules et la taille et un fil à plomb étonné révèlerait que la pointe de l'épaule, le creux de la taille et l'os de la hanche sont à l'aplomb donnant à ces messieurs une silhouette cubiste que Picasso applaudirait !
Ils déambulent, gracieux comme des grands singes, les bras ballants le long du corps et l'épaule arrondie conférant au profil l'allure d'un point d'interrogation inversé. Les pectoraux absents se transforment en mamelles dont l'abondance éclipse rapidement les miennes. Pour faire contrepoids aux épaules tombantes le bassin s'est rétro-versé rendant la fesse molle et fuyarde. Ils semblent s'enrouler sur eux-mêmes comme une fougère nouvelle dans le sous-bois. La jambe, tour à tour trapue ou fluette, soutient le tout avec vaillance et seul le rythme cadencé de leurs pas tient tout cela en équilibre, défiant ses lois.
Pourtant, à leur côté se tiennent bien souvent des femmes pimpantes et bien arrangées. Elles ne sont pas toutes également jolies mais elles sont amoureuses et cela les rend belles. Le soleil aussi, au passage, car les imperfections se cachent opportunément sous le hâle. Elles accompagnent leurs hommes au bord de la piscine, arborant des maillots de bain seyants. Si elles ne sont pas toutes faites au moule, forcément avec les enfants, émane d'elles plus de grâce que de n'importe lequel de leurs époux. Et je les regarde en les admirant me demandant si leur désir est toujours là. Est-il intacte comme au premier jour lorsque le torse ferme de leurs amants les accueillait lors de chaleureuses étreintes, ou bien dans le secret de leur cœur maudissent-elles le laisser-aller de ces hommes qui traduit, il me semble, l'indifférence vis-à-vis de ce qu'elles peuvent en penser ?
Et je m'interroge sur ma propre capacité à aimer un homme qui ferait fi de mon désir au profit de sa gloutonnerie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit et non pas de gourmandise. La gourmandise est en nuance et en modération, la gloutonnerie est dans l'excès plus digne du gavage que de la dégustation. Peu importe. Je m'interroge. Un jour aimerai-je assez fort pour que mon désir reste toujours aussi vibrant devant des chairs devenues dilatées voire informes ? Taxez-moi de vanité si vous le voulez, mais mon désir passe aussi par mes yeux et l'équilibre et la proportion me sensibilisent tout autant qu'un intellect et un humour bien affutés.
Et je me dis qu'aucun hasard il n'y a au fait que la tolérance soit du genre féminin, car il s'agit bien de tolérance ici n'est-ce pas ? Tolérer sans récriminer que l'autre se transforme, se déforme au fil des ans sans accepter que son désir ne s'émousse finalement sur ses rondeurs de menhir qui n'en ont pas toujours la fermeté pourtant !
Alors la question ne serait-elle pas "de quoi se nourrit le désir de la femme ?". Car admettez que le désir de la plupart des hommes est aussi vaniteux que le mien qui trop souvent suit, sans beaucoup de scrupules, le mirage d'une jeune silhouette oubliant sur le chemin la femme des premiers temps.
Comment pourrais-je conclure cet article, que certains prendront à tort comme dose de vitriol au visage, sans faire de la gent masculine mon ennemie à vie ? Et bien je vous dirais que je vous aime quand toujours vous gardez présent à l'esprit qu'il faut se plaire pour bien aimer et qu'il faut toujours vouloir lui plaire aussi car n'est-ce pas bien souvent ce qu'elle tente de faire, elle ?
Et s'il faut encore vous rassurer sur mes intentions à votre égard, qui sont finalement lucides mais bienveillantes, lisez donc ICI ce que je disais de vous il n'y a pas si longtemps.
Fasse que ce petit billet ne soit pas perdu pour tout le monde ! Allez, quoi, souriez !
05:41 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : laisser-aller, désir
11 août 2008
ELLE - Petit conte olfactif d'un après-midi d'été
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Elle rêve...
Nous étions convenus de nous rencontrer à la campagne, dans un bosquet de votre connaissance, suffisamment touffu pour abriter un secret, mais suffisamment aéré pour que le soleil, la lumière et la brise puissent passer. Le choix de ce lieu était le vôtre car vous en connaissiez le potentiel de mystère et de tranquillité. Vous aviez donné comme point de rendez-vous un gros chêne centenaire, paraît-il vous ne pourrez pas le manquer. J’avais été étonnée de ce choix, mais vous connaissant un peu alors, rien ne venant ne devait m'étonner.
Je devais vous attendre sagement à son pied, profitant ainsi de l’ombrage de ses branches puissantes et vigoureuses. Je devais aussi tourner le dos à la sente que j’allais inévitablement emprunter. J’arrivai à l’heure dite et vous j’attendis. Je m’assis au pied de l’arbre, aux aguets. Je commençais à perdre ma sérénité à mesure que les secondes s’écoulaient. Je me disais quelle odieuse torture de me faire attendre ainsi, seule à milieu d’une forêt inconnue…’.Alors que peu de minutes ne s’étaient écoulées, j’entendis un bruit de moteur lointain, puis le froissement des herbes sèches de la sente. Je savais que quelqu’un approchait et ne devait pas céder à la panique qui m’aurait poussée à me retourner. Je priais que ce soit vous, car sinon aucun moyen d’anticiper quoique ce soit, j’aurais été piégée.
Les pas se rapprochaient, mon cœur battait plus vite. Puis les pas cessèrent. J'étais tétanisée, je ne devais pas parler. Vous ne deviez pas parler non plus. Je me relevai lentement, le dos tourné à l’arrivant. Les jambes me défaillaient un peu. Je restais les pieds fermement plantés dans la terre, cherchant en vain une espèce d'équilibre, un semblant d’assurance.
Après ce qui me parut un siècle, les pas reprirent leur approche tout doucement et subitement je sentis une présence tout près de moi, j’imaginais à quelques millimètres.
Ce moment semblait ne pas vouloir finir jusqu’au moment ou une main délicate souleva les mèches de cheveux de mon cou le libérant ainsi de leur chaleur et laissant passer un souffle de brise tiède sur ma nuque. Puis la brise sembla s’amplifier et de tiède elle devint chaude, brûlante. Votre souffle alors au creux de ma nuque m’inonda de sa chaleur, s’accompagnant d’un effluve ténu de parfum discret et pétillant. Je sentis vos lèvres effleurer la peau à la base de mes cheveux, je vous entendis me humer toute, avec puissance. J’imaginais que vous alliez aspirer toutes les essences que mon cou fin et gracieux vous révélait. Le long de ma colonne vertébrale votre souffle déclencha des ondes de frissons incessants. Je me raidis sur mes jambes qui avaient plus de mal encore à me soutenir. Et vous continuiez à me respirer, à m’aspirer, le long de mon cou, et à droite et à gauche, dans le creux de l’épaule que l’étoffe de ma robe légère occultait. Mon cœur battait toujours trop vite et je craignais que vous n’entendiez ses soubresauts dans ma poitrine. N’étais-je pas une grande fille blasée que rien ne pouvait déstabiliser, et surtout pas un quasi inconnu qui me frôlait présentement les cheveux, la nuque, un quasi inconnu qui m’avait imposé de ne pas le regarder, sinon je repartirais tout de suite…
Après quelques minutes de ce qui m’apparaissait un rituel de reconnaissance, vous me saisîtes par les épaules tout doucement et de manière tellement inattendue que je faillis tomber. Vos mains que j'imaginais solides et musculeuses me retinrent et je me retrouvais face à vous, je le sentais, je vous sentais. Certainement que votre taille vous obligeait à vous penchez un peu, enfin encore une fois je ne pouvais que l’imaginer. De nouveau les effleurages de mon cou, de mon visage avec votre souffle chaud reprirent. Une alternance régulière d'inspiration et d’expiration, de frissons et de craintes. Je ne pensais alors qu'à une chose ‘reste debout, ne tremble pas, les jambes fermes et les muscles bandés, ne rien montrer, ne rien laisser deviner’. Pas de regards échangés, pas de paroles non plus, juste le silence de la brise dans les feuilles, quelques chants d’oiseaux au dessus et surtout le sang, mon sang qui bat à mes oreilles, un bruit de tambour assourdissant, pourvu qu’il n’entende pas cette cavalcade ! Combien de temps va-t-il faire durer ce prélude, est-ce un prélude ou sera-ce tout. Insoutenable attente, attente de quoi, surtout pas d’attente bien sûr. Vos mains agrippèrent délicatement le col de ma robe chemisier en cotonnade blanche, oui le blanc c’est bien, c’est virginal, oui il te faut porter cette robe… irrésistible. Les boutons couraient tout le long du devant, et un par un vos mains commencèrent à les déboutonner. Que pense-t-il, que va-t-il faire, va-t-il seulement faire quelque chose. Peur du doute, peur de tout, peur du rien ! Le déboutonnage s’arrêta enfin, au niveau de la taille, juste au niveau de la ceinture. Vos mains dégagèrent lentement le col de la robe, dégagèrent mes épaules hâlées et firent glisser le haut jusqu’à la mi-temps de mes bras.
Il rêve aussi ...
...vous semblez surprise de vous retrouver ainsi emprisonnée dans un carcan imprévu. Vous ne pouvez plus bouger, et vous m'êtes ainsi livrée, désirable et tremblante.
Je recule doucement pour mieux vous regarder dans cette pénombre qui marque chacun de vos reliefs. Vos épaules sont délicieusement menues, le mouvement de chaque tendon de votre cou agite la naissance de vos seins...
Je vous fixe, vos yeux sont baissés, comme ceux d'une petite fille coupable d'une bêtise. J'ai envie de m'approcher de vous, de vous toucher, de glisser mes doigts le long de votre dos, sentir l'origine de vos creux, douce tentation. Mais je ne le fais pas, tétanisé moi aussi. Je suis si près et si loin de vous. Vous ne me regardez pas, comme si le croisement de nos regards pouvait enflammer nos ardeurs. A nouveau je respire vos épaules, doux parfum boisé qui emplit mes poumons d'une envie irrésistible. Vous êtes si fragile que je me sens fondre. Mes mains prennent votre taille. Vous tremblez. Ma langue court sur votre poitrine. C'est étrange de vous sentir si immobile et pourtant offerte à Toutes mes caresses.
Elle
Immobile je le reste de peur de faire cesser brusquement le sortilège. Car je suis envoutée, je le sais, tout cela n'a pas de sens, je ne le connais pas, d'ou vient cet engouement, cette fragilité, ce désir si puissant. Vos mains sur ma taille m'obligent à me tourner et vous présenter mon dos. Va-t-il se rapprocher ? Mon corps vous appelle de toutes ses forces.
Et pourtant, aucun autre stimulus que l'idée de vous me humant... enfin vous m'attirer à vous les mains fermement accrochés à mes bras maintenant. Je suis doublement maintenue et ce soutien involontaire est bienvenu vu la défaillance que je ressens à l'intérieur. De nouveau vous vous penchez et plaquez mon corps contre votre torse pour mieux continuer l'exploration olfactive de ma nuque, de mon dos. Je me cambre insensiblement car je ne souhaite rien d'autre que de sentir votre corps épouser le mien, de toute sa hauteur, de toute sa largeur.
Je veux me fondre dans votre moule, sentir contre mon dos, contre mes fesses la preuve que je ne vous laisse pas indifférent, sentir que mes fragrances ont grâce à votre nez, à vos papilles....que vous êtes saisi comme moi d'émotions intenses et incontrôlables ! Je n'ose pourtant bouger alors que je sens monter en moi des rythmes ancestraux, des vagues irrésistibles qui veulent vous entrainer dans une danse ondulante que je réprime de peur que vous ne la refusiez.
Je ne suis plus moi, je n'ai plus de conscience, je ne suis plus que chair et que sang, le sang bouillonnant dans mes veines, je suis vos lèvres et votre haleine, je suis le désir incarné, je suis l'eau, l'humus, le soleil, je suis comme une rivière musquée qui s'écoulerait sans commencement, sans fin ! J'ai peur que mon corps ne trahit trop de fragrances révélatrices et en même temps je souhaite qu'elles vous enivrent au point de vous faire perdre la tête.
Enfin vos mains glissent de mes bras à mon ventre, une simple pression qui rampe de ma taille à mon nombril, je tremble encore plus, des spasmes parcourent mes reins, mon sexe. Vos mains s'arrêtent pourtant trop vite et dénouent prestement la ceinture de ma robe et, le dos toujours plaqué à votre corps, votre visage lové dans mon cou, elles entreprennent de déboutonner rapidement les quelques boutons qui le restent et libèrent enfin la robe qui chute silencieusement à mes pieds.
Je sens que vous reculez d'un pas, peut être de deux, je frisonne, je sais que vos yeux scrutateurs sont braqués sur moi, observent avec gourmandise la finesse des muscles de mon dos, la cambrure de mes reins. La rondeur de mes hanches et de mes fesses que seul un petit triangle de dentèle chocolat orne. Je sens vos regards filer le long de mes cuisses longues et fuselées, sur le creux des genoux et descendre le long de mes mollets. Ces regards me brulent délicieusement car j'anticipe l'approbation de vos regards. Je sais que vous fondez, vous êtes sous le charme de ma silhouette d'adolescente.
Vous revenez et cette fois sans ménagement vous m'attirez violemment à vous, il n'y a plus de doute vous vivez les mêmes affres que moi, vos mains sont sur mes hanches, sur mes fesses, votre bouche chaude de nouveau dans le creux de mon épaule. Je prie, je crie silencieusement pour qu'une de vos mains s'affranchisse de votre volonté, reprenne l'exploration de mon ventre, que sans hésitation elle se pose sur mon sexe, qu'elle s'immisce sous la dentèle, fragile obstacle. De nouveau je me cambre, je ne sais résister aux mouvements que mes hanches déclenchent. Je n'ai plus de volonté, si ce n'est celle de vous faire succomber. Votre main droite enfin, ô mon Dieu, cède à mes suppliques silencieuses et me caresse, découvre l'émoi dans lequel je suis, s'émeut elle aussi je le sens. Votre main s'agace avec douceur, votre corps se tend, les muscles de vos jambes et de vos fesses sont bandés, je le sens aussi à la pression intense de votre corps contre le mien. Moi, je ne suis plus rien, je suis votre main, je suis mon sexe inondé, je suis tous ces effluves qui montent de moi, je n'ai plus de tabou, je n'ai plus peur de rien, mes hanches bougent irrésistiblement, j'accompagne votre main, de plus en plus intensément, en mouvements profonds et lents... et alors subitement une chaleur volcanique m'envahit, un flux et un reflux de vagues intenses me submergent. Je ne suis plus qu'ondulation, contractions, je suis un souffle, un gémissement, un cri, des larmes !
Je ne me soutiens plus, je suis une poupée de chiffon, des larmes de plaisir coulent doucement le long de mes joues. Je suis appuyée logement contre vous maintenant, et vous m'accueillez délicatement. Je reprends doucement des forces, mes jambes se raffermissent, je me redresse un peu et vous vous éloignez alors. Je ne vous vois pas mais je sais que vous ramassez ma robe pour la poser sur mes épaules. Pas une parole n'a été échangée, je ne vous ai pas vu mais vos yeux m'ont dévorée, je le sais. Je sais aussi que vous allez repartir. Vos pas font crisser l'herbe séchée, le bruit lointain d'une portière claquée, d'un moteur. Je suis seule, j'ai un peu froid, je souris, je suis bien, je me sens comblée, pleine... heureuse ? Je sais que vous reviendrez.
Lui
Brusquement le grondement sourd du ciel en colère fend mon rêve en deux...je ne sais pas où je suis ni qui je suis...mon corps est endolori comme après un match de squash forcené. Quelle sensation étrange ! Dehors la lourdeur du temps a défait le port altier du liquidambar. Je regarde le bel arbre qui, lui, semble connaître la vérité.
Que m'est-il arrivé, je tremble encore dans la moiteur de cet été sans air. Je ne sens plus mes membres, mon corps est rigide, mon cœur égrène ses extrasystoles, signe d'un émoi incomparable...
L'arbre est crevassé, torturé aussi...mais il me sourit avec ses mille feuilles dentelées. Un mouvement involontaire de mon biceps droit, celui que le squash a développé sans respecter une symétrie essentielle à l'harmonie, fait grincer un des multiples ressorts de mon lit. J'aime ce bruit, j'aime la maitrise absolue de mon corps sur l'équilibre des forces qui maintiennent ma couche en suspension. Une contraction de mon ventre musclé déclenche l'ire d'une autre spirale métallique...Petit à petit, je sors de cette léthargie étrange et un peu inquiétante...
Je me souviens petit à petit de ce rêve impossible. Elle, blanche et pure, Elle, fine et tendre, Elle qui m'inspirait un désir pourtant impossible...
Comment un simple délire nocturne pouvait tendre à ce point chaque muscle de mon corps ? Comment cette balade du crépuscule à l'aube avait pu tromper mon esprit rarement embué par les dérives amoureuses...
Chaque ressort, signe du réveil de mon corps endormi, ponctue d'un petit cri le retour à la réalité... Elle n'est pas là, elle n'a jamais été là...existe-t-elle au moins ?
Le liquidambar lui, connait la vérité... A ses pieds traîne un morceau d'étoffe blanc, transparent comme l'eau pure...
05:14 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, impossible, désir
18 juillet 2008
ELLE - Ce qui aurait pu arriver N°5 - La déchirure

Tout avait recommencé par une email.
"Et si je vous invitais à dîner, vous diriez quoi ?"
Elle avait pesé le pour et le contre. Dans sa petite balance de femme échaudée elle avait mis la proposition dans un des plateaux avec la cohorte de ses désirs, envies inassouvies qui s'y était jointe sans y être invitée. Dans l'autre elle avait déposé ses raisons, ses peurs, ses humiliations précédentes et elle avait longuement pesé. Mais la femme en elle avait tout bazardé. On ne contraint pas une femme qui aime ou qui croit aimer. Elle avait répondu "oui".
Le rendez-vous avait été pris dans un restaurant de Lyon. Un bouchon aux nappes rouge et blanc comme il y en a tant. Gourmande, elle se fichait pourtant du lieu car ce qui comptait c'est qu'il ait eu envie de la revoir. Elle s'était préparée à une rencontre mondaine et à rien d'autre. Le temps passé avait érodé ses idées ridicules de désir commun, de plaisir partagé. Elle saisissait simplement la possibilité de parler enfin, de lui dire les mots vrais.
Elle arrive en retard, fébrile un peu car au fond elle se sent toujours émue par lui, même si elle refuse à le reconnaître. Question de sauvegarde. En entrant, elle scrute rapidement la salle et le voit au fond, assis de dos faisant face à la banquette qu'il a laissé libre pour elle. La table est située dans un angle et la banquette, protégée par un mur, ressemble à une alcôve. Elle s'approche de la table comme au ralenti et le serveur suit des yeux ses mollets gainés de bas noirs et ses hauts talons vernis. Elle est derrière lui et le miroir au-dessus de la banquette renvoie son reflet qu'il aperçoit. Il se lève lentement, se retourne et sourit. Il ne lui serre pas la main. Il ne l'embrasse pas non plus. "Asseyez-vous je vous en prie" est tout ce qui lui dit de sa voix de soprano moins grave que celle dont elle se souvenait. D'un geste de la main et reculant la table il lui fait signe de passer. Son cœur bat mais elle s'assied l'air de rien. Ils sont face à face. Elle scrute son visage. Il n'a pas changé. Toujours sa barbe de quelques millimètres savamment entretenue, son nez volontaire long et fin, ses lèvres peu ourlées mais bien dessinées et ses yeux noisettes. Il la regarde aussi. En fait, il darde ses regards qui la transpercent. Elle se sent épinglée à la banquette par ses yeux scrutateurs, clouée par des désirs endormis qu'elle croyait moribonds.
Ils consultent la carte et elle opte pour un pavé de bœuf qu'elle commande bleu. Elle a des goûts de carnassière. Elle cache bien son jeu sous sa silhouette longiligne mâtinée d'androgynie. Ses courbes à elle sont menues, comme esquissées. Il lui faudrait un sculpteur pour finir de la modeler. Elle regarde ses belles mains fines mais nerveuses qui feuillettent le menu. Elle se prend à les imaginer sur sa peau. Son cœur fait un bond. Elle s'en veut de ne rien contrôler, elle la cérébrale. "Mondain le déjeuner", se tance-t-elle "mondain, ma fille. Cesse de rêver, dis-lui enfin ce que tu veux lui dire. Remballe tes envies. Tu sais ce qu'il en est. Lui, il n'en a plus..." Il choisit une blanquette. Après tout, il n'y a pas de saison pour une blanquette.
"Excusez-moi" lui dit-elle en se levant mais il n'a pas le temps de déplacer la table. Elle s'est déjà levée et un petit cri de douleur lui échappe. Elle grimace et baisse les yeux. Il a tiré la table pour voir. Un accroc dans sa chair. Une petite balafre rouge sang dessine un trait au milieu de l'entaille ronde dans son bas. Un peu de sa peau dorée est libéré à sa vue. La déchirure palpite il lui semble alors que le sang sourd en un léger filet. Il regarde fasciné ce sillon rouge-rosé comme une béance de sa chair qui lui en rappelle une autre, plus profonde, plus chavirante. "Ça va ?" s'enquit-il finalement, la bouche subitement sèche. "Oui, ça pique mais je vais le nettoyer" Elle rigole "moi qui voulait être chic, me voilà bien fagotée avec mon bas déchiré. La jupe une fois debout devrait recouvrir la plaie. Je reviens tout de suite". Il la suit des yeux. La jupe noire dont la soie fluide balance au rythme de ses pas retient son regard qui balance avec. Il imagine le bas déchiré et une envie étrange le saisit de se mettre à genoux, de soulever l'étoffe et de lécher la plaie. De goûter son sang. De baiser sa chair ainsi dévoilée. Ses pensées la suivent jusque dans les toilettes qui l'engouffrent en refermant leur porte battante.
Elle est de retour. Il lui sert du vin, rouge carmin. Un Bourgogne qu'il a choisit pour elle. Le rouge revient hanter son esprit. Et alors qu'ils discutent légèrement, ses yeux ne savent quitter le verre qu'elle porte à ses lèvres rosées, le vin qui passe le bord de ses lèvres entrouvertes. Il imagine la chaleur du breuvage qui inonde ses papilles, qui dégouline dans sa gorge et échauffe son sang. Il la regarde. Il préfère les blondes depuis toujours et pourtant. Elle est sombre et lumineuse à la fois. L'éclat de ses yeux noirs, brodés au charbon, qui irradient de lumière. Depuis quand le noir est-il si brillant ? Et puis ses traits fins et ses lèvres charnues dessinées à la plume. Il se surprend à se troubler.
Le serveur dépose devant eux les plats commandés. Elle a faim et attaque la viande sans façon. Il suit sa main droite qui attaque du tranchant de Laguiole et fend la chair sanguinolente. Elle vérifie la cuisson. Parfaite. Rouge, saignante, tendre. Encore une béance rouge qui s'impose à son imaginaire. Et la belle qui dévore avec entrain. Il repense à sa cuisse sous la table. La griffure si rouge sur sa peau si pâle. Le bas noir qui se déchire pour offrir cette vue indécente. Les mailles complices qui s'écartent pour laisser voir leur secret. Il n'a plus si faim mais il la contemple en train de savourer son plat. "Vous ne mangez plus ? Ce n'est pas bon ? Voulez-vous goûter à ma viande, elle est succulente ?" Les mots s'immiscent dans son encéphale, s'imposent et s'amusent à lui jouer des tours. Son cerveau les détourne, les déchiffre eux qui ne veulent rien dire d'autre. Veut-il goûter à sa viande ? Discours à double-tranchant qui impose un autre sens au sens de ses mots, à ses sens qui se troublent plus encore. Sa bouche rouge, la viande rouge, la blessure sur sa cuisse. Il bande. Il lèche ses lèvres. Il se pourlèche. Il ne pense plus qu'à une chose. La manger. Dévorer sa chair à elle, frémissante sûrement, appétissante. Elle lui sourit. Elle glisse sa langue sur ses lèvres pour récolter tous les sucs glacés qui s'y déposent. Il ne voit plus que cela et la toile de son jean lui révèle le désir puissant qui l'a pris et ne le quitte plus. "Vous ne dites plus rien. Je vous ennuie ?" questionne-t-elle, elle qui se trouble à son tour mais de gêne. Il semble ailleurs. Elle a peur qu'il ait hâte de partir sans oser le dire. Il ne mange rien. Il ne fait que la regarder. Son regard est trouble. La critique-t-il ? La trouve-t-il idiote qu'il ne prend même pas la peine d'entretenir la conversation ? Elle cesse de manger. Du coup, elle n'a plus faim. Elle ne l'intéresse pas, c'est flagrant ! Vite, finir ce calvaire. Mais que croyait-elle donc ? Elle lui parle mais il ne répond que par des borborygmes à peine articulés. Il est bête ou bien ne prend-il même plus la peine de faire semblant ?
"Excusez moi encore, je voudrais me laver les mains". Elle se lève à nouveau mais cette fois-ci il a eu le temps de dégager la table. Il voit tomber au ralenti la soie sur sa plaie rouge foncée comme un îlot au milieu d'une mer blanche. Elle passe et effleure sa cuisse gauche. Il sursaute et son sexe comprimé lui rappelle les fantaisies qu'il a eues pendant tout le dîner. Il est seul. Des images en rouge et blanc et noir l'assaillent. Il n'en peut plus. Il faut. Maintenant. Vas-y.
Il la suit. Il passe la porte battante et ouvre la porte qui porte l'effigie d'une femme. Elle ne l'a pas entendu rentrer. Elle est appuyée au plan de marbre du lavabo, les fesses cambrées, le buste en avant pour mieux se mirer et se repasse du gloss sur ses lèvres. Il tire une des chaises et, comme dans les films, il bloque la poignée avec le dossier basculé. Elle se retourne surprise. Il est déjà derrière elle. Il la regarde par miroir interposé "Chut, ne dites rien !" Son cœur panique. "Mais..." "Chut, taisez-vous !"
Elle entend le bruit de son sang qui tambourine ses tempes alors qu'il la plaque au mur. Il s'accroupit et avec une lenteur calculée et il relève le tissu de sa jupe. Le trou dans son collant noir est là qui l'hypnotise. Il pose ses lèvres sur la petite plaie séchée. Il lèche doucement le trait rouge. Le goût de fer inonde sa bouche. Il lèche franchement. Il mordille la chair autour. Il la baise encore et encore et elle, elle se sent défaillir. La chaleur de ses lèvres sur sa peau l'émeut. Et plus il baise sa chair plus elle se sent fondre, perdre toute consistance. Subitement, il saisit des deux mains la déchirure du bas et violemment tire dessus. Les mailles cèdent dans un crissement. Il devient comme fou, il arrache tout et il baise chaque centimètre de chair nouvelle ainsi libérée. Il remonte le long de sa cuisse et la pointe de sa langue laisse un voluptueux parcours de feu sur sa peau. Il arrive à son aine et plaque son visage à ses dentelles. Il la hume puissamment. Son haleine bouillante vient brûler son sexe brûlant déjà. Il continue son incursion. Sa langue glisse sous l'élastique du string, rencontre une résistance. Il le saisit avec sa main agacée et l'écarte sans ménagement révélant un petit triangle noir précisément taillé. Sa langue en dessine le contour et elle gémit. Arrivée à l'aplomb de la pointe il plonge sa langue dans sa fente. Elle est bouillante et juteuse déjà. Il en goûte tous les sucs. La faim est revenue. Il est comme affamé. Les parfums de ce sexe abandonné à sa bouche l’excitent. Il a mal de son désir. Plus il sent son envie bander son sexe plus il la dévore. Ses lèvres la butinent, sa langue s'immisce en va et vient. Il la boit. Elle mouille des rivières de plaisir et il la boit toujours plus. Il la mordille, il la perfore et elle se plaque au mur pour ne pas tomber. Il la lèche comme jamais on ne l'a léchée. Sa langue est partout. Ses lèvres sont partout.
"Prenez-moi je vous en prie" supplie-t-elle, " je n'en peux plus". Mais lui ne veut que la déguster, la faire jouir par sa bouche. Donner à son calice si généreux le plaisir qu'il mérite. Alors, ignorant le message que lui crie son vit tendu de la prendre là, contre le mur, baise-la, il s'active sur son clitoris qui ne demande qu'à être crucifié de baisers. Et plus la belle râle et gémit plus il s'active sur son bouton. Enfin, il saisit de ses deux mains fermes ses fesses pour sceller contre sa bouche son sexe dégoulinant. La belle se pâme et crie faiblement "oui" et il la pénètre d'un coup de langue dardée comme une dague. Elle jouit en secousses violentes et s'abandonne complètement à sa bouche, reconnaissante...
Il se relève et l'embrasse sauvagement pour partager avec elle le goût de sa jouissance. Il la regarde en souriant, un peu narquois et dit :
"Un petit dessert, ça vous tente ? Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai faim !..."
* * * *
Un grand merci à Imago pour l'illustration sur mesure.
05:37 Ecrit par Gicerilla dans Ce qui n'arrivera pas | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bas haut perchés, désir, plaisir volé
28 juin 2008
ELLE - Astro de mon désir
Tiens, ça y est, l'été est arrivé !Non, non, ne vous y trompez pas. Ce n'est pas le soleil radieux qui brûle ma peau depuis quelques jours qui me fait dire cela. Non. C'est le ELLE. Lorsqu'ELLE publie l'horoscope amoureux de l'été, c'est l'été. ELLE est à l'été ce que l'hirondelle est au printemps. Alors bien sûr, je me précipite page 88 car enfin, enfin, je vais savoir si ma peau va vibrer, si mon cœur fera autre chose cet été que pomper fidèlement le sang qui bouillonne depuis trop longtemps dans mes veines.
Il convient d'abord de calculer son signe lunaire. Et oui, autrement dit l'ascendant. Je calcule rapidement. Moi la cancre des chiffres, l'ennemi des nombres, la science me vient rapidement lorsqu'il s'agit de futilités. Je suis une femme, c'est certain maintenant. Le nombre magique est au creux de ma main qui tremble d'anticipation. Le 10. Je suis ascendant Lion. Enfin Lionne puisque de nos jours avec la parité et l'Académie qui s'y met, féminisons. Lionne, donc. Huumm, n'est-ce pas là un bon présage ? Je sens la lionne en moi feuler, le poil sur ma croupe se dresser. Je frémis. Ce petit nombre sera-t-il le révélateur de ma prochaine extase ou de mon désir mis en cage ?
"Suivez notre guide de vos compatibilités astrales en comparant le signe solaire de l'homme et le signe lunaire de la femme".
Je scanne d'un œil aguerri à ce type d'exercice le tableau de synthèse. Je repère les quatre signes qui feront ronronner la lionne qui sommeille en moi. La liste est courte. Lion, Bélier, Sagittaire et Verseau sont ceux parés des quatre étoiles qui me garantissent "grand luxe, tous les rêves et tous les désirs sont permis. Optez pour la pension complète à long terme." Là, mon sang ne bouillonne plus, il coagule littéralement tant est puissante la chaleur des désirs qui m'inondent subitement. Sur ma rétine, les yeux grands ouverts pourtant, des images indécentes de corps emmêlés, de sueurs brillantes sur des peaux hâlées, de mains qui glissent dans tous les reliefs des chairs devenues pâte à modeler au rythme de fantasmes désincarcérés. Des langues serpentines qui titillent, s'immiscent, goûtent et caressent sans fin. A mes oreilles pointent des râles de mâles mélangés aux gémissements de soumission de la femelle domptée, des mélodies de plaisir chantées à toutes les clés. Les notes de la gamme en Sol et Fa vocalisées jusqu'à l'Ut comme point final du rut. Je ne tiens plus sur mon siège, mon corps est assiégé. La suite, vite.
"Vos désirs sont puissants, impétueux. Vous êtes des passionnés, un point c'est tout. L'amour, ça doit être lyrique (oouuuiiiii vocalisé-je!) et physique (aahhhhh vocalisé-je encore !) héroïque et érotique et si vous n'admirez pas suffisamment votre partenaire ...ça ne vaut pas le coup. Ne vous excitez pas trop quand même (ah bon, dépité-je !) Les planètes de cet été son médium, standard (?). Ni folles (ah ?) ni molles (ouf !)."
"Vos fantasmes ne manquent pas. Il faut un partenaire pour vous dominer. Le flirt, la bluette... cela ne vous contente pas. Vous, vous êtes des fougueux, des consommateurs avisés, éclairés (...) "
Je rugirais presque à cet énoncé qui me met en appétit et un peu de salive dégouline le long de mon museau. Les cartes sont dévoilées. Me voilà initiée. Je pars bientôt à la chasse à la bête rare. Pourtant comment repérer sans me fourvoyer celui dont le soleil se sera heureusement placé dans le bon mois de naissance ? Avril pour le bélier, août pour le Lion, décembre pour le Sagittaire et février pour Verseau. Car enfin, la lionne en moi est inexpérimentée et ne sait ni renifler le nez au vent, ni identifier sûrement les phéromones de celui avec qui je ferai la bête à deux dos. Diane chasseresse je ne suis pas non plus et bien que mon carquois soit plein de flèches, comment saurai-je vers qui bander mon arc et ma croupe ?
Et alors que mon enthousiasme lentement retombe et que mes rêves d'érotisme caniculaire éclatent un à un en bulles de savon irisé, l'idée de génie me vient. Et si je faisais ici un appel à candidatures ? Mais oui, bon sang. Alors chers lecteurs, si l'un de vous héberge une des bêtes précitées, soyez mâles assez pour vous jeter à l'eau. Sous des dehors revêches, la lionne est accorte et bien que facilement effarouchée elle ne demande qu'à se laisser dompter.
Un petit tour ici ou là et puis ici aussi est à recommander avant de vous lancer, car la lionne est accueillante mais exigeante. C'est pas gagné...
Je vous souhaite un été embrasé !
05:21 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sexe, sea, sun, désir, érotisme estival
25 juin 2008
ELLE - Envie de jardin japonais

"Venez, je vous emmène !"
Le soleil venait enfin de montrer le bout de ses rayons timides. Des taches de bleu maculaient heureusement les gris désespérants que Perun s'amusaient depuis des semaines à étaler en dégradés infinis. Il ne la prit pas par la main mais c'était tout comme. Elle se sentait aimantée par lui. Ils marchaient côte à côte et elle notait avec effarement et inquiétude à quel point émanaient de lui des ondes qui torturaient son ventre. Il fallait bien reconnaître que tout cela n'avait pas de sens car enfin des ondes... Et puis quoi encore ! Et pourtant, c'était quasi palpable. Il ne la touchait pas, marchait à son côté à une distance raisonnable mais son corps faisait des interférences avec son corps à elle et le déboussolait. Elle se laissait guidée, heureuse qu'il prenne l'initiative de la diriger, elle qui ne savait plus même marcher droit. Depuis le début, elle avait noté que ses aiguilles internes viraient dans tous les sens comme des démentes dès qu'il l'approchait à moins d'un mètre. Nouveau phénomène physique jamais expérimenté. Elle aimait cela. Elle se sentait vivante. Elle avait peur mais elle savait aussi qu'il n'y avait pas de danger à éviter. Enfin, elle voulait le croire...
Jardin Albert Khan. Le soleil les réchauffe un peu mais les plantes frémissent aux courants d'air froid. Ils entrent dans ce paradis où la végétation dans tous ses états est reine. Il connaît bien l'endroit. Il veut partager avec elle le plaisir de déambuler au travers de paysages reconstitués par cet idéaliste, combattant pour la paix universelle, collectionneur féru, curieux des autres et de leurs cultures. Il ouvre la marche et elle le suit. Elle essaie de se concentrer sur ce qui l'entoure et évite de le regarder. Trop de troubles. Peur de se trahir. Bégayer.
Il semble chez lui et lui donne au détour d'une allée où au croisement d'un parterre de fleurs les informations qui lui permettent de mieux comprendre les motivations de ce banquier ruiné en octobre 1929. Tous les deux voyagent au gré des paysages créés à partir de rien, à force de volonté humaine. Ils arrivent enfin au jardin japonais. Elle est sous un charme, ou serait-ce un aulne ? De toute façon, elle est sous son charme. Il ne le sait pas. D'ailleurs comment pourrait-il concevoir les maelströms de son sang dans ses veines à son approche. Elle-même se trouble de son propre trouble. Il y a si longtemps qu'elle n'a pas ressenti cela. D'ailleurs l'a-t-elle jamais ressenti ? Comment décrire cet élan incoercible qui la projette vers lui, qui la transforme en chair palpitante et exacerbe tous ses sens de manière insensée ? Comment expliquer que, sans la toucher, sa chair est en émoi et que son cerveau est tétanisé, incapable de commander, submergé par des passions animales qui en elle sommeillaient ? Comment dessiner sans la dénaturer la puissance du désir qui l'habite à sa vue ? Comment plus rien n'a d'importance. Père, mère, enfants, voisin, amis, tous subitement oubliés, disparus ! Uniquement ce Désir incarné. Sur sa peau, sous sa peau, dans ses artères et tous ses viscères ! Seuls ceux et celles qui l'ont vécu une fois peuvent comprendre...
Ils escaladent un promontoire et fatiguée, elle s'assoit sur une statue dont la chaleur brûlante de la céramique transperce la toile de son jean et embrase ses cuisses. Il en fait autant. Ils ne parlent pas mais admirent cet agencement remarquable d'équilibre et de symbolique qui respecte les règles bien précises de l'art des jardins au Japon. Il aime ce pays dont il connaît suffisamment la culture pour en parler avec facilité.
Il est inconfortablement assis car la statue offre peu d'espace pour eux deux. Alors il décide de chevaucher l'œuvre pour se retrouver enfin derrière elle, comme emboîté, juste pour le confort, comme ça. Là, elle panique. Parce qu'il n'est plus qu'à vingt centimètres. Parce que son cœur s'emballe, ses aiguilles dérivent, un bordel inénarrable de sang, de sueur, de fluides et de peur mêlées s'installe. Elle ne peut même plus parler. Elle le sens. Elle n'est plus que sensations animales. Sensations incarnées. Mental annihilé. Elle regarde l'horizon pour ne pas le regarder. Elle s'affole. Subitement, il rompt le silence "j'ai du mal à ne pas vous prendre dans mes bras !" Tout s'écroule en elle. L'intérieur s'effondre comme un château de cartes. Elle pourrait gémir, là. Gémir son envie de lui dire oui. Gémir son désir qui depuis le début mouille ses dentelles. Elle répond dans un souffle menteur "il ne faut pas..." Elle regrette déjà ses mots. Quelle idiote, laisse-le faire. Que tes barrières tombent une à une dans ses bras. Vis, mais vis donc. Cesse de décider pour les autres. Un dialogue de Furies s'engage entre son désir et sa volonté. Qui va gagner ?
Elle n'a pas le temps de s'entre-tuer. Il s'est rapproché d'elle. Elle sent son torse contre son dos. Un choc fait sauter son cœur sous ses seins déjà tendus sous son pull rose. Il glisse ses mains autour se sa taille. Elles atterrissent sur son ventre palpitant qu'elle dompte en ne respirant plus. Elle retient encore ces gémissements incongrus qui tentent de forcer ses lèvres. Il a plongé son visage dans sa nuque, juste à l'orée des cheveux. Il la respire et son souffle chaud la crucifie. Il la serre fort contre lui et elle sent son sexe dur tendu contre ses fesses. Il la presse vers lui comme s'il voulait la pénétrer de tout son corps. Il articule des mots étrangers qu'elle pense être du japonais. Elle ne sait plus car son sang tambourine à ses oreilles et assourdit tout, sauf son envie indécente. Il a glissé une main sous son pull. Elle est devenue pantin, oublieuse de ce qui l'entoure. Il a déniché un de ses seins et il le caresse, le malaxe délicatement, fermement et pince son téton bandé comme sa verge au creux de ses reins. Elle croise les jambes de peur qu'un flot délateur ne déborde d'elle et montre au soleil curieux le plaisir que sa main lui donne.
Elle a penché la tête comme une implorante. Se recroqueviller pour empêcher son désir de grandir. Ses lèvres chaudes à lui ne cessent de psalmodier des mots aux sonorités douces comme des mots d'amour et sa bouche la goûte, la mord déclenchant au passage mille ondes de plaisirs. Ils ne savent plus où ils sont. Ils ne voient même pas si on les regarde. Perdus tous les deux dans un monde de désir réprimé, ils avancent à tâtons, à coups d'émotions écorchées vives et de sensations aliénantes. Il a glissé son autre main sous la ceinture de son jean. Elle gémit maintenant. Sa main s'immisce entre le jean trop serré et sa peau soyeuse. Il gémit aussi lorsque ses doigts aventureux découvrent la rivière mielleuse et bouillonnante qui irrigue sa fente. Elle suffoque. Une sorte de plainte agonisante accompagne son souffle saccadé. Il la caresse lentement et trouve nichée dans la nacre de son coquillage la perle des délices qui la fait doucement râler. Il lui mord le cou et baise sa chair de plus en plus fort alors que sa main affolée s'agite entre les cuisses que la belle garde serrées. Le barrage à rompu. Elle se cabre, appuie ses fesses contre sa queue et imperceptiblement bascule son bassin au rythme de ses caresses. Elle n'en peut plus. Elle prie "non". Il hésite un instant. Comme un funambule déséquilibré son plaisir se retient. Elle est à l'agonie. Un souffle et la marée l'emporte mais elle ne le veut pas. Elle ne veut jouir que par lui. Et puis soudain, il recommence sa danse digitale et lui inflige la caresse fatale qui déclenche sa jouissance.
Et sa jouissance à elle sera sa récompense, lui qui ne jouira pas ...
06:00 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : albert kahn, tentation, shunga, désir, sublimation
01 avril 2008
ELLE - Hasard ou destinée

Je n'ai jamais pu trancher !
Aujourd'hui encore, je ne sais quel parti prendre s'il faut en prendre un. Pourtant j'aime trancher. Vocation de bouchère contrariée ? J'aime ce qui est net. Je n'aime pas le mitigé, le flou, l'indécis. Alors, en cette matière, j'aimerais bien pouvoir me faire une opinion, une de celle si bien plantée sur ses deux pieds que rien ne peut l'ébranler et la vie alors en devient plus aisée. N'est-il pas plus confortable en effet de vivre dans des certitudes réconfortantes que cerné par des questions sans réponse ? Mais quel est donc le sujet qui me laisse si inquiète ? Simplement celle-là : sommes-nous les acteurs de notre vie, scénario écrit par chacun des choix que nous faisons constamment, bien souvent sans nous en rendre compte, ou bien sommes-nous les acteurs d'un scénario déjà écrit dont aucune des situations à vivre n'est laissée à notre choix si ce n'est le chemin qui nous y mènera ? Et oui, il faut bien laisser à l'être humain l'illusion du contrôle...
Ne vous-êtes vous jamais entendu blâmer cette satanée destinée au lieu de voir qu'inconsciemment c'est vous qui avez choisi votre chemin, guidés par des raisons souvent muettes mais bien ancrées en vous, qui dépassent la raison qui ne s'en rend même pas compte ? Je serais tentée bien souvent d'adopter le parti de croire que ce que je vis n'est que le résultat de mes choix, mais cela serait soit prétentieux, soit naïf, car il est des événements que je ne commande pas, et que d'aucuns appellent hasard, fatalité, aléas, chance... Partant de ce postulat "je ne maîtrise pas tout ce qui m'arrive" j'en viens à me demander pour la énième fois le pourquoi du comment. Pourquoi donc je vis ce que je vis ? Car lorsque l'on est faite comme je le suis, l'illusion d'appréhender ce qui se passe, d'en comprendre l'origine et le but m'aide à accepter des situations parfois difficiles, parfois insupportables...
Hélas, ces derniers temps plus encore, tous mes raisonnements les plus fidèles, toutes mes ratiocinations les plus chevronnées ne me sont d'aucune aide. Des questions sans réponses m'arrivent à foison, comme une lame de fond qui me fait perdre pied. Et parmi ce déluge, l'une d'elles revient avec la douleur lancinante d'une épine dans la chair. Pourquoi rencontrons-nous à tel moment telle personne ? Pourquoi celle-là nous touche plus qu'une autre sans que la raison ne puisse en trouver une satisfaisante. Il y a quelques mois, un homme est entré dans ma vie. "Grande nouvelle !" me direz-vous en souriant, mi-goguenard, mi-sympathique ! Et oui, grande nouvelle car cet homme est entré dans ma vie sans que je ne le sollicite. Pourquoi lui ? Il est entré par une petite porte. Vu sa grande taille, je me demande encore comment il est passé. Et puis surtout comment a-t-il donc fait pour trouver un huis de moi-même ignoré ? Par ses mots tantôt impertinents, tantôt curieux, tantôt excitants, tantôt francs et directs, tantôt en demi-teinte suintant subtilement l'ambiguïté, il s'est frayé un chemin dans mon cortex et il entame à son insu l'escalade de la face nord de mon cœur atteignant bientôt, je le crains, son sommet. Tour à tour il m'émeut, il me fait rire, il excite mon désir et ma curiosité. Plus j'apprends de lui et plus je me dis que notre rencontre n'est pas hasardeuse mais pleine de promesses. Pourtant, plus j'apprends de lui et plus je sais que tout est impossible.
Alors quel parti prendrai-je dans cette affaire là ? Ne sera-t-il donc rien d'autre qu'un galet sur ma plage, amené là par le gré du courant marin ou bien sera-t-il le porteur d'un message ? Car pourquoi peupler ma plage pour rien, occuper le terrain et ne rien apporter, même pas une bonne nouvelle, même pas une leçon qui me rendra plus sage, plus savante sur moi et sur mes aspirations ? Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que sans lui ma vie ne serait pas la même et qu'hélas, sans lui, ma vie va devoir continuer.
Alors, hasard ou destinée ?
07:05 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, impossible, désir
23 mars 2008
ELLE - Envie d'elle
L'amie était partie faire des courses tôt le matin.Elle avait quitté la maison sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller. Elle savait qu'elle était rentrée tard et qu'elle avait besoin de se reposer. Il était dix heures du matin maintenant et elle pensait qu'elle dormait toujours. Doucement elle glisse la clé dans la serrure et ôte son blouson et ses chaussures dans le vestibule. Elle pose toute ses affaires ainsi que les clés, si bruyantes dans le silence conventuel de l'entrée. Elle lui a acheté des croissants pour la remercier de son hospitalité. Elle se dit que, peut-être, elle pourrait entrouvrir à peine la porte de sa chambre pour vérifier si elle dort encore. Avec la souplesse d'une chatte, elle glisse le long des marches de l'escalier de bois, priant qu'aucune marche ne crie sous ses pas.
Elle entrebaille la porte et une lumière inattendue aveugle ses pupilles. Les rideaux sont ouverts sur un soleil matinal qui incendie la chambre. La couette est retournée et la belle n'est plus là. Elle entend au fond de la chambre le bruit familier des gouttes d'eau qui éclatent sur la paroi de verre. La belle est sous la douche, cela ne fait pas de doute. Un sourire contenté fend son visage. Elle va lui préparer du café. A moins que la belle ne préfère une tisane contre le mal de crâne. Sa soirée devait être arrosée. Elle va lui demander.
Doucement elle s'approche de la salle de bain dont la porte baille à peine. Un peu de vapeur d'eau s'enfuit en volutes blanchâtres comme un brouillard de Brocéliande à l'aube. Elle se penche pour lui signaler sa présence mais son coeur s'arrête net. Il a même sauté un battement et son souffle se bloque dans ses poumons. C'est comme si elle venait de surprendre un miracle en cours de réalisation. Son sang caille dans ses veines. Elle ne respire plus, c'est impossible. Comme un coup au plexus qui assassine un instant son souffle, le suffoque dans sa poitrine. Ses jambes fléchissent sous l'afflux d'un désir violent qui l'inonde à son corps défendant. Elle s'appuie au chambranle de la porte et regarde la belle, fascinée.
La belle est assise au fond de la cabine de douche qui ressemble à un sas de décompression tout de verre bleuté habillée. Ses beaux cheveux blonds vénitiens sont remontés en un chignon abondant et imparfait et quelques boucles mouillées retombent sur sa nuque et ses épaules. Ses paupières sont baissées et son visage resplendit de sérénité comme les traits de la Madone. Elle reste tétanisée devant le spectacle de cette beauté callipyge dégoulinante de pluie bouillante. La belle a coincé entre ses genoux le pommeau de la douche dont les jets puissants viennent masser et ses cuisses charnues et son sexe à peine voilé de blond. Sa main droite, équipée d'une éponge rose pleine de mousse onctueuse, passe et repasse lentement sur tout son buste généreux. Suivant un chemin d'elle seule connu, elle dessine sur ses seins des spirales qui finissent invariablement sur ses tétons dressés. Et puis elle recommence et recommence et recommence encore. Ses gestes sont hypnotiques et se plantent comme des dagues d'envies douloureuses dans le ventre de l'amie qui la lorgne. Puis, lentement, perdue dans son rêve voluptueux, sa main descend entre ses cuisses pour s'interposer entre la pluie et sa fente mouillée. Elle s'attarde là, faisant mousser toujours plus le savon et chaque passage semble lui arracher un rictus de plaisir. La belle est minutieuse et prend son temps. Elle sait y faire. Elle n'est pas débutante. Elle soupir. Ses lèvres à peine entrouvertes exhalent le plaisir qui monte irrémédiablement.
L'amie est partagée entre son désir qui la fouaille et l'impudeur de sa honte. Elle se sent voyeuse mais ne peut décrocher son regard de ce corps blond frémissant. Son coeur palpite dans sa poitrine et elle sent monter en elle des envies interdites. Subitement, elle fait tomber un flacon et la belle sursaute dans un cri. Leurs regards paniqués se rencontrent. L'une se sent coupable de la regarder, l'autre se sent coupable d'être surprise. Le temps s'est interrompu un cours instant, figé. Leurs coeurs battent à l'unisson mais pas pour les mêmes raisons. L'une toujours debout mais prête à s'affaisser lui fait "chut" d'un index posé précipitemment sur ses lèvres. L'autre, rougissante, tente de cacher ses appats que les regards de son amie dérangent. "Non, je t'en prie, ne cesse pas..." peut seulement articuler la voyeuse bouleversée. "Je t'en prie continue, je veux te regarder. Laisse-moi te regarder !" L'eau bouillante continue à couler et développe toujours plus de vapeur. Les parois de la douche s'embuent lentement et protègent la belle du regard de son amie qui l'intimide. "S'il te plait, continue, s'il te plait !" quelques mots timides, comme une plainte. Alors l'autre passe une main volontaire sur la paroi et crée pour son amie un hublot qui libère à sa vue ses courbes si tentantes. La belle reprend ses caresses sans ciller. L'une se laisse glisser le long de la porte et se retrouve à genoux face à la douche. Les yeux dans les yeux, elle sent son ventre palpiter au rythme de l'éponge qui voyage sur le corps de la belle. Elle a envie de la toucher, elle a envie de passer à son tour l'éponge sur ce corps luxurieux. Elle veut la faire frémir, elle veut la faire gémir.
La belle l'aura compris ? Sans un mot, la belle ouvre la porte de la douche. L'appel est net, pas besoin de discours. L'amie s'approche de la cabine, hésitante, et la belle se penche vers elle, lui offrant sa bouche. Le contact de leurs lèvres est foudroyant. Le baiser qu'elles partagent pour la première fois les fait chavirer. L'une de nouveau a le souffle coupé. Elle cesse le baiser qui l'émeut incroyablement et se recule pour contempler la belle qui lui sourit et qui lui prend la main pour y déposer l'éponge savonneuse. Puis, avec sa propre main elle guide son amie sur son corps comme l'on ferait avec la main de l'aveugle sur un visage inconnu. Alors, l'amie ferme les yeux et se laisse guider. Elle découvre les reliefs de la belle qui l'amène entre ses cuisses et lui enseigne comment reproduire le mouvement que, quelques minutes plus tôt, elle-même exécutait. Et la belle de s'ouvrir aux caresses de son amie et son amie de rouvrir les yeux pour voir revenir sur le visage de la belle cette lumière d'extase. La belle s'oblige à regarder celle qui maintenant la caresse comme son double le ferait et, dans un souffle, elle lui dit "fais-moi jouir !" Galvanisée par le désir de l'autre qui irradie de tout son corps, l'amie suit avec assiduité les mouvements de bassin de la belle qui gémit enfin. Sa main ne lui appartient plus et semble suivre les injonctions de ce corps au supplice. Elle s'active sur sa fente, perçoit le moindre soubresaut de son ventre qui s'anime. Et plus la belle gémit et plus elle la caresse. Et plus la belle la fixe de ses yeux perdus et plus elle voit sous ses paupières alourdies le plaisir qu'elle lui donne. La belle n'en peut plus, se tortille, trémule, prie... La belle cherche la caresse comme une chatte en chaleur et projette son sexe, indécente, vers la main de son amie. Celle-ci la voit au bord du précipite et lui sussure "le veux-tu ?" "Oui, je t'en prie" sera sa seule réponse.
Alors, dans un dernier mouvement de l'éponge, elle libère enfin l'orgasme emprisonnée dans les chairs de la belle et qui n'attendait que ce moment pour s'exhiber.
Et en guise de récompense, elle vient cueillir sur ses lèvres frémissantes le goût d'un plaisir inédit.
06:17 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : douche, désir, plaisir, jouissance
