25 janvier 2012

ELLE - Woman on top ?

woman-on-top.jpgJ'ai vu le film, il y a longtemps.

Il y avait dans son titre, quelque chose de racoleur qui n'échappa à personne et je vous fiche mon billet que beaucoup de spectateurs y sont allés pleins d'attentes insatisfaites. Mais ne vous méprenez pas, il n'y est pas vraiment question de sexe, et le sexe, y'a qu'ça qui m'intéresse.

L'avantage de l'âge, en plus de rimer en une rime riche, est que je peux maintenant vous découvrir sans cramoisir mes goûts les plus secrets. Non, cramoisir n'est pas moisir mais rougir, ignares ! Ainsi, je peux maintenant avouer sans complexe que le sexe, y'a qu'ça qui m'intéresse.

Avant, je n'aurais pas eu l'audace de l'affirmer. Avant quoi, me demanderez-vous ? Avant que l'âge ne m'octroie la liberté de langage. Qu'il est bon de libérer sa langue pour lui faire dire sans ambages ce qu'on pense ou ce qu'on ressent. Ah, l'âge ne me parait plus un outrage à la jeunesse mais bien une force. Enfin, une force, disons plutôt une qualité nouvelle, car la force, ah de la force, parlons-en !

Avec l'âge, hélas, la force diminue et arrive le moment où il nous faut abandonner l'espoir d'exécuter certaines figures. Oui, j'appelle cela figure, un vieux reste de danse classique sans doute et finalement l'emploi du mot n'est pas si mal à propos même s'il conviendrait mieux de les nommer positions.

Avec l'âge, disais-je, et par le fait d'une diabolique corrélation, plus la force s'amenuise plus le poids augmente ! Dès lors, certaines chevauchées deviennent des exercices épuisants d'où le style est absent. Accablée par son poids et celui des ans, celle qui fut un temps une formidable Walkyrie n'est plus qu'une pesante houri qui avec difficulté se dandine. Ses quadriceps et ses ischion-jambiers  sûrement l'abandonnent et elle note avec affliction qu'elle ne pistonne plus à la satisfaction de sa monture qui tristement se dégonfle.

Tenez, par exemple la position d'Andromaque si prisée par les Messieurs. L'autre jour... Tiens, était-ce le jour ou bien était-ce la nuit ? Bref, l'autre jour donc, voilà que grâce à un admirable makikomi waza je me retrouve en position de cavalière tendant de reproduire par la force de mes cuissots le mouvement convoité du piston hydraulique. Hélas, à peine cinq minutes écoulées et voilà que mes muscles hurlent et demandent grâce. Mais je ne veux pas la leur accorder, non, vraiment à quoi vais-je ressembler ?

Je continue donc, pompe ou crève. Je suis si absorbée par cette épreuve de résistance que peu à peu le plaisir s'enfuit. Je tente de ruser en basculant comme une forcenée mon bassin d'arrière en avant. J'appelle à mon secours la souplesse de mes hanches mais je ne suis pas Aguilera et je reste raide comme un manche alors que le manche, lui, sûrement ramollit. Forcément !

Ah, quel malheur, la brûlure maintenant irradie de mes cuisses à mes fesses et je sens monter une crampe dans le mollet gauche. Je vais devoir abandonner la partie, pauvre cowgirl vaincue non par la puissance de sa monture mais bien par la faiblesse de sa musculature. Je décidai dès lors de ne plus jamais me mettre dans une telle position, endeuillée pour toujours.

Mais, c'était compter sans le soutien d'Eρως, oui Éros rien de moins. Éros n'aime pas qu'on abandonne son autel et il ne manque pas d'ingéniosité quand il s'agit d'entretenir sa liturgie. Alors que je cherchais pour un de mes billets quelques informations bien ciblées, voilà qu'un lien malin se glissa sous ma souris. Et que ne découvrais-je pas ? Mais mon salut, mes amis, mon salut ! Là, sous mes yeux ébahis se déroulait en polychromie le remède à mon infortune.

Oh, ne souriez pas car, vous aussi, vous pourriez profiter de cette exquise trouvaille.

Et surtout, je vous en prie, ne me dites pas merci !

Toute ressemblance avec des personnages
 existants serait fortuite.

 


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17 janvier 2012

ELLE - Éloge de la torture

 

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Non, ce n'est pas un oxymore.

Un oxymore voudrait associer en son sein deux termes (un nom et un adjectif) que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire du genre de celle-ci "une douce torture". Ainsi donc, il ne s'agit pas de ça mais bien d'un éloge, d'une apologie, d'un dithyrambe. À première vue, le lecteur sera tenté de penser que l'auteur erre sous l'effet peut-être d'un coup de chaud.

Un coup de chaud, en voilà de la littérature. Chaud comme chaleur et non pas comme chaloir, que nous retrouvons dans la formule « peu me chaut » que personne n'utilise plus. C'est d'ailleurs grand dommage, je vous le dis en passant, hélas symptomatique de notre temps. Comment peut-on, en effet, avec autant d'indifférence laisser des gens mourir dans la rue et des mots s'évanouir dans le néant ? Peu me chaut que la chaux me donne chaud. Ah, je m'amuse et je m'éloigne du sujet car de chaleur, oui, il est question.

De ce feu intérieur qui vous consume sans vous brûler pour autant. Je l'embrasse à peine et un tumulte inénarrable se fait à l'intérieur. Le magma se met doucement à bouillonner et le feu de la terre qui sommeille à l'intérieur sûrement se réveille et se met à gronder. Et voilà que la mécanique des fluides s'invite pour expliquer l'hémodynamique qui sous sa main s'excite. Le flux et le reflux au mitan de mes cuisses savamment orchestré par le cœur, grand pompeur devant l'Éternel, qui inonde mon système cardiovasculaire.

Je l'embrasse à peine et mon sang, suroxygéné, par cette caresse ne fait qu'un tour, quitte mon cœur via mes d'artères pour se perdre en ramifications jusqu'à finir désoxygéné. J'en ai le souffle coupé. Je crois mourir à chaque fois. À chaque fois, il me semble qu'il va satisfaire l'envie que j’aie de lui, mais non, il joue. Ses baisers attisent mon désir comme un soufflet et son regard me fait croire qu'enfin nous allons en venir aux mains. Mais de mains, point. Juste son souffle chaud sur mes lèvres, pourtant je suis de braise.

Le sang dans mes veines s’affole. De veines en artères il oublie les veinules et les capillaires pour retourner, déboussolé, au cœur. Je palpite et frémis et Mozart s'immisce un instant entre nous pour me susurrer "Sospiro e gemo senza voler, Palpito e tremo senza saper". Tout mon corps lui crie "vas-y" mais ma bouche reste scellée sur ce secret. Mon corps crie mais ma bouche ne supplie. Plutôt me taire que quémander, le laisser faire. 

Je me tais mais mon corps se tend vers lui comme la corde mouillée près du feu et chacune de mes fibres se vrille. Ah, quelle merveille ! Je fais de la chimie et de la physique tout à la fois. Baise-moi mon ami, baise-moi ! pensé-je. Ah, comme l'amour me met en joie. Baise-moi bien car demain, plus nous ne serons. Oui, baise-moi bien et dans tous les sens. Mes yeux ne te parlent-ils pas ? Pourtant mon regard est arrimé au tien et malgré tes rusées caresses qui voudraient me les faire baisser, mes paupières résistent. Regarde bien ce que tu me fais !

Hélas, il continue en maître consommé de l'art de torturer. Ou ne serait-ce pas plutôt, il continue en maître de l'art consommé de la torture. Mon dieu, voilà que Monsieur Jourdain à son tour tente de s'immiscer. Tais-toi le cerveau, laisse-moi en paix. Et de cérébrale, ma joie devient méridionale, il ne manquerait plus que j'entende les cigales. Oh, comme il est bon le chemin qui mène à la jouissance. Oh, comme j'aime les contre-allées qu'il prend, le nez au vent, comme on fait l'école buissonnière. Oui, n'erre-t-il pas lui aussi dans les buissons cherchant dans les reliefs de ma terre quelque qu'attrait en passant ?

Il erre et se perd, délire des délices, et ses mains et ses baisers le suivent. Bientôt tout me semble à l'envers, les baisers au sud, les mains au nord, et l'est et l'ouest se lamentent d'être délaissés mais il faut bien en convenir, le plaisir, même allongé, est vertical et c'est sur une médiane, dorsale ou ventrale voire costale, que tout semble se jouer. Ah, quelle merveille ! Je fais de l'anatomie et de la géométrie tout à la fois. Baise-moi mon ami, baise-moi !

Caput, capitis. Oui, cela démarre du chef, sans doute. Toujours. Caput, capitis et me voilà kaput. Il ne m'achève pourtant pas alors que mes gémissements maintenant hurlent achève-moi, je t'en prie, assène-moi le coup de grâce, de grâce fais-moi jouir ! La tête me tourne, je tourne la tête sur l'oreiller comme une possédée. Ah, mon ami, tue-moi pour de bon. Et puis non, ne m’écoute pas. Non, continue, je suis à toi, ne t’arrête pas. Fais que dure cette insupportable torture. Je veux suivre Ta loi. Je ne veux que ta loi et tous ses articles… mais supporterai-je d'aller jusqu'aux alinéas ? Ah, qu’il est doux de n’être pas écoutée surtout si l'on se tait. Qu’il est doux de se laisser torturer.  Mais quel est donc ce vocabulaire digne d'un tribunal...

La petit mort, la nomme-t-on, y a t'il quelque chose à y voir ?

 

 

11 janvier 2012

ELLE - Quand Gicerilla se prend pour une gymnaste

effet miroir,parler de soi,trampoline"Je manque peut-être de simplicité !?"

Cette exclamation interrogative dont seule j'ai le secret s'était glissée dans une de mes réponses à vos commentaires. C'était une hypothèse toute épistolaire et non point une suggestion sincère. Un lecteur, habitué à mes planches depuis plusieurs années, y avait fait écho en la confirmant sous la forme d’un tranchant «... vous manquez de simplicité ou de spontanéité, mais ce n'est pas nouveau.» Bien qu’acéré de certitude, le trait ne me laissa aucune égratignure car mon Moi, celui que vous ne connaissez pas, savait ce qu’il en est.

Pourtant, depuis, je ne cesse de m’interroger car cette intervention, un soupçon dogmatique, démontre à quel point ce qu’on donne à voir peut être interprété. Manquerais-je vraiment de simplicité ou bien n’est-ce pas plutôt une perception individualisée, fondée sur l’évaluation de mes écrits selon une échelle de valeurs qui n’appartient qu’au lecteur ? 

Ah, quel beau trampoline ne m'offrait-il pas là pour tenter de rebondir. N'est-ce pas aussi pour cela que je suis toujours là, pour les miroirs que vous me tendez ? Mais ne vous y trompez pas, les miroirs sont à double-face et quand vous croyez me montrer du doigt, souvent vous me parlez de vous.

Et en un savant salto avant, je continue.

Ainsi, le lecteur lirait en appliquant au texte sa propre échelle de valeurs ? Oui, sans aucun doute il s’agit de cela. Le terme « projection » me vient, et il convient d’en préciser la signification pour ne pas développer d’autres malentendus. Projection dans sa dimension cinématographique mais aussi dans sa dimension psychologique.

Développons. D'abord, le point de vue optique :

PROJECTION, subst. fém.
Action de projeter avec un appareil, des rayons ou des images éclairées qui apparaissent sur un écran; p.ext. l'image projetée.

En effet, lorsque vous lisez mes mots, tels des acteurs, projettent sur votre écran leur silhouette et, le temps fugace d’un billet, ils vous livrent une histoire que vous croyez lire comme je l'ai écrite. Et le lecteur se transforme soudain en spectateur. Assis confortablement, il regarde l’histoire qui se joue et, insensiblement, son imaginaire se met en marche. Pas à pas, croyant suivre le chemin tracé par moi votre imaginaire pénètre ce qui devient votre propre territoire, mon histoire vue par vous. La projection devient comme par magie bilatérale. Mes mots sur vous et vous sur eux.

Et hop, une demi-vrille suivi d'un tomber-dos !

Et c'est alors que surgit le point de vue de l'académie :

PSYCHOL. Manière personnelle de voir le monde extérieur au travers de ses habitudes de vie, de pensée, de ses intérêts (d'apr. Méd. Psychanal. 1971).
PSYCHANAL. Mécanisme de défense qui consiste à localiser chez autrui, de manière inconsciente, et pour s'en protéger, des idées, des affects perçus comme un danger par le moi.

Dès lors, vous n’êtes plus spectateurs passifs, le cul enfoncé dans un fauteuil de velours rouge, mais interprètes voire même exégètes de l’histoire ou pire, censeurs, sans même percevoir que c'est avec votre Moi que vous mesurez ce que je donne à voir. Votre échelle de valeurs est forcément différente de la mienne. Comment être sûrs que vous me comprenez si vous me lisez au travers d’un filtre ? Le filtre de vos préjugés, le filtre de votre sensibilité, le filtre de vos émotions.

J’en arrive à la conclusion que lorsque je vous parle de moi, je prends le risque de n'être par vous jamais comprise comme je me suis écrite. C’est impossible. C’est humainement impossible. Je peux tenter de le faire et voilà cinq ans qu'ici je m’y emploie mais je sais que jamais je n'arriverai à me faire voir par vous telle que je suis. Et d’ailleurs, si je vais encore plus loin dans la dissection de la situation, telle que je suis est sûrement un leurre. Je me leurre de croire que je sais qui je suis et que je peux le montrer, avec ou sans pudeur. Se connaît-on jamais vraiment soi-même ?

Et un Half In Rudy Out suivi d'une vrille complète ! 

Mais alors, pourrait-on affirmer dans la lancée qu'aucun auteur publié n'a jamais été lu comme il a écrit ? Oui, c'est possible. Et le même ouvrage parait à l'un frappant de clairvoyance quand l'autre le trouve affligeant d'insignifiance. La preuve, confrontez donc votre point de vue sur un texte avec un ami, un parent, un collègue de travail, il ne serait pas surprenant que vous constatiez que les perceptions voire la compréhension en ont été différentes. Et c'est passionnant !

Alors, oui, je comprends qu’aux yeux de certains je parais manquer de simplicité même si je sais que ce n'est pas vrai. Et d'ailleurs, pour le prouver à ceux qui le pensent, je proposerai d'en discuter en croquant à pleines dents un sandwich jambon-beurre sur le coin d'un zinc.

Car sommes-nous vraiment celui que l'autre croit avoir deviné ?