10 mai 2012

ELLE - Dieu merci, l'hystérie n'est plus une maladie

j-g-majesty-sextoys-godmichet.pngIl me l'avait laissé entendre.

Enfin, entendre n'est pas le mot puisque il n'avait quasiment rien dit mais je l'avais compris. Sa tentative de me faire lire entre ses lignes avait été bien amenée, j'en étais dépitée. Oui, j'éprouvais du dépit car subitement je me sentais moche. Moche, quand moche est l'antonyme de sexy. Allez me le trouver, vous, l'antonyme de sexy ! A part moche, aucun autre mot ne me venait à l'esprit pour décrire dans mon for affaibli mais toujours intérieur le sentiment dévalorisant qui avait sabré d'un coup sec mon élan amoureux vers lui.

Là, sur le lit, l'élan coupé en deux qui gît. Je le regarde pour éviter de regarder ses yeux à lui. Il m'aimerait en nuisette, m'a-t-il dit ! En nuisette ? Alors que je portais fièrement, très près du corps, un petit top spaghetti et un shorty en coton noir. Il faut savoir que le shorty en question m'avait été vendu comme un "hot pants" et à lui seul le nom m'avait fait imaginer l'échauffement assuré des sangs de mon amant. Que nenni, ne le voilà pas qui prudemment me dit "en nuisette tu serais jolie !" Tu serais, verbe au conditionnel qui introduit une condition ! Argh, mais alors sans la nuisette, je ne suis pas jolie ? Syllogisme dans le désordre qui traduit bien celui qui régnait alors dans mon encéphale.

Quand une petite phrase bénigne inocule en vous le mal, le mâle dès lors en vous ne s'inoculera pas. Je boudai.

Quelques jours plus tard, passant dans la rue bien nommée de l'Expiation, je m'arrête devant la boutique "Sexy Dessous". En vitrine, sur des mannequins anorexiques, des sous-vêtements à vouer aux Gémonies le corps de Benoit XVI supplicié par le désir ! Comment un homme pourrait-il rester de marbre devant de tels affûtiaux ? Enfin... de marbre on aimerait qu'il le soit à un certain endroit. Bref, affolée d'avoir enfin trouvé ce qui lui plairait, j'entre.

Une vendeuse accorte, au décolleté rondement plongeant, me suit pas à pas prête à prodiguer des conseils avisés et intéressés. Une nuisette de soie aérienne dévoilant tout en le voilant attire mon regard excité. Moi dans ça, pensé-je, il va craquer. "Les cabines sont au sous-sol" me dit la jeune-femme "suivez-moi." Nous descendons un escalier en colimaçon et j'ai l'impression que chaque pas me rapproche de la damnation, à quand l'expiation ?

À mi-chemin, je m'arrête, sidérée. Plaquées contre les murs de la salle souterraine, des vitrines illuminées présentent sans pudeur des accessoires voués au bonheur des Dames. Zola doit m'en vouloir et pourtant, c'est bien vrai. Le bonheur des Dames assurément s'expose en rose, en bleu, en noir. Des godemichés de toutes formes et de toutes tailles se taillent la belle part, reléguant dans l'ombre toutes les autres jolies tenues de dentelles qui semblent pendre sans plus y croire. Placardée en format géant sur le mur du fond, le recouvrant totalement, l'affiche du film "Oh my God !"

J'interroge du regard ma vendeuse qui sourit. "Oui, nous avons dû diversifier notre offre. De nos jours, avec tous les sites internet qui fleurissent, il fallait nous distinguer !" Je la regarde incrédule car son discours, au lieu de m'éclairer, me rend plus perplexe encore. "Avez-vous vu le film ?" me demande t'elle alors. Je fais oui de la tête et elle enchaîne "Et bien, comme vous le savez, depuis 1954 l'hystérie n'est plus une maladie...." elle laisse passer quelques secondes, scrutant mon visage. Je reste silencieuse. "Mais pour autant, la demande des femmes reste actuelle." Ça y est, je crois enfin comprendre ce qu'elle me raconte.  J'ose un "et donc..." non engageant. "Et bien, derrière cette porte qu'escamote l'affiche, nous avons nous aussi de ces cabinets où la cliente peut tester, grâce à la compétence d'un technicien, les produits vendus ici..." conclut t'elle en pointant les vitrines d'un index dénonciateur.

J'ai dû rouler des yeux comme une maraboutée car elle a rigolé. Aurais-je crié un non ! incrédule ? Elle poursuit, évidemment amusée "Si, je vous assure. Le film a inspiré le patron et puis, les femmes sont souvent demandeuses mais ne savent pas utiliser ces joujoux. Nous pouvons vous initier si vous voulez." Était-ce une proposition ou bien une affirmation ? La pauvre nuisette que je tiens dans les mains me parait maintenant bien gentillette alors que j'imagine ce qui se passe derrière le mur. C'est bien insonorisé, me dis-je in petto, pour faire taire la tentation qui involontairement est née. Tentation, damnation, expiation, tout se tient. Je la remercie de tous ces renseignements et file sans essayer le pauvre article de soie noire que j'ai presque jeté dans ses mains. Je respire l'air frais du dehors me demandant malgré moi :

Oserai-je ou pas ?

 Pour ceux qui n'ont pas vu le film...

03 mai 2012

ELLE - L'amore e basta

 

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Enfin réveillée, je m'enthousiasme.

Nous ne sommes pas très nombreuses. Euses, petite terminaison indiquant au lecteur attentif et  grammairien que l'assemblée est composée uniquement de membres du genre féminin. L'apathie qui souvent me prend au sortir du bureau doucement s'évapore sous l'effet des neurones qui depuis quelques minutes se sont remis en fonction. Ça chauffe sous la calotte crânienne et mon exaltation linguistique bouscule un peu la syntaxe et la grammaire, mieux que la lave de l'Etna mes phrases fusent.

Nous sommes en court d'italien et les élèves présentes tour à tour énumèrent le nom des chanteurs qu'elles préfèrent. C'est à moi de proposer. Je propose une chanteuse à la voix éraillée, mi Marianne Faithfull, mi Brigitte Fontaine. La chanson à laquelle je pense étire au fil des couplets de la guimauve chaude aux parfums écœurants mais on ne se refait pas : j'aime ce duo façon Delon et Dalida. Nous en écoutons les premières mesures et alors qu'une ardeur mélomane me prends et que je reprends en murmurant "l'amore e... basta !" je crois déceler sans le vouloir une grimace sur le visage de la femme qui me fait face.

À aucun moment elle ne croise mon regard et je la dévisage. Je déchiffre une forme de mépris alors qu'elle découvre les paroles de la chanson. Elle contorsionne sa bouche en une moue dédaigneuse et les paroles sur mes lèvres instinctivement se taisent. Je ne fredonne plus et pourtant Giusy Ferreri décrète avec une vibrante ardeur "l'amore e... basta !" Je l'observe et je sens monter en moi un malaise étouffant. Elle sourit maintenant en coudoyant sa voisine. Quoi, en face de moi une coalition se dessine ? Le malaise en moi grandit à mesure que je vois les deux femmes en silence se gausser. Mon corps est devenu trop petit et ne peut contenir mon émotion.

Mais que se  passe-t-il ? Quel est donc cet inconfort si fort qu'il en devient physique ? Giusy s'époumone, mes consœurs semblent s'en moquer et moi, je me sens réprouvée. L'enthousiasme qu'il y a peu m'animait s'est transformé en affliction et Dieu n'y est pour rien. Je tente d'analyser l'émoi qui me submerge et qui relègue la pauvre Giusy dans un exil non mérité. La réponse se dresse subitement devant moi tel le Commandeur sans que je n’aie rien pourtant à expier : ne sont-elles pas en train de me juger ? Voilà la crainte qui m'habite. Elles me jugent sur les paroles d'une chanson que je n'ai pas écrite.

Repliée sur ma chaise dans une position involontaire de défense, sparring partner sans réaction, je prends les coups que je croie qu'elles me donnent. Quoi, arrivée à mon âge n'aurais-je pas acquis l'indépendance d'esprit qui rend plus fort ? Quoi, moi qui affronte tous les jours des tatoués, des durs, des vrais, suis-je redevenue la petite fille dans la cour d'école facilement blessée par les rumeurs semées par de mauvaises copines ? Il semblerait que ni mon parcours ni la confiance en moi que j'ai pu au fil du temps construire ne puisse servir de rempart au doute qui m'habite. Les failles, les vraies semblent pour toujours demeurer, couvertes simplement par un calicot fragile. Il suffit de peu de chose, un petit tremblement et la fissure s'écartèle, la béance libére alors la fragilité qu'elle croyait contenir.

Et me voilà à affronter de nouveau ce sentiment ancien que petite j'aurais pu exprimer en "mais pourquoi elle ne m'aime pas ?" Et oui, ne s'agit-il pas de cela encore et toujours : l'amour ou mieux dit encore l'approbation d'autrui. Ne peut-on jamais complètement s'émanciper de cette volonté, que dis-je volonté, de cette nécessité d'être approuvé à défaut d'être aimé ? Et même de celui dont finalement on se fout ?

La chanson se termine et je rumine. La plaisir anticipé de faire partager mon goût pour une chanson s'est transformé en amertume. Courage fuyons, me crie mon émotion, il ne faut plus aller au cours, tu n'y as pas que des amies ! Allons donc, Gicerilla, raisonne-toi, vas-tu te laisser déstabiliser par une émotion digne de cour de récréation ? Le cours se termine. Je pars en me demandant ce que je ferai après cet affront. Laisserai-je une émotion, sans doute déplacée, guider ma conduite et prendre sur ma raison le pas ?

Mais dites-moi, cela n'est arrivé qu'à moi ?

 

17 avril 2012

ELLE - Go to the river

river.jpgMon jogging m'a lessivée.

Lessivée ? Étonnante expression tout comme sa sœur "être rincé". Zola n'est pas loin qui me dit que Gervaise, fille de lavoir, devait à tout moment les utiliser ! Drôle de métaphore buandière pour signaler que mes batteries sont à plat que je me suis allongée sur le sofa. Allongée, les yeux au plafond, je regarde l'espace, je scrute le vide autour de moi. Le plafond me renvoie son blanc immaculé. Rien ne se dessine sur cet écran, je suis vide.

Le soleil brille subitement attirant mon regard vers la fenêtre. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Un bond si fort que pour un peu je l'aurais vu déformer ma poitrine comme le ventre, le pied de l'enfant. Là, sur la fenêtre un dessin aligné qui ressemble étrangement à une écriture. Une écriture qu'un doigt aurait pu éphémèrement tracé sur la buée. Je me lève et m'approche en hésitant de la baie vitrée. Il n'y a pas de buée sur la fenêtre et le tracé n'est visible que sous un angle particulier.

Je plie à peine les genoux et le voilà de nouveau qui apparaît. Cela ressemble à de l'arabe. Oui, c'est cela c'est une écriture en caractères arabes, je n'en doute pas. Je fais coulisser avec fébrilité la porte et tente d'effacer l'inscription. Rien ne se passe. Je m'acharne mais l'inscription inversée reste comme gravée sur la vitre. Mon cœur s'emballe au constat que l'écriture est faite à l'intérieur. Qui a pu dessiner cette inscription ?

Je referme la fenêtre et reste plantée devant les caractères, les scrutant sans oser les toucher. Vite, prendre un papier calque et recopier la forme tant que je la vois. Demain, je la ferai déchiffrer par un collège arabophone. Je me précipite dans la chambre pour y trouver du papier, transparent assez, pour me permettre de relever le tracé. Je suis totalement fébrile. Me voilà de retour mais la vitre est devenue muette.

Plus rien. Plus aucune trace d'écriture. Non, je deviens folle ? Je me contorsionne pour scruter la vitre par en dessous, sur la pointe des pieds, la joue écrasée pour en repérer l'infime profil, rien ! Stupéfaite par le mystère, je retourne m'allonger sur le canapé espérant ressusciter l'inscription. Reproduire exactement ma position. Et là, oui, là, de nouveau la phrase qui sinue de droite à gauche.

Il s'agit maintenant de ne pas la louper. L'approcher comme une proie, silencieusement pour ne pas l'effrayer. J'y suis. Délicatement au crayon à papier j'en détoure le contour. Ma main tremble un peu mais pas encore assez pour en modifier le sens, prié-je en silence. Á peine terminé mon travail de scribe, la phrase disparaît encore. J'ai beau retourner sur le canapé, elle semble pour de bon évaporée.

Le papier posé sur la table devant moi je tente de scruter le sens de la phrase au fond de ses courbes harmonieuses. Évidemment, l'arabe m'est inconnu et tout ce que j'imagine n'est que conjecture. Il faudra bien que j'attende.

"Ahmed, arrives-tu à me traduire ça ?" questionné-je en glissant sous le nez de mon collège la feuille calligraphiée. Ahmed me regarde avec un air interrogateur amusé. "C'est quoi ce truc ?" "Oh rien, une phrase que j'ai recopié dans un ouvrage. Tu me la traduis, je crois bien que c'est de l'arabe !" Ahmed contemple ma feuille et fait la grimace. "Ce n'est pas de l'arabe, Gicerilla, c'est du farsi. L'alphabet est arabisé. Attends voir..." Sa réflexion me suspend à ses points et je trépigne, pire que jument devant le pré ouvert. "La vie est une rivière, n'interdit pas à tes larmes de l'enrichir ? Oui, c'est quelque chose comme ça !" me répond finalement Ahmed, peu sûr toute fois de sa traduction.

"C'est quoi ce truc Gicerilla ?" Mais je ne suis déjà plus là, non je ne suis plus là, j'ai remonté le temps quelques jours en arrière alors que je discutais avec ma bonne amie M. Je lui disais alors mes craintes de souffrir, mes craintes de me laisser aller et de finir par en pleurer. Je racontais la peur solidement vissée au cœur qui m'empêchait parfois de jouir des moments présents en pensant déjà au futur. Ah, quel drôle de phénomène ! Je remercie Ahmed en reprenant un peu sèchement la feuille qu'il a conservée entre ses mains.

C'est un message pour moi, mais un message de qui ? Comment cela est-il possible ? Quel est donc ce sortilège ? Le croiriez-vous si vous le voyiez ? Pourtant, je vous assure tout s'est passé ainsi. La phrase est apparue puis a disparu sans intervention extérieure.

Je demeure avec la feuille serrée dans un carton à dessins pour la regarder, encore, au cas où... Au cas où j'oublierais le message qu'elle m'a confié. La vie est une rivière.

Alors vous aussi, n'hésiter pas à la faire grossir !