samedi, 26 juillet 2008

ELLE - Be romantic

harlequin.jpg


Le beau temps me rendrait-il joueuse ?


Je m'interroge car en ce moment tout m'est prétexte et il semblerait que toute la presse papier, liguée en une cabale vertueuse, association proche de l'oxymore, veille à me proposer tous les défis à relever aussi glamour ou culottés soient-ils.
Sloggi et George m'ont un instant provoquée et je n'ai pas résisté à répondre à leurs appels, alibi tout trouver pour m'exhiber révélant à vos yeux surpris des formes et des audaces insoupçonnées.

Et puis voilà qu'une édition de gare vient à me tenter avec son injonction "Be Romantic". Évidemment, la snob en moi, car sans noblesse je suis ne vous y trompez pas, s'est d'abord gaussée comme se gausse celui qui se croit au dessus de la plèbe dont pourtant il est issu. Enfin, n'était-ce pas du plus grand ridicule que cet éditeur bas de gamme essaie de m'entraîner à jouer son jeu ? Un sourire narquois relevait déjà les coins de ma bouche au souvenir de la niaiserie des textes qu'à douze ans ma petite sœur dévorait comme des sucreries qui marquèrent à jamais son âme de femme en construction. Contes de fée modernes qui cantonnent les rêveuses dans leur état, loin des réalités de la vie. Bref, je poursuis.

"Harlequin fête ses 30 ans et vous offre votre portrait réalisé par une grand photographe (un maquilleur et un coiffeur vous accueilleront au studio)."

Pourtant, insidieusement, l'idée pénètre mon cerveau et en remonte les méandres de ses mots navigateurs pour aller se nicher dans mon lobe frontal. "Allez, ne fais pas ta pimbêche, joue donc ! N'as-tu donc rien remarqué bécasse, faut-il donc que je te dise tout. Un grand photographe ils te disent. Et si c'était Har comme... Allez, fais un effort. Har comme
Harcourt !" Le nom a fusé de ma bouche comme un grand cri d'extase. Je ne suis plus narquoise, oh non, je suis conquise. Se faire tirer le portrait dans ce studio mythique où sont déjà passés Bardot, Arletty, Dietrich, Delon, Gérard, Marais, Lollobrigida... Tiens Clooney n'y est pas ? Quel rêve. "Be romantic" ? Oh, oui...

Tout apriori goguenard m'a quittée. La femme joueuse, la femme vaniteuse en moi s'est réveillée. Mon esprit critique à géométrie variable adopte bien vite de raisons accommodantes pour m'autoriser sans perdre la face à participer à ce jeu que deux minutes avant il conspuait. Car la face il faut que je garde intacte et belle encore si je dois passer devant l'objectif subjectif du photographe. Vite, le site. Vite, le formulaire. Vite, un clic.  Ah, j'ai perdu ! Je m'afflige, je me désole et telle Perette assise sur le talus je pleure mes rêves brisés, je me lamente "adieu studio, pose et cliché, mon minois sur papier glacé..." Quoi, on ne me choisit pas ? Pff, c'est bien le fait d'un éditeur de mauvais goût que d'évincer une si pimpante pépé ! De toutes façons, leur "grand" photographe n'est même pas connu alors finalement je n'ai rien perdu.

Le dépit qui m'anime m'amène d'un pas décidé chez Harcourt. Nul besoin d'un Harlequin de comédie qui n'a rien dell' arte, pour m'introduire. Rendez-vous est pris pour le mois d'août, nan mais...

C'est décidé, je vais me faire tirer,    le portrait !

 

dimanche, 20 avril 2008

ELLE - Bon pied...

1536594160.jpg

J'avais envie de vie parisienne.

J'avais envie de superflu, de superficiel, de prétentieux, de branché, de toutes ces qualités qui font qu'on se croit un instant au cœur de la vie où tout est beau, tout est bon... Où tout n'est que vanité !

Rendez-vous avait été pris à la
Cantine du Faubourg. J'aime la décoration, la musique lounge suffisamment présente pour assourdir les conversations mais pas suffisamment pour les empêcher. Nul besoin de se parler sur le ton de la confidence pour que le couple d'à côté, blasé, qui ne sait plus dialoguer, n'entende les secrets que nous allons partager.

Une jeune femme de sang africain, beauté aux membres souples comme du Playdo et à la démarche de Reine de Saba nous accueille. La soie légère de sa robe voile à peine ses formes sculpturales et le sourire éblouissant qu'elle nous offre nous aveugle un instant, nous laissant bouche bée, admiratives. A l'américaine, un air affairé dans la démarche, les menus déjà en mains, elle nous accompagne à notre table.  Je ne peux me retenir de lui souffler combien sa robe est bien portée. Elle me répond avec une fausse simplicité qu'elle est la RP de l'établissement. Oh combien je savoure ces airs de l'air de rien si rempli de sa propre importance. Bien sûr, la direction ne s'y est pas trompée, car mieux que n'importe quelles compétences, elle porte sur elle l'idée d'une certaine classe qui rejaillit spontanément sur le restaurant, et tous ceux qui le fréquentent s'en voient éclaboussés, presque baptisés, se sentant soudain investis d'un peu de cette élégance que la majorité pourtant n'a pas.

Les femmes sont toutes bien apprêtées. L'art du maquillage atteint ici la perfection car elles ont toutes compris que pour garder à leurs pieds tous ces hommes aux bourses bien remplies et pouvoir les vider à leur guise, il faut plaire, il faut faire bander, il faut éblouir. Et dans cette mascarade l'homme est le premier à vouloir jouer le rôle principal, celui du pouvoir octroyé par l'argent, croyant ainsi mener le bal alors que ce sont ces belles-là qui les dirigent dans ce ballet ancestral.

Nous voilà assises côté banquette, vue imprenable sur toute la salle où s'activent tels des automates bien réglés, force serveurs, homme et femmes vêtus de noir qui les drape d'élégance sans distinction. Et alors que mon vis-à-vis scrute le menu, mes yeux errent sur cette salle aux lumières tamisées qui mettent en valeur les couverts dressés, les verres qui réverbèrent la lumière dorée. Et l'inattendu frappe mes pupilles étonnées. Sur les murs du fond, suspendus en noir et blanc, des tirages papier, format poster, de pieds. Des pieds dans tous leurs états. Des vieux, des jeunes, des poncés-pédicurés, des corneux à la peau cartonnée.  Rêveuse je deviens devant ce spectacle décalé. Je suis ici pour m'immerger dans la beauté, dans l'élégance, dans le délicieux, le gourmet et l'on me sert des pieds ! Bien bel outil, le pied, à bien y regarder, car sans lui, comment faire pour avancer ? Terminaison articulée composée de 26 os - soit, pour les deux pieds, le quart de ceux composant l'ensemble du squelette - 16 articulations, 107 ligaments qui tiennent ces dernières et 20 muscles qui permettent au cerveau de commander leurs mouvements. Une vraie machine de guerre trop souvent méprisée. Pâle copie de nos mains, il est vrai, dont les doigts tout à tour boudinés, dodus à croquer, noueux comme la vigne ou tordus aux repoussantes callosités assurent l'équilibre de tous même de ceux qui ne le sont pas.
724319476.jpg
"Pieds nus pour visages connus" mis en scène par le photographe
Amélie Debray. Voilà un parti pris décapant. Montrer cette partie du corps révérée par certains comme des objets de culte digne d'Eros, honnie par d'autres comme le témoignage flagrant que dieu n'existe pas, et ce en choisissant d'occulter le visage de celui qui les guide à chaque pas, emporte mon suffrage. Etrange sensation devant cette nudité tellement plus impudique que toute autre nudité galvaudée.  "Il y a toujours une part d’impudeur dans cette nudité-là" disait C. Breilla.  Oui et presque une indécence. Et puis, mieux qu'une confession intime les pieds nous révèlent le soin que l'on se porte à soi-même, la gratitude que l'on a qu'ils nous mènent où l'on veut, dociles, et plus que tout il me semble, si l'on est soucieux des apparences seulement.  En effet, quoi de plus révélateur que des pieds négligés, sales, envahis par les cors et la corne spongieuse quand la tête qui les chapeaute s'affiche rasée de près ou poudrée et parfumée, prétendûment soignée, arborant tous les artifices du raffinement. Mais pour certains, de raffinement point et les pieds odieux sont cachés par d'onéreux souliers.

724319476.jpgJe contemple avec curiosité cette galerie de portrait de pieds surprenants et plus j'avance dans cette exposition, plus je me persuade que, mieux que nos yeux, les pieds sont le reflet de notre âme.

Et vos pieds à vous, ils sont comment ?