06 septembre 2008

ELLE - Comment faire du mâle un ami

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"Tous ces messieurs ont bien de la chance !"


Me disais-je in petto alors que, vautrée sur mon transat, j'observais avec mes yeux curieux d'anthropologue contrarié le défilé de tous ces hommes le long de la piscine. Arrivés à la quarantaine et parfois même plus tôt, il semblerait qu'une malédiction les frappe inéluctablement. Comme si une fée Carabosse abaisée (vous noterez au passage le "a" privatif de mon néologisme créé par obligation car l'expression consacrée "mal baisée" n'était pas appropriée puisqu'elle ne l'est pas, justement ...) avait décidé, par dépit, qu'à cet âge là, une excroissance viendrait agrémenter leur devant.

Une turgescence plus ou moins volumineuse, oblongue ou globulaire selon les cas, semble en effet devoir pousser inévitablement, enflant toujours plus. Je ne parle pas, bien sûr, de celle du cavalier vaillant qui avance, sabre au clair, à la conquête de ces dames frémissantes. Non, je parle de cette enflure disgracieuse qui commence sous les pectoraux et se termine en débordant sur l'élastique du slip de bain qui ceint, tant bien que mal, la mâle taille. D'ailleurs la malle la taille s'est fait il y a bien longtemps et il ne lui en reste que le nom car point de différence entre les épaules et la taille et un fil à plomb étonné révèlerait que la pointe de l'épaule, le creux de la taille et l'os de la hanche sont à l'aplomb donnant à ces messieurs une silhouette cubiste que Picasso applaudirait !

Ils déambulent, gracieux comme des grands singes, les bras ballants le long du corps et l'épaule arrondie conférant au profil l'allure d'un point d'interrogation inversé.  Les pectoraux absents se transforment en mamelles dont l'abondance éclipse rapidement les miennes. Pour faire  contrepoids aux épaules tombantes le bassin s'est rétro-versé rendant la fesse molle et fuyarde. Ils semblent s'enrouler sur eux-mêmes comme une fougère nouvelle dans le sous-bois. La jambe, tour à tour trapue ou fluette, soutient le tout avec vaillance et seul le rythme cadencé de leurs pas tient tout cela en équilibre, défiant ses lois.

Pourtant, à leur côté se tiennent bien souvent des femmes pimpantes et bien arrangées.  Elles ne sont pas toutes également jolies mais elles sont amoureuses et cela les rend belles. Le soleil aussi, au passage, car les imperfections se cachent opportunément sous le hâle. Elles accompagnent leurs hommes au bord de la piscine, arborant des maillots de bain seyants. Si elles ne sont pas toutes faites au moule, forcément avec les enfants, émane d'elles plus de grâce que de n'importe lequel de leurs époux. Et je les regarde en les admirant me demandant si leur désir est toujours là.  Est-il intacte comme au premier jour lorsque le torse ferme de leurs amants les accueillait lors de chaleureuses étreintes, ou bien dans le secret de leur cœur maudissent-elles le laisser-aller de ces hommes qui traduit, il me semble, l'indifférence vis-à-vis de ce qu'elles peuvent en penser ?

Et je m'interroge sur ma propre capacité à aimer un homme qui ferait fi de mon désir au profit de sa gloutonnerie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit et non pas de gourmandise. La gourmandise est en nuance et en modération, la gloutonnerie est dans l'excès plus digne du gavage que de la dégustation. Peu importe. Je m'interroge. Un jour aimerai-je assez fort pour que mon désir reste toujours aussi vibrant devant des chairs devenues dilatées voire informes ? Taxez-moi de vanité si vous le voulez, mais mon désir passe aussi par mes yeux et l'équilibre et la proportion me sensibilisent tout autant qu'un intellect et un humour bien affutés.

Et je me dis qu'aucun hasard il n'y a au fait que la tolérance soit du genre féminin, car il s'agit bien de tolérance ici n'est-ce pas ? Tolérer sans récriminer que l'autre se transforme, se déforme au fil des ans sans accepter que son désir ne s'émousse finalement sur ses rondeurs de menhir qui n'en ont pas toujours la fermeté pourtant !

Alors la question ne serait-elle pas "de quoi se nourrit le désir de la femme ?". Car admettez que le désir de la plupart des hommes est aussi vaniteux que le mien qui trop souvent suit, sans beaucoup de scrupules, le mirage d'une jeune silhouette oubliant sur le chemin la femme des premiers temps.

Comment pourrais-je conclure cet article, que certains prendront à tort comme dose de vitriol au visage, sans faire de la gent masculine mon ennemie à vie ? Et bien je vous dirais que je vous aime quand toujours vous gardez présent à l'esprit qu'il faut se plaire pour bien aimer et qu'il faut toujours vouloir lui plaire aussi car n'est-ce pas bien souvent ce qu'elle tente de faire, elle ?

Et s'il faut encore vous rassurer sur mes intentions à votre égard, qui sont finalement lucides mais bienveillantes, lisez donc
ICI ce que je disais de vous il n'y a pas si longtemps.

Fasse que ce petit billet ne soit pas perdu pour tout le monde ! Allez, quoi, souriez !