samedi, 26 avril 2008

ELLE - Ce qui aurait pu arriver N° 3 - Snooker academy

492412144.jpgIl m'avait envoyé un billet tout simple dans une enveloppe banale.

Au début, j'avais été intriguée par l'écriture inconnue de moi. De nos jours, les écritures manuscrites sont des choses rares. Un simple bristol blanc à l'intérieur portant à l'encre bleue une adresse, une date et une heure. Rien d'autre. Seule la signature me permit d'imaginer qui m'écrivait. C'était un pseudo. Un pseudo bien connu de moi. Mon cœur fit un bond. Je croyais à un canular car tout au long de nos échanges, il n'avait jamais été question de se rencontrer. Je le savais marié avec des enfants. Il n'en avait pas fait secret. Mais la révélation de cette information avait eu lieu trop tard. Poissons naïf, j'étais déjà ferrée. Savait-il à quel point, tel un hameçon, mon envie de lui était fichée dans ma chair ? J'étais prête à tout pour le rencontrer et j'avais susurré des mois durant tous les chants de sirènes que je connaissais mais en vain. Nos quêtes divergeaient à ce qu'il paraissait. Je n'osais y croire. Pourquoi avait-il changé d'avis ? Peu m'importait, ce qui comptait c'est que j'allais le rencontrer. Devant ma boite aux lettres, j'étais comme une adolescente qui reçoit son premier billet d'amour. Mais en guise de déclaration, juste un nom de rue, de ville, une date, une heure. Pourtant, à mes yeux, ces mots étaient remplis d'un espoir dément plus bouleversant que tous les poèmes d'amour.

La semaine s'écoula sans que je puisse trouver le repos. Il ne répondait plus à mes emails depuis cette lettre et je ne pouvais vérifier si je rêvais ou si cela était réalité.
Le jour du rendez-vous, c'est aujourd'hui. Je dois être prête à 18h00. J'ai pris un jour de congé. Je suis si fébrile que je n'arrive à me concentrer sur rien. Je marche comme un automate, me raccroche à ma routine bien rôdée. Douche, shampooing, épilation, vernis. Je suis si maladroite que tout va de travers. Je suis assaillie par des doutes vicieux qui s'amusent à me faire trembler quand je passe la cire et me rate. "Et s'il ne venait pas ?" Voilà que des voix venues de mon intérieur schizophrénisé me disent des mots insupportables "mais enfin, G. tu n'y crois pas. Tu sais bien qu'il ne viendra pas. Il joue avec toi. Il sait te manipuler..." et plus je tente de les chasser, plus ces pensées vicieuses m'imprègnent comme la crème que je passe, effrénée, sur chaque zone de mon corps devenu voile de soie.

Je me suis maquillée légèrement pour ne pas apparaitre déguisée. Je sais qu'il haït le trop sophistiqué, il l'a laissé entendre à plusieurs reprises et je veux tant lui plaire. Seuls mes yeux sont devenus deux onyx dévorant mon visage de leurs grands cils noirs. J'ai garé la voiture à quelques rues de là pour repérer les lieux. Je suis devant le N° 6 de la rue Sainte Rita. Fallait-il que je sois devant pour y croire.  Plantée devant la devanture je contemple, incrédule. Une académie de billard anglais. De grandes baies vitrées dans le style nouille bordées de bois foncé révèlent un intérieur immense. Je pousse la lourde porte silencieusement et je vois à l'infini il me semble, des tables de billards vertes rutilant sous les lampes opalines vertes elles-aussi, groupées par trois sur de jolis fixations de laiton, auréolant les tables de lumière diffuse. Je scrute l'infini. Des hommes affairés, les visages sérieux de stratèges de la boule se penchent tour à tour sur le gazon de la feutrine. Ils sont imprégnés d'une mission, cela se voit, et personne n'a tournée la tête à mon entrée. Tant mieux. Je le cherche des yeux mais mon cœur bat si fort que mes yeux se troublent, mes jambes deviennent guimauve et je n'ose faire un pas.

Là, un choc, c'est lui, au fond de la salle, la table la plus à gauche, comme le cœur, qui roule et qui gite dans ma poitrine. Quoi, lui, joueur de billard ? Je l'avais cru cadre de haut vol, camionneur sorti d'un film des Monty Pithon... Et le voilà professionnel d'un jeu de boules ! J'avance doucement. J'ai l'impression insoutenable que chacun de mes pas réveillent, indécents, le silence concentré qui règne dans la salle. J'approche aussi sûre de moi que le jour de mon bac. Il est penché sur la table. Ses yeux pointent ses regards aigus comme des compas sur la boule blanche. Son vis-à-vis le regarde, un air de profonde concentration suinte de son visage. Inquiet semble-t-il et faussement impassible. Il a la queue en main, il vise et d'un coup délicat propulse la bille blanche vers la rose. Il ne reste plus beaucoup de billes rouges et de billes de couleurs. La partie doit être entamée depuis longtemps. L'autre fait une grimace. Cela devait être un coup adroit. Il se redresse et me voit. Il ne me regarde pas, non, il me darde. Ses yeux imperceptiblement scrutent ma silhouette de haut en bas. Je sens mes talons branlés sous l'emprise de mes émotions. Il est comme sur la photo. Grand, carré, le nez assez long, le crâne quasiment rasé assumant une calvitie avancée. Il n'est pas vieux pourtant et même s'il n'est pas beau, il m'a déjà gagnée. Il m'a conquise depuis tant de mois par l'assiduité de ses mots. Ses mots parfois troubles, parfois violents de désir contenu mais bien présent.

Il regarde les chaises adossées au mur et comme un soulagement je prends cela pour un ordre. M'asseoir, oh oui, me faire une composition de femme pleine d'assurance quand tous mes organes sont sens dessus-dessous, quand mon sexe lascif déjà inonde le creux de mes cuisses à me les faire serrer de honte. Je le désire. Il n'a rien fait. Juste ses yeux sur moi et me voilà cuite. Prête à subir n'importe quel assaut pourvu qu'il m'assaille. Je les regarde tous les deux s'affronter en silence. Je ne vois qu'une chose, ses fesses se cambrer lorsque sur le rebord il se penche. J'imagine le bois de la table qui accueille son sexe qui se presse sans ménagement pour acquérir l'angle d'attaque parfait. Je ne vois qu'une chose, ses épaules larges qui ondulent sous la chemise noire au rythme imperceptible de ses mouvements. Je ne vois qu'une chose,  son profil de sénateur romain taillé à la hache. Il est anguleux de visage et j'aime ça. Je ne vois qu'une chose, ses mains longues et musculeuses qui manient en coulisse la queue dont le vernis brille sous la lampe. Des idées de coulissements luisants viennent peupler mes méninges. Je me dis que je suis une bête. Qu'il me dompte est tout ce que je veux. Lorsque que pour un coup il se positionne en face de moi, il dépose parfois son regard scrutateur sur mon visage, un court instant, mais cela suffit pour brûler mes entrailles et mon cœur fait battre le sang frénétiquement entre mes cuisses. Mes pensées vagabondent sur la queue qu'il manie avec dextérité et les billes qui glissent silencieusement sur la feutrine semblent me souffler comme il est doux d'être par lui  caressée.

La partie est terminée. Je crois qu'il a gagné. Il dévisse lentement la queue d'acajou ouvragée. En trois morceaux, il la range, amoureusement il me semble, dans une petite mallette noire aux formes moulées, écrin de velours rouge. Il serre la main à son adversaire et se plante devant moi. Je crois que les tremblements qui m'agitent vont se voir. Je serre plus encore les fesses et les cuisses pour donner à mon corps une rigidité hiératique. Et sans prévenir, il passe sa main droite tout doucement sur ma joue. Il est si délicat que des larmes perlent immédiatement à mes cils. Mais qu'est-ce qui me prends. Ai-je jamais ressenti cela ? Trop d'émotions sans doutes. Trop d'attente évidemment. Trop de désirs refoulés depuis des mois. Je suis apeurée, sans armes. Je veux me jeter dans ses bras mais j'ai trop peur de le faire et d'essuyer un refus. Sa main qui me fait tressaillir glisse le long de mon cou et attrape ma main pour me tirer à lui. Je me lève et le suis, docile, sans volonté. S'il voulait m'immoler, là, sur la table, je ne ferai rien. Qu'il me poignarde de son sexe, qu'il me cloue de plaisir, que sa queue soit objet de mon supplice. Il m'amène sans un mot dans une remise sombre, où seule une lucarne de verre gris sale ouvre sur le dehors. Des ombres projetées de chaises entassées, de lampes désœuvrées, de tables bancales nous accueillent et je frissonne. Il pousse la porte derrière nous. Il ne parle pas. Je suis tétanisée.

Il s'approche et prend mon visage dans ses deux mains cette fois-ci. Je me sens frêle. Il m'embrasse à pleine bouche. Ses lèvres chaudes se pressent violemment. Sa langue force mes dents. Il m'envahit, titille ma langue qui se noue à la sienne. J'aime son haleine. Je lui rends son baiser mais ne respire plus. J'halète et mon cœur devient dingo. Il me prend dans ses bras et me serre contre son torse. Et là, comme une décharge, la découverte de son sexe bandé et comprimé contre mon ventre. J'ai envie de passer ma main, là, tout de suite. De ne pas lui demander son avis. De m'agenouiller et d'arracher la fermeture. De faire jaillir ce sexe dont je rêve depuis des mois. Depuis que nous avons joué à nous désirer par ordinateurs interposés. Je veux le sucer, le boire, le lécher. Dessiner de ma langue tout ses reliefs. Sculpter ma gourmandise à coups de langue, à coups de dents. Gober son nœud boursouflé et dure comme un marbre de Carrare. Mais je n'en fais rien car je tremble. Il a glissé ses mains sur mes fesses et, nos lèvres toujours collées à m'étouffer, il malaxe chacune d'elle. Il les pinces, les écarte sous la toile de ma jupe. Mon string y glisse plus profondément et je sens la dentelle se tremper de mes sucs qui dégoulinent.  A mon tour je m'accroche à ses fesses pour ne pas me perdre tout à fait. Il a le cul cambré comme un africain et ses chairs tendues me donnent envie d'y mordre. Je gémis déjà et il n'a rien fait.

C'est enfin qu'il fait tomber ma jupe et glisse une main entre mes fesses pour y chercher l'entrer de son futur fourreau. Il va et vient et ses doigts glissent, dérapent, retrouvent le chemin et recommencent. Il ouvre mes fesses comme s'il voulait y entrer. Ses caresses sont violentes mais savantes. Elles m'agacent, me font crier à l'intérieur "baise-moi !". Un jour je le lui avais écrit comme un cri "oui, baise moi" et là, encore une fois, les mots veulent l'assiéger mais je me tais. Il me porte alors sur la table de billard bancale et me fais basculer en arrière. Je suis totalement offerte à ses regards et il m'écartèle de ses mains posées sur mes genoux. Et soudain, un gémissement inhumain jaillit de ma gorge. Sa langue est sur ma fente ruisselante. Il lèche, il suce, il aspire sans ménagement la perle qui m'arrache des soupirs et des "non" et des "oui". Elle explore, elle goûte, elle boit à ma corolle débordante de liqueur. Elle tète et elle titille savamment. Je suis pantelante et j'ai envie de jouir. Sa langue va et vient, s'immisce et ressort, découvre chaque relief de mon sexe béant. Puis, tel un dard, elle coulisse dans mon calice et pénètre mon ventre sans pour autant le satisfaire. J'ai envie de m'empaler sur sa langue et mon bassin entame une danse sur sa bouche. Mes fesses sont cisaillées par le bois du rebord mais ses caresses envoutantes me font oublier la rudesse de l'arête. Sa langue toujours plus aventureuse descend vers mon cul et entreprend sa découverte. Et à chaque coup de langue il pénètre tour à tour mes orifices palpitants.  Je veux son vit maintenant "prends-moi je t'en supplie" sont les premiers mots dits, haletants. "Que ta queue envahisse enfin son territoire. Enfile-moi" Des mots crus comme jamais je n'en ai dits s'échappent de mes lèvres. J'en rougis et pourtant, ils accourent toujours plus nombreux. "Je te veux, baise-moi que j'enserre enfin ton sexe magnifique de ma soie...." Il s'est redressé et dégage maladroitement son sexe tendu de son pantalon. Il ne se déshabille même pas, tout est trop urgent maintenant. Il relève mes genoux sur ma poitrine. Ma fente ouverte s'offre à lui et d'un seul coup il me pourfend le ventre. Il utilise mes genoux comme d'un appui et coulisse en moi avec frénésie, avec lenteur, légèrement, profondément. Il invente un ballet de son dard dans mon ventre. Mon con ainsi offert l'enserre comme une gangue et je sens que nos peaux sont en fusions. Il ahane, il soupir et les soubresauts de son sexe me font sentir que sa jouissance est proche.

Alors, je glisse ma main sur mon sexe et me caresse là où sa langue, il y a peu, a laissé des traces de feu. Je sens les répliques approcher, je les sens monter, la terre va se fendre et quand enfin je crie mon plaisir, il reçoit le sien dans le même cri...