jeudi, 08 mai 2008
ELLE - L'extase haut perchée

Il fallait certainement que cette information me fut révélée pour qu'auprès des femmes je m'en fasse le héraut.
Sinon comment expliquer cette séquence d'événements anodins pour qu'enfin je sache. J'avais récupéré le Géo de mai au salon Air France. Je l'avais feuilleté avec curiosité car c'est une belle publication mais j'étais passée à côté. Et c'est seulement lorsque j'allais le recycler dans le container à papier que la feuille s'est détachée et a pris son envol, seule possibilité pour elle d'ouvrir mes yeux aveugles qui l'avaient ignorée.
En la rattrapant, c'est là que le j'ai vue. Timidement exposée dans un encart discret du bien nommée rubrique "Geoptimiste". Information primordiale qui explique indubitablement l'engouement de certaines, pour ne pas dire la passion, pour les hauts talons. Connaissance inconsciente d'un phénomène dont elles ont fait l'heureuse expérience sans faire l'association ? Ressenti animal jamais mis en équation aussi fiable pourtant que l'instinct qui porte le mâle à faire la roue pour chauffer la belle en pleine ovulation ?
Mais quelle est donc cette information de première bourre (non, non je vous vois venir, pas de mauvais jeu de mots ici. Vérifiez, vous verrez) ? "Le port de talons hauts améliore la vie sexuelle"
"Bien sûr" interjetterons certains, le sourire moqueur aux lèvres, car ils imaginent déjà en un raccourci de leur esprit rustaud que c'est une vérité banale de reconnaitre que la vue d'une paire de jambes devenues infinies par des talons ambitieux est indéniablement excitant sans compter la fascination exercée par la soie de la jupe suspendue à des hanches qui la transforment en balancier hypnotique. C'est le moment que je choisis pour lever les yeux au ciel, affligée, et une main autoritaire pour faire taire ces ignares et leur révéler, bonne fille, LE secret.
"Selon une étude menée par le Dr Maria Cerruto, porter des chaussures qui maintiennent le pied à un angle de 15° renforce le plancher pelvien qui héberge les muscles du plaisir liés à l'orgasme, ce qui accroîtrait les sensations... "
Quelle révélation ! Non seulement les femmes, sacrées finaudes du règne animal, vous pétrifient de désir en balançant sous vos yeux leurs reins renflés dont les deux hémisphères se dandinent au rythme de leurs talons qui surinent l'asphalte, mais par répercussion, elles musclent cette partie de leur corps qui en mille ondes de plaisir enserrera votre doux membre à la pénétration.
Dès lors, je comprends mieux l'amour immodéré de certaines pour une paire de Louboutin qui culmine à des hauteurs que l'on se prend à imaginer paradisiaques. En effet, un esprit curieux aura immédiatement regardé sur un compas ce que représente une élévation de 15 ° et aura vite compris que s'il y a corrélation entre la hauteur du talon et le plaisir à récolter, il ne faudra plus lésiner. Et son échine d'onduler de plaisir par anticipation à l'idée des sensations que pourraient générer des angles de 20°, 25° et plus encore.
A se demander si les chausseurs à la mode (Vivier, Blahnick, Choo, etc.), provocateurs de péchés, n'étaient pas déjà dans la confidence, qui créent depuis des années des souliers importables pour un pied normal mais à l'angle audacieux et prometteur. Peu importe. Foin de considérations morphologiques. Focalisons uniquement sur cette découverte passionnante à déchaîner les passions. Messieurs, ne soyez plus radins puisque la clé du paradis vous tend la main. Offrez sans rechigner ces stilettos hors de prix qui cambreront le pied de vos femmes en des voûtes démoniaques à adorer, qui allongeront leurs jambes devenues lianes galbées pour mieux vous attacher. A nous les hauteurs
vertigineuses, promesses de sensations décuplées. Que dis-je décuplées, centuplées même !Mon sang s'échauffe à cette idée. Et tant pis si ma tentative précédente s'est révélée pitoyable. Cette fois-ci, la motivation est trop grande. Si Carrie Bradshaw arrive à déambuler sur 10 centimètres de talons avec élégance il n'y a pas de raison que j'échoue. J'ai déjà la "City" il ne manque plus que son pendant qui, lorsqu'il arrivera, me trouvera fin prête et musclée à souhait...
Et si dorénavant je ne marchais que chaussée de pointes de danseuse à 180° ?
06:33 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sexe, stiletto, talons aiguille, orgasme
lundi, 05 mai 2008
ELLE - Quand l'altruisme fait mal
"Allô !"
- "Bonsoir Gicerilla ! Que se passe-t-il, tu as l'air toute essoufflée ?"
- "Mais non M. je me bats depuis dix minutes avec des cartons !"
- "Des cartons ?"
- "Oui, j'essaie de déballer les éléments qui composent la superbe table qu'on vient enfin de me livrer. Il faut que je la monte mais je n'arrive même pas à ouvrir l'emballage ! Tu imagines ? Je peste, je voudrais un mec..."
- "Monter une table. J'arrive !"
- "Tu arrives ? Mais tu es fou, tu ne vas pas faire 700 km pour venir monter ma table !"
- "Si, demain à la même heure je serai chez toi !"
- "Mais tu es cinglé, enfin, je vais me débrouiller..."
- "Non, de toutes façons j'ai envie de te voir. A demain !"
Il a raccroché et je reste pensive. Est-il possible que l'on veuille faire autant de kilomètres sans même la promesse d'un bon dîner à déguster après, pour venir monter la table d'une femme, amie peut-être, l'avenir le dira, amante même pas ? Bon, ok, il s'agit d'une très belle table, c'est certain. Un design italien. Profilée comme la carrosserie d'une Ferrari et pour un amoureux de la mécanique comme lui... Soit. Mais franchement, je m'interroge. Un mot me vient à l'esprit pour justifier une telle folie ou autrement appelée chez les Scouts, BA. Car sur l'échelle des bonnes actions, parcourir trois cent cinquante kilomètres d'une traite pour visser 8 vis sur 2 plateaux de verre, est certainement proche du dernier barreau, ou en tout cas elle flirte avec l'exploit. Et ce mot c'est "altruisme". Ne serait-ce pas là l'exemple le plus probant de ce qu'on appelle l'altruisme ? Mais le doute me taraude comme les vis qui vont bientôt pénétrer l'épaisseur du verre.
Vite, mon encyclopédie pour vérifier si cet homme est en péril et mérite l'asile ou si sa décision n'est qu'un acte gratuit que l'on peut ranger dans la catégorie philanthropie.
Altruisme n.m. semble être une création d'Auguste Comte (V.1830; attesté 1852) sur le modèle du mot égoïsme et pour lui servir de pendant. Il est dérivé du radical d’autrui d'après le latin alter. Le mot désigne la disposition innée de l'être humain à la bienveillance à l'égard des autres membres de sa communauté et qui coexiste avec l'égoïsme. Sa valeur s'est étendue en morale pour toute conduite et attitude où l'intérêt personnel est subordonné à celui des semblables, sans motivation religieuse.
Me voilà bien avancée. Oui, il est altruiste, c'est certain. Mais ce n'est pas cela, non. Pourquoi je ne me sens pas à l'aise avec cette décision qu'il a prise de m'aider, sans demander aucune contrepartie ? Et l'intuition de ce que je sentais, enfouie dans mes neurones, revient m'assiéger plus fort encore. Elle affleure à la surface de mon cerveau maintenant et impose sa présence avec son cortège de sensations désagréables. Pourquoi ne suis-je pas simplement enchantée qu'un chevalier servant ait ramassé la notice de montage ? Ne serait-ce pas tout bonnement parce qu'avec ses bonnes intentions il me renvoie comme un miroir l'évidence que moi, je ne le ferais pas et qu'en conséquence je le ne vaux pas ?
Je suis aux prises avec des sentiments contradictoires qui me font tour à tour penser que je suis une sacrée égoïste incapable d'un geste hors du champ de la raison pour aider un ami ou que je suis un être trop raisonnable et calculateur qui n'agit qu'en fonction ce qui vaut le coup ou de ce qui ne le vaut pas. Et dans les deux cas, ma médiocrité me revient en pleine face, grimace qui vient se plaquer comme une sangsue sur mon visage.
Dans les deux cas je me perçois sans grandeur, incapable d'une action flamboyante de gratuité uniquement pour le plaisir de donner, de rendre service. Cette perception là m'agace au plus haut point et pendant un moment je lui en veux de se faire croire mieux que moi à mes yeux. Incohérence de bonne femme ? Me voilà à blâmer en secret cet homme hors norme qui, pour des raisons qui restent encore floues et qui le resteront, vient à ma rescousse sans compter ses efforts.
Dans les deux cas, son geste me fait voir à quel point je ne suis pas meilleure que le vulgum pecus dont je suis issue. Aucun héroïsme dans mes élans amicaux puisque je ne serais pas capable de conduire 700 km pour faire une séance de lego.
Je n'aime pas l'image de moi que, sans le vouloir, il me renvoie et je me tance de penser qu'il faut tout mesurer à son aune comme l'étalon de référence unique hors duquel point de salut. Car après tout, faut-il forcément que je me compare à lui ? Faut-il que je me qualifie au regard de ses qualités en ignorant les miennes qui pourtant existent même si parmi elles, la sienne n'y est pas ? Pourtant, j'ai beau me raisonner et me dire tout cela, je demeure avec ce goût amer qui vient du jugement que je m'inflige de n'être pas celle qu'il est.
La morale que je tire de cette aventure, c'est qu'il n'est pas bon pour autrui de se montrer trop généreux, trop extraordinaire dans ses actions car alors, au lieu de récolter une reconnaissance légitime à l'effort consenti, il risque fort de recevoir pour toute récompense l'ingratitude passagère de celui qu'il a fâché malgré lui par la grandeur de son âme !
On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions...
* * *
Cher M., ne me prenez pas pour une ingrate ! Oh non, je vous sais gré. Merci à double titre. Pour avoir monté, de main de maître, cette superbe table et pour m'avoir fait toucher du doigt que je ne suis pas aussi généreuse que je me crois !
06:16 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : altruise, egoisme
vendredi, 02 mai 2008
ELLE - L'éclat inaltérable de la mort
La première fois j'avais été choquée.
Un à priori comme on en héberge bien trop m'avait fait crier à l'outrage "quoi, il y en a qui font feu de tout bois !" et en l'occurrence de bois point, et pour foyer le four crématoire ! Des idées révoltées de profit à tous prix m'avaient assaillie, violentes, intransigeantes et je m'étais instantanément ralliée à leur cause car elles semblaient défendre une idée reçue légitimement intouchable : on ne fait pas commerce de la mort.Et la frileuse en moi, celle qui au mot de mort sent son sang se changer en fluide glacial dans ses veines, de s'offusquer que l'on puisse un seul instant concevoir de faire du mort autre chose qu'une dépouille sous une pierre tombale à honorer, un jour gris de novembre, ou bien un tas de cendres à répandre aux vents préférés du défunt. Pourtant, une fois plantée dans mon cerveau, ne voilà pas l'idée qui germe et ses bourgeons de réflexion doucement m'amènent sur un autre chemin. Car, après tout, commerce il y a déjà et un nombre, restreint soit mais certain, vit de la mort et même en fait ses choux gras. A-t-on jamais eu envie de blâmer les forêts ou les potagers d'être rendus plus florissants par la proximité d'un charnier ou d'un cimetière. Non ! Alors, pas de fausse indignation ici. Considérons l'offre pour ce qu'elle est : inventive, au concept bravant les pensées bien pensantes et bienséantes et finalement promotrice d'une approche non pas triste et terne de la mort mais plutôt brillante à souhait. Mort brillant de mille feux. Du feu de la lumière, source de vie. Pérenniser la vie au-delà de la mort ? Impossible, me direz-vous. Et bien non. Pourquoi cet amas de chairs putrescentes ne deviendrait-il pas plutôt un objet rare, un diamant ?
Et la société Algordanza ne s'est pas laisser intimidée par la Grande faucheuse. Bien au contraire, elle a décidé de lui faire un pied de nez, de mettre à son profit son inéluctabilité en la combinant à grands frais à une technologie de pointe. Car évidemment, cela coûte cher et ne devient pas diamant qui veut. Pas de philanthropie ici. Tout est mesuré à l'aune du carat et chaque microgramme de matière obtenue est vendu au prix ... du diamant ! Mais ne vaut-il mieux pas un joli carat de Mémé qu'un carat arraché à l'Afrique au prix du sang ? Ne vaut-il pas mieux arborer Maman en solitaire, qu'un solitaire volé à la terre par des esclaves martyrisés, sous le joug d'une nouvelle race de négriers motivés par le pouvoir et le lucre ?
Bien sûr, engoncés dans nos coutumes ancestrales, il faudra que celle ou celui qui en héritera s'émancipe du poids des traditions et accepte de porter le mort à son doigt, à son cou... Mais une fois apprivoisée cette idée, écœurante pour certains, effrayante pour d'autres, insupportable et indécente pour d'autres encore, ne me serait-il pas plus agréable de mourir en sachant que je scintillerai un jour dans un écrin ou enchâssée dans un chaton précieux ?
Oh, je vois venir les incrédules, les pinces sans-rire, les goguenards de tout poil avec les "Ah mon dieu, quelle horreur, j'ai égaré Tante Sidonie", "Dis, t'as pas vu trainer Tonton, je l'avais posé là pourtant !", "Ah, ah, Pépé est devenu un bijou de famille..." Oui, bien sûr, la tentation est assez irrésistible. Mais au-delà de ces blagues de potache, c'est bien l'au-delà que nous avons apprivoisé. Construire une autre idée de la mort et du décédé.
Je termine cette note sans savoir comment je finirai mais si quelqu'un veut bien de moi à son cou ou à son doigt, pourquoi pas ?
06:55 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, crémation, diamant, algordanza, amnesty international
mardi, 29 avril 2008
ELLE - Façon Bridget

Aujourd'hui je me sens très Bridget.
A première vue, on pourrait penser qu'un monde nous sépare. Elle est blonde, je suis brune. Elle est ronde, je suis mince. Elle se gave de douceur, je me gave de macadam. A chacune sa méthode. Elle se remplit pour combler ses manques. Je cours pour laisser derrière moi ce que je n'ai pas. Mais au final, la quête est la même. Elle attend, enfouie sous des pilous informes, l'amour qui ne vient pas et moi je cours au devant de celui-ci en une course effrénée qui elle seule sait faire battre mon cœur. Oui, elle et moi, même combat.
Mais elle, elle a pour elle l'humour anglais qui sait rendre risible le pire de ses drames et lorsqu'elle se mouche dans des tonnes de kleenex, elle devient presque jolie avec son nez rouge et morveux. Et moi, j'ai contre moi l'impétuosité méditerranéenne qui transforme tout en mélodrame et qui rend mes larmes risibles comme celles des pleureuses égyptiennes qui se lacéraient le visage. Elle pleure gaiement. Je pleure tragiquement. Ni Corneille ni Racine réunis ne sauraient retranscrire dans leur langue rimée les émois de mon âme et Bérénice et Andromaque sont de bien piètres tragédiennes au regard de mes drames. Et aujourd'hui encore, reine de la crise paroxysmique, me voilà à tomber sous le charme délétère des paroles de Brel.
Et pour que le compte y soit, je me passe en boucle ses chansons les plus poignantes, celles qui me laissent décomposée et haletante. Je ne crois pas avoir connu jamais homme capable de dire avec des mots, des mots simples, des mots taraudant comme une vrille qui doucement perce le cœur, les regrets de l'amour, les élans de l'amour, les souffrances de l'amour, les beautés de l'amour...
Et me voilà buvant, tel un Socrate auto-sacrifié, toutes ces paroles qui me dépeignent à l'envi ce que je n'ai. Et comme toujours, je me noie dans mes propres larmes et je m'y complais. Complaisance avérée avec son propre malheur. Celui que l'on construit parce que tellement plus facile à bâtir que son bonheur. Complaisance insupportable mais pourtant indulgence nécessaire avec soi-même pour ne pas couler totalement. Je ne sais pas d'où me vient cette nature toute en extrêmes. Association maléfique de planètes à la naissance ? Sensibilité démesurée qui fricote avec la sensiblerie ? Et je me prends à rêver que, artiste maudit, je sais enfin utiliser cette énergie pour créer des merveilles qui vous bouleverseraient plutôt que de proposer ici des notes radotantes qui ne font que geindre et se lamenter.
Voilà sur quoi je m'émeus. Voilà sur quoi je sombre. Mais comment résister aux émotions que de pareils cris peuvent susciter ?
La chanson des vieux amants
Bien sûr nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour c'est l'amour folle
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
(...)
Orly
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l'un à l'autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire: je t'aime
Elle doit lui dire: je t'aime
Je crois qu'ils sont en train
De ne rien se promettre
C'est deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et brusquement ils pleurent
Ils pleurent à gros bouillons
Tout entourés qu’ils sont
D'adipeux en sueur
Et de bouffeurs d'espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger
(...)
Alors, suivant le conseil de Pierre Mortez, je me laisse couler au fond, tout au fond de mon marasme et quand je n'en pourrai plus de vibrer comme les cordes frottées par l'archet de ces mots, je donnerai enfin un grand coup de talon pour redécouvrir que l'amour n'est pas l'unique raison de vivre et qu'au lieu de pleurnicher, il serait peut-être temps de grandir, avec ou sans. Tenter une fois pour toute d'accepter que pour certains la vie est avec, et que pour d'autres la vie est sans... Quatre lettres qui s'opposent et qui changent tout. Quatre petites lettres qui pourtant ne sauraient régir ma vie.
Vous m'avez lue jusqu'ici ? Alors dites-moi que vous aussi, parfois, Bridget vous vous sentez !
06:08 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 26 avril 2008
ELLE - Ce qui aurait pu arriver N° 3 - Snooker academy
Il m'avait envoyé un billet tout simple dans une enveloppe banale.
Au début, j'avais été intriguée par l'écriture inconnue de moi. De nos jours, les écritures manuscrites sont des choses rares. Un simple bristol blanc à l'intérieur portant à l'encre bleue une adresse, une date et une heure. Rien d'autre. Seule la signature me permit d'imaginer qui m'écrivait. C'était un pseudo. Un pseudo bien connu de moi. Mon cœur fit un bond. Je croyais à un canular car tout au long de nos échanges, il n'avait jamais été question de se rencontrer. Je le savais marié avec des enfants. Il n'en avait pas fait secret. Mais la révélation de cette information avait eu lieu trop tard. Poissons naïf, j'étais déjà ferrée. Savait-il à quel point, tel un hameçon, mon envie de lui était fichée dans ma chair ? J'étais prête à tout pour le rencontrer et j'avais susurré des mois durant tous les chants de sirènes que je connaissais mais en vain. Nos quêtes divergeaient à ce qu'il paraissait. Je n'osais y croire. Pourquoi avait-il changé d'avis ? Peu m'importait, ce qui comptait c'est que j'allais le rencontrer. Devant ma boite aux lettres, j'étais comme une adolescente qui reçoit son premier billet d'amour. Mais en guise de déclaration, juste un nom de rue, de ville, une date, une heure. Pourtant, à mes yeux, ces mots étaient remplis d'un espoir dément plus bouleversant que tous les poèmes d'amour.
La semaine s'écoula sans que je puisse trouver le repos. Il ne répondait plus à mes emails depuis cette lettre et je ne pouvais vérifier si je rêvais ou si cela était réalité. Le jour du rendez-vous, c'est aujourd'hui. Je dois être prête à 18h00. J'ai pris un jour de congé. Je suis si fébrile que je n'arrive à me concentrer sur rien. Je marche comme un automate, me raccroche à ma routine bien rôdée. Douche, shampooing, épilation, vernis. Je suis si maladroite que tout va de travers. Je suis assaillie par des doutes vicieux qui s'amusent à me faire trembler quand je passe la cire et me rate. "Et s'il ne venait pas ?" Voilà que des voix venues de mon intérieur schizophrénisé me disent des mots insupportables "mais enfin, G. tu n'y crois pas. Tu sais bien qu'il ne viendra pas. Il joue avec toi. Il sait te manipuler..." et plus je tente de les chasser, plus ces pensées vicieuses m'imprègnent comme la crème que je passe, effrénée, sur chaque zone de mon corps devenu voile de soie.
Je me suis maquillée légèrement pour ne pas apparaitre déguisée. Je sais qu'il haït le trop sophistiqué, il l'a laissé entendre à plusieurs reprises et je veux tant lui plaire. Seuls mes yeux sont devenus deux onyx dévorant mon visage de leurs grands cils noirs. J'ai garé la voiture à quelques rues de là pour repérer les lieux. Je suis devant le N° 6 de la rue Sainte Rita. Fallait-il que je sois devant pour y croire. Plantée devant la devanture je contemple, incrédule. Une académie de billard anglais. De grandes baies vitrées dans le style nouille bordées de bois foncé révèlent un intérieur immense. Je pousse la lourde porte silencieusement et je vois à l'infini il me semble, des tables de billards vertes rutilant sous les lampes opalines vertes elles-aussi, groupées par trois sur de jolis fixations de laiton, auréolant les tables de lumière diffuse. Je scrute l'infini. Des hommes affairés, les visages sérieux de stratèges de la boule se penchent tour à tour sur le gazon de la feutrine. Ils sont imprégnés d'une mission, cela se voit, et personne n'a tournée la tête à mon entrée. Tant mieux. Je le cherche des yeux mais mon cœur bat si fort que mes yeux se troublent, mes jambes deviennent guimauve et je n'ose faire un pas.
Là, un choc, c'est lui, au fond de la salle, la table la plus à gauche, comme le cœur, qui roule et qui gite dans ma poitrine. Quoi, lui, joueur de billard ? Je l'avais cru cadre de haut vol, camionneur sorti d'un film des Monty Pithon... Et le voilà professionnel d'un jeu de boules ! J'avance doucement. J'ai l'impression insoutenable que chacun de mes pas réveillent, indécents, le silence concentré qui règne dans la salle. J'approche aussi sûre de moi que le jour de mon bac. Il est penché sur la table. Ses yeux pointent ses regards aigus comme des compas sur la boule blanche. Son vis-à-vis le regarde, un air de profonde concentration suinte de son visage. Inquiet semble-t-il et faussement impassible. Il a la queue en main, il vise et d'un coup délicat propulse la bille blanche vers la rose. Il ne reste plus beaucoup de billes rouges et de billes de couleurs. La partie doit être entamée depuis longtemps. L'autre fait une grimace. Cela devait être un coup adroit. Il se redresse et me voit. Il ne me regarde pas, non, il me darde. Ses yeux imperceptiblement scrutent ma silhouette de haut en bas. Je sens mes talons branlés sous l'emprise de mes émotions. Il est comme sur la photo. Grand, carré, le nez assez long, le crâne quasiment rasé assumant une calvitie avancée. Il n'est pas vieux pourtant et même s'il n'est pas beau, il m'a déjà gagnée. Il m'a conquise depuis tant de mois par l'assiduité de ses mots. Ses mots parfois troubles, parfois violents de désir contenu mais bien présent.
Il regarde les chaises adossées au mur et comme un soulagement je prends cela pour un ordre. M'asseoir, oh oui, me faire une composition de femme pleine d'assurance quand tous mes organes sont sens dessus-dessous, quand mon sexe lascif déjà inonde le creux de mes cuisses à me les faire serrer de honte. Je le désire. Il n'a rien fait. Juste ses yeux sur moi et me voilà cuite. Prête à subir n'importe quel assaut pourvu qu'il m'assaille. Je les regarde tous les deux s'affronter en silence. Je ne vois qu'une chose, ses fesses se cambrer lorsque sur le rebord il se penche. J'imagine le bois de la table qui accueille son sexe qui se presse sans ménagement pour acquérir l'angle d'attaque parfait. Je ne vois qu'une chose, ses épaules larges qui ondulent sous la chemise noire au rythme imperceptible de ses mouvements. Je ne vois qu'une chose, son profil de sénateur romain taillé à la hache. Il est anguleux de visage et j'aime ça. Je ne vois qu'une chose, ses mains longues et musculeuses qui manient en coulisse la queue dont le vernis brille sous la lampe. Des idées de coulissements luisants viennent peupler mes méninges. Je me dis que je suis une bête. Qu'il me dompte est tout ce que je veux. Lorsque que pour un coup il se positionne en face de moi, il dépose parfois son regard scrutateur sur mon visage, un court instant, mais cela suffit pour brûler mes entrailles et mon cœur fait battre le sang frénétiquement entre mes cuisses. Mes pensées vagabondent sur la queue qu'il manie avec dextérité et les billes qui glissent silencieusement sur la feutrine semblent me souffler comme il est doux d'être par lui caressée.
La partie est terminée. Je crois qu'il a gagné. Il dévisse lentement la queue d'acajou ouvragée. En trois morceaux, il la range, amoureusement il me semble, dans une petite mallette noire aux formes moulées, écrin de velours rouge. Il serre la main à son adversaire et se plante devant moi. Je crois que les tremblements qui m'agitent vont se voir. Je serre plus encore les fesses et les cuisses pour donner à mon corps une rigidité hiératique. Et sans prévenir, il passe sa main droite tout doucement sur ma joue. Il est si délicat que des larmes perlent immédiatement à mes cils. Mais qu'est-ce qui me prends. Ai-je jamais ressenti cela ? Trop d'émotions sans doutes. Trop d'attente évidemment. Trop de désirs refoulés depuis des mois. Je suis apeurée, sans armes. Je veux me jeter dans ses bras mais j'ai trop peur de le faire et d'essuyer un refus. Sa main qui me fait tressaillir glisse le long de mon cou et attrape ma main pour me tirer à lui. Je me lève et le suis, docile, sans volonté. S'il voulait m'immoler, là, sur la table, je ne ferai rien. Qu'il me poignarde de son sexe, qu'il me cloue de plaisir, que sa queue soit objet de mon supplice. Il m'amène sans un mot dans une remise sombre, où seule une lucarne de verre gris sale ouvre sur le dehors. Des ombres projetées de chaises entassées, de lampes désœuvrées, de tables bancales nous accueillent et je frissonne. Il pousse la porte derrière nous. Il ne parle pas. Je suis tétanisée.
Il s'approche et prend mon visage dans ses deux mains cette fois-ci. Je me sens frêle. Il m'embrasse à pleine bouche. Ses lèvres chaudes se pressent violemment. Sa langue force mes dents. Il m'envahit, titille ma langue qui se noue à la sienne. J'aime son haleine. Je lui rends son baiser mais ne respire plus. J'halète et mon cœur devient dingo. Il me prend dans ses bras et me serre contre son torse. Et là, comme une décharge, la découverte de son sexe bandé et comprimé contre mon ventre. J'ai envie de passer ma main, là, tout de suite. De ne pas lui demander son avis. De m'agenouiller et d'arracher la fermeture. De faire jaillir ce sexe dont je rêve depuis des mois. Depuis que nous avons joué à nous désirer par ordinateurs interposés. Je veux le sucer, le boire, le lécher. Dessiner de ma langue tout ses reliefs. Sculpter ma gourmandise à coups de langue, à coups de dents. Gober son nœud boursouflé et dure comme un marbre de Carrare. Mais je n'en fais rien car je tremble. Il a glissé ses mains sur mes fesses et, nos lèvres toujours collées à m'étouffer, il malaxe chacune d'elle. Il les pinces, les écarte sous la toile de ma jupe. Mon string y glisse plus profondément et je sens la dentelle se tremper de mes sucs qui dégoulinent. A mon tour je m'accroche à ses fesses pour ne pas me perdre tout à fait. Il a le cul cambré comme un africain et ses chairs tendues me donnent envie d'y mordre. Je gémis déjà et il n'a rien fait.
C'est enfin qu'il fait tomber ma jupe et glisse une main entre mes fesses pour y chercher l'entrer de son futur fourreau. Il va et vient et ses doigts glissent, dérapent, retrouvent le chemin et recommencent. Il ouvre mes fesses comme s'il voulait y entrer. Ses caresses sont violentes mais savantes. Elles m'agacent, me font crier à l'intérieur "baise-moi !". Un jour je le lui avais écrit comme un cri "oui, baise moi" et là, encore une fois, les mots veulent l'assiéger mais je me tais. Il me porte alors sur la table de billard bancale et me fais basculer en arrière. Je suis totalement offerte à ses regards et il m'écartèle de ses mains posées sur mes genoux. Et soudain, un gémissement inhumain jaillit de ma gorge. Sa langue est sur ma fente ruisselante. Il lèche, il suce, il aspire sans ménagement la perle qui m'arrache des soupirs et des "non" et des "oui". Elle explore, elle goûte, elle boit à ma corolle débordante de liqueur. Elle tète et elle titille savamment. Je suis pantelante et j'ai envie de jouir. Sa langue va et vient, s'immisce et ressort, découvre chaque relief de mon sexe béant. Puis, tel un dard, elle coulisse dans mon calice et pénètre mon ventre sans pour autant le satisfaire. J'ai envie de m'empaler sur sa langue et mon bassin entame une danse sur sa bouche. Mes fesses sont cisaillées par le bois du rebord mais ses caresses envoutantes me font oublier la rudesse de l'arête. Sa langue toujours plus aventureuse descend vers mon cul et entreprend sa découverte. Et à chaque coup de langue il pénètre tour à tour mes orifices palpitants. Je veux son vit maintenant "prends-moi je t'en supplie" sont les premiers mots dits, haletants. "Que ta queue envahisse enfin son territoire. Enfile-moi" Des mots crus comme jamais je n'en ai dits s'échappent de mes lèvres. J'en rougis et pourtant, ils accourent toujours plus nombreux. "Je te veux, baise-moi que j'enserre enfin ton sexe magnifique de ma soie...." Il s'est redressé et dégage maladroitement son sexe tendu de son pantalon. Il ne se déshabille même pas, tout est trop urgent maintenant. Il relève mes genoux sur ma poitrine. Ma fente ouverte s'offre à lui et d'un seul coup il me pourfend le ventre. Il utilise mes genoux comme d'un appui et coulisse en moi avec frénésie, avec lenteur, légèrement, profondément. Il invente un ballet de son dard dans mon ventre. Mon con ainsi offert l'enserre comme une gangue et je sens que nos peaux sont en fusions. Il ahane, il soupir et les soubresauts de son sexe me font sentir que sa jouissance est proche.
Alors, je glisse ma main sur mon sexe et me caresse là où sa langue, il y a peu, a laissé des traces de feu. Je sens les répliques approcher, je les sens monter, la terre va se fendre et quand enfin je crie mon plaisir, il reçoit le sien dans le même cri...
06:48 Ecrit par Gicerilla dans Ce qui n'arrivera pas | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : snooker, queue, amour du jeu, jeux de l'amour