31 janvier 2009

ELLE - Matador

Matador.jpg

La foule doucement s'écoule par les huis grand-ouverts.

Un flot continu et bigarré semble vomi par les portes des arènes de la Real Maestranza de Caballería de Séville. Douze mille spectateurs échauffés quittent les lieux. La corrida a été magnifique. Le taureau a été brave et le torero et lui ont lutté à égalité. Des olé ont fusé tout au long des tercios pour finir en un viva assourdissant lors de la mise à mort. La poussière est retombée sur le cirque ensanglanté. Manuel (Manolo) Fernandez et José (Pepe) Marquez ont célébré ça dans les vestiaires avec leurs copains de la quadrilla. Manolo s'est déjà douché et relance sans cesse Pepe sur la bravoure du taureau à qui il a donné par trois fois la puya. Dans sa carrière, il en a vu des taureaux, mais un volontaire comme celui-là, rarement. Pepe rigole "pff, qu'est-ce que tu connais, toi, de la valeur d'un taureau ? Deux ans picador et tu as déjà tout vu !" Les deux hommes sont toujours en compétition. Pourtant Pepe est incontestablement meilleur dans son rôle de puntillero, même s'il est considéré par Manolo comme "boucher" ! La corrida, oui, faire souffrir par une agonie lente le taureau, non.

Leurs joues brûlent sous l'effet de l'alcool trop vite ingurgité et ils se dirigent, passablement égayés vers la Bodeguita de Tonio, à trois cents mètres de là. "Ce soir" dit Pepe "je planterai bien ma banderille, moi !" Ils se coudoient et rigolent du bon mot de l'aîné. Le bar est enfumé et un halo rougeoyant semble enflammer la pièce. Ca sent le chorizo et le tabac bon marché. Les abat-jours rouge sang diffusent si peu de lumière qu'il est presqu'impossible de distinguer les silhouettes. Ils rejoignent quelques peones du groupe déjà au comptoir. Le verbe est haut, tout le monde s'interpelle et refait en boucle les meilleurs moments de la corrida. Les hommes comme les femmes rient fort. La joie est bouillonnante et les regards égrillards.

"Dis Manolo, Esperanza, tu la vois toujours ?" Manolo se renfrogne un peu. Cela fait deux semaines qu'il n'a pas eu de ses nouvelles. Ils se sont fâchés toujours pour la même raison. "T'es pas sérieux, elle est bien Esperanza, elle est sérieuse. Tu devrais pas la traiter comme ça !" "Ben, et toi alors, hein !" lui réplique Manolo "t'as pas fait un beau gâchis avec Pilar ?" Pepe se renfrogne à son tour "Fais pas chier !". Ils plongent tous les deux les yeux dans leur verre. "Bon, allez, on s'en fout, y'en a des milliers comme elles" propose Manolo en choquant son verre contre celui de Pepe. Pepe le regarde franchement "T'as raison jeunot, ce soir c'est nous les matadors. Reste à trouver la génisse bien gaulée à qui on va enseigner les différentes techniques d'estocade !" Manolo éclate de rire. Il lève les yeux et alors qu'il scrute la salle, il coudoie Pépé "Eh quand on parle de la génisse, on voit les cornes, vise un peu là-bas !" Pépé regarde dans la même direction. Devant la porte d'entrée, hiératique, une femme splendide moulée dans une robe rouge vermillon se déhanche sur de hauts talons impossibles. Elle chaloupe entre les groupes et vient se poster sur le tabouret resté libre à côté de Pépé. "Una cerveza" demande-t-elle sans faire attention aux deux hommes qui la scrutent sans vergogne, comme hypnotisés.

Elle est sculpturale, un visage émacié, étrangement androgyne. De très longs cheveux ondulés aux reflets noir bleuté sont réunis en un chignon négligé retenu par une pique d'ébène ornée d'arabesques. Des boucles échappées tombent sur sa nuque gracile. La toile de sa robe révèle le serre-taille qui l'affine comme une liane et la lisière des bas qui gainent de soie noire ses jambes interminables. Pépé ne peut la quitter des yeux, fasciné par le vermillon de ses lèvres. "Et bien, c'est comme cela que vous agissez avec les dames, vous les dévisagez ?". Elle a planté ses yeux noirs dans les siens. Pépé est désarmé. "Ben, vous savez, on ne voit pas beaucoup de dames comme vous passer ici !" est tout ce qu'il peut articuler. "Et bien, pour vous faire pardonner, offrez-moi donc une tequila !"

Elle n'est pas farouche se dit Pépé qui cligne des yeux en direction de Manolo. Le coup de coude complice a failli jaillir, mais il s'est retenu in extremis. "Nous étions en train de parler de la corrida !" Evidemment, de quoi peut-on parler chez Tonio après une corrida ? "Vous y étiez peut-être ?"  Dolores se tourne vers lui. Elle lui fait face et il dévore des yeux ses lignes de sablier. Comme il aimerait plonger son nez, là, entre ses seins et plaquer ses mains sur ses fesses rondes. "Bien sûr, je suis une aficionada. Pour rien au monde je ne manquerais une prestation de Pascualito !" lui répond-elle le regard enfiévré. "Comment ne pas succomber à cette énergie quasi sexuelle qui se dégage de la foule en rut qui crie "mata, mata" ?" Pépé se trouble. Elle n'a cessé de le regarder avec comme un défi dans le regard. Elle flamboie dans sa robe et ses yeux noirs bizarrement semblent de braise. "C'est moi qui est achevé le taureau, vous ne me remettez pas ? " dit-il fièrement, pour retenir son attention. "Ah, c'était vous le puntillero ce soir ?"

Cette information semble transformer son visage. Ses traits se creusent, sa bouche s'entrouvre, elle respire un peu plus précipitamment. L'excitation que ces quelques mots provoquent est évidente et Pépé se dit "c'est gagné !" "Vous savez ce qui me fascine dans votre rôle, c'est votre habileté ou plutôt l'obligation d'habilité qui repose sur vos épaules. D'un coup, d'un seul, bien appliqué, le taureau s'il résistait à l'estocade, par vous doit tomber, mort..." Elle palpite, c'est évident. Chaque mot prononcé semble la galvaniser. Manolo et Pépé ne parlent plus et la contemplent. "Saviez-vous qu'en glissant la lame exactement entre la base du crâne et la colonne vertébrale, un homme mourrait avec une érection comme le pendu ?" "Non !" Pépé est incrédule "On a jamais vu un taureau bander !" Dolores sourit "Si, si. Il parait que la lame glissée d'un coup aurait le même effet que la corde. Oh, ce n'est que de la théorie mais je la trouve fascinante. Dommage pour le taureau. Partir en éjaculant serait une mort plus douce, comme une récompense après un vaillant combat..."

Les deux hommes sont mal à l'aise et Dolores le voit. "Allez, salud" dit-elle. Ils trinquent et le feu de la téquila efface le souvenir de la macabre conversation. Dolores se fait câline et plus ils boivent, plus elle se rapproche de Pépé. Il se dit que ça y est, c'est emballé. "Vous me raccompagnez ?" lui susurre-t-elle.

Les marches de bois qui mènent à son appartement craquent dans le silence de la nuit. L'immeuble a l'air désert. Pépé regarde les fesses de Dolores se dandiner sous ses yeux et l'excitation le saisit déjà. Il sent son sexe tendu contre la toile de son jeans. Il retient une envie animale de soulever sa jupe, d'agripper ses hanches et la dévorer, là, sur place. Il anticipe sa chaleur, sa douceur, ses saveurs, il n'y tient plus. La porte grince sur ses gonds. Elle l'entraine dans le salon. Ils sont debout devant la cheminée qui crépite comme par miracle, illuminant la pièce de lueurs infernales. Elle l'attrape par les épaules et plaque son corps contre lui. Elle sent sa verge contre son ventre et lui sourit. "T’as envie ?" demande-t-elle par jeu. "Oui, oh oui !" Elle a littéralement arraché sa robe qui vole sur le canapé. Elle est plantée devant lui, les seins nus et ronds comme des fruits dorés. Sa guêpière de dentelles noires et rouges sculpte sa taille et cambre ses reins. Aucune dentelle ne cache sa toison noir corbeau en triangle parfait.

Sans ménagement, elle le fait mettre à genoux et lui intime "mange-moi" et il se précipite. Il se noie entre ses cuisses, il grogne de plaisir et elle gémit et elle halète. Il sait y faire pour un puntillero et ses caresses ne sont pas frustres qui l'amènent déjà au bord de la rupture. "Arrête !" Elle se précipite sur sa bouche et l'embrasse violemment. Elle déchire sa chemise et le bascule sur le canapé. Elle ne prend même pas le temps de le déshabiller et il aime cette urgence qu'elle y met. Elle aime ça. Ca l'excite plus encore. Elle le regarde droit dans les yeux alors qu'elle le chevauche et s'empale sur son sexe luisant. Elle devient amazone et se démène sur sa queue alors qu'il se redresse pour embrasser ses seins. Il geint, elle gémit plus encore "Je vais jouir" souffle-t-il. "Non, pas encore..." elle continue son ballet et maintient sa tête contre ses seins qu'il tète avec frénésie. Et alors qu'il la cajole, lentement, de sa main droite, elle ôte la pique qui retient ses cheveux et s'en saisit comme d'une dague. Il râle, il est au bord de la jouissance. "Non, pas encore !" crie-t-elle. Et avant que la déferlante blanche ne l'emporte elle plante la dague à la base du crâne de son amant. Il devient pantin sans vie entre ses bras alors qu'au creux de son ventre elle sent gonfler et se raidir plus encore ce sexe qui, dans quelques instants, lui arrachera sa jouissance.

 

Fiction librement inspirée par le film "Matador" de Pedro Almodovar. 

 

03 septembre 2008

ELLE - La jouissance, aveuglément


libe.jpgEloïse est fébrile,
elle va le rencontrer aujourd'hui.

Cela fait deux mois que ça dure. Cela fait deux mois que l'annonce a été publiée par Libération. Bizarrement, l'absence totale de censure l'avait perturbée. Elle avait été partagée alors entre une sourde indignation qui aurait voulu s'exprimer en des mots voisins de "de nos jours on peut publier n'importe quoi, pas étonnant qu'il y ait tant de sordides faits divers !" et un espoir déçu qu'on ne lui refuse pas la publication qui l'aurait soustraite à sa propre décision.

Mais rien n'était arrivé. Ils avaient accepté de faire paraitre ces trois mots comme un cri de désespérance "Faites-moi jouir !". Accolée à ces mots qui lui avaient brûlé la rétine en les lisant, son adresse email. Une adresse anonyme créée pour l'occasion. De nos jours tout est si simple. Un pseudo, une boite email et le tour est joué, la musique pourra peut-être enfin être écrite ?

Le jour de la publication cela faisait 14 ans qu'elle était avec Paul. Il avait été son seul homme. L'homme unique de ses rêves éveillés de petite fille. Elle l'aimait. Elle le savait. Mais elle ne l'avait jamais désiré. Ou l'avait-elle désiré autrefois sans pourtant jamais jouir de lui ? Peut-être que finalement était-ce lui qui ne la désirait plus ? Elle ne savait plus faire la différence, comme si une spirale infernale qui n'aurait jamais eu de début était née entre eux, spontanément, les entrainant toujours plus bas vers l'absence de jouissance. Pourtant, il l'aimait. Elle en était sûre. Comment deux êtres peuvent-ils s'aimer si fort sans se vouloir ? Elle n'avait pas de réponse. Elle lisait les magasines jusqu'à la nausée qui lui disaient que, dans ce monde, il faut jouir. Jouir d'un beau physique, jouir d'une belle famille, jouir d'une réussite sociale, jouir de biens matériels. La jouissance était à l'étalage comme de la viande un peu plus avariée tous les jours. Mais elle, elle ne jouissait jamais.

Pourtant elle voulait jouir, une fois, au moins une fois avant de mourir. Sa faim avait justifié les moyens qu'elle y mettait. Alors pour voir et surtout pour savoir elle avait tenté cette folle expérience. Elle avait sélectionné les réponses emails les plus engageantes. Elle avait envoyé le cahier des charges : répondre à un questionnaire précis. Puis les sélectionnés avaient faits l'objet d'un scrutin scrupuleux. Pour tenter d'écarter ceux qui lui paraissaient déséquilibrés, dangereux ou mus par des motivations trop éloignés du jeu. En gros, elle sélectionnait les étalons en ayant conscience de la folie de son entreprise. Aucune culpabilité pourtant ne l'envahissait lorsqu'elle répondait, interrogeait, disséquait les candidats. Deux seuls restaient en lice et elle allait rencontrer le premier ce soir.

Elle avait envoyé un email simple "Vous vous rendrez à l'hôtel du Petit Moulin, rue du Poitou, à 20h00 et vous demanderez la chambre 8. On aura préparé pour vous une deuxième clé. Je vous y attendrais, assise sur le lit les yeux bandés." Le reste restait à inventer.

19h57. Eloïse est assise sur la pointe des fesses au pied du lit, sage comme une image. Son cœur bat la cavalcade. Envie de vomir, envie de fuir. Excitée à son corps défendant et inquiète pourtant. Ne craint-elle pas aussi pour sa vie ? Qui sait. Elle entend la clé dans la serrure. Elle ne voit plus rien depuis cinq minutes car pour apprivoiser le noir, elle a bandé ses yeux avant. Elle est tétanisée. La chambre est magnifique. Elle ne voulait pas de cadre sordide pour cette expérience inédite. Du luxe de bon ton. Du luxe pas banal, griffé par un grand nom comme elle imagine sa peau le sera bientôt par le désir de l'autre.

Elle tremble et des perles de sueur humidifient le dessous de ses bras. Aucun bruit. Subitement, l'eau qui coule dans le lavabo. Surprise inquiète. Elle n'entend pas son pas mais elle le sent, là, planté devant elle. Un doigt léger qui sent bon le savon frais et qui cours sur sa joue la fait sursauter. Tous ses sens aux aguets. Il s'est lavé les mains. Prévenant. Initié. Ses lèvres s'entrouvrent car elle suffoque. Elle aspire l'air pour dompter son cœur mais elle se laisse faire. Le doigt glisse le long de sa joue, le long du ligament du cou pour atterrir lentement au creux du décolleté de son chemisier de soie. Sage comme une image et le cœur en breloque. Il s'est agenouillé. Elle sent son souffle approcher de son cou. Un frôlement incandescent de lèvres qui la fait frémir et mouiller. Jamais ressentie cette envie démente, mélange de terreur et d'anticipation.

Un à un les boutons sautent. Ils participent à l'effort commun, dociles ils se déboutonnent. Les mains expertes la dénudent, l'épluchent. Des mains bouillantes caresses ses épaules, descendent le long des bretelles pour faire sauter le soutien-gorge qui cède aussi. Ca va trop vite. Il va trop vite. Panique et pourtant le sang qui bat son sexe, la rivière qui sourd, le souffle court. Il gobe ses seins, les baise, les dévore et s'attarde sans fin sur les tétons durcis. Sa langue suçote et ses lèvres aspirent. Sa bouche s'active et mieux que sous une caresse directe son clitoris bande. Elle ne doit pas toucher. Rien faire. Elle veut l'attraper à pleine bouche et l'embrasser. Interdit. Il joue, il agit, c'est le jeu. Il continue de baiser ses seins tendus comme deux fruits mûrs. Ses mains se joignent au ballet et doucement les palpent et les malaxent. Elle gémit, se cambre, projette son joli buste vers sa bouche goulue. Elle se pâme, et casse les règles du jeu en agrippant ses épaules. Le plaquer contre elle, le faire sien, lui qui pour la première fois lui donne de tels émois. Il la repousse violemment. Elle bascule en arrière et s'effondre sur le lit. Ses seins dressés au ciel comme une figure de proue.

Il a relevé la jupe. Des bas prévisibles couvrent ses jambes. Il ignore ses dentelles et plonge entre ses cuisses.  Elle râle. Sa langue vient de lécher son sexe dégoulinant. Elle halète envahie par des sensations inconnues. Elle tourne la tête de droite à gauche,  semble dire non, mais ce n'est pas non que son corps dit. Il crie "oui, encore, encore..." et subitement comme, involontairement, ses lèvres articulent "oui, encore..." Des soubresauts de plus en plus puissants dévorent son ventre. Elle sourit, elle se crispe et crie plus fort. "Oui, oui..." Une vague l'emporte au loin. Elle n'est plus là, absente à lui, absente au monde. Un sanglot de bonheur et de désespoir la suffoque. Deux larmes lentement coulent sur ses tempes. Et alors qu'elle s'abandonne à ce maelstrom de sensations, elle sent le poids de son corps qui s'étend sur elle et sa bouche sur ses lèvres et ses mains qui veulent lui ôter le bandeau. Un "non" désespéré jaillit mais c'est trop tard, elle le voit !

"TOI ?"

Sur la moquette épaisse git le veston de son amant glorieux. Dans sa poche, soigneusement pliée une lettre aux couleurs de Libération :
"Madame, nous accusons réception de votre règlement de 36 €. Votre annonce sera publiée le 4 avril sous la référence LIB0804697 pour trois parutions dans un délai de 7 jours. Sauf correction de votre part au plus tard le 28 mars, le texte sera :

"Faites-moi jouir ! Ecrivez à justonetime@hotmail.fr"

 

14 mai 2008

ELLE - Envie de chambre obscure

383317144.jpgElle attendait ce moment là depuis des mois.

Il avait tout prévu. Il s'était révélé incroyablement organisé. Il avait pensé à tout mais avec légèreté pour ne pas rendre la préparation de leur rencontre sordide. Il n'avait rien oublié pour que la rencontre soit un écrin de plaisir. Et elle, elle frémissait se préparant à la rencontre. Dans sa chambre, la voilà qui se plante nue devant le miroir. Ses yeux sont aussi indulgents que ceux de la surveillante chef du pensionnat. Elle a chassé chaque duvet et fait en sorte que son corps soit aussi doux que la joue d'un nouveau né. Poncée, gommé, épilée huilée, prête à s'immoler aux feux de son désir. Elle ne le connaissait pas, seulement quelques clichés lui avaient donné une idée de ses traits mais ce qui avait scellé leur destin c'était ses mots, ses envies qu'il avait si savamment traduites en billets, en messages. Et puis sa voix. Evidemment, sa voix...

La mise en scène avait surgit aux cours de leurs échanges épistolaires. Il devait arriver à l'hôtel en premier. Il lui enverrait un SMS un fois installé. Il l'attendrait dans le noir complet. Il ne la verrait pas. Elle ne le verrait pas. Elle marche dans la ville dont le gris l'a absorbée dès sa sortie du train. Mais son âme est au rose. Ah, le rose. Rose comme les dentelles qui décorent plus qu'elles ne cachent son corps. Rose comme ses lèvres qui viendront bientôt goûter sa peau dans tous ses recoins.

Elle sent un sourire excité flirter avec ses lèvres. Ses entrailles pourtant tricotent et font des noeuds. Chaque pas la rapproche de lui. Chaque pas la rapproche de l'amant. Il lui a fallu longtemps, il lui en a fallu des mots et des hésitations avant de se décider. Céder. Mais que la reddition la rend frémissante. Elle arpente les rues de son pas militant. Ses yeux se perdent sur les plaques portant le nom des rues. Il semblerait qu'elles lui délivrent un message. Elle croise l'impasse de la Vierge. Elle dépasse le passage de l'Union. Comme cela est plaisant. S'égrènent comme un rébus les noms qui la mènent à son doux supplice. Elle sait qu'il l'attend. Elle l'a tant attendu aussi.

Elle est en avance. Elle choisit un café non loin de l'hôtel. Elle fait semblant de lire mais son cerveau passe et repasse les mots. Ils ne veulent rien dire. Elle est inondée par ses mots à lui. Tout ce qu'il a promis de lui faire découvrir. Tout ce qu'elle n'a jamais fait. La peur qui lui étreint les tripes est si puissante qu'elle craint de se trouver mal. Subitement, la sonnerie bien connue résonne dans son sac à main. Deux mots "Chambre 27". Elle croit qu'elle a les mains qui tremblent. Elle part précipitamment comme si sa vie en dépendait. Elle est fébrile. Une fièvre rien de thérapeutique lui rougit les joues. Son cœur joue des percutions dans sa poitrine.
Elle ne marche pas vers l'hôtel. Elle se précipite. 

Arrivée à l'hôtel. L'ambiguïté de la situation. "Chambre 27 s'il vous plaît" Sourire en coin du gars de la réception "je vous accompagne ?" "Non, non, je vais trouver..." Devant la porte. La main qui n'hésite pas. Deux coups sur la porte. Elle s'ouvre. Pas un mot. Elle se cogne, rit jaune. Elle a la trouille mais elle fait semblant de rien. "Vous êtes là ?" "Oui, faites attention la chambre est minuscule..." Ah, sa voix ! Sa voix qui l'enrobe comme de la crème chaude. Ils ont parlé. Ils ont rompu le voeux. Volonté inconsciente de dédramatiser, de faire en sorte qu'on ne sombre pas tout à fait. Il est devant elle. Le noir empêche la distinction des silhouettes. Il tend les bras. Il la touche. Elle défaille. Son désir est là, puissant. Il la prend dans ses bras. Il est épais comme un ours. Il est chaud. Il est fort mais délicat. Il cherche sa bouche. Elle la lui offre. Le contact tant attendu. Un baiser fougueux. Pas le temps de faire des circonvolutions. Se manger, se dévorer. Mais non. Il prend son temps. Ils s'embrassent longuement et leurs langues échangent en de langoureux entrelacs leurs idiomes. Ils restent plantés là, des minutes entières, juste scellés dans leur étreinte.

Elle le fait asseoir sur le lit. Il se laisse faire. Elle le chevauche et lui baise les lèvres à pleine bouche. Elle veut les frissons qu'il lui a promis. Elle veut rougir sous ses injonctions. Elle sait ce qu'il veut qu'elle fasse pour lui. Il sait ce qu'elle veut qu'il fasse pour elle. Trop d'envies jamais vécues ont surgi entre eux. Elle lui caresse les joues. Passe ses mains sur son visage, sur son crâne rasé de prêt. Elle veut du sexe et de la tendresse. De la fougue et de la douceur. Elle veut ses ordres. Elle sent son désir l'inonder comme la mousson. Elle est heureuse de se sentir prête à l'accueillir. Elle rêve déjà de sa langue, de sa queue qui bientôt torturont en mille délices son calice. Il la serre fort contre son torse de débardeur. Il est puissant. Elle sait déjà que son poids pendant l'amour lui sera comme un joug doux qui la plaquera sur le matelas, assujettie à ses volontés.

Ils ne se parlent plus. Leurs mouvements viennent naturellement. Elle aime son haleine, son odeur. Pas de parfum avait été le mot d'ordre. Il avait respecté la règle mais elle avait triché. Elle voulait l'envoûter de son parfum au cas ou ses maigres appâts n'y suffiraient pas. Il lui ôte prestement ses vêtements. Elle se sent frêle aux prises avec ses mains fortes. Il l'allonge avec mille précautions. Il l'embrasse toujours et elle sent des rivières de désir la noyer. Elle prie tout bas "caresse-moi" mais il a déjà glissé sa main. Ses caresses sont savantes. Elle devient indécente. Elle s'ouvre pour lui, pour lui prouver qu'elle le veut vraiment. Et elle le veut vraiment. Il la fouille avec entêtement et elle sent des remous le long de son ventre qui présagent déjà l'arrivée du plaisir. Non, pas maintenant ! Elle le bouscule et le déshabille. Il l'aide. Il est pataud comme un gros ours. Leur peau se touchent enfin. C'est comme une fusion des corps. Elle veut le subjuguer. Elle le caresse et lentement sa bouche quitte ses lèvres pour descendre sur son torse palpitant. Elle mordille ses tétons. Elle suce sa peau. Elle le hume, s'emplit de lui et sent toujours plus fort son coeur battre entre ses cuisses. Elle se force à la lenteur mais voudrait déjà sentir la douceur de son sexe dans sa bouche. Il est là, bandé comme un mât. Il bande dur comme fer. Elle le gobe sans ménagement. Elle applique toutes les caresses qu'elle invente pour lui. Elle sent durcir sous sa langue ce magnifique vit. Il ne gémit pas mais une main vient se perdre dans les boucles de ses cheveux qui lui dit gentiment "continue ma Belle, c'est si bon. Mange-moi la Belle." Elle descend vers ses bourses si lisses. Sa langue est curieuse et développe des caresses en volute. Et tour à tour, elle les avale et les suce en douceur. Inventer l'impossible pour le faire se pâmer. Lui offrir une jouissance pour qu'il ne l'oublie jamais.

Elle lèche chaque goutte des prémices de jouissance qui sourd de son gland tendu. Et d'un seul coup, elle se lance. Le surprendre, le prendre à son propre jeu. Réaliser pour lui un fantasme interdit. Elle le tourne sur le ventre et le chevauche, les cuisses écartelées sur ses fesses qu'elle mouille. Elle le masse lentement. Des épaules, elle descend le long de son dos musclé. Elle frotte son sexe sur ses fesses et provoque des décharges de plaisir qu'elle doit réfréner au risque de s'oublier. Elle  continue à descendre inexorablement vers ses fesses. Elle suce ses fossettes et, priant qu'il ne la rejette pas, sa langue glisse lentement le long du sillon qui divise sa chair en deux hémisphères bombés. Des parfums musqués d'animal sauvage inondent ses narines qui s'enivrent au passage. Il ne dit rien. Bien au contraire, il semble se cambrer. Alors l'audace la prend. Elle écarte doucement les deux globes ronds et durs et immisce sa langue dans la fissure trouvant enfin l'entrée de son antre. Elle le titille et le suce comme un bonbon, le déguste et pudiquement le pénètre en légers va et vient. Il ne faut pas l'effaroucher. Il faut juste l'apprivoiser. Il gémit et se cambre toujours plus. Il aime. Elle est rayonnante. Elle ne veut plus être que l'objet de son plaisir. Elle part à la découverte de sa peau et flatte chaque recoin de ce pays inconnu. Elle l'entend souffler, et plus il halète, plus elle le baise. Homme elle voudrait être pour l'envahir pour de bon et mettre son plaisir en esclavage. Elle ne se reconnaît plus. Le clouer de plaisir, lui arracher des sensations honteuses qui le feront frémir. Mais subitement, il se redresse. Il est brusque et fébrile. Il la met sur le dos. Elle a compris. Il l'enjambe et lui présente son sexe brandi, prêt à exploser. Elle attrape ses couilles et les caresse avec ferveur pendant que sa langue et ses lèvres, avec précision, lui arrachent des soupirs et des trémulations. Il est au paroxysme. Alors d'une main ferme elle se saisit de sa hampe qu'elle branle et fait jaillir sur son visage, en mille traits lactés, la jouissance qu'un jour il lui a demandée.

Et elle sait que maintenant, oui très bientôt, ce sera son tour....

 

23 mars 2008

ELLE - Envie d'elle

54665579.jpgL'amie était partie faire des courses tôt le matin.

Elle avait quitté la maison sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller. Elle savait qu'elle était rentrée tard et qu'elle avait besoin de se reposer.  Il était dix heures du matin maintenant et elle pensait qu'elle dormait toujours. Doucement elle glisse la clé dans la serrure et ôte son blouson et ses chaussures dans le vestibule. Elle pose toute ses affaires ainsi que les clés, si bruyantes dans le silence conventuel de l'entrée. Elle lui a acheté des croissants pour la remercier de son hospitalité. Elle se dit que, peut-être, elle pourrait entrouvrir à peine la porte de sa chambre pour vérifier si elle dort encore. Avec la souplesse d'une chatte, elle glisse le long des marches de l'escalier de bois, priant qu'aucune marche ne crie sous ses pas.

Elle entrebaille la porte et une lumière inattendue aveugle ses pupilles. Les rideaux sont ouverts sur un soleil matinal qui incendie la chambre. La couette est retournée et la belle n'est plus là. Elle entend au fond de la chambre le bruit familier des gouttes d'eau qui éclatent sur la paroi de verre. La belle est sous la douche, cela ne fait pas de doute. Un sourire contenté fend son visage. Elle va lui préparer du café. A moins que la belle ne préfère une tisane contre le mal de crâne. Sa soirée devait être arrosée. Elle va lui demander.

Doucement elle s'approche de la salle de bain dont la porte baille à peine. Un peu de vapeur d'eau s'enfuit en volutes blanchâtres comme un brouillard de Brocéliande à l'aube. Elle se penche pour lui signaler sa présence mais son coeur s'arrête net. Il a même sauté un battement et son souffle se bloque dans ses poumons. C'est comme si elle venait de surprendre un miracle en cours de réalisation. Son sang caille dans ses veines. Elle ne respire plus, c'est impossible. Comme un coup au plexus qui assassine un instant son souffle, le suffoque dans sa poitrine. Ses jambes fléchissent sous l'afflux d'un désir violent qui l'inonde à son corps défendant. Elle s'appuie au chambranle de la porte et regarde la belle, fascinée.

La belle est assise au fond de la cabine de douche qui ressemble à un sas de décompression tout de verre bleuté habillée. Ses beaux cheveux blonds vénitiens sont remontés en un chignon abondant et imparfait et quelques boucles mouillées retombent sur sa nuque et ses épaules. Ses paupières sont baissées et son visage resplendit de sérénité comme les traits de la Madone. Elle reste tétanisée devant le spectacle de cette beauté callipyge dégoulinante de pluie bouillante. La belle a coincé entre ses genoux le pommeau de la douche dont les jets puissants viennent masser et ses cuisses charnues et son sexe à peine voilé de blond. Sa main droite, équipée d'une éponge rose pleine de mousse onctueuse, passe et repasse lentement sur tout son buste généreux. Suivant un chemin d'elle seule connu, elle dessine sur ses seins des spirales qui finissent invariablement sur ses tétons dressés. Et puis elle recommence et recommence et recommence encore. Ses gestes sont hypnotiques et se plantent comme des dagues d'envies douloureuses dans le ventre de l'amie qui la lorgne. Puis, lentement, perdue dans son rêve voluptueux, sa main descend entre ses cuisses pour s'interposer entre la pluie et sa fente mouillée. Elle s'attarde là, faisant mousser toujours plus le savon et chaque passage semble lui arracher un rictus de plaisir. La belle est minutieuse et prend son temps. Elle sait y faire. Elle n'est pas débutante. Elle soupir. Ses lèvres à peine entrouvertes exhalent le plaisir qui monte irrémédiablement.

L'amie est partagée entre son désir qui la fouaille et l'impudeur de sa honte. Elle se sent voyeuse mais ne peut décrocher son regard de ce corps blond frémissant. Son coeur palpite dans sa poitrine et elle sent monter en elle des envies interdites. Subitement, elle fait tomber un flacon et la belle sursaute dans un cri. Leurs regards paniqués se rencontrent. L'une se sent coupable de la regarder, l'autre se sent coupable d'être surprise. Le temps s'est interrompu un cours instant, figé. Leurs coeurs battent à l'unisson mais pas pour les mêmes raisons. L'une toujours debout mais prête à s'affaisser lui fait "chut" d'un index posé précipitemment sur ses lèvres. L'autre, rougissante, tente de cacher ses appats que les regards de son amie dérangent. "Non, je t'en prie, ne cesse pas..." peut seulement articuler la voyeuse bouleversée. "Je t'en prie continue, je veux te regarder. Laisse-moi te regarder !" L'eau bouillante continue à couler et développe toujours plus de vapeur. Les parois de la douche s'embuent lentement et protègent la belle du regard de son amie qui l'intimide. "S'il te plait, continue, s'il te plait !" quelques mots timides, comme une plainte. Alors l'autre passe une main volontaire sur la paroi et crée pour son amie un hublot qui libère à sa vue ses courbes si tentantes. La belle reprend ses caresses sans ciller. L'une se laisse glisser le long de la porte et se retrouve à genoux face à la douche. Les yeux dans les yeux, elle sent son ventre palpiter au rythme de l'éponge qui voyage sur le corps de la belle. Elle a envie de la toucher, elle a envie de passer à son tour l'éponge sur ce corps luxurieux. Elle veut la faire frémir, elle veut la faire gémir.

La belle l'aura compris ? Sans un mot, la belle ouvre la porte de la douche. L'appel est net, pas besoin de discours. L'amie s'approche de la cabine, hésitante, et la belle se penche vers elle, lui offrant sa bouche. Le contact de leurs lèvres est foudroyant. Le baiser qu'elles partagent pour la première fois les fait chavirer. L'une de nouveau a le souffle coupé. Elle cesse le baiser qui l'émeut incroyablement et se recule pour contempler la belle qui lui sourit et qui lui prend la main pour y déposer l'éponge savonneuse. Puis, avec sa propre main elle guide son amie sur son corps comme l'on ferait avec la main de l'aveugle sur un visage inconnu. Alors, l'amie ferme les yeux et se laisse guider. Elle découvre les reliefs de la belle qui l'amène entre ses cuisses et lui enseigne comment reproduire le mouvement que, quelques minutes plus tôt, elle-même exécutait. Et la belle de s'ouvrir aux caresses de son amie et son amie de rouvrir les yeux pour voir revenir sur le visage de la belle cette lumière d'extase. La belle s'oblige à regarder celle qui maintenant la caresse comme son double le ferait et, dans un souffle, elle lui dit "fais-moi jouir !" Galvanisée par le désir de l'autre qui irradie de tout son corps, l'amie suit avec assiduité les mouvements de bassin de la belle qui gémit enfin. Sa main ne lui appartient plus et semble suivre les injonctions de ce corps au supplice. Elle s'active sur sa fente, perçoit le moindre soubresaut de son ventre qui s'anime. Et plus la belle gémit et plus elle la caresse. Et plus la belle la fixe de ses yeux perdus et plus elle voit sous ses paupières alourdies le plaisir qu'elle lui donne. La belle n'en peut plus, se tortille, trémule, prie... La belle cherche la caresse comme une chatte en chaleur et projette son sexe, indécente, vers la main de son amie. Celle-ci la voit au bord du précipite et lui sussure "le veux-tu ?" "Oui, je t'en prie"  sera sa seule réponse.

Alors, dans un dernier mouvement de l'éponge, elle libère enfin l'orgasme emprisonnée dans les chairs de la belle et qui n'attendait que ce moment pour s'exhiber. 

Et en guise de récompense, elle vient cueillir sur ses lèvres frémissantes le goût d'un plaisir inédit.