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jeudi, 30 août 2007
ELLE - Art & Sexe
Je repère récemment dans un kiosque le magazine "Beaux Arts" * que je ne connais pas.Comme je suis curieuse et papivore, je ne résiste pas, je l'achète. Je dois bien confesser ici que la thématique du mensuel n'y a pas été pour rien : ''Art et Sexe''. Hum je sais, je suis prévisible mais je ne peux pas m'empêcher de m'intéresser au sujet ! Dépravation ou intérêt culturel, vous choisirez, pour moi curiosité ! Et puis la photo de couverture de Nobuyoshi Araki ** entre le "bondage" et l'art bien ficelé, exotisme nippon en noir et blanc, a certainement excité mon intérêt.
Evidemment, nous sommes abreuvés de sexe à longueur de journée et une perspective artistique allait, je le pensais, m'ouvrir l'esprit et donner à ce thème diffusé à tort et à travers, une dimension autre et certainement plus intéressante. S'éloigner des considérations charnelles et se plonger dans le pittoresque. Du sexe visuel mais surtout pas de la pornographie de base des films X ou des sites internet du même acabit. Non, de la symbolique sexuelle, finement cachée, qui ne heurte pas le regard du plus innocent ou du plus puritain mais qui rappelle, si besoin était, que depuis la nuit des temps l'homme est fasciné par cette capacité qu'il a de ressentir du plaisir par le biais d'une fonction vitale initialement vouée à perpétuer l'espèce.
J'ouvre le magazine avec empressement et je découvre la revendication de Fabrice Bousteau. Journaliste inconnu de moi, rédacteur en chef du magazine et qui fait un édito au titre racoleur ''Une autre pornographie est possible'' d'où pourtant rien n'est à jeter. Les mots dont il use sont simples, les idées aussi et malgré cela apportent à ma réflexion de la matière belle et bonne, pleine de bon sens. Et je vous le livrerais bien là dans son intégralité si je ne craignais d'être taxée de plagiaire ou de reproduction non autorisée d'un article. Quelques lignes malgré tout, pour vous donner le ton, un brin subversif mais finalement pas tant que cela : ''Et si la sexualité était l'un des enjeux politiques majeurs du XXIe siècle ? Le principal moyen d'accéder au bonheur et à la liberté de pensée ? On n'en a jamais fini avec le sexe. On fait pourtant tout pour se convaincre que l'on sait ce que c'est. Qu'on a une idée arrêtée. Voire une idée juste. On a besoin de se fabriquer une idée du sexe. De ranger ce truc qui échappe et peut aussi bien nous désespérer de notre impossibilité de partager que nous envelopper du plaisir d'être deux. Ou trois. De jouir, quoi... Loin de se contenter de provoquer, les artistes contemporains n'ont de cesse de proposer des alternatives. Entre l'art et le sexe, c'est une histoire de va-et-vient permanent.''
Voilà des mots que j'utiliserais bien comme munition pour mon arbalète à dégommer les grincheux, les étroits d'esprit, les hypocrites pontifiants. L'art comme alibi ou l'art comme une arme ? La question est posée.
Je continue de feuilleter le magazine qui m'a mise en bouche. Tout n'est pas savoureux à mes papilles, tout je ne gobe pas comme un benêt qui avalerait les sornettes qu'on lui chante parce qu'ignorant il est. Je garde mon discernement et mon bon sens devant ces plats épicés qui me sont servis sur papier glacé.
Malgré la distance que je veux garder, craintive que je suis d'ingérer certaines affirmations comme autant de vérités qui n'en sont pas, je me laisse charmer. Je suis une amatrice d'art dilettante. Ma conception de l'art est sûrement très conventionnelle. L'art est pour moi une chose qui doit enrichir ma vie par sa superfluité, par sa beauté ou en tout cas par le fait qu'elle flatte mon esprit et mes yeux. Je ne suis pas une fanatique de l'art qui se dissèque pour lui faire dire ce que peut-être l'artiste, qui plus est n'est plus, n'y a pas mis. Les digressions intellectuelles sur une toile blanche m'ennuient. Serais-je étroite d'esprit ? Oui, peut-être, peu importe. Je suis une instinctive, une émotionnelle devant l'art, alors que parallèlement je suis une grande cérébrale !
Et là, je dois le dire, je suis séduite par la qualité de la publication, par celle des photos sans oublier la mise en page. Et surtout par la qualité des critiques, auteurs des articles. Grâce à eux, pour une fois, je suis obligée d'aller au-delà de l'image, celle qui s'impose au premier regard, celle que le regard voit sans voir. Je me régale, je savoure ce qui m'apparait comme une nouveauté. Je me sens devenir, au fur et à mesure de la lecture des articles, plus subtile, plus fine dans ma façon d'observer. Plus savante aussi, avec souvent un sourire incrédule devant l'ingéniosité des artistes anciens.
Un article m'enchante particulièrement, celui de Pierre Sterckx ***. Son titre déjà m'est comme un poème 'La charge érotique de l'air de rien '' ! Au début, je suis réfractaire au contenu des premières phrases et assez dubitative ''encore un journaliste qui va faire parler des artistes décédés'' et puis, progressant dans la lecture, j'accepte de regarder différemment. Même si je trouve un peu outrées certaines propositions (l'Annonciation de Sandro Botticelli), plus je regarde et plus je me dis que finalement ce n'est pas si tiré par les cheveux que cela. Et lorsque je lis ''... sur le dos du messager céleste, se déploie un fin tissu gazeux, blanchâtre, fluide, un liquide aérien qui se répand sur le sol, à ses pieds en une langue spermatique'' je commence à comprendre. Je me remets à sourire devant ce qu'il montre comme de fines trouvailles de peintre pour véhiculer une charge érotique bien dissimulée. Et même si je n'adhère pas à tout, je dois admettre qu'il conquiert presque complètement mon esprit et mes yeux. Quelle hypothèse osée d'affirmer que dans le tableau ''Raphaël et la Fornarina'' d'Ingres on y voit ''...entre les doigts de Raphaël jaillit une fine sanguine dont la pointe rouge arde et darde. Elle est l'objet, à peine métaphorique, qu'on attendait. L'air de rien Raphaël bande et la Fornarina sourit. Une pointe de feu comme aveu d'une étreinte et comme outil du dessin. Le même rouge pour le sexuel et l'artistique...'' Et moi de constater à mon grand dépit qu'il y a vu ce que j'aurais dû voir si j'avais été initiée !
Alors si je vous ai mis un tant soit peu l'eau à la bouche, découvrez l'exemplaire du mois d'août 2007 et si jamais l'envie vous prend, parlez-m'en car je serai curieuse de savoir ce que vous en pensez.
Pour ma part, je sais que dorénavant, je regarderai les classiques et les modernes autrement et je vais m'atteler à observer, à décrypter ce qu'il y a au-delà de l'image brut... enfin peut-être vais-je apprendre à voir !
* http://www.beauxartsmagazine.com/
*** http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Sterckx
http://www.art-contemporain.com/bin/construct.asp?url=/ma...
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lundi, 27 août 2007
ELLE - Ce qui aurait pu arriver N°2 - Le parc
Il m'avait donné rendez vous sur les bords de la Saône.
Il savait son temps compté. Marié avec des enfants, il n'était pas très libre de ses mouvements. Et bien que ça avait été lui qui avait décidé de me rencontrer, il feignait de croire qu’il avait accédé à une demande de moi, pressante, comme ci cela soulageait sa conscience, le dédouanait de passer à l'acte. ''Ce n'est pas moi qui veut la rencontrer, c'est elle. Elle insiste. Je veux bien condescendre à la voir, une fois, une fois unique et après ce sera la fin. Mais c'est elle qui devra venir à moi...''
J'imagine l'empoignade dans son for intérieur entre son petit ange blanc et de son petit démon rouge et je souris. Comment concilier dans un seul homme, sans devenir cinglé, des désirs charnels si prégnants et une résolution inflexible de chasteté ? Nos échanges email des dernières semaines avaient été sans équivoque. L'idée qu'il avait construite de moi le faisait fantasmer et j'avais été l'eau tumultueuse du torrent qui faisait tourner depuis quelques temps à une vitesse folle la roue à aube de son imagination. De son cœur ? Non, je ne crois pas, mais de ses sens en éveil et jamais contentés, sûrement. Sa femme ne l'aimait plus. Enfin, c'est ce qu'il me disait et chaque mot de son désir inassouvi écrit par ses mains fébriles sur la bakélite tatouait sur ma peau à l'encre incandescente des envies qui me consumaient. Je n'en pouvais plus de penser à lui, de rêver de lui, de donner à mon corps des caresses que lui me dispensait dans la pénombre de ma chambre, les yeux fermés. Jamais aucun homme n'avait aiguisé à ce point ma sensualité, et qui plus est à distance. Jamais aucun homme ne m'avait fait jouir par la force de son clavier lorsqu'un soir de décembre tous ses mots subversifs s'étaient déversés dans ma chambre, avaient matérialisé et ses mains et sa bouche et son sexe... Et j'avais joui ! Oui, joui pour la première fois de ma vie sans que l'homme ne soit près de moi. Joui par la simple puissance de ses mots sur l'écran et la force du désir de lui qui m'animait.
Alors, quand il m'eut dis ''rendez-vous à Albigny sur Saône, au restaurant Les Planches'' j'avais cru défaillir tant mon attente avait été longue, torride, désespérée. Je me tapais toute la route, soit, mais j'allais le voir. J'étais prête à tout. A nager sous la glace sans radar, à avaler du cristal pilé, à traverser à cloche-pied un tapis de braises rougeoyantes. Tout ! Alors, qu'étaient-ce cent trente kilomètres à parcourir au regard du fait que j'allais enfin rencontrer l'objet de tous mes fantasmes, l'objet des toutes mes passions, l'objet de toutes mes pensées.
Depuis six mois je n'étais plus moi-même. Une autre moi s'était révélée à le fréquenter par toile interposée. Et puis sa voix m'avait surprise quelques fois, tard dans la nuit, et je m'étais endormie enveloppée par elle comme bercée par ses bras. J'avais conscience que mon imaginaire l'avait certainement enjolivé, que des rêves qui n'appartenaient qu’à moi s'étaient superposés sur son image réelle, mais peu importait, rêve ou réalité, ce que je savais de lui me plaisait. Alors son email m'invitant à le retrouver ce samedi matin m'avait coupé les jambes, figé le cœur qui flageolait au creux de ma poitrine comme du Jell'o et fait divaguer toute la semaine.
''Que vais-je porter, jupe ou pantalon ? Jupe c'est mieux, cela glisse le long des cuisses ! Oui, mais il va me voir venir ! Non, mieux vaut un pantalon, mais un joli, un bien coupé, un qui mettra et mes jambes et mes fesses en valeur ! Oui mais non ! Je veux s'il le veut qu'il me vole des caresses, que ses mains sans obstacles puissent s'immiscer au plus près de ma peau. Oui, c'est cela. Aucune barrière ne doit contraindre le plus petit désir qui en lui pourrait naitre. Qu'il n'ait pas le temps de se reprendre si son démon lui susurre les caresses que je rêve d'entendre crisser sur mes bas ! Qu'à son cerveau défendant ses mains puissent grimper de mes genoux à mes hanches sans me déshabiller !''
Après bien des tergiversations, j'avais arrêté la tenue idéale et j'espérais que je serai assez appétissante pour le faire succomber. Samedi matin arrive. Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai des cernes violacés qui décorent mes yeux sombres. Cela donne de la profondeur à mon regard de houri. Je me maquille à peine et cache au creux ma nuque, juste à la base des cheveux, et au creux de mes coudes quelques gouttes de Cuir Beluga. Je sais que c'est un olfactif et ce parfum sur ma peau va le faire chavirer. Pourtant je veux aussi qu'il respire ma peau au naturel, qu'il sente Gicerilla. Alors je passe sur tout mon corps comme un voile, une huile hydratante neutre qui l'adoucit sans le déguiser. Je veux qu'aucune de mes fragrances n'échappe à son nez de parfumeur. Mon corps est paré comme celui de la jeune mariée qu'on porte devant l'autel. Dentelles discrètes, bas noirs à la jarretière tentante qui libère juste ce qu'il faut d'épiderme satiné. Mes yeux très noirs sont encore obscurcis par la fatigue et le rimmel dense. La ligne des sourcils dessinée au cordeau charbonneux comme les orientales. Je reste naturelle et c'est tremblante que je fonce à mon rendez-vous.
Le trajet est interminable et mon ventre se vrille de désirs de plus en plus intenses au fur et à mesure que la distance fond. Je vais arriver liquéfiée. Ne pas perdre ma contenance. Je suis sûre de moi. Je suis belle, intelligente, il ne m'impressionne pas et si je ne lui plais pas, peu importe, il ne me mérite pas ! Comme un mantra je répète toutes ces idées là, sensées me rassurer. En vrai, au fond de moi, dans le tréfonds de ma chair, j'ai peur, je le veux tellement ! J'arrive sur la petite route qui longe le fleuve. Je guette au ralenti la moindre enseigne. Toujours pas de restaurant. Je roule au pas, je mets les warnings pour l'idiot qui colle mon pare-choc et dont l'impatience me stresse. En face je vois arriver une BMW sombre. Au même moment je dépasse le restaurant qui à l'air fermé. Le gros 4x4 qui me suit est impatient, mes warnings l'agacent et il déboite pour me doubler, risquant d'emboutir la BMW.... manquerait plus que je crée un accident !
Je fais le tour du rond-point suivant et rebrousse chemin pour aller me garer sur le parking. Subitement, mon souffle s'éteint, je suis en apnée, la BMW est là... Serait-ce lui, déjà ? Serait-ce celui qui a failli finir en compression de César ! J'ai les jambes qui flageolent et je viens me garer à un mètre de sa voiture. Pour un peu je ne peux pas sortir. Il ouvre sa portière, et je le scrute au travers de la vitre de la mienne.
C'est lui, aucun doute, et il n'est même pas laid. Comme j'aurais voulu qu'il le soit, du genre gros, gras, mal sapé, pas soigné. Je lui aurais adressé mon plus beau sourire en lui disant quelque chose comme ''désolée, je me suis trompée !'' et je serai repartie en trombe. Mais là, plus de force dans les mollets. Actionner la marche arrière et les pédales, même pas la peine d'y penser. Je reste échouée là tentant de respirer à nouveau. Je me glisse dehors et m'approche de lui. En fait, nos voitures sont si proches que je suis déjà presque dans ses bras. S'il lisait mes pensées, il les ouvrirait là, tout grand et je me précipiterais contre son torse chaud. Mais non, il est distant, très distant. Me trouve-t-il vilaine ? Il semblerait... Ah le danger du virtuel. Je le trouve beau, il me trouve laide. Il n'est pas aussi grand que je le croyais, mais j'ai des escarpins escarpés. Peut-être un mètre quatre-vingt, le visage légèrement hâlé, les yeux noisette-verts-gris, ça existe cette couleur ? Son regard est aigu comme celui d'un rapace des hautes montagnes mais son nez n'en a pas la ligne. Il est long pourtant, c'est bien un olfactif. Les joues à peine ombrées par une barbe de trois jours bien entretenue. Il se rase le crâne comme celui qui affirme sa calvitie et cela lui sied. Ses lèvres sont minces mais suffisamment ourlées pour pouvoir embraser. Pas une bouche de radin en lame de rasoir qui vous cogne au moindre baiser, mais pas voluptueuse non plus, dommage ! Sa silhouette est plutôt mince mais une grosse parka en cuir noir cache sa carrure. Son jeans en toile d'un rouge sang séché et sa chemise Chevignon détonnent avec la berline de bon cadre arrivé. Il me plait, mais suis-je bien objective ? Si ce n'était pas lui, l'aurais-je seulement remarqué à la caisse d'un supermarché ?
Nous nous disons bonjour, un petit bonjour bien urbain comme avec mon voisin, mais mon voisin je ne veux pas le violer ! Il me fait la bise, et le contact léger de ses lèvres sur mes joues me galvanise. Il m'a à peine effleurée et mon corps, dément de faim, se met à fondre. Mon petit pull blanc au décolleté en V assez profond laisse voir l'émoi de ma poitrine. Comme les soubrettes à la Poquelin, mes petits seins au balcon d'un corset imaginaire sont agités de soubresauts qui trahissent ma passion. Mais lui ne voit rien, ou pire, il feint ! J'attaque désinvolte ''Le restaurant à l'air fermé'' je suis diserte. Et lui d'enchainer ''oui, en effet''. Si cela n'est pas tragi-comique, je n'y connais rien. Face à face, deux êtres qui se sont désirés par le biais d'un écran, deux êtres à la sensualité exacerbée, et c'est tout ce dont ils sont capables une fois en présence. Je mets mon manque de sens de la répartie sur le compte de la rivière qui sourd entre mes jambes. Je sens un cœur battre au creux de mes cuisses et, comme celui d'un homme, mon cerveau n'est plus irrigué et l'oxygène lui manque. Mes instincts primitifs sont saisis d'émoi et je ne vois plus en lui que l'homme de la Guerre du Feu et en peaux de bête avec lui je me vois. J'ai des envies sauvages là, sur le parking, qu'il m'arrache mes vêtements et fasse surgir sous ses yeux ébahis la beauté d'une hanche, la courbe d'un sein. Que bête à son tour il devienne et que sans circonvolution il me prenne sur le gravillon, sur la banquette arrière, dans l'herbe flétrie qui borde le fleuve, sur la terrasse nue du restaurant fermé. Et tant pis pour les échardes dans ma chair, les cailloux qui me blessent et les orties qui me brûlent. Je ne sentirai rien d'autre que son poids sur moi, ses mains sur moi, sa bouche, ses lèvres, sa langue... je délire !
Je me reprends instantanément. Cela ne m'a pris qu'une nano seconde mais le scénario est passé sur mes pupilles et j'imagine qu'il l'a vu. Je prie qu'il l'ait vu. ''Que faisons-nous alors ?'' proposé-je sans entrain. La seule réponse possible à cette question serait l'action ! ''Cherchons un autre restaurant !'' ''Oh non je viens de faire tellement de route, l'idée de reprendre la voiture ne m'enchante pas. Si nous marchions ?'' Il accepte, sceptique. Il fait beau mais frais. Nous laissons les voitures verrouillées sur le parking et sans y réfléchir nous prenons le petit chemin qui borde la Saône. Une sorte de chemin de halage que les joggeurs fréquentent apparemment. Mes tripes font du tricot, ma bouche est sèche et je descendrai bien cul sec un shot de vodka pour retrouver ma faconde habituelle. C'est un signe cela, lorsque je perds ma voix. Mes synapses ne connectent plus, je suis stupide à souhait.
Il commence une conversation légère sur les déboires des restaurants qui ferment l'hiver. Je réponds comme je peux mais les pensées qui m'assaillent se moquent bien de la restauration, de la trêve des confiseurs, de l'économie française qui fout le camp, normal avec les 35 heures et la TVA à 19 %... Il est cadre, il encadre. Il a l'habitude de faire l'intelligent. Moi pas ! Là je n'ai pas envie de le trouver brillant. Juste chaud et puissant, c'est tout ce que je veux. Et je voudrais qu'il me dise les mots que j'ai envie d'entendre même s'ils sont faux du genre, "je vous veux, vous éclipsez toutes les autres, je vous attendais, je vais m'occuper de votre cas, je vais vous faire l'amour comme un fou ..." vous voyez, le genre de paroles que les hommes ont peur de prononcer même s'ils ne les pensent pas, le genre de paroles que les femmes adorent entendre, même si elles ne les croient pas !
''N'avez-vous pas faim ?'' finit-il par lâcher. ''Non, enfin si, ça dépend...'' Je rougis de mes gros sabots qui sonnent à cent mètres sur le pavé. Il sourit, il est indulgent. Oui, je sais ce n'est pas ma saillie la plus magistrale...
Nous approchons d'un petit parc avec parcours de santé. Il y a quelques personnes égarées qui se dépensent pour mieux aller manger. Nous rentrons dans cette espèce de square à l'anglaise avec tout plein de bosquets. Les arbres sont à feuillages persistants et offrent des touffes encore vertes bien agréables à regarder alors qu'alentour tout est caduc et sec. Nous déambulons jusqu'au moment où nous trouvons sous les ramures d'un chêne un petit banc comme ceux que l'on voit de temps en temps dans les jardins parisiens. Il parait vermoulu mais il n'en est rien. ''Voulez-vous vous asseoir un instant, car marcher sur les gravillons avec ces escarpins ce n'est pas commode ?''. Il s'arrête devant le banc et plante ses yeux dans mes mains ''Mais je croyais que vous aviez faim !'' Je l'ignore et m'assois et je sens sous mes cuisses le bois gelé. Il s'assoit à son tour à ma gauche.
Je me tourne vers lui et lui dis ''Ne tergiversons pas, nous n'en sommes plus là. Si je vous fais une déclaration en règle, vous allez me répondre comme auparavant que je ne sais pas ce qu'est l'amour. Si je vous dis que j'ai envie que vous me fassiez l'amour, vous allez me répondre comme auparavant que seule la chasteté vous va maintenant ! Alors pourquoi m'avoir fait venir de si loin ?'' Il me regarde incrédule. Quoi j'ai l'audace de le provoquer, de l'amener sur un terrain qu'il n'attendait pas et comme la glaise au bord du fleuve, ça glisse, ça dérape, il n'aime pas ça. Il n'est plus dans son camp, je l'accule dans le mien. Celui du vrai, des sentiments, de la mise à nue parce que les faux semblants c'est bien vain. ''Vous avez insisté pour me rencontrer. Vous savez pertinemment que je ne le voulais pas. J'ai cédé pour vous. C'est tout !'' Le ton est arrogant, il monte sur ses grands chevaux ! Mon Dieu, mais qu'il est con... Pardonnez-moi mais vraiment a-t-il perdu pour toujours son humanité, le lien avec ses désirs les plus profonds. Il reste dans le superficiel, surtout ne pas aborder des rivages où le sable est si épais et si fin que ses jambes ne pourraient se camper. Je fais front ''Vous mentez, je vous plais. Vous êtes un hypocrite, un dégonflé. Mais vivez, bon sang Dans un moment je serai repartie pour toujours !'' Il est pétrifié. L'arrogance a glissé de ses traits à mes pieds. Il est nu, comme un enfant. Lui, le décideur, lui si fort dans sa partie, il est comme un gamin pris en étau par des sentiments contradictoires qui l'effraient. ''Non, vous vous trompez, vous croyez vous si irrésistible ? Pour tout vous dire, je suis déçu, vous ne m'attirez absolument pas. Ok vous êtes bien comme sur vos photos mais je n'ai pas d'élan vers vous. Ma curiosité, et oui j'étais curieux, est satisfaite. Nous en resterons là !''
Ma tête ne tourne pas et pourtant l'effet sur ma joue gauche de ce camouflet est plus puissant que sa main. ''Vous êtes un crétin, vous n'avez rien compris à la vie. Vous êtes imbu de vous-même. Quelle médiocrité dans vos desseins. Je vous laisse à vos fantasmes, vos rancœurs, vos frustrations et vos mensonges. Vous vous mentez à vous même et pour faire passez la pilule, car elle ne passe pas n'est-ce pas, vous-même n'y croyez pas, vous me blessez. Et bien oui, soit, je vous rêvais, je vous voulais. Je me suis trompée !...'' Sans m'en rendre compte j'ai hurlé et une femme dans le lointain nous regarde. Je saisis mon sac à main à la hâte et je m'en vais. Les larmes noient mes yeux ou serait-ce mes yeux qui se noient en moi. Mon cœur est vrillé par une vis sans fin mais je suis déterminée. Je pars.
Je sens une main m'attraper le poignet ''Restez !'' Je me retourne le visage défait, je sens le rimmel me griller les yeux. Sa main est forte, agrippe mon bras et m'attire à lui. Je ne sais résister. Il m'assoit sur ses genoux. La chaleur de ses cuisses monte au travers de la toile de jeans et transperce ma jupe. Mes fesses sont gelées et cette chaleur subite me fait battre le ventre. Il s'empare de mon visage des deux mains et me regarde dans les yeux. Je veux les détourner car je sais que je suis un masque de commedia dell arte. Délicatement, il passe ses doigts sur les rivières de larmes qu'il assèche. Puis il tend ses lèvres vers les miennes et les pose lentement. Mon cœur fait un bon, un volcan est en marche qui inonde mes veines de lave incandescente et mon sexe immédiatement se mouille de rosée. Il glisse doucement sa langue entre mes lèvres qui cèdent sans bataille et ma langue affolée rencontre la sienne frénétiquement et je goûte enfin son baiser. Mes mains sont fébriles et cherchent les siennes désespérément.
Je me blottis dans ses bras comme une petite fille sur les genoux de papa. Mais l'inceste s'arrête là car il s'agit bien d'un homme qui me tient dans ses bras. Je sens contre mes fesses son sexe se dresser malgré l'épaisseur de la toile et comme répondant à une stimulation silencieuse mon sexe lui fait écho et déborde de miel. Il a glissé ses mains sous mon pull et flirte avec ma peau. Je suis frigorifiée, je suis bouillante. La chair de poule assaille mon épiderme alors que le feu embrase mon sexe. Nous nous embrassons comme des adolescents qui n'osent pas se tripoter. Pourtant mon corps crie ''touche moi, glisse tes mains partout, viole-moi, force-moi, fais moi jouir'' Il jette de temps en temps des regards inquiets aux alentours et je n'ai qu'une peur c'est qu'il cesse. A mon tour je passe mes mains sous sa parka, déchire presque sa chemise et palpe sa peau étonnamment douce et chaude. Il frissonne. Est-ce le froid de mes mains ? ''Non, c'est toi !'' Cela m'excite au plus au point, il se rend. La citadelle abdique. Je prends sa main gauche et la guide vers mon décolleté. Mes petits seins pointent sous la dentelle, de désir et de froid ‘‘Pince-les ...'' Et le voilà de saisir de ses doigts délicats mon téton et de le pincer, de le faire rouler savamment au point que des éclairs de plaisir irradient et mon ventre et mes cuisses. J'halète ''Encore, plus fort...'' Il quitte ma bouche pour happer mon sein entre ses lèvres et sa langue de sucer, de lécher, ses dents de mordiller et mon sexe de mouiller et de mouiller encore.
Je me décale et veux palper son sexe mais il me le refuse et continue de me déguster en faisant glisser une de ses mains sous ma jupe. J'écarte les cuisses, impudique, il vient me caresser. Sa main découvre l'étendue de mon envie comme le marin découvre que la mer où il navigue n'a pas de fin. Il me fixe maintenant et alors que sa main s'affaire avec doigté il me regarde m'égarer. Je gémis et tente de garder les yeux ouverts. ''S'il te plait laisse moi te caresser, laisser moi enfin toucher ton sexe...'' Je sens bien qu'il en a envie mais il résiste. Je supplie '' laisse toi faire !'' Il soupire ''... mais je ne bougerai pas !'' Subitement un bruit dans les feuillages nous gèle sur place. Il a le regard de l'aigle à 180 degré. La perspective d'un visiteur me tétanise et m'excite. Tant pis si l'on nous voit. Je veux son sexe dressé comme un tisonnier pour attiser mes braises. Je veux le faire jouir à son corps défendant.
Il n'a pas cessé ses caresses et plus cela va plus, je hoquète. Fébrile je défais les boutons et son vit bandé tel un ressort jaillit de sa cachette. Il est si beau, si lisse. Son gland brille magnifiquement d'envie comme une cerise que j'ai une envie folle de le prendre dans ma bouche mais... cela serait trop évident. Alors l'air de rien, je soulève ma jupe jusqu'à mes reins et me tourne dos à lui ''Oh ton cul'' est tout ce qu'il peut articuler. Je me redresse un peu et viens glisser son sexe le long de mon sillon si lisse et lubrifiée. Je joue avec et il prend la place de sa main. Je me balance d'avant en arrière en des rythmes souterrains que je ne connaissais pas. Il gémit à son tour, sa verge magnifique se durcit. Et plus je le masse de ma fente gorgée de liqueur, plus il grandit et plus mon miel coule. Il a saisi mes deux seins et les caresse avec véhémence. Je vais jouir je le sens si je ne cesse maintenant. Un court instant j'arrête mais de contempler son sexe entre mes cuisses me rend cinglée. Je me soulève à nouveau et viens m'empaler sur lui. Il soupire, il gémit. ''Non tu ne bougeras pas, c'est promis'' et j'entame la danse de l'amour qui mène au paradis. Mes reins sont d'une souplesse de liane et je l'ensorcèle de mes mouvements aériens. Ses mains s'agacent sur mes seins et involontairement elles m'insufflent le rythme. Je suis leur cadence et retiens à mon tour des cris de petits chiens. Je ravale mon plaisir et plus il monte plus je le retiens. ''Mais tu vas me faire jouir'' dit-il dans un souffle rauque. Je suis au bord du gouffre et subitement il m'attire de toutes ses forces contre son torse enfonçant jusqu'à la garde son sexe en moi. Le plaisir est violent, subit, foudroyant. De ses entrailles en moi jaillit un trait immaculé qui me submerge et déclenche ma jouissance. Toute son énergie semble passer à travers cette connexion d’amour, en quelques secondes. Je me tords de plaisir, en émettant de petits gémissements. Un râle étouffé de mâle blessé s'échappe de sa gorge et nous jouissons à l'unisson.
J'ai les joues noyées de larmes. Tout cela, je viens de le rêver ! Bien sûr qu'il ne m'a pas retenue et alors que je retourne à la voiture à marche forcée, je pleure sur le désir stérile qui m'assiège et sur ma stupidité. Je ne sais pas où je me dirige, je suis éperdue et perdue. Pourtant nous avions tourné là, au grand chêne. Mon rimmel me brûle les yeux de nouveau. Je me tords les pieds sur le gravillon. Vite repartir, fuir cette humiliation. Quel crétin vraiment. Je commence à m'inquiéter car j'ai perdu tout repère et semble être entrée dans une véritable forêt. Le sentier s'atténue, il ne devient que trace. Zut ! repartir en arrière c'est la seule solution. Je me retourne et pousse un cri d'effroi ! Là, devant moi, lui qui me rattrapait. ''Mais que faites-vous là, que me voulez-vous à la fin ? Laissez moi bon Dieu !'' Je ne parle pas je glapis. Il ne dit rien. Il m'attrape les poignets et me traine vers le grand chêne. Je me débats mais il est plus fort que moi, et pour dire la vérité, je suis partagée entre l'envie de le rouer de coups et l'envie qu'il aille jusqu'au bout. Il me colle brusquement contre le tronc et sa violence subitement me fait peur, si jamais... Mes bras sont plaqués sur le tronc de chaque côté de mes hanches et il se presse contre moi. Il est autoritaire. Il m'embrasse à pleine bouche, force mes lèvres, ses dents me heurtent et il fouille ma bouche à la rencontre de ma langue. Il la trouve, et comme envoûtée, elle l'embrasse sans que je puisse rien n'y dire. Mon coeur bat des rythmes de samba, mes jambes se ramollissent à mesure que son baiser m'embrase. Je suis molle, il a lâché mes mains qui restent ballantes. Avec une délicatesse inattendue, il remonte lentement ma jupe et glisse en simultané ses deux mains le long de mes cuisses et fait chanter enfin mes bas comme j'en avais rêvé. Mon sexe, profond comme un calice, déborde de liqueur que je voudrais qu'il boive. Ses mains cherchent ma peau tendre et la trouve. Ses doigts de dentellier viennent jouer dans ma fente et recueillent au passage toute la sève de mon envie folle de lui. Son baiser m'étouffe mais il ne le termine pas et c'est bouche à bouche qu'il me pénètre, là, debout contre l'écorce rugueuse, avec une lenteur excessive, ses deux mains agrippées à mes fesses. Son gland joue à la porte comme un enfant taquin qui sonne mais à qui on n'ouvre pas. Puis sûrement il plonge dans mon intimité. Je crie presque tant il me force et pourtant c'est de plaisir que je crierais, mais je me retiens. Ne pas lui montrer qu'il m'a domptée et qu'il peut faire de moi ce qu'il veut. Alors comme par vengeance il ressort mais ne revient pas. Je suis pantelante, mon ventre grouille de mon envie de lui dans moi. Je projette mon sexe, quémandant. Il ne m'embrasse plus mais me regarde, froid. Alors je ferme les yeux priant pour qu'il m'achève. Je sens sa verge comme une épée me pourfendre, fourrager dans mon sexe sans ménagement et ses coups répétés me font mal au dos, me mettent au supplice de la volupté qu'il me donne. Mes mains à leur tour agrippent ses fesses fermes qui s'affairent. Je gémis, je supplie. Mon plaisir monte en mille contractions et son sexe et mon sexe se répondent. Il a plongé sa tête dans mon coup, et gémit à son tour. La jouissance nous prend dans un ultime assaut qui me cloue au grand chêne. Et nous jouissons à l'unisson.
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vendredi, 24 août 2007
ELLE - L'escarpin fuchsia
Le mystère
Comme chaque jour j'attrape à la volée mon sac de sport et fonce, encore en retard, à mon club de fitness. Pas question de manquer mon cours préréré de bodypump, exutoire vital à toutes ces tensions que mon travail m'offre quotidiennement.
Aujourd'hui je porte un pantalon noir, un chemisier rose fuchsia brodé, par-ci, par-là de sequins qui lui donnent un vague air de sari à l'européenne très féminin. Et pour parachever le tout, des escarpins aux talons échassiers couleur fuchsia, escarpins préférés d'un des traders qui me le volerait bien. Fétichiste, celui-là ? En tout cas, cette alternance de noir et de rose fait de moi une jolie femme à regarder c'est sûre de moi que j'accélère le pas, direction la salle de gym.
Vite arrivée, vite déshabillée, je suis la reine de l'effeuillage, j'enfile chaussures, pantalon et petit top au soutien-gorge intégré qui met si bien en valeur le néant de mon décolleté, mes bras et mes épaules sculptées à prix d'or. Ce n'est pas parce que pendant une heure on manie de la fonte enfilée sur des barres tels des débardeurs façon majorettes que l'on doit être vilaine ! Et puis, sait-on jamais, si mon Calife était dans la salle ?
Comme du papier à musique, le prof enchaine les exercices qui façonneront nos corps, renforceront nos muscles, maitriseront des formes plus ou moins harmonieuses et équilibrées. Je nous regarde dans les miroirs. Nous formons un bel ensemble. Quelle émulation que de voir cette bande de volontés hétérogènes réunies dans un même projet, soulever en rythme, tel un ballet improvisé, ces rondelles noires si peu poétiques. Magie de l'effort qui fédère, l'espace d'une heure, un monde de différences. De la grâce dans la sueur, de l'harmonie dans l'effort, de l'enthousiasme dans la douleur. Nous ne formons qu'un seul homme et c'est grisant !
Je sors du cours, rincée ! Les filles se précipitent dans les douches. Moi, je traine, je prends mon temps. J'aime être seule pour m'adonner à mon péché préféré, l'orgueil. Celui qui me rassure quand les lèvres d'un homme n'articulent pas les mots qui le feraient. Ôter un à un, sans précipitation, les vêtements trempés qui collent à ma peau moite et révéler aux miroirs qui m'entourent la courbe d'une épaule, le creux de mon dos qui glisse en toboggan sur mes fesses qui s'arrondissent, enfin, et approchent à petit pas, trop petits pas, de la rotondité africaine tant convoitée. Dévoiler mon ventre douillet mais ferme surmonté de deux petits seins arrogants défiants les glaces comme une nique au sort qui ne les a pas voulu bien renflés.
Les filles sont rapides et me voilà seule dans le vestiaire avec une autre femme. Je prends ma douche, instant voluptueux qui fait jaillir des volutes de vapeur. L’eau tambourine mes muscles endoloris mais je suis satisfaite car ces douleurs dessinent mon corps, le délimitent dans l'espace et me donnent l'impression jouissive que je vis, que je vibre et que j'occupe une jolie place dans ce monde de vanités.
Je retourne au vestiaire et me vêts. Je suis en sous-vêtement, moment où j'aime chausser mes escarpins car alors, perchée sur leur hauteur vertigineuse, je me plais !
Tiens, il ne reste que l'escarpin gauche ? Partout je cherche le droit. Il n'est nulle part. Je m'inquiète, mes chaussures préférées... Je demande à la dame qui s'habille à côté de moi si elle n'a pas vue l'autre ? ''Non, je ne l'ai pas vu'' et nous voilà en chœur en train de chercher la chaussure droite.
Partout nous fouillons, dessus les casiers, dessous, dans les poubelles, dans le sauna, dans tous les recoins, rien ! Moi de m'exclamer ''Soit l'on veut me nuire, soit l'une d'entre elles va faire bientôt son coming out !'' Oui, cela ne peut en être autrement car ces vestiaires sont exclusivement féminins et aucun homme ne pourrait y entrer sans qu'alors des cris hystériques et outrés ne l'en chassent !
Aurais-je sans faire attention lésé celle-ci? Aurais-je reluqué un mâle qui appartenait à celle-là ? Je cherche à dédramatiser une situation troublante. Imaginez-vous un seul instant à ma place. Comment rentrer au bureau, vais-je toute la journée faire le flamand ? Et puis zut, qui a pu me prendre un soulier. Qu'on me vole les deux, soit, mais un ! C'est incompréhensible et surréaliste. Cela me mettrait presque mal à l'aise.
Je m'habille fissa, chausse mes baskets et je vais en trombe à l'accueil. La responsable, telle un capitaine de cavalerie, file au vestiaire au pas de charge. ‘‘Allons donc, nous allons bien le retrouver.'' Nous revoilà arpentant les vestiaires, scrutant le moindre coin, rien ! Alors, dépitée, je garde mes trainings aux pieds et retourne travailler, le précieux escarpin survivant du massacre remisé dans mon sac.
Quelques jours plus tard, le scénario recommence. Je sors de la douche, le vestiaire est déserté. Je m'avance vers les casiers et reste figée par la stupeur. Là, au milieu du couloir, devant mon casier ouvert trône telle une révélation divine l'escarpin fuschia droit ! Je regarde de toute part le vestiaire est absolument vide. Un rien inquiète je m'approche du soulier qui m'effraierait presque tant il est majestueux au milieu du rien qui l'entoure. Je le saisis, fébrile, comme l'on sortirait de sa châsse une relique vénérée et l'ausculte du regard. Pas de trace d'envoutement, de maltraitance, de souillure. Il est le même que la semaine passée, arborant élégamment son joli cuir rose foncé. Pourtant, entre la première de propreté et la semelle un interstice a été créé et je vois, glissé entre les deux, ce qui semble être un morceau de papier plié...
La suite, moi seule la connait et je vous la livrerai plus tard car, entretemps j'adorerais que vous toutes et tous qui me lisez et qui, au fil des mois m'avez prouvé que vous savez manier la plume avec humour avec cynisme, avec intelligence, avec créativité, avec poésie même, inventiez avec vos mots et votre imaginaire ce qui à bien pu se passer après...
Alors faites-moi plaisir, je vous défie, imaginez ! Ecrivez-moi la suite et je vous publierai sans censure une fois toutes les suites rassemblées : Gicerilla@voila.fr
Un blog inter-actif au-delà des simples commentaires, voila qui m'enchanterait !
07:25 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 22 août 2007
ELLE - Ca recommence...
Tiens cela faisait longtemps !
Comment faire la part des choses. Un jour il faut être mince et rentrer dans une taille 36 parce que de toutes façons il n'existe plus de taille 38 dans le prêt à porter. Le lendemain, les planches à pain sont mises au rancart et si l’on n’est pas ronde, point de salut. ''Etre ronde, ça nous plait" clame le "Elle" en première de couverture affichant une jeune femme qui, mouillée, doit avoisiner 50 kilos pour une mètre quatre-vingt ! Alors ''ronde'' ils exagèrent. Ils vont finir par nous traumatiser.
Moi-même, avec toutes ces années de lecture critique et ma sagesse acquise au fil de mes lectures et de mes expériences, je ne sais plus si je dois être mince ou ronde. Mes chances sont-elles plus grandes de trouver mon Calife à moi si je fais du 40 ou du 36 ? Car il faut bien le dire, l'homme est truffé de contradictions car il veut à son bras pour se pavaner une belle femme mince sur qui même un sac de patates en toile de jute grossière tomberait merveilleusement bien, un régal pour les yeux, alors que dans son lit il préfère une dodue avec des plis mignons juste là où il faut pour se mouler, se couler dessus.
Palper, malaxer du moelleux, du charnu mais du ferme aussi, si possible. Pas trop d'adipeux et de cellulitique car une belle paire de fesses à la peau lisse et tendue comme celle d'une mangue c'est plus excitant à regarder se trémousser qu'un relief irrégulier, poétiquement nommé ''peau d'orange'' alors que tout le monde sait que la peau d'orange c'est amer et que personne ne veut en croquer !
Alors dodue mais musclée, aux reliefs vallonnés mais lisses comme du marbre rosé. Le cahier des charges commence à s'alourdir et la liste des qualifiées à l'amour et à l'Amour se retrouve diminuée à chaque mot ajouté, à chaque virgule ponctuée. Dans mon métier on appelle cela être sur la short-list ! Y serai-je ?
Ah Messieurs, que vous êtes exigeants ! Ne dites pas non, car ce sont bien des hommes qui donnent la tendance. En effet, qui sont donc tous ces publicitaires plus ou moins virils qui, tels des métronomes, penchent un coup vers les callipyges un coup vers les Twiggy.
En mars, vous serez minces comme des lianes et vos jambes de gazelles fuselées se glisseront sans peine dans des pantalons ''slim'' exagérément étriqués. Puis en avril, avec le chocolat et le soleil qui revient, on prendra des rondeurs et on fera pigeonner notre décolleté de beaux œufs bien ronds aux tons chocolatés qu'un homme convoitera de ses lèvres gourmandes. Puis en mai, le grand test de la plage approchant, nous seront de nouveaux minces et nous gommeront avec force produits, râpes en tout genre, gant de massage toutes ces chairs ondulées, si féminines mais si mal adaptées à la nouvelle ligne de maillot de bain de l'été. Enfin l'été et son aréopage de régimes tous plus débiles les uns que les autres, plus dangereux aussi, auxquels même la plus revêche des lectrices ne pourra échapper au détour d'une page de magazine.
Et voilà la belle fille de s'interroger sur la joliesse de sa silhouette, la proportion de ses courbes et de douter. Douter d'elle alors que, jusqu'au jour maudit de la publication du "Elle", elle se sentait si bien dans sa peau, si féminine. Et voilà la belle fille de se mettre comme toutes les autres au régime car finalement elle n'est pas si bien que cela. D'ailleurs son homme ne lui a-t-il pas dit récemment ''dis donc, tu n'aurais pas un peu grossi cet hiver ?'' Lâche !
Combien de femmes sensées perdent leur bon sens devant l'insistance de tous ces magazines à prôner qu'il faut être comme ceci ou comme cela car de toutes façons comme vous êtes n'est pas satisfaisant. La femme idéale ? La femme à géométrie variable ! Et l'on soupçonne alors ces publicitaires, tortionnaires édités, d'avoir parti lié avec l'Oréal, parce qu'on le vaut bien !
Dans ce grand carnaval, nous sommes des marionnettes et le pire, et il faut bien l'avouer, c'est que systématiquement nous tombons dans le piège. Combien sommes-nous à pouvoir affirmer croix de bois, croix de fer, ne jamais avoir lu un seul de ces régimes miracles pour affiner la taille, prendre trois tailles de bonnet, galber ses formes, fondre sa graisse ? Que celle qui n'a jamais craqué me jette la première pierre...
Et me voilà à reluquer les courbes si féminines de Kate Dillon, anorexique ressuscitée en beauté divine aux proportions généreux mais harmonieuses... Ben oui, elle est belle, elle est vraiment proportionnée avec sûrement un mètre dix de jambes, du 95 bonnet C et un visage à damner Benoit XVI (c'est tout dire) ! Me voilà à envier cette fille que tous les hommes évidemment regardent avec des yeux pleins d'admiration et de convoitise. Mais ce que ne dit pas l'article, c'est que la majorité des femmes qui décide de manger enfin pour augmenter la rotondité de leurs seins, prend finalement des fesses qui fusillent leur silhouette de sablier. Que celles qui s'astreignent avec courage à tel autre régime perdent peut-être du ventre mais gagnent, hélas, en flasque. Heureusement, l'industrie cosmétique est là et nous allons raffermir ces chairs qui dégoulinent, allez Mesdames, ne vous inquiétez pas !
Alors, quitte à me répéter, je pousse mon coup de gueule parce que j'en ai marre de me voir dicter comment je devrais être pour être mieux, plus désirable. Et je tape, rageuse, sur mon clavier avec des doigts plein de miettes de Pringles paprika, de Curly cacahouètes et je m'essuie les doigts sur les pages de ce "Elle" comme sur un torchon, laissant au passage des traces de doigts bien grasses comme autant de traces de mon écœurement devant le manque d'originalité de mon magazine préféré !
Et vous, Messieurs, quand l'élue de votre cœur vous dira, se mirant dans la glace, ''dis, tu ne trouves pas que j'ai grossi ? '' Répondez, je vous en prie ''Mais non, pas du tout ma Chérie !''

En ce qui mon concerne, ''L'été sera à croquer'' et je vais donc me mettre immédiatement au régime salade et cheese-burger car je ne saurais résister à cette promesse là !
07:20 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 19 août 2007
ELLE - Envie de bouchon
Ca y est, les vacances, enfin !
Je vais enfin partir au soleil, dans le Luberon exactement, me faire dorer la peau, me faire briller les yeux, me détendre et profiter. Oui, je sais c'est d'un banal le Luberon mais c'est tellement beau, attirant comme le péché. Et puis, trop peu pour moi les vacances dans un gîte, même quatre épis. Non, moi je suis une petite bourgeoise aux goûts prévisibles qui ne savoure rien tant que des amours moelleuses partagées sur un matelas grand confort latex avec sommier à lattes en bois pour assurer le silence des ébats, un petit-déjeuner servi sur un plateau d'argent avec une jolie nappe de lin blanc brodé de dentelles faites main par les vieilles du coin, il faut bien faire travailler les gens de la région à des tarifs d'esclavagiste, non ? Et puis de jolis pots de confiture maison préparées par des mitrons suant sang et eau sur ces chaudrons de cuivre à l'ancienne car sinon n'appelez pas cela de la confiture ! Enfin des viennoiseries en tout genre, des feuilletés à pleurer de bonheur qui vous inondent les papilles de beurre, Echiré si possible, et vous transportent dans un monde de volupté légère ...
Alors j'ai réservé au Mas des Blanches une chambre supérieure, avec un lit queen size et petite terrasse privée donnant sur une nature rocailleuse, quasi hostile, habillée seulement de quelques arbustes noueux comme les vieux en Provence et quelques oliviers dont les feuilles vert tendre luisent comme de l'argent liquide au soleil couchant. Je connais l'endroit, petit paradis sur terre et situé à deux pas de villages magnifiques à visiter. J'anticipe tant de petits plaisirs simples que je suis toute excitée.
Je charge le coffre de ma 206 avec enthousiasme. Une petite valise robe fuchsia que toutes les hôtesses de l'air m'envient, si si, remplie de jolies tenues légères dans des transparences de rose pâle, de blanc, de bleu turquoise à faire virevolter au vent du sud. Un autre sac à main rose assorti, une vraie Barbie, avec force bouquins, mais attention par n'importe quoi. Non, des livres pour nourrir l'esprit, alimenter l'âme, rôtir les neurones par une réflexion intense car sous des apparences de brune sans cervelle je suis curieuse de tout et surtout affamée de savoir !
Je mets la clé dans le contact mais une toux violente déchire les entrailles métalliques de ma voiture. Je recommence, embrayage bien enfoncé des fois que cela y change quelque chose. Autre quinte qui zèbre mes oreilles telle la pointe aigüe du fleuret. Je cesse. Elle ne veut rien entendre... Et mes vacances alors ! Décidément, depuis mon accident sur l'autoroute et la rencontre avec le camionneur, ma voiture n'est plus la même. Aurait-elle, elle aussi, été envoûtée ? En tout cas, je pars aujourd'hui et tant pis pour les embouteillages ! Je dis cela comme une petite fille qui voudrait conjurer un sort mais que faire si mon assurance n'a pas de véhicule. Je les appelle avec autant de stress qu'une vierge qui va à son premier rendez-vous d'amour. Ils peuvent me fournir un véhicule facilement. Il me suffit de contacter le premier loueur agréé près de chez moi et choisir une classe A, les frais seront entièrement pris en charge jusqu'à mon retour. Je bénie la fille, surprise de tant d'amabilité, et appelle vite fait Europcar. Ils me proposent une Twingo ou une Clio... Une Renault, jamais ! Alors je questionne ''qu'avez-vous donc de plus amusant ?'' L'employé est disert, il aime les voitures et commence à me vanter les mérites de tel coupé ou telle autre berline. Tiens, un coupé, cela me tente bien. Quitte à être prévisible, soyons-le jusque dans le choix de la voiture et puis pourquoi ne pas transformer en opportunité cette tuile agaçante. Il me parle d'un coupé nippon Mazda MX 5 roadster ? Ca sonne bien. Je n'y connais rien mais il m'assure que la voiture est sacrément carrossée et qu'elle en a sous le capot. Je souris, c'est tout moi ! ''Allez, je la prends. Ah, c'est une classe C !'' Pff, peu importe, ce sont mes vacances après tout et je sens que je vais vraiment m'amuser.
J'ai pris du retard. Je pars avec deux heures de plus sur le planning et le Bison m'a bien prévenue : évitez à tout prix les environs de Lyon vers 14h00. Tant pis ! Avec mon coupé le temps passera bien plus vite et puis il y a l'air conditionné et les 30 ° au volant d'un tel bolide, je ne les sentirai même pas. Je me glisse sur le siège baquet recouvert de cuir noir. Je suis assise très près du sol avec la sensation désagréable que mes fesses vont bientôt sentir la chaleur de l'asphalte tant l'assise est basse. Je redresse un peu le dossier pour me sentir plus à l'aise dans cette voiture de frimeur. L'assistant d'Europcar ne m'a pas menti. La ligne est fort belle, le toit rétractable ne casse en rien la fluidité de ses courbes et j'ai l'impression jubilatoire d'avoir dans mes mains une voiture de course, moi qui ne fréquente habituellement que des petites voitures de ville insignifiantes. Je me sens devenir une autre femme alors que j'ajuste ma jupe de coton blanc sous mes fesses prises soudainement de pudeur. La sensation du cuir sous mes cuisses y serait-elle pour quelque chose ? Enfin je me saisis du volant comme du manche d'un avion. Pourquoi dit-on le manche ? C'est fou ce qu'une voiture peut faire d'effet, même à moi que tout laisse froide. Un sourire féroce vient éclore sur mes lèvres alors que je fais vrombir crânement les chevaux sous mon pied droit. Image excitante d'un joli pied cambré dans un escarpin délicat qui appuie à toute force sur la pédale de l'enfer ! Je comprends mieux pourquoi un homme au volant d'un tel engin peut se croire le maitre de la route, sa puissance projetée en avant comme un sexe bandé. Oui, je crois que je comprends enfin cette sensation... étonnant !
J'entame mon itinéraire. Je dois rejoindre l'autoroute A40 par une route de montagne qui sinue. Cette route est trépidante, route de montagne déformée par les intempéries. Je tressaute tant et plus sur le siège conducteur et je sens tout mon corps chahuté. A chaque relief le coupé branle, sursaute, me secoue et sans y prendre garde se saisit de mon sexe, soudain émoustillé ! Si cela continue, je serai incapable de conduire tant les vibrations vrillent mon échine d'un plaisir sournois. Enfin arrive l'embranchement de l'autoroute. Je l'enfile avec un soulagement certain. Mon petit string de coton blanc tente d'écoper en vain le flot de miel qui s'écoule vivement comme la source neuve tout juste révélée par le sourcier. J'essaie de me concentrer sur la circulation très dense et zigzagante, sur le compteur aux aiguilles bleues hypnotisantes, mais rien n'y fait, le désir est né au creux de mes cuisses et des images indécentes se superposent sur l'écran de mon pare-brise. J'ouvre grand les fenêtres pour voir si la température extérieure pourrait faire chuter la température intérieure. Le vent chaud et doux fait voleter mes cheveux, assèche à peine mon front moite. La circulation se densifie, je vois au loin les clignotants de toutes les voitures fulgurer dans l'air troublé par la chaleur du macadam. Oh non, un bouchon, un vrai, un sérieux. Un 36 tonnes est devant moi qui freine et m'empêche de voir la gravité du bouchon. Zut, je ne supporte pas les embouteillages, le Bison aurait-il vu juste ? Dans le rétroviseur, un gros 4x4 allemand bloque ma vue. Je me sens prise en sandwich. Plus de vision frontale. J'étouffe. Heureusement que sur les files de gauche ne se trouvent que des voitures de taille standard. La bande d'arrêt d'urgence sur ma droite est vide et empêche une crise de claustrophobie. Nous sommes maintenant à l'arrêt complet. Aucun mouvement, c'est incompréhensible. Un accident ? Je baisse les vitres entièrement, coupe la climatisation inutile et mets en sourdine le lecteur de CD. Des musiques langoureuses de Bouddha Bar égrènent leurs notes faciles en des rythmes orientaux.
J'ai très chaud et des gouttelettes de sueur perlent à mes tempes. Je relève un peu ma jupe cherchant désespérément à tempérer mon corps. Et subitement, sans que nulle baguette de noisetier ne vienne titiller la source, celle-ci se remet à couler ! La chaleur sans doute. Je suis gênée et pourtant une envie impérieuse guide ma main sur mes cuisses dorées. Personne ne peut me voir. Je ne sais résister à l'appel de mon corps. Doucement je glisse ma main droite sur ma cuisse et remonte, du plat de la main, la toile légère de ma jupe de plus en plus haut. Je me laisse couler sur le siège et détends mes deux jambes qui mouillent un peu le cuir sous elles. Le contact du cuir est plaisant. Ma main nonchalamment flatte ma cuisse et s'aventure chaque seconde un peu plus avant sur le haut, sur l'adducteur bien ferme sous mes doigts.
Subitement, mon cœur se gèle. Je sens un regard sur mes jambes. Pourtant il n'y a personne. C'est alors que je tourne la tête sur la droite et découvre, sorti de nulle part, un motard tout de noir vêtu garé juste à ma hauteur qui chevauche une moto monstrueuse. Je ne vois pas son visage complètement caché par la vitre teintée de son casque intégral, mais la direction de la visière ne laisse aucun doute, il m'observe. Mon cœur manque un battement, je me sens prise en flagrant délit de plaisir solitaire. Ma main s'est pétrifiée au mitant de ma cuisse alors que l'homme fait remonter la visière de son casque. Son visage est comprimé entre les protections de mousse donnant à ses traits une physionomie grotesque mais ce qui me frappe c'est le vert intense de ses yeux clairs. Il semble esquisser un sourire entendu mais allez savoir, avec son casque...
Il me fait un petit signe de la tête. Alors j'articule aussi désinvolte que possible ''Pardon, je vous gêne ?''. '' Que non. Enfin, dans quel sens l'entendez-vous ?'' Je suis le mouvement de son regard qui atterrit de nouveau sur mes jambes. Je souris à mon tour. Ses émeraudes me pénètrent et je sens une chaleur intenable m'inonder et le petit string blanc ne peut plus retenir la source qui s'écoule. Alors, mes yeux noirs plantés dans les siens, ma main reprend sa course, remonte un peu plus ma jupe du côté droit libérant à sa vue le triangle blanc minuscule. Ma main glisse vers mon sexe comme aimantée. Je le défie toujours, il semble se troubler et l'esquisse de sourire a disparu. Mes doigts se faufilent sous cette maigre protection et s'immiscent dans les replis de mon intimité. Le contact est foudroyant. Je suis si excitée que mes doigts dérapent, se perdent, s'agacent sur cette chair si chaude, si tendre et si lubrifiée. Le plaisir est intense et bien que je tente de fixer toujours mon motard ahuri, je sens mes paupières se fermer sous la puissance du plaisir.
Je les rouvre pourtant pour découvrir que mon motard à ôter son casque. Il me montre un visage rouge, brillant de sueur et visiblement troublé. Ses yeux magnifiques dardent leur regard aigu sur mes jambes, mon sexe, ma main. Il ne parle par mais le sérieux de ses traits et l'air inquiet qu'il affiche trahissent bien l'émotion qui l'a saisi. Il a calé sa moto pour être plus à l'aise mais reste pourtant rigide sur le siège comme si tout les muscles de son corps étaient tendus. Je le regarde entre mes cils si lourds et je sais qu'il est fasciné par mes doigts qui gigotent sous le coton blanc comme le corps de deux amants sous les draps. Tout peut s'imaginer et pourtant rien n'est révélé. Ma main, indépendante, entame une valse enivrante de plus en plus rapide sur la perle rosée qui se tend vers mes doigts, impudique. Mon cœur s'emballe, et sur mes tempes je sens la sueur en gouttelettes dégouliner. Mon sexe s'anime, je le sens palpiter, le plaisir grimpe irrésistiblement tel l'alpiniste sur la montagne. A chaque étape franchit les sensations s'intensifient et bientôt, je le sens, je vais me dissoudre dans l'éther. Le motard ne me quitte pas des yeux et cela m'excite et décuple mon émoi. Il semble fasciné par mon audace, par mon plaisir et ma main l'hypnotise autant qu'elle me procure de frémissements divins.
Subitement, je vois ses lèvres bouger et je crois déchiffrer ''Jouissez...''. Ce mirage m'assassine et telle une dague brûlante le plaisir traverse mon sexe et mon ventre en milliers de frissons et de palpitations. Je serre mes cuisses tentant en vain de retenir ce plaisir qui déjà s'enfuit. Un gémissement s'échappe de mes lèvres entrouvertes et vient se noyer dans les notes orientales du CD. Chant inéditqui s'enroulent autour de mon motard évidemment désorienté. Je ferme les yeux un court instant, et lorsque je les rouvre je constate qu'il a remis son casque, et seuls ses yeux inoubliables qu’il cligne une fois me remercient du spectacle et dans un ronronnement de gros chat, il repart et se faufile entre le camion et moi...
Et dire qu'il y a encore des crétins qui n'aiment pas les bouchons. Et dire qu'il y a encore des bisons qui se croient futés ...
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jeudi, 16 août 2007
ELLE - Vilains secrets

Je feuillette nonchalamment le magazine KLM les fesses en l'air entre Rotterdam et Genève.
Je suis liquéfiée sur mon siège, la journée a été épuisante. Devoir converser des heures durant avec un air intéressé, avec un air intelligent sur le visage face avec des interlocuteurs s'imaginant avoir inventé la poudre et, qui plus est, qui se régalent de harengs primeurs baignés d'oignons frais comme s'il s'agissait d'un met de l'Olympe... Vous imaginez aisément le pensum et l'état de décomposition de ma pauvre personne que le fauteuil en cuir doit accueillir sans broncher !
Perdu en vrac, au milieu d'articles à l'intérêt plus ou moins significatif, je tombe sur une idée épatante : confier à un inconnu son plus secret secret, celui dont on n’oserait même pas se souvenir devant le miroir tant il est osé, odieux, dégueu, piètre, bas...
Ou alors dévoiler le secret d'une manie jubilatoire que la morale réprouve ou d'un goût politiquement incorrect. Se libérer d'un secret qui ferait même rougir son confesseur, rôdé pourtant à écouter toutes les déviances, les mesquineries, les petitesses de ses agneaux pas si doux que cela. Vous savez ces petits plaisirs solitaires que la bienséance interdit même d'évoquer du bout des lèvres. Aucune censure, tous les secrets sont bienvenus. Les plus innocents comme les plus mesquins, les plus minables comme les plus savoureux. Les plus excitants...
Eventuellement, à défaut de secret, vous pouvez aussi confier un espoir, un regret, une peur, une trahison, un désir érotique ou une humiliation d'enfance...
Au départ, projet artistique, Post Secret devient un exutoire à toutes les émotions humaines. Toucher à l'universalité de l'humain, car tout le monde a un secret et chaque secret est aussi unique que l'empreinte digitale de celui qui l'héberge. Et si vous avez la fantaisie de jouer le jeu, fabriquez de vos petites mains minutieuses et créatives une jolie carte postale pour illustrer cette confession qui n'appartient qu'à vous et postez-la ensuite à Frank Warren, Post Secret, 13345 Copper Ridge Road, Germantown, Maryland, USA 20874-3454.
Et si elle est choisie, vous aurez le plaisir de voir votre chef-d’œuvre affiché sur le site, visible par tous ces millions de cachotiers.
Et moi alors, ai-je un secret ? Je fouille comme une folle dans mes souvenirs. Mes biceps amollis pellètent dans mon cerveau à grands coups de bêche pour dénicher, enfoui sous les méandres de ma matière grise, le secret le plus drôle, le plus cocasse, le plus rougissant, le plus honteux. Je passe en revue les petits plaisirs inavouables qui rendent ma vie plus croustillante, plus amusante, plus pétillante, plus voluptueuse... Et je trouve quelques petits trésors. Je souris subitement car j'avais oublié tous ces secrets ensevelis qui font que je suis moi et pas une autre. Je pourrais tous les révéler mais je me sentirais nue et ils perdraient toute leur saveur, mais pour le plaisir de l'exercice, il me faut bien montrer la voie, je veux bien ici en confier un.
Alors voilà ...
Non, décidément je ne veux en dévoiler aucun. Je vais envoyer à PostSecret celui que je préfère et à vous de deviner lequel de ces secrets est le mien sur le site de Frank Warren !
Faites-en autant, amusez-vous bien. Faire à n'importe quel âge des travaux de collage c'est (re)trouver en soi une créativité peut-être ignorée et puis, franchement, c'est défoulatoire !
06:05 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 12 août 2007
ELLE - Escort Girl (2)

LE CLIENT
Madame X m'appelle sur mon téléphone portable. Je n'avais pas eu le choix, il m’avait fallu donner un numéro de téléphone pour être joignable à tout moment. Evidemment, hors de question de communiquer le numéro de mon domicile qui lui aurait permis de me retrouver, sauf à me mettre en urgence sur liste rouge. Et puis, qui sait de quoi sont capables ces gens là. Et si mon ami avait raison ! La mafia suisse (ça existe, ça ?) est peut-être derrière tout cela avec des moyens techniques insoupçonnés. ''Etes-vous libre mercredi soir prochain ?'' Sa demande me prend par surprise. Jusqu'à ce stade tout m'avait paru virtuel, comme une plaisanterie, une histoire irréelle, comme un conte que l'on raconte. Rien ne m'engageait vraiment, et pourtant. Ce contrat, je l'ai bel et bien signé et pour trois mois je suis liée par ses termes à cette société. En un éclair mon cerveau me fait valoir ma bêtise. Blonde décérébrée et non pas brune la tête sur les épaules, voilà ce que je suis ! Que faire, aucune excuse ne sera assez bonne vu l'argumentaire que je lui ai fait pour me vendre. ''Cela dépend à quelle heure'' Je gagne quelques secondes espérant que mon cerveau plein de ressources fera jaillir, là, tout de suite une raison pour dire non ! ''Il faudrait que vous soyez à La Réserve à 20h00 pour un diner. Il y aura huit personnes dont quatre hommes et vous serez la quatrième femme. Il faut que vous passiez me voir pour que je vous donne plus de détails et directives. Soyez à mon bureau lundi soir à 19h00 !''
C'est sans appel, je ne peux que confirmer. Sous ses dehors bonhomme, elle est autoritaire et sa voix est tranchante comme la lame du couteau que je manie nerveusement et qui débite sans pitié en coups vengeurs un pauvre poulet sans défense. Invraisemblable situation où la future Messaline prépare simplement un poulet caramélisé aux épices pour un groupe d'amis alors que, coincé entre son menton et son épaule repose en équilibre précaire le téléphone annonciateur de sa chute...
Nous sommes vendredi. Il me reste le week-end pour digérer la nouvelle. Je suis vraiment engagée, dans tous les sens du terme. Ils n'ont apparemment pas vérifié mon adresse. Ils auraient vu tout de suite que je n'y habite pas. Troublant mais tant mieux. A moins que...
Il y quinze jours, Florent le photographe m'avait contactée. La séance de photos tant appréhendée devait avoir lieu. Je m'y étais rendue comme Blandine avait dû entrer dans l'arène. Pas de fauves à l'horizon mais des lumières violentes aux rais acérés, des ombres traitresses qui égratignent le moindre relief disgracieux ou, en tout cas, imparfait, un œil noir dardant ses airs critiques comme des griffes affilées. J'allais sûrement faire vomir cet homme habitué aux rondeurs sans tâches de chairs adolescentes, aux grains de peau si lisse que la lumière se liquéfie dessus et glisse sans encombre. En fait rien de tout cela ne se passa. Il m'accueillit avec gentillesse et me remit immédiatement dans les mains d'une maquilleuse. Mon Dieu quel fou rire nous avons eu. Quand je pense à la tricherie qui entoure tout cela. Pauvres hommes, vous ne savez pas à quel point un fond de teint, un filtre, une retouche par ordinateur peut faire de la plus médiocre des femmes une déesse sculpturale à faire pâlir Rodin. Je me suis amusée, je dois bien l'avouer, inconsciente je crois de ce qu'il y avait à la clé. Une fois maquillée, peignée, glissée dans des dentelles rembourrées des stilettos meurtriers, je me suis retrouvée devant l'objectif le plus flatteur qui soit. Je devais flirter avec un fauteuil rouge incarnat et me vautrer en des poses lascives pour un public muet, voyeur caché dans le noir au fond du studio. C'est ce que j'ai fait ! Et sous son objectif bienveillant mes petits seins n'ont jamais été aussi pommelés, mes fesses aussi cambrées, mon profil aussi mystérieux et mes yeux noirs de princesse orientale aussi fascinants !
Sur ordinateur 24 pouces nous avons en direct choisi les clichés les plus jolis. Le résultat n'était pas si vilain. Je ne serai sûrement pas dans les photos albums qui accueillent le chaland à l'ouverture du site et tant mieux, mais mon pseudo docilement révèlera au premier clic des images de moi plutôt appétissantes !
Mais voilà lundi qui arrive. Toute la journée je stresse au moindre coup de fil. J'ai les nerfs en pelote, les muscles des deltoïdes tendus comme les amures d'un voilier. A 19h00 exactement je suis face à Madame X. Toujours professionnelle elle sourit à peine lorsqu'elle m'accueille avec sa main à la poigne franche. ''Le diner auquel vous allez participer est une surprise faite à un homme connu dans le monde de la voile. Ses amis lui font une surprise. Un diner en bonne compagnie et vous pour dessert, s'il est toujours affamé. Nous avons déjà réservé une chambre à La Réserve. Le diner aura lieu au Loti. Soyez élégante avec discrétion car l'homme que l'on honore est un homme réservé qui n'aime que le raffinement. Vous avez été choisie car il n'aime que les femmes mûres mais d'allure juvénile à la féminité tamisée. L'occasion pour vous de faire vos preuves. J'espère qu'il est inutile de vous rappeler que la satisfaction du client est tout ce que nous recherchons. Un client satisfait est un client qui revient.'' Je déglutis avec peine, j'essaie de conserver un visage impénétrable, sans émotions alors qu'au creux de mes tripes j'ai un troupeau de gnous qui me piétinent au galop. Je m'accroche inutilement à ses métaphores culinaires, histoire de prendre du recul, mais rien n'y fait. Des visions de lèvres baveuses me dévorant viennent assaillir mon cerveau passablement troublé. ''Vous n'aurez que des compliments, soyez en assurée. Je serai à 20h00 au restaurant que je connais déjà.'' Impossible de rajouter un trait d'humour et c'est peut-être mieux comme cela. Mercredi c'est quasiment demain. Comment se prépare-t-on à une expérience pareille. Il faut que j'en parle absolument à mon amie au cas où. Et les paroles qui sortent de sa bouche sont l'expression de l'enfer en termes crus et directs. En gros, je vais y perdre mon âme. Pour un peu, elle me déshériterait si elle le pouvait. Elle me fait valoir ses raisons, les raisons que la raison dicte. Mais c'est trop tard. Elle le sait, je le sais. Les dés sont jetés et je ne suis pas Sharon Stone. Nous mettons en place une stratégie échappatoire au cas où vraiment les choses tourneraient mâle. Car je ne veux à aucun prix laisser des mains inconnues souiller mon corps par des caresses monnayées. Je ne veux pas donner des baisers ni en recevoir d'un homme aussi réputé soit-il. Ah oui, il est bien temps d'y penser. Je suis coincée...
Je passe des sous-vêtements en coton. Rien de racoleur. Un string d'une sobriété virginal au blanc aveuglant. Un soutien-gorge push up tout juste bordé d'un croquet. Point de dentelles sulfureuses, point d'artifices excitants. Non, la sobriété d'une nonne. Si j'avais eu des Petit Bateau je les aurais passés avec empressement. J'enfile une robe des robes KMillen, magnifique, qui dégages les épaules sur un décolleté carré qui met en valeur le renflement léger de la naissance de mes seins. Le push-up fait son effet et sans être Eva Herzigova je pourrais presque déclamer ''Regardez-moi dans les yeux, j'ai dit, les yeux ...''. L'ourlet caresse mes genoux et mes mollets, d'un doré croustillant, sont ravissants. Les pieds encagés dans des stilettos gracieux aux talons aiguisés, arme létale si nécessaire pour celui qui s'y frotterait. Je me maquille légèrement et le hâle de l'été est à lui seul suffisant pour mettre en évidence la noirceur de mon regard de houri khôlée. Un peu de gloss framboise pour souligner la ligne savoureuse de mes lèvres et le tour est joué. Je me regarde de haut en bas et je me dis que je suis crédible dans mon rôle d'Escort woman ! Un taxi passe me prendre qui m'emmene bien trop rapidement à La Réserve. Les gens sont partis en congé et Genève est vide, un peu comme Paris au mois d'août mais tellement moins attrayante.
Il est 19h35, je suis bien trop en avance et je ne veux pas me faire voir avant l'heure. D'ailleurs les gnous sont revenus en force et tel que se dessine le futur je crains d'être plus souvent à me repoudrer le nez qu'à agrémenter de mon rire argentin les conversations sûrement très plates de ces Messieurs, marins tatoués sans doute, loups de mer à l'humour de fond de cale. Car je n'ai pas d'illusion. Ce n'est pas ma culture qui ce soir me fera briller, mais mes mimiques de poupée lorsque ces messieurs articuleront peut-être une plaisanterie d'une finesse relative. Nous ne rejouerons pas ce soir "Ridicule" je le crains et je le déplore car rien n'est plus stimulant pour moi que des hommes d'esprit à l'érudition discrète et au sens de l'humour affuté. Mais les Escort girls doivent et, du coup, savent s'adapter et je le ferai aussi bien qu'une autre.
Je me dirige d'un pas décidé vers le bar. Quoi de mieux qu'un shot de vodka Absolute pour me détendre sans laisser de trace. Je m'assieds à une table basse. Le bar est quasiment vide. Le serveur est prompt à me servir, je suis sa seule cliente. Ah non, un homme est aussi assis à quelques tables de là. Il sirote une bière les yeux perdus dans le vague. Je l'observe à la dérobée, les yeux revenant constamment à ma montre. Il a remarqué mon manège et me regarde à son tour. Il n'y a rien de remarquable dans sa physionomie. Les cheveux mi-longs grisonnant aux tempes, frisant sur la nuque. Il semble avoir les yeux clairs mais avec la distance je ne sais distinguer s'ils sont verts ou bleus. Le fait est qu'il n'est pas farouche et qu'il me renvoie mes regards sans ciller. Ou bien serait-ce qu'il regarde au-delà de moi et ne me voit pas ? Non, il soulève à peine son verre dans ma direction comme s'il célébrait silencieusement notre présence, seuls dans ce bar branché. Je détourne le regard. On ne sait jamais, s'il lui prenait la mauvaise idée de s'inviter à ma table alors que mes hôtes arrivent. Il est 20h00. Je me lève avec précaution pour que rien d'autres que mes genoux ne soient dégagés par l'étoffe qui remonte gaillardement dans l'élan qui me propulse vers le restaurant. Tiens, il a disparu...
Je me dirige vers la salle à manger. Son décor est à la mode, prévisible, du Stark à la sauce coloniale. J'aime bien cette sauce là car, lorsqu'elle est préparée d'ingrédients légers, elle est digeste et jolie à regarder. La salle est bassinée par des lumières chaudes. Les fauteuils en osier ont une assise agréable, pas comme ces meubles à la ligne ultra-moderne crées pour satisfaire non pas une paire de fesses qui rêve de confort mais l'ego créateur d'un designer prétentieux. Les tables sont dressées de vaisselle rutilante et l'éclat que renvoient les cristaux donne à l'ensemble un côté féérique. Si la cuisine est à la hauteur du décor, alors mes papilles gourmandes jouiront quand mon corps ne le pourra !
Le maître d'hôtel m'accueille et, à ma demande, m'indique la table qui m'attend. Ils sont tous là. J'avance à pas feutrés sur un parquet qui résonne. Mes talons saccagent à chaque pas le beau vernis et ce sont autant de traces de la trouille qui m'anime. Il y a trois femmes, la quarantaine, pas vilaines mais pas remarquables non plus. Elles ont l'air authentique de Madame épouse de... Les quatre hommes se lèvent comme un seul homme. Mon regard découvre avec étonnement que dans l'équipage il y a mon inconnu du bar. Prévisible scénario du destin, pire qu'une série B. Lorsque l'on dit que la réalité dépasse la fiction, cela n'a jamais été aussi vrai. Un homme grand, charpenté, avec une bedaine de buveur flamand me tend la main le premier en se présentant. Il semble le meneur qui présente fort galamment, une par une, les femmes attablées. Je suis surprise de noter que ce sont bien des ''légitimes'' qui accompagnent leurs maris. Il va falloir jouer serrer. Savent-elles que je suis recrutée ? Oui sans doute, elles sont dans la confidence. Puis les hommes de la table sont passés en revue comme sur le pont du navire pour finir par Bruno H. leur invité d'honneur, l'homme par qui tout va arriver ! Ses yeux ne sont ni verts ni bleus mais couleur d'huitre. Etonnantes pupilles couleur vert pâle mâtiné de ton gris-bleu et ourlées d'un cercle gris sombre rappelant véritablement la couleur du coquillage. Il n'est pas très beau mais pas repoussant non plus et quelque chose de triste dans son regard me saisit et me donne envie de le prendre dans mes bras et de le bercer... Il est plus grand que moi en dépit de mes talons et je constate, observatrice invétérée amoureuse des hommes, qu'il a une cambrure à damner une sainte.
Nous nous asseyons tous, et je me retrouve coincée entre le capitaine et mon premier client. La commande est passée par le capitaine habitué à donner des ordres. Le vin arrive. Un Bordeaux Cheval Blanc 89. Et tous de regarder avec envie la bouteille de vin comme si le miracle paraissait. Les yeux pétillent de convoitise, et je ne comprends pas pourquoi. Y Verraient-elles la promesse d'un bonheur palatal, y verraient-ils la projection d'une virilité égrillarde qu'ils leur offriraient volontiers ? Le sommelier verse parcimonieusement de ce breuvage couleur cassis aux reflets transparents de framboise. Une conversation légère se met en place et je ne trouve toujours pas la mienne dans cette assemblée où je me sens détonner. Je ne communie même pas avec eux autour de cette apparition divine !
Il semblerait que l'hôte d'honneur soit l'enfant improdigue qui rentre au pays. Les questions fusent et du bout des lèvres Bruno répond. C'est un taiseux. Peu de mots, bien choisis, élégamment tournés, clairs et ciblés. Sa voix est grave et rocaille des galets comme celle de celui qui ne parle jamais, si ce n'est à la mer quand elle le provoque. Je le regarde en lousdé. Pas facile de l'observer de biais et pourtant il a un beau profil et ses lèvres charnues articulent avec grâce le moindre de ses mots. Je me surprends encore à penser des choses décalées. Il parle d'escale, de vents mauvais, de tempête, de foc brisé, de voiles déchirées, de roulis, de tangage et moi je pense mains musclées de charpentier ou bien serait-ce de kiné, avant-bras hâlés de paysan aux tendons saillants et à peine velus, habitués à manier avec force l'araire ou serait-ce la chair ? Rationalisation rassurante de la femme qui sait que le diner n'est que le prélude à l'inévitable qu'elle redoute.
Je porte le verre à mes lèvres, guettant le moment opportun d'intervenir dans cette conversation de retrouvailles. Le vin inonde mon palais et une sensation de velours me saisit, me prend au dépourvu. Le vin glisse sur mes papilles comme les rondeurs d'une bulle d'huile dans une émulsion d'eau. Il roule et imprègne chaque cellule de mon palais. Discrètement je le fais circuler dans ma bouche toute entière pour en savourer la texture soyeuse et toutes ses saveurs. Je ferme involontairement les yeux, comme quand le plaisir me happe, et me concentre sur cet élixir divin. Lorsque je les rouvre je réalise que tous se sont tus et me regardent. Confuse, je sens monter le rouge à mes joues. Bruno alors, pour la première fois, vient à ma rescousse sous forme de question ''Dites moi, ne serait-ce pas votre première fois ?'' Ambigüité des propos qui dévoilent son esprit malicieux. ''Oui'' je réponds en le fixant de mes yeux noirs d'andalouse rageuse. Car c'était bien la première fois que je dégustais un tel vin et rien que pour ces sensations célestes je ne regrettais pas d'être là.
J'en profite alors pour faire une référence littéraire et leur parle sans trop y croire du livre ''Aphrodita'' d'Isabel Allende. Que n'avais-je pas dit là ! Personne à la table à part Bruno ne le connaissait et nul besoin dès lors de leur expliquer. Nous voilà tous les deux partis en un dialogue, parlant de littérature sud-américaine et de fil en aiguille de cinéma, d'Almodovar et moi de constater avec un vrai bonheur qu'il parle espagnol, qu'il raffole de Gabriel Garcia Marquez et que ''La Reina del Sur'' l'a tenu en haleine... Finalement, mes à priori Breliens sur les marins tombent à l'eau et je dois admettre qu'ils savent savourer la simplicité d'une bière en mer et d'un bon livre en escale. Des liens subtils se tissent et je finis par me dire que se faire honorer par un homme lettré est nettement plus léger que de se faire trousser par un marin aviné.
Les plats défilent, succulents, éclaboussant mes papilles, les noyant dans des sucs si savoureux que l'Olympe n'est pas loin. Le vin coule sans frein, libations de sang brûlant mes veines et se mêlant au mien, autel de volupté il va me transformer. Chaque gorgée me rapproche de mon supplice mais je me sens sans volonté. Advienne que pourra. J'accepte mon sacrifice dans les vapeurs éthérées du Cheval Blanc et je prie pour conserver indemnes tous mes souvenirs afin de raconter sur mon blog cette aventure unique, car unique elle sera, je m'en fais la promesse ! Le repas se termine, mon heure est arrivée. Les copains se séparent avec forces poignées de mains et accolades. Les femmes se font des bises roses et rouges et me saluent avec, il me semble, une lumière grivoise dans le regard comme celui de la marâtre qui envoie dans le lit du mari imposé, la belle-fille forcée ! Je suis mal à l'aise sur mes stilettos qui tanguent. Oui je tangue, tant par la douceur du vin que par la peur qui m'étreint. Et les gnous qui s'étaient calmés un court instant pour se désaltérer à l'instar de ma bouche, reprennent leur galop effréné. Je vais être malade. Voilà bien une Escort première classe !
Nous sommes dans le hall, moment équivoque où Bruno et moi nous retrouvons seuls devant la réception. Il me regarde évidemment amusé. Je dois avoir les yeux écarquillés de la biche avant l'hallali. ''Voulez-vous monter ?'' me demande-t-il, laconique. Quelle drôle d'idée, bien sûr que non ! Si je m'écoutais je dirais ''non, bonsoir !'' et je percerais en cadence avec jubilation le tapis iranien de mes talons aigus direction la sortie et chaque coup porté serait symboliquement une revanche pour les femmes opprimées.
Mais ma jubilation ne sera que virtuelle car me reviennent instantanément en mémoire les injonctions glaciales de la gérante ''... un client satisfait est un client qui revient !'' Alors je réponds ''oui, bien sûr, si vous le souhaitez !'' avec autant de désinvolture que possible.
L'ascension des étages ne prend que quelques secondes et quand les portes coulissent sur le long couloir aux lumières dorées, je sens mes jambes se dérober. Ne croyez pas qu'il est aussi facile que cela, même accompagnée par Bacchus, de décider ''ce soir, je vais me faire baiser''. Mais je l'ai voulu, je ne mérite pas mieux.
Bruno glisse la carte dans la serrure de la porte en bois blanc mouluré qui ouvre sur une suite somptueuse. Des lampes sur pied discrètement disposées illuminent la pièce d'un soleil de fin de journée. Le petit salon donne sur les jardins et au travers des vitres à la transparence irréprochable j'aperçois dans les feuillages vert foncé des centaines de lampions qui tremblent comme la flamme des bougies sur l'autel de Sainte Rita. Serait-ce un signe ?
La suite est magnifique, ses amis ont mis le paquet. J'avance doucement au milieu de la pièce. Le petit salon est meublé de fauteuils crapaud recouvert de jolie toile de Jouy rose et fricotent bizarrement avec une table basse en verre dépoli des pieds à la tête. La moquette est épaisse et très claire, presque virginale. Que de contradiction, la toile de Jouy qui côtoie une moquette d'un blanc chaste. Voilà bien le fait d'un décorateur malicieux ! Une grosse commode Louis XV, dodue à taille fine, s'est faufilée entre les deux portes-fenêtres et affiche comme une matrone ses tiroirs bombés. Sur le dessus en marbre trône un immense bouquet de lys royaux aux cœurs roses palpitants comme une vulve sous la rosée. De belles tentures au tissu lourd drapent les fenêtres et donnent à l'ensemble une ambiance de boudoir. Je me dirige vers la chambre attenante et sur le seuil que je n'ose passer je vois qu'un lit majestueux est préparé, déjà ouvert et offert, recouvert de draps de lin blanc immaculé et noyé sous des coussins dans la même toile rosée. On voudrait s'y vautrer. Face au lit, un immense miroir renvoie le reflet des tables de chevet Louis XV et la lumière des lampes aux reflets saumonés. Je retourne au salon. Bruno est installé sur une des banquettes. ''Venez près de moi s'il vous plait'' me dit-il en faisant un signe de m'asseoir à sa droite. ''Voulez-vous boire quelque chose ?'' Quelle bonne idée, tout pour gagner du temps, tout pour m'enivrer, me faire perdre le nord et me noyer d'alcool pour supporter les futurs assauts de ce marin musclé. ''Du champagne ou du Cheval Blanc ?''. ''Va pour le Cheval Blanc il était merveilleux !'' Car quitte à me saouler que ce soit avec ce nectar. Comme par miracle en un battement de cil, le serveur est là qui nous sert puis se volatilise. Bruno se tourne alors vers moi, plante ses yeux dans les miens et porte un toast à notre soirée. J'ai la gorge nouée et j'essaie tant bien que mal de sourire. Je bois une goulée comme une assoiffée. Les gnous sont là, bien présents. C'est fou cette faune que je peux héberger !
Il commence à me raconter sa vie, ne semble pas pressé de me sauter. Il revient de plusieurs mois à l'étranger. Etranger à son propre pays maintenant, il rentre en quête de racines improbables. Ses amis ont accueilli la nouvelle de son retour avec enthousiasme. Enfin, peut-être réintègrera-t-il leur petite équipe de joyeux drilles, amateurs dilettantes de régates sur le lac, marins d'eau douce se frottant aux douces duretés des eaux jamais démontées de ce lac mal nommé. Mais son retour n'est-il pas motivé par un échec ? Il reste évasif sur celui-ci. Alors ses amis lui ont concocté cette soirée de détente pensant qu'une jolie sirène saurait le ramener dans leur monde de terriens. Rien de telle que les mains douces d'une femme contractuellement docile pour calmer la brûlure de l'abandon qui vous rongent l'âme et la peau de l'intérieur. Voilà en gros ce qu'il me dit, subitement bavard. Et plus il se livre, plus je suis prête à capituler sans bataille car cet homme me trouble.
Le vin est déjà bu. Il s'approche de moi et penche son visage dans mon cou. Il ne me touche pas mais me hume fortement et le souffle chaud qui frôle ma peau m’est une caresse intolérable. A mon corps défendant je sens les gnous s'enfuir et des nœuds de volupté dans le ventre les remplacer. Il soulève d'une main délicate les cheveux de mon cou et poursuit sur ma nuque son investigation olfactive. Des frissons en rigole descendent le long de mon dos pour mourir sur mes reins qui trémulent. Je cesse de respirer un instant pensant bloquer ces sensations dérangeantes. Y prendre du plaisir, mon Dieu, quelle honte ce serait. Je suis une professionnelle qui fait cela pour de l'argent. Le plaisir n'y a pas sa place. Seul le sacrifice vaudra quelque chose. Eprouver un élan pour un inconnu dont le souffle m'agace la peau est inacceptable. Je me tance, vitupère mais je sens au fond de moi que ma chair est charmée. Je suis excitée par l'inconnu, par la nouveauté et j'en ai honte, reste importun d'éducation judéo-chrétienne !
Il se recule et me regarde. Mes yeux sont nébuleux et ils lui dévoilent l'emprise du vin et mes sens en émoi. Sa main droite attrape doucement ma main gauche repliée en un poing crispé sur mes genoux, rigidité hiératique élevée comme une muraille. Imprenable je suis. Lui montrer de la froideur quand tout mon corps frémit et de peur et d'envie. Il la porte à ses lèvres et la picore de baisers si romanesques. Mon bras s'abandonne et il retient ma main dans la sienne pour l'empêcher de glisser.
Il se lève et m'attire à lui. Comme une chienne en laisse je me laisse guider vers la chambre. Il me plante debout au pied du lit, le dos face aux coussins, mon reflet dans la glace. Je me vois, je me hais. Je me plais, je m'écœure. Il se retourne et me contemple dans le miroir. Nous sommes côte à côte. Lentement, comme au ralenti, il écarte mon bras gauche de mon flanc et théâtralement descend le zip de ma robe planqué dans la couture. La robe se laisse faire, mon corps rigidifié. Mon cœur bat à tout rompre. Mon souffle est court, j'ai peur de haleter. Lestement il fait glisser la robe à mes pieds. Elle ne résiste pas, docile quand moi je veux me rebeller. Dans la glace subitement me voilà perchée sur mes stilettos les jambes mal assurées et sur ma peau mate le blanc des sous-vêtements tranche comme ma culpabilité jetée en pleine face. Je sais que je suis belle, désirable. Il se campe devant moi. Un mètre nous sépare. Il me jauge, il me toise. Il scrute mon visage. Je ne sais pas sourire, je suis bouleversée alors je ferme les yeux. Je le sens qui approche. Doucement il prend mon visage dans ses mains et je sens un baiser léger se poser sur mes lèvres jointes. La pointe de sa langue vient lécher le goût de mes lèvres, dessine leur pourtour et sous cette langue chaude je sens mes lèvres palpiter. Irrésistiblement il les apprivoise et mes lèvres se descellent comme mues par leur propre volonté. Mon sang inondent mes veines d'un flot précipité et bouillonnant. Il me donne un baiser ou nos langues se rencontrent sans honte, se mélangent avec volupté. Je résiste mentalement mais mon corps me dément. Il a saisi ma taille et me plaque contre lui avec force. Rien n'est précipité mais je sens son envie impérieuse. Elle est là, brandie contre mon ventre. Ses mains circulent sur ma peau et y dessinent des arabesques qui me consument. Je fonds entre ses mains savantes.
Il me fait basculer sur le lit et dans le mouvement nos bou