18 juillet 2008
ELLE - Ce qui aurait pu arriver N°5 - La déchirure

Tout avait recommencé par une email.
"Et si je vous invitais à dîner, vous diriez quoi ?"
Elle avait pesé le pour et le contre. Dans sa petite balance de femme échaudée elle avait mis la proposition dans un des plateaux avec la cohorte de ses désirs, envies inassouvies qui s'y était jointe sans y être invitée. Dans l'autre elle avait déposé ses raisons, ses peurs, ses humiliations précédentes et elle avait longuement pesé. Mais la femme en elle avait tout bazardé. On ne contraint pas une femme qui aime ou qui croit aimer. Elle avait répondu "oui".
Le rendez-vous avait été pris dans un restaurant de Lyon. Un bouchon aux nappes rouge et blanc comme il y en a tant. Gourmande, elle se fichait pourtant du lieu car ce qui comptait c'est qu'il ait eu envie de la revoir. Elle s'était préparée à une rencontre mondaine et à rien d'autre. Le temps passé avait érodé ses idées ridicules de désir commun, de plaisir partagé. Elle saisissait simplement la possibilité de parler enfin, de lui dire les mots vrais.
Elle arrive en retard, fébrile un peu car au fond elle se sent toujours émue par lui, même si elle refuse à le reconnaître. Question de sauvegarde. En entrant, elle scrute rapidement la salle et le voit au fond, assis de dos faisant face à la banquette qu'il a laissé libre pour elle. La table est située dans un angle et la banquette, protégée par un mur, ressemble à une alcôve. Elle s'approche de la table comme au ralenti et le serveur suit des yeux ses mollets gainés de bas noirs et ses hauts talons vernis. Elle est derrière lui et le miroir au-dessus de la banquette renvoie son reflet qu'il aperçoit. Il se lève lentement, se retourne et sourit. Il ne lui serre pas la main. Il ne l'embrasse pas non plus. "Asseyez-vous je vous en prie" est tout ce qui lui dit de sa voix de soprano moins grave que celle dont elle se souvenait. D'un geste de la main et reculant la table il lui fait signe de passer. Son cœur bat mais elle s'assied l'air de rien. Ils sont face à face. Elle scrute son visage. Il n'a pas changé. Toujours sa barbe de quelques millimètres savamment entretenue, son nez volontaire long et fin, ses lèvres peu ourlées mais bien dessinées et ses yeux noisettes. Il la regarde aussi. En fait, il darde ses regards qui la transpercent. Elle se sent épinglée à la banquette par ses yeux scrutateurs, clouée par des désirs endormis qu'elle croyait moribonds.
Ils consultent la carte et elle opte pour un pavé de bœuf qu'elle commande bleu. Elle a des goûts de carnassière. Elle cache bien son jeu sous sa silhouette longiligne mâtinée d'androgynie. Ses courbes à elle sont menues, comme esquissées. Il lui faudrait un sculpteur pour finir de la modeler. Elle regarde ses belles mains fines mais nerveuses qui feuillettent le menu. Elle se prend à les imaginer sur sa peau. Son cœur fait un bond. Elle s'en veut de ne rien contrôler, elle la cérébrale. "Mondain le déjeuner", se tance-t-elle "mondain, ma fille. Cesse de rêver, dis-lui enfin ce que tu veux lui dire. Remballe tes envies. Tu sais ce qu'il en est. Lui, il n'en a plus..." Il choisit une blanquette. Après tout, il n'y a pas de saison pour une blanquette.
"Excusez-moi" lui dit-elle en se levant mais il n'a pas le temps de déplacer la table. Elle s'est déjà levée et un petit cri de douleur lui échappe. Elle grimace et baisse les yeux. Il a tiré la table pour voir. Un accroc dans sa chair. Une petite balafre rouge sang dessine un trait au milieu de l'entaille ronde dans son bas. Un peu de sa peau dorée est libéré à sa vue. La déchirure palpite il lui semble alors que le sang sourd en un léger filet. Il regarde fasciné ce sillon rouge-rosé comme une béance de sa chair qui lui en rappelle une autre, plus profonde, plus chavirante. "Ça va ?" s'enquit-il finalement, la bouche subitement sèche. "Oui, ça pique mais je vais le nettoyer" Elle rigole "moi qui voulait être chic, me voilà bien fagotée avec mon bas déchiré. La jupe une fois debout devrait recouvrir la plaie. Je reviens tout de suite". Il la suit des yeux. La jupe noire dont la soie fluide balance au rythme de ses pas retient son regard qui balance avec. Il imagine le bas déchiré et une envie étrange le saisit de se mettre à genoux, de soulever l'étoffe et de lécher la plaie. De goûter son sang. De baiser sa chair ainsi dévoilée. Ses pensées la suivent jusque dans les toilettes qui l'engouffrent en refermant leur porte battante.
Elle est de retour. Il lui sert du vin, rouge carmin. Un Bourgogne qu'il a choisit pour elle. Le rouge revient hanter son esprit. Et alors qu'ils discutent légèrement, ses yeux ne savent quitter le verre qu'elle porte à ses lèvres rosées, le vin qui passe le bord de ses lèvres entrouvertes. Il imagine la chaleur du breuvage qui inonde ses papilles, qui dégouline dans sa gorge et échauffe son sang. Il la regarde. Il préfère les blondes depuis toujours et pourtant. Elle est sombre et lumineuse à la fois. L'éclat de ses yeux noirs, brodés au charbon, qui irradient de lumière. Depuis quand le noir est-il si brillant ? Et puis ses traits fins et ses lèvres charnues dessinées à la plume. Il se surprend à se troubler.
Le serveur dépose devant eux les plats commandés. Elle a faim et attaque la viande sans façon. Il suit sa main droite qui attaque du tranchant de Laguiole et fend la chair sanguinolente. Elle vérifie la cuisson. Parfaite. Rouge, saignante, tendre. Encore une béance rouge qui s'impose à son imaginaire. Et la belle qui dévore avec entrain. Il repense à sa cuisse sous la table. La griffure si rouge sur sa peau si pâle. Le bas noir qui se déchire pour offrir cette vue indécente. Les mailles complices qui s'écartent pour laisser voir leur secret. Il n'a plus si faim mais il la contemple en train de savourer son plat. "Vous ne mangez plus ? Ce n'est pas bon ? Voulez-vous goûter à ma viande, elle est succulente ?" Les mots s'immiscent dans son encéphale, s'imposent et s'amusent à lui jouer des tours. Son cerveau les détourne, les déchiffre eux qui ne veulent rien dire d'autre. Veut-il goûter à sa viande ? Discours à double-tranchant qui impose un autre sens au sens de ses mots, à ses sens qui se troublent plus encore. Sa bouche rouge, la viande rouge, la blessure sur sa cuisse. Il bande. Il lèche ses lèvres. Il se pourlèche. Il ne pense plus qu'à une chose. La manger. Dévorer sa chair à elle, frémissante sûrement, appétissante. Elle lui sourit. Elle glisse sa langue sur ses lèvres pour récolter tous les sucs glacés qui s'y déposent. Il ne voit plus que cela et la toile de son jean lui révèle le désir puissant qui l'a pris et ne le quitte plus. "Vous ne dites plus rien. Je vous ennuie ?" questionne-t-elle, elle qui se trouble à son tour mais de gêne. Il semble ailleurs. Elle a peur qu'il ait hâte de partir sans oser le dire. Il ne mange rien. Il ne fait que la regarder. Son regard est trouble. La critique-t-il ? La trouve-t-il idiote qu'il ne prend même pas la peine d'entretenir la conversation ? Elle cesse de manger. Du coup, elle n'a plus faim. Elle ne l'intéresse pas, c'est flagrant ! Vite, finir ce calvaire. Mais que croyait-elle donc ? Elle lui parle mais il ne répond que par des borborygmes à peine articulés. Il est bête ou bien ne prend-il même plus la peine de faire semblant ?
"Excusez moi encore, je voudrais me laver les mains". Elle se lève à nouveau mais cette fois-ci il a eu le temps de dégager la table. Il voit tomber au ralenti la soie sur sa plaie rouge foncée comme un îlot au milieu d'une mer blanche. Elle passe et effleure sa cuisse gauche. Il sursaute et son sexe comprimé lui rappelle les fantaisies qu'il a eues pendant tout le dîner. Il est seul. Des images en rouge et blanc et noir l'assaillent. Il n'en peut plus. Il faut. Maintenant. Vas-y.
Il la suit. Il passe la porte battante et ouvre la porte qui porte l'effigie d'une femme. Elle ne l'a pas entendu rentrer. Elle est appuyée au plan de marbre du lavabo, les fesses cambrées, le buste en avant pour mieux se mirer et se repasse du gloss sur ses lèvres. Il tire une des chaises et, comme dans les films, il bloque la poignée avec le dossier basculé. Elle se retourne surprise. Il est déjà derrière elle. Il la regarde par miroir interposé "Chut, ne dites rien !" Son cœur panique. "Mais..." "Chut, taisez-vous !"
Elle entend le bruit de son sang qui tambourine ses tempes alors qu'il la plaque au mur. Il s'accroupit et avec une lenteur calculée et il relève le tissu de sa jupe. Le trou dans son collant noir est là qui l'hypnotise. Il pose ses lèvres sur la petite plaie séchée. Il lèche doucement le trait rouge. Le goût de fer inonde sa bouche. Il lèche franchement. Il mordille la chair autour. Il la baise encore et encore et elle, elle se sent défaillir. La chaleur de ses lèvres sur sa peau l'émeut. Et plus il baise sa chair plus elle se sent fondre, perdre toute consistance. Subitement, il saisit des deux mains la déchirure du bas et violemment tire dessus. Les mailles cèdent dans un crissement. Il devient comme fou, il arrache tout et il baise chaque centimètre de chair nouvelle ainsi libérée. Il remonte le long de sa cuisse et la pointe de sa langue laisse un voluptueux parcours de feu sur sa peau. Il arrive à son aine et plaque son visage à ses dentelles. Il la hume puissamment. Son haleine bouillante vient brûler son sexe brûlant déjà. Il continue son incursion. Sa langue glisse sous l'élastique du string, rencontre une résistance. Il le saisit avec sa main agacée et l'écarte sans ménagement révélant un petit triangle noir précisément taillé. Sa langue en dessine le contour et elle gémit. Arrivée à l'aplomb de la pointe il plonge sa langue dans sa fente. Elle est bouillante et juteuse déjà. Il en goûte tous les sucs. La faim est revenue. Il est comme affamé. Les parfums de ce sexe abandonné à sa bouche l’excitent. Il a mal de son désir. Plus il sent son envie bander son sexe plus il la dévore. Ses lèvres la butinent, sa langue s'immisce en va et vient. Il la boit. Elle mouille des rivières de plaisir et il la boit toujours plus. Il la mordille, il la perfore et elle se plaque au mur pour ne pas tomber. Il la lèche comme jamais on ne l'a léchée. Sa langue est partout. Ses lèvres sont partout.
"Prenez-moi je vous en prie" supplie-t-elle, " je n'en peux plus". Mais lui ne veut que la déguster, la faire jouir par sa bouche. Donner à son calice si généreux le plaisir qu'il mérite. Alors, ignorant le message que lui crie son vit tendu de la prendre là, contre le mur, baise-la, il s'active sur son clitoris qui ne demande qu'à être crucifié de baisers. Et plus la belle râle et gémit plus il s'active sur son bouton. Enfin, il saisit de ses deux mains fermes ses fesses pour sceller contre sa bouche son sexe dégoulinant. La belle se pâme et crie faiblement "oui" et il la pénètre d'un coup de langue dardée comme une dague. Elle jouit en secousses violentes et s'abandonne complètement à sa bouche, reconnaissante...
Il se relève et l'embrasse sauvagement pour partager avec elle le goût de sa jouissance. Il la regarde en souriant, un peu narquois et dit :
"Un petit dessert, ça vous tente ? Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai faim !..."
* * * *
Un grand merci à Imago pour l'illustration sur mesure.
05:37 Ecrit par Gicerilla dans Ce qui n'arrivera pas | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bas haut perchés, désir, plaisir volé
