mercredi, 04 juin 2008
ELLE - Aussi rouge que possible

Il me faut parfois peu de mots.
Et il ne m'en fallut en l'occurrence pas plus de quatre pour éveiller ce qui aurait pu être ma dixième muse "περιέργεια", j'ai nommé la Curiosité. Cette muse manquante qui n'aurait eu de son nom que les aspects positifs, c'est à dire la soif de connaissances et qui m'inspire à chaque instant, ici ou là.
"Aussi rouge que possible" ! A peine lus dans le ELLE, mon imagination sans limite brode immédiatement, à partir de ces quatre mots, des mondes extraordinaires avec tous les points que mon aiguille sait piquer en fils de couleurs variées. Et le rouge n'est pas la moindre de celles que je glisse dans son chas. Broder en rouge dans toutes ses déclinaisons, voilà bien un dessein qui me convient. Alors, lorsqu'il s'exhibe avec un grand R, la voyeuse en moi s'enthousiasme et ne sais lui résister. "Aussi rouge que possible" s'affiche au Musée des Arts Décoratifs.
Vierge de toutes informations, je décide de partir à la découverte de cette couleur, pour moi de tous temps symbole de vie. Pourtant, parler de couleur semble être le fait de l'ignare que je suis et qui apparemment se fourvoie. En effet « Parler de couleur rouge est un pléonasme. Le rouge est la couleur par excellence [...] la première de toutes les couleurs. » (Michel Pastoureau, Dictionnaire des couleurs de notre temps, 1992). Vite, me remettre sur la bonne voie !
Le Louvre. Côté nord de l'aile Marsan. Gravir des étages pour se rapprocher de LA couleur comme si elle résidait près des Dieux. Deux couloirs blancs lui sont dédiés et j'y entre comme dans un temple où enfin je vais être initiée. Saviez-vous que le rouge a été et est encore tour à tour multiple, effrayant, puissant, majestueux, luxueux, érotique, féerique et infernal ? (sic) Et sa force symbolique, comme il nous est rappelé "est aussi liée à ces deux référents principaux que sont le feu et le sang."
J'avance lentement, fascinée par ce que je découvre. Littéralement, ici, pour nous on dé-couvre, on dévoile, on ôte ce qui couvre des vérités que l'habitude ou l'aveuglement nous ont fait oublier. Rouge, couleur de l'autorité en Islam et couleur de l'impureté. Ne pas toucher une femme si le rouge inonde son sillon (vient de manière incongrue, en un écho anachronique le sang impur qui inondera bientôt nos sillons, citoyens aux armes... parallèle échevelé ou au contraire miroir ?).
Rouge, couleur politique que le Communisme s'est approprié et dont Mao Zedong a recouvert son petit livre. Recouvrir de rouge des idées qui si elles étaient dé-couvertes révéleraient en plein jour leur supercherie. Rouge qui escamote la vérité ? Rouge menteur ? Bien sûr, rouge de la luxure qui se signale par une lanterne accrochée en façade dans les quartiers qui portent toujours son nom et que les femmes au moyen-âge devaient arborer sous forme d'un vêtement, comme plus tard, dans un autre siècle, dans un autre temps l'étoile jaune mais avec la même motivation : identifier ! Repérer celles qui faisaient commerce de leur corps. Rouge, couleur de l'opprobre comme la Lettre Ecarlate un peu plus tard ? Rouge de la honte qui monte, comme la pute, au front des bourgeois bien pensants face à la déchéance de ces femmes perdues qui pourtant sauvent l'hère en mal d'amour !
Rouge du feu de la passion et des chairs qui palpitent. Rouge Baiser ne s'y est pas trompé qui courtise les Scandale aux dentelles flamboyantes. Rouge qui enflamme l'œil du mâle qui par lui y tombe volontiers, en redemande. Car le sexe c'est le mal puisqu'il mène tout droit en enfer où les chairs ne palpiteront plus, si ce n'est d'effroi et de douleurs cramoisies. Et oui, le Diable s'habille de rouge, qu'il soit vermillon ou carmin, même s'il fut un temps, un temps bien court au XIIIème siècle où il devint bleu. Coup monté par les garanciers qui souhaitaient inverser la montée en puissance des marchands de guède et d'indigo, et jeter le discrédit sur eux en bleuissant l'enfer... Un enfer bleu ? Voilà bien de l'invention. Geler ou brûler, des deux lequel serait pire ?
Voir rouge. Rage rouge. Rouge de la colère et de la violence, qui affole le taureau et le mène à sa perte en flots bouillonnants qui maculent inexorablement de la même teinte le poil noir de sa peau. Mais alors, rouge de la perdition quelle que soit la voie qu'elle prend ? L'alerte finale se donnera par un téléphone que l'on dit rouge, qui résonne déjà aux oreilles des pompiers qui luttent chaque jour contre les flammes destructrices allumées par la bêtise, la convoitise, la malveillance...
Et pourtant, rouge du petit chaperon comme un avertissement aux enfants qui croient encore au Père Noël et aux contes de fées...
Plus j'avance et plus je titube devant tant d'évidences qui me saoulent comme un bourgogne rubis. Le rouge est infini. Le rouge, bon ou mauvais, est partout dans notre vie.
Allez-y ! A votre tour, étonnez-vous, saoulez-vous, c'est bon, c'est fascinant...
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NOUVEL ACCROCHAGE :
Aussi rouge
que possible...
19 mars 2008 - 1er novembre 2009
Illustration : http://jeremymariez.free.fr/painter.htm
06:39 Ecrit par Gicerilla dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musée arts décoratifs, rouge, enfer, passion, sexe, érotisme, prostitution
