09 juillet 2008

ELLE - Dévorant désir

1607558774.jpgQue ne suis-je qu'une bête ?

On nous fait croire que nous sommes les êtres les plus évolués de la planète. Que non seulement nous avons su marcher debout, maîtriser le feu mais que nous avons aussi su organiser un langage structuré nous permettant de communiquer entre congénères de la même tribu et par là même, évoluer. On nous fait croire que notre intelligence dépasse celle des animaux en ce sens qu'elle s'exprime par des mots, par une capacité de réflexion ordonnée voire par le rire qui pourtant n'est pas que le propre de l'homme et qui font de nous des êtres supérieurs. Et bien moi, je vous le dis, tout cela n'est que foutaise pour ignorants volontaires, gonflés de leur importance.

Observez un instant ce qui a constitué, de tout temps, l'ambition de l'homme. Le pouvoir et le sexe. Et avec cela nous aurions l'audace de nous placer au dessus de nos amis les bêtes ? Observons à son tour le monde animal. Ne notons-nous pas des parallèles troublants entre leur mode de fonctionnement et le nôtre. Oh, bien sûr, je ne suis pas la première, je n'ai rien découvert. Je ne fais que rappeler ce que des centaines d'érudits et autres scientifiques de renom ont dénoncé, car notre parenté avec ceux que nous conspuons et déclarons inférieurs à l'homme est évidente .

Et je regarde, incrédule, l'évolution de nos cultures et je constate avec un rictus de dépit au coin des lèvres que nous ne changeons pas avec le nombre des années. Non, nous persistons dans nos faiblesses et dans la médiocrité de nos ambitions. Le népotisme est partout au pouvoir et l'enrichissement personnel perdure au détriment des masses qui continuent à croire aux belles paroles qui leur sont débitées comme viande à la chaîne, produite pour les rassasier et leur ôter leur capacité de penser. Pendant qu'ils digèrent, ils digèrent... 

Quels sont donc les deux mots clés qui ouvrent la porte sur les motivations intimes de l'homme qui tente en vain de les cacher derrières des aspirations réputées plus nobles ? Mais pouvoir et sexe bien sûr. Ou serait-ce plutôt sexe et pouvoir ? Je vacille là. Quel sera le verdict ? J'hésite à élire ici celui qui toisera les autres du haut de son podium. Et comme l'on ne parle jamais aussi bien que de ce que l'on connaît, je vous le dis tout net, ce qui m'intéresse moi, c'est le sexe. Sur mon podium à moi, il trône comme un roi et depuis que je l'ai élu premier de tous, je me félicite d'avoir donner un sens à mes sens.


Évidemment, le pouvoir donné par l'argent à des attraits que je serais hypocrite de  contester. Mais au fond, ce qui me meut, ce qui me motive n'est que le plaisir immédiat de mes sens. Hédoniste indécrottable je suis. Et comme la lionne qui a faim, je pars en chasse pour satisfaire mes élans primaires et je n'ai de cesse d'avoir contenté ma gourmandise. Je me laisse porter par mes instincts. Les phéromones guident mes pas sur le chemin qui au paradis sûrement me mènera. Tous les artifices sont permis pour arriver à mes fins et ma faim justifie les moyens que mon ingéniosité démultiplie à l'envi. Je ne pense qu'à ça, soir et matin, matin et soir. En tous lieux, en toutes places, je repère, j'approche, j'encercle, j'accule... Et je m'amuse infiniment de faire résonner dans ces mâles si évolués la bête qui est en eux, conspuée, reniée, mais finalement maîtresse toute puissante de leur intelligence...

Mes yeux, perdus dans le vide de la salle, à nouveau focalisent. Je m'ébroue un instant. Tiens, je rêvais. Je rêvais devant mon écran. Je rêvais d'une note que j'aurais pu écrire, si bête j'avais été. Mais hélas, bête je ne suis pas, ni stupide ni animale, et je ne sais faire taire la Raison qui s'oppose à laisser parler la bête en moi. Dommage, un instant j'ai cru percevoir à quel point ma vie serait simple si seulement je savais écouter mes instincts de bête et ma déraison.


Bon, en attendant, quoi, je ne sais pas,  je vais siroter une petite camomille...

Illustation : "Le Songe de la Raison produit des monstres", par Francisco Goya