jeudi, 17 avril 2008

ELLE - Vie de chien ?

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La boutique a ouvert il y a peu de temps.


Sa devanture avantageusement dressée me faisait de l'œil depuis plusieurs jours mais je ne trouvais jamais le temps de m'y arrêter. Enfin, aujourd'hui j'ai pu y pénétrer. En guise de sonnette, une clochette qui tintinnabule dont les sons ricochent sur les murs luxueusement habillés. Il y règne un silence d'église comme si le recueillement était impératif. La moquette est épaisse et absorbe le bruit de mes talons sur le sol. Mon regard se perd sur les étagères, les portants et autres supports variés et inventifs qui exposent à mes yeux éberlués des articles de toutes sortes.

Une dame sort d'un petit bureau discret caché au fond du magasin. Elle me dit bonjour avec un accent chantant et je me dis qu'elle n'est pas de chez nous. Elle arrive, avenante, un sourire full wattage éclairant son visage. Le sourire qui dit "oui, tout est très cher ici, mais vous le valez bien, craquez..." Elle me demande à la recherche de quoi je suis et, pour justifier ma présence que je sens au fond de moi illégitime, je me crois obligée de mentir "c'est pour faire un cadeau a une amie !" Alors là, le sourire devient béance et c'est tout juste si je ne lui vois ses entrailles tant elle anticipe déjà la somme astronomique de mes dépenses. Je suis complètement seule dans cette jolie boutique et apparemment perdue puisqu'elle décide de m'escorter pas à pas.

Je me dirige vers des étagères où sont posés des colliers de chiens en toile brodés de passementerie. Elle m'explique que tout est fait à la main par des artisans, italiens, parisiens...  Que les matières premières sont de première catégorie et que tout est dans la qualité de la finition, le souci du détail et de l'originalité. Je passe rapidement car la passementerie n'est pas ce que je veux. Jouxtant ces étagères, deux racks de colliers de cuir avec des laisses de toutes longueurs. Je l'interroge car il faut bien que je justifie ma présence. Je feins d'être intéressée et petit à petit je le deviens vraiment. En fait je suis comme hallucinée. Aucun mirage, aucun envoûtement ne saurait mieux que ces articles-là me laisser bouche-bée. "Et vous voyez là, cela se termine par un bracelet qui permet de le mettre au poignet et libérer la main. Dans un cocktail par exemple, si vous ne voulez pas vous en séparer. Mais attention, il convient uniquement aux petites tailles !" Je dois avoir les yeux écarquillés car elle insiste "oui, c'est intelligent comme création n'est-ce-pas et puis regarder les coloris, les matières, les finitions..."

J'abandonne le rack, irrésistiblement attirée par la deuxième salle. Un pan de mur complet expose des colliers d'une variété incroyable. Du cuir de toutes les couleurs. Des tissus siglés à l'anglaise, à l'italienne. Du racoleur. Du raffiné. Des perles et des gadgets. Des brillants scintillants à rendre coquette la plus virile des camionneuses. Je commencerais presque à fondre. Je me surprends même à poser des questions et le pire, c'est qu'elles sont authentiques et non pas là pour meubler la conversation. Quoi, je m'intéresse au sujet maintenant ? Mais si cela continue, vous pourrez m'appeler Paris. Non, pas celui épris de la belle Hélène mais bien celle qui défraie les chroniques de sa fine silhouette blonde et de ses frasques d'écervelée. Je tâte, j'admire et plus je découvre les articles plus je me dis que nous vivons dans un monde de cinglés. "Combien ce collier-là, le rose pâle avec les brillants ?" "Celui-là est à 160CHF mais attention, ce sont de véritables cristaux Swaroski..." Ah, oui évidemment si ce sont des cristaux de synthèse qui n'ont de valeur que le nom qui les fabrique, cela change tout !  Elle a fait roulé dans sa bouche chaque syllabe comme le plus savoureux des mets "Swa-rov-ski"... Alors présenté comme cela, bien sûr, ce n'est plus outrageusement cher, c'est donné !

J'ai envie de rire. Je me détourne pour ne pas éclater à son nez, qu'elle a fort joli d'ailleurs. Et là je crois avoir atteint le comble du ridicule. Un portant plein de petits cintres sur lesquels sont suspendus des peignoirs d'éponge blanche brodés, qui vont de la taille "poupée" à la taille "enfant de 5 ans" ! Je continue l'interrogatoire franchement intriguée "Mais ce sont pour des chiens ?" "Oui bien sûr, surtout ceux à poils longs à qui ont doit faire un masque régulièrement. Vous l'enfilez pour éviter qu'il ne prenne froid pendant que le masque pose et puis ainsi vous éviter qu'il mette de l'eau partout. Ça marche très bien, ça plaît beaucoup..." Alors là, la coupe est pleine. On a, je crois, toucher le fond.

Des peignoirs pour chiens et pour chiennes ? Des colliers Swaroski, Burburry, Gucci. Des gamelles siglées en acier inoxydable qui rutilent sous les spots halogènes. Des niches en mousse capitonnée façon treillis, vichy, fausse fourrure et j'en passe. Des pulls à col roulé en laine et pourquoi pas en cachemire. Un tableau de votre 
chien Pop Art façon Andy Warhol ? Il n'y a qu'à commander !
Des lunettes, oui, des lunettes siglées elles aussi avec un petit élastique là qui donne au toutou à sa mémère des airs de pilote façon St Exupery....

Je ressors partagée entre la stupeur de celui qui découvre l'existence d'un monde parallèle et le dégoût de notre société. On dépense pour des chiens ce que l'on ne donnerait même pas à son voisin dans la misère ou aux Enfoirés !

Vie de chien dit-on ? Chienne de vie, oui...

Allez voir à tout prix le site internet : Modecanine.eu