mardi, 01 avril 2008

ELLE - Hasard ou destinée

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Je n'ai jamais pu trancher !

Aujourd'hui encore, je ne sais quel parti prendre s'il faut en prendre un. Pourtant j'aime trancher. Vocation de bouchère contrariée ? J'aime ce qui est net. Je n'aime pas le mitigé, le flou, l'indécis. Alors, en cette matière, j'aimerais bien pouvoir me faire une opinion, une de celle si bien plantée sur ses deux pieds que rien ne peut l'ébranler et la vie alors en devient plus aisée. N'est-il pas plus confortable en effet de vivre dans des certitudes réconfortantes que cerné par des questions sans réponse ? Mais quel est donc le sujet qui me laisse si inquiète ? Simplement celle-là : sommes-nous les acteurs de notre vie, scénario écrit par chacun des choix que nous faisons constamment, bien souvent sans nous en rendre compte, ou bien sommes-nous les acteurs d'un scénario déjà écrit dont aucune des situations à vivre n'est laissée à notre choix si ce n'est le chemin qui nous y mènera ? Et oui, il faut bien laisser à l'être humain l'illusion du contrôle...

Ne vous-êtes vous jamais entendu blâmer cette satanée destinée au lieu de voir qu'inconsciemment c'est vous qui avez choisi votre chemin, guidés par des raisons souvent muettes mais bien ancrées en vous, qui dépassent la raison qui ne s'en rend même pas compte ? Je serais tentée bien souvent d'adopter le parti de croire que ce que je vis n'est que le résultat de mes choix, mais cela serait soit prétentieux, soit naïf, car il est des événements que je ne commande pas, et que d'aucuns appellent hasard, fatalité, aléas, chance... Partant de ce postulat "je ne maîtrise pas tout ce qui m'arrive" j'en viens à me demander pour la énième fois le pourquoi du comment. Pourquoi donc je vis ce que je vis ? Car lorsque l'on est faite comme je le suis, l'illusion d'appréhender ce qui se passe, d'en comprendre l'origine et le but m'aide à accepter des situations parfois difficiles, parfois insupportables...

Hélas, ces derniers temps plus encore, tous mes raisonnements les plus fidèles, toutes mes ratiocinations les plus chevronnées ne me sont d'aucune aide. Des questions sans réponses m'arrivent à foison, comme une lame de fond qui me fait perdre pied. Et parmi ce déluge, l'une d'elles revient avec la douleur lancinante d'une épine dans la chair. Pourquoi rencontrons-nous à tel moment telle personne ? Pourquoi celle-là nous touche plus qu'une autre sans que la raison ne puisse en trouver une satisfaisante. Il y a quelques mois, un homme est entré dans ma vie. "Grande nouvelle !" me direz-vous en souriant, mi-goguenard, mi-sympathique ! Et oui, grande nouvelle car cet homme est entré dans ma vie sans que je ne le sollicite. Pourquoi lui ? Il est entré par une petite porte. Vu sa grande taille, je me demande encore comment il est passé. Et puis surtout comment a-t-il donc fait pour trouver un huis de moi-même ignoré ? Par ses mots tantôt impertinents, tantôt curieux, tantôt excitants, tantôt francs et directs, tantôt en demi-teinte suintant subtilement l'ambiguïté, il s'est frayé un chemin dans mon cortex et il entame à son insu l'escalade de la face nord de mon cœur atteignant bientôt, je le crains, son sommet. Tour à tour il m'émeut, il me fait rire, il excite mon désir et ma curiosité. Plus j'apprends de lui et plus je me dis que notre rencontre n'est pas hasardeuse mais pleine de promesses. Pourtant, plus j'apprends de lui et plus je sais que tout est impossible.

Il a su s'immiscer, sans le vouloir pourtant, dans les replis de mon encéphale et il y est resté. Il a colonisé mon sang de ses cellules qui avec les miennes harmonieusement vibrionnent et transforment peu à peu mes envies, mes peurs, mes élans, ma vie... Lorsqu'il décrit les méandres de la sienne et les écueils qui à chaque détour l'attendaient, je mesure quel homme riche et loyal il est. Ses doutes sont miens, ses douleurs me blessent, ses non-dits me troublent, ses jeux de mots faciles me font rire et je suis affamée de tout ce qu'il ne me dit pas encore. Ses mots agissent comme un charme et me voilà rendue à l'état de benêt qui contemple la pythie, fasciné, et boit toutes ses paroles comme des vérités et veut en être bercé encore et encore. Pourquoi lui, puisqu'il ne sera jamais rien d'autre qu'un homme de passage dans ma vie ? Pourquoi lui et maintenant, maintenant que je veux et qu'il ne pourra jamais ? Pourquoi lui, qui me plait sans le vouloir quand d'autres qui n'y parviennent pas font des grimaces de dépit ou de désespoir ? Pourquoi lui, dit la vie, pourquoi lui ?

Alors quel parti prendrai-je dans cette affaire là ?  Ne sera-t-il donc rien d'autre qu'un galet sur ma plage, amené là par le gré du courant marin ou bien sera-t-il le porteur d'un message ? Car pourquoi peupler ma plage pour rien, occuper le terrain et ne rien apporter, même pas une bonne nouvelle, même pas une leçon qui me rendra plus sage, plus savante sur moi et sur mes aspirations ? Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que sans lui ma vie ne serait pas la même et qu'hélas, sans lui, ma vie va devoir continuer.

Alors, hasard ou destinée ?