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26 janvier 2015

ELLE - Sommes-nous tous Charlie ?

charlie,je suis charlie,liberté d'expressionCela fait plusieurs jours que je m'interroge : qu'est-ce que cela veut-il dire ?

Je ne suis pas Charlie, j'ai la chance d'être en vie. Je suis une femme de la cité et je me crois urbaine au sens premier comme au sens figuré. Chacune de mes actions est faite avec la volonté de rester en toutes circonstances courtoise et civile. Oui, civile ! Civile comme celle qui respecte les règles de la civilité et civilisée aussi, apte à la vie en société. 

Suis-je Charlie ? Je ne suis pas toujours en accord avec la ligne éditoriale mais pour autant je ne me suis jamais sentie par lui offensée, je suis athée. Je suis pour la liberté de parole tant qu'elle est respectueuse mais là est le hic : l'échelle de valeur de chacun vient apporter un biais à cette appréciation et l'écart peut se révéler fatal. La preuve.

Tout a été dit ,il me semble. Je n'ajouterai rien. Et puisque la liberté d'expression est de mise, j'ai envie de donner une petite tribune à quelqu'un qui a quelque chose à dire, maladroitement peut-être, authentiquement c'est certain, ma nièce.

Charlie ne doit pas être oublié, ni tous ceux qui dans le monde entier souffrent de l'intolérance.

A tous les Charlie

Sur vos murs, vous avez hissé les noires bannières,
Refusant de courber l'échine et marchant, fiers,
Depuis hier, vous êtes unis, forts. Vous n'êtes qu'un,
Depuis hier, vous tracez le même chemin,
Mais dès demain, que restera-t-il des Charlie ?

L'enfer d'un seul matin vous a tous réunis,
Pourtant, déjà vous guette le retour à la nuit.
Comme l'instant vous a fait, le temps vous défera
Et votre solidarité s'estompera.
Et demain, de quoi se souviendront les Charlie ?

A vos pâles vies quotidiennes vous retournerez
Oubliant ceux qui ne voulaient pas vivre à genoux,
Oubliant la folie chaque jour devant vous,
Oubliant la liberté que vous incarniez.
Quelle mémoire restera-t-il des Charlie ?

Liberté d'expression par les lois consacrée,
Hier, dans les rues, avec force, ressuscitée !
Et dans les livres, très soudainement retournée,
Aussi vite qu'elle était, hier revendiquée.
Vous souviendrez-vous des Charlie ?

Chevalier d'un jour, demain, quittera l'armure,
Oubliant le combat, oubliant la blessure,
Chevalier d'un jour, sans foule pour le supporter
Dans l'anonymat retournera se cacher.
Charlie, de quoi alors aurons-nous hérité ?

Que cet élan de solidarité vous porte,
Que dans ce groupe, votre force personnelle l'emporte,
Que cette valeur que vous défendiez ce matin
Devienne une vertu de votre quotidien,
Soyez le Charlie que vous avez envie d’être.

Quittez vos manteaux d'habitudes et de paraitre, 
Vos mensonges rassurants, vos œillères perpétuelles !
Donnez au Charlie qui sommeille en vous des ailes,
Soyez le crayon, la plume, la voie ou la craie,
L'artisan de votre totale libéré.
Ne soyez pas par le conformisme engloutis
Restez Charlier hier, aujourd'hui et demain.

 

28 septembre 2014

ELLE - Oh, Man !

Hervé Gourdel, daech,état islamique,voyageurs du monde,terreur,

Je raccroche en soupirant d'aise.

Un sourire épingle les commissures de mes lèvres comme un drap sur la corde à linge. Il ne manque plus le vent dans mes cheveux pour compléter la métaphore lavandière. Je suis aux anges. Je viens de confirmer en un coup de fil et quelques chiffres cryptés un voyage en Oman. Je me réjouis déjà de notre escapade dans le désert pour bédouins des cités, de la visite des wadis isolés à la nature étonnamment verdoyante et à l'eau fraîche et claire qui y ruisselle alors que les parois du canyon alentour renvoient une chaleur d'enfer.

Et puis, ensuite, la plage privée éloignés des regards autochtones pour ne pas les blesser et ce soleil d'automne qui vient enfin griller ma peau blafarde comme du lait écrémé. Les jours suivants, alors que la pluie bat les fenêtres de mon bureau à grands coups de fouet mouillés, des images du beau voyage à venir viennent me divertir et pendant un instant m'ôter le blues du mauvais temps.

Les semaines ont passé plus vite que je n'aurais voulu car n'y a t'il pas bien du plaisir dans l'attente, l'attente avant la réalisation du projet, même si la consommation de celui-ci peut provoquer, évidemment, bien des jouissances ?

Jusqu'à ce sinistre lundi, lundi 22 septembre. Double du 11, d'aussi mauvais augure même si moins numériquement mortel. Décidément, septembre n'est pas un bon mois pour la chrétienté. Le journal de 20h00 m'annonce en effet que Hervé Gourdel a été enlevé à Tizi Ouzou alors qu'avec des amis, il y faisait une randonnée innocente. Innocent, il l'était et pourtant il s'est fait enlever par des bourreaux voulant rallier Daech. Je suis bouleversée. Pourquoi cet enlèvement plutôt que celui des autres me bouleverse tant ?

Parce qu'il est français ? Parce qu'il ne cherchait à nuire à personne et suivait simplement son chemin, escarpé et caillouteux, heureux sans doute de vaincre les obstacles du relief sans vouloir rien dénoncer, sans autres revendications que le droit d'arpenter les sommets en liberté, laissant les bouchers en paix et pourtant...

Mon sang ne fait qu'un tour, cet enlèvement m'émeut. Il m'émeut à tel point que j'en perds la raison. Littéralement, je ne peux plus raisonner, je ne peux pas me raisonner. Mardi matin, à peine arrivée au bureau, j'envoie à l'agence de voyage un email affolé, écrit à la va vite comme une mitraille. Parce que les mots fusent plus vite que mes doigts ne tapent, je fais des fautes, des tas de fautes que je corrige rapidement, agacée par ma propre incompétence secrétariale.

La panique m'habite, elle me domine, me dirige, me fait agir. Je ne réfléchis pas, j'agis par automatisme et en des phrases courtes, saccadées comme le rythme de mon coeur, j'explique que je veux tout annuler.

Le voyagiste me rappelle, chaleureux, compréhensif mais incrédule "Madame G. je peux vous assurer que vous ne craigniez absolument rien. J'y suis allé encore récemment avec ma petite fille de 3 ans..." Il insiste un peu- A-t-il vraiment saisi de quoi il s'agissait ? Je sais qu'il est authentique lorsqu'il me dit que rien là-bas ne peux m'arriver mais je ne l'entends pas. Oh, bien sûr, ses mots atteignent mon cerveau et ses phrases créent du sens mais je ne peux entendre, c'est impossible je ne suis plus un être doué de raison, je suis un cheval aux yeux exorbités effrayé par le feu qui dévore les murs de l'écurie. Une seule issue, la fuite...

Je raccroche, à peine soulagée. L'annulation est pourtant en cours de réalisation, mais la réalisation de mon état psychologique m'alarme plus encore que le montant exorbitant des frais d'annulation. Que m'arrive-t-il, moi, Gicerilla la Reine du contrôle, celle qui ne panique pas ? Il a sans doute raison, seules la sérénité et le repos m’attendaient là-bas, alors pourquoi donc la peur ne me quitte pas ? 

Toujours sous le coup de l'émotion, j'en parle à quelques collègues de confiance. Tous, unanimement, tentent de me démontrer que j'ai tort de m'emballer mais la jument apeurée en moi continue de gratter le sol d'un sabot acharné. Je ne hennis pas mais mes protestations sont tout comme. Ils sont bien intentionnés, ils veulent sans doute me préserver d'une annulation précipitée, garante d'un gâchis à tout point de vue. Mais ils m'agacent car ce n'est pas de leurs raisonnements dont j'ai besoin, c'est de compréhension et peut-être d'un soutien qui pourrait un instant m'ôter la désagréable impression que je suis une poule mouillée.

Mardi passe. Un mercredi matin insolemment ensoleillé m'apporte la nouvelle tant redoutée : ils l’ont égorgé ! Les larmes inondent mes yeux et l'épouvante ressentie lundi revient comme une vague incontrôlable, elle me submerge, elle m'étouffe. Des réflexions désordonnées se suivent, se télescopent sous l'effet d'une agitation hystérique. "Les salauds" pensé-je. Non, je ne l'ai pas pensé, je l'ai tout simplement crié. Ils ont réussi, ils ont atteint leur but, semer la terreur à des milliers de kilomètres de chez moi tout en me la faisant ressentir comme si le danger était devant ma porte.

Mais de quel virus est donc fait la terreur, quel terrain lui faut-il pour qu'elle fasse son beurre ?  Ne suis-je pas une femme intelligente, douée d'un bon sens que Descartes n'aurait pas renié et pourtant. Pourtant rien n'y fait, j'ai trébuché, je suis tombée dans leur piège. Ils me manipulent à distance et me font agir contre mes intérêts mais à leur profit. N'est-ce pas totalement insane ? La faiblesse de mon caractère se révèle dans la tempête alors que la tempête est trop loin pour seulement faire trembler mes volets !

Je me tance, "reprends-toi, ne les laissent pas gagner !" C'est trop tard, l'annulation est confirmée. Ma conscience est à la peine, mon porte monnaie aussi, mais la panique m'a enfin quittée, ricanant et grimaçante, elle a gagné et eux avec.

Je ne sors pas indemne de cette affaire. Que m'a-t-elle révélé de moi-même ? Ma faiblesse est-elle atavique ou bien conjoncturelle ? Quel genre de femmes serais-je en cas de conflit ? Serais-je de celles qui dénoncent ou de celles qui luttent ? Serais-je courageuse ou couarde ? Je ne sais pas.

Au-delà de l'amertume qui colle à ma langue et au cœur, je m'interroge enfin, plus calme. Que pouvons-nous faire devant l'inacceptable, comment lutter contre cette montée d'une forme de fascisme ayant pour doctrine un Islam déformé, détourné de son propos initial ? Ils ne portent pas de chemises marron, la mode est autre, ils sortent voilés pour perpétrer leurs crimes en tout impunité.

Je vous le demande, que pouvons-nous bien faire pour que cela cesse ?

 

 

 

 

 

10 septembre 2014

ELLE - Ciel pommelé...

maquillage.jpgJe n'en peux plus !

Il faut que je quitte mon poste de travail. Mes yeux semblent brûler à petit feu de l'intérieur. Un petit feu entretenu savamment derrière ma pupille par les pixels lumineux. L'écran me sort par les yeux, ce qui, vous le reconnaîtrez, est remarquable puisque que je me contente de le regarder. Pourtant, il me sort par les yeux et je saute littéralement sur mes pieds pour fuir cet instrument de torture moderne qu'est l'ordinateur.

Première étape obligée les lieux d'aisance. Lieux d'aisance ? Ah, quelle belle promesse ! Jamais un réduit aussi étroit, souvent malodorant et sale, n'aura si bien mérité son nom ! Ne ressent-on pas bien de l'aise à alléger alternativement ses viscères ou sa vessie ou bien, pourquoi s'en priver, les deux à la fois ? Quand la nature nous rappelle que c'est elle qui fait la loi...

La force avec laquelle j'enfonce la porte trahit bien mon désarroi. J'entre comme une trombe mais ma course s'arrête nette devant le spectacle qui m'attend. M'attendait-il ? Non, évidemment mais il s'impose à moi. Devant les vasques doubles, penchée en avant le ventre collé contre le rebord pour plus de stabilité, Sylvie est là, concentrée sur son reflet dans le miroir.

Étalés sur le plan de la vasque une cohorte de crayons, boites de fards et autres poudres aux yeux. Sylvie se maquille, une moue pincée déforme sa bouche alors qu'une main assurée dessine au khôl le contour de ses yeux. Je la regarde faire un instant, silencieuse, consciente que l'opération en cours est digne de haute voltige et le moindre sursaut pourrait transformer l'artiste en clown.

Sylvie interrompt enfin son mouvement et se tourne vers moi, souriante. Sylvie est une belle femme, filiforme mais aux reliefs explicites comme le prouve la toile de jeans tendue sur son postérieur et ses cuisses galbées. Blonde, au regard vert amande, le hale de son visage semble illuminer ses traits. Ma curiosité est plus forte  que la voix de ma nature qui s'est tue momentanément, observant l'œuvre de mystification en cours.

Totalement hypnotisée par tant de maestria, je m'entends prononcer une question pleine de pertinence et de sens de l'observation qu'un grammairien qualifierait plutôt d'affirmation "Tu te maquilles ?" Sylvie est bonne fille et me répond avec patience "oui, tous les soirs !" Mes sourcils, je le sens, ont fait un bond étonné "tous les soirs ?" pourtant elle est télexiste et pas call girl.... "Oui, c'est mon rituel, je ne me maquille pas en journée mais le soir..." Moi, fine psychologue et observatrice hors paire, j'enchaîne les questions "ah, tu as un rendez-vous ?" Elle me sourit avec l'air indulgent du parent qui va répondre à un enfant qui dit des âneries "non, pas seulement, je le fais tous les soirs, pour moi, j'aime ce moment futile où  je me mets en valeur. Pour moi, pour lui, pour les autres, mais avant tout pour moi !"

Tiens, me dis-je, cette Sylvie que je connais si peu, qui occupe un poste dans l'ombre, sans glamour, peu susceptible de reconnaissance générale, est capable de me balancer sans le vouloir, une réflexion qui me fait immédiatement miroir. Je ne lui réponds rien car déjà mes pensées m’entrainent à l'intérieur de moi, au plus profond, là ou personne ne peut me voir. Immédiatement, je repense à cette actrice qui, interrogée sur le sujet, répondait quelque comme "je ne sors jamais sans être maquillée, c'est pour moi du ressort de la politesse !"

Et moi ? Si je ne me maquille pas le dimanche, si je ne me maquille pas avant d'aller pousser le caddy au supermarché, qu'en dira t'on ? Souvent je me pose la question. Qu'est-ce qui me motive au fond ? Le plaisir de me voir bien jolie dans le miroir ? Ou bien plutôt l'envie de paraître à mon avantage aux yeux des autres, hommes ou femmes ?

J'aime l'idée de politesse que cette actrice invoquait pour expliquer le soin qu'elle portait en toutes circonstances à son visage. Il ne s'agit pas ici de simple vanité, non, il s'agit aussi de ne pas imposer à ceux que l'on côtoie une image négligée, voire déplaisante à regarder. Les pensées déboulent, désordonnées, et sapent ma certitude que le maquillage est trop souvent l'attribut des femmes vaines, plus préoccupées de leur mise que de leur cerveau.

Elles continuent leur course folle et m'entraînent subitement  sur une plage au Touquet ou à Douarnenez et me donnent à voir des corps de femmes à moitié nues étalées au soleil comme viande grillée, exhibant à mes yeux réprobateurs leurs chairs molles et plissées... Je m'étonne de cette bizarre association d'idées, quel tour me joue donc mon cerveau ? La conclusion ne tarde pas à me clamer que le maquillage est au visage ce que le maillot de bain est au baigneur : une délicatesse pour ne pas imposer au regard de l'autre un spectacle désagréable à regarder !

Audacieux parallèle sans doute qui en fera tiquer plus d'un mais finalement n'est il pas aussi et avant toute chose question de respect de soi ?

Sylvie s'en va, pimpante, et se retourne avant que la porte ne se ferme pour m'offrir son plus beau sourire fardé. Elle n'est plus tout à fait la même, elle semble plus présente, plus assurée. 

Se pourrait-il alors que le maquillage soit aussi restaurateur de l'estime de soi ?

 

 

 * CIEL POMMELÉ ET FEMME FARDÉE SONT DE COURTE DURÉE