11 décembre 2013

ELLE - Quand Gicerilla a la tête près du bonnet

 

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Comme tous les matins, me voilà sur le site.

À 7h00 exactement, je rentre mon identifiant, login in English dans le texte, et mon mot-de-passe, password pour les initiés. Le curseur, sous mon impulsion, glisse lentement sur la cohorte de marques qui défilent. Commerce ou prostitution, Venteprivée.com est la vitrine où elles s'exhibent pour se vendre. Vais-je me prendre une prune de 1,500 € ?

L'encéphale endormi, l'estomac à vide et les yeux avides, je fais défiler en rang serrés les griffes qui m'obéissent au doigt et au clic. Mon index se fige et immédiatement la file pile et manque de s'enfiler. Valisère lingerie, Charme et Sensualité réveille instantanément tous mes sens. Vite, allons voir ce que je pourrais bien y piocher pour affrioler mon Chéri.

En habituée du site, ni une, ni deux je sélectionne la rubrique qui le rendra sans aucun doute lubrique : "rêve et joue avec moi". Rechercher les tailles et les produits encore disponibles. Fébrile, je clique de rubrique en sous-rubrique pour constater que les soutiens-gorge ne commencent qu'à la lettre B.

B comme bonnet, elle est bien bonne, mais moi ne suis-je pas bonnet A ? Je me précipite dans ma chambre et attrape ma boite à couture. J'en extrais le mètre ruban et demande à Wiképédia de me confirmer comment on jauge son bonnet. Et oui, Messieurs, mesurer son bonnet ne se fait pas au jugé et aucune de vos mains, même très experte et dévouée, ne saurait l'évaluer. Il faut, premièrement, prendre la mesure sous les seins et, deuxièmement, la mesure sur la pointe des seins.

Je me contorsionne pour obtenir les deux dimensions indispensables à la détermination de la taille de mon bonnet. Y'a pas à tortiller, je suis A, 85A. Enfin, je suis, je suis... je ne suis pas, non, je jouis d'un bonnet A. Enfin jouir, c'est beaucoup dire avec si peu. D'ailleurs comment dit-on "je suis presque aussi plate qu'une planche qui se serait fait doublement piquer par un moustique transgénique ?"

L'indignation me saisit "Quoi, dans ce domaine aussi, il n'y en a que pour les gros bonnets !" Je fulmine et lance des imprécations contre la marque qui a décidé de ne considérer que les mamelues et lui décerne un bonnet d'âne. Et les planches, hein, et les planches ? "Égalité pour toutes" me souffle la Liberté en colère et gros seins à l'air, "s'il n'y a pas de bonnet A, fais la révolution, coiffe-le donc, le bonnet est à la mode !"

"Ah, mais oui, elle a raison" opiné-je du bonnet, l'ère est au bonnet alors n'hésitons pas. Luttons pour une vraie cause, la défense des oeufs-au-plat. Mais de quelle couleur choisir le bonnet car il ne faudrait pas que, par un amalgame indésirable, on me prenne pour une révolutionnaire bretonne ou une frontalière révoltée. Out donc le rouge et le jaune !

Alors, que me reste-t-il ? Le blanc est pris pas les Schtroumpfs, le bleu par une association illustrement inconnue de motards, l'Association des Voyageurs-Usagers des Chemins de fer (Avuc) quant à elle voit vert et le chapeaute. Ouf, je m'essouffle et continue à égrener l'arc-en-ciel. Bon, et le gris hein, le gris. Non, lui aussi ? Et oui, par des retraités fâchés qui luttent contre l'abandon des seniors au bord de la route. On ne dit plus vieux, non, c'est honteux, on dit senior ! Out le gris aussi.

La palette de couleurs se réduit comme une peau de chagrin. Et bien ce sera le rose, c'est bien le rose, non ? Argh, articulé-je au bord de la crise de nerf, le rose est pris aussi par des copains de la Boutin qui continuent leur vaine lutte contre le mariage pour tous. Ai-je une tête à porter le noir ? Non, et de toutes façons les agriculteurs des Hautes-Alpes ont défilé contre la protection du loup coiffés de noir.

Mais alors, ma colère devra-t-elle être orange ? Que nenni car les opposants à l'équi-taxe m'ont prise de vitesse et l'ont élu pour colorer leur désaccord. A bout de souffle, j'énumère les couleurs en comptant sur mes doigts. Il semble que seul le violet ne soit pas encore adopté. Le violet c'est la couleur du deuil et finalement ne suis-je pas en deuil de mes glandes mammaires ?

Allez, c'est dit, à moi le bonnet violet !

 

 

NDLR : Avoir la tête près du bonnet : Se mettre facilement en colère.

 

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03 décembre 2013

ELLE - Touche pas à ma pute !

touche pas à ma pute,causeur.fr,loi contre la prostitution,manifeste des 343 salaudsLe sujet est hasardeux voire dangereux.

Je vois déjà les doigts accusateurs se tendre vers moi, vibrants d'indignation ! Pourtant, je n'y résiste pas, il faut que j'en parle. Évidemment, aucune renommée ne viendra auréoler mes propos d'un halo de pertinence ou d'autorité. Alors ce sera voilée par mon anonymat que j'avancerai mes propos comme un pion sur l'échiquier.

Que penser de cette révolution dans l'hémicycle : la proposition de loi sur la prostitution ?

Tourmente sous la calotte crânienne, en effet, qu'en penser ? Subitement me reviennent les réflexes de discussion durement acquis pendant mes cours de philosophie. Comment demander à des enfants de seize ans de raisonner alors que la seule chose qui les intéresse vraiment est leur montée d'hormones. Pensée attendrie pour ma professeur qui se battait littéralement pour faire entrer dans mon cerveau d'écervelée quelques notions de cette discipline, pourtant indispensable pour vivre dans notre monde qui sans cela ne serait pas "civilisé".

Avant de continuer, peut-être faut-il que je rappelle ce que le mot philosophie signifie. Une version volontairement expurgée de Wikipédia donne cela "désigne une activité et une discipline existant depuis l'Antiquité en Occident et se présentant comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l'existence humaine (...). Différents buts peuvent lui être attribués, de la recherche de la vérité (...) à celle du sens de la vie, et du bonheur, mais elle consiste plus largement dans l'exercice systématique de la pensée et de la réflexion..."

Mes hormones ne me sont plus d'aucun secours, plus d'excuses pour ne pas réfléchir. On serait en droit d'attendre qu'à mon âge je puisse enfin construire une opinion structurée et étayée sur un tel sujet. Qu'en est-il ? Il ne s'agit pas de reproduire ici la révolte bon teint de journalistes ou les propos volés à quelques penseurs autorisés. Non, il s'agit de penser par soi-même en me fondant sur ce que la vie m'a enseigné, sur mes connaissances académiques et empiriques.

Alors, Gicerilla, pour où contre cette loi ? Et puis, que dire de la pétition des 343 salauds ? Chiffre palindromique, un numérologue y verrait-il un message symbolique ? Je lis un extrait d'interview d'Elisabeth Badinter et doucement ma réflexion se met en route. Le chemin est scabreux et son pas est mal assuré : depuis quand n'ai-je pas tenté d'élaborer toute seule une véritable réflexion, fruit d'une appréciation personnelle ?

Oh la la, pas facile. Je ne réfléchis que très rarement. Je suis une bête d'automatisme et ma réflexion est essentiellement professionnelle. Avez-vous noté comment ni vous, ni moi ne pensons plus depuis longtemps ? Il ne s'agit pas simplement d'appuyer sur un poing fermé son menton pour penser ! Non, nous ne pensons plus, nous ne faisons que digérer et régurgiter, avec plus ou moins de pertinence, ce que les initiés profèrent et que les ondes de toutes sortes portent jusqu'à nos oreilles. Qu'il est loin le temps de nos dissertations : introduction, développement, conclusion.

Alors, et moi, j'en pense quoi ? La véritable question, il me semble, avant même de légiférer, c'est de savoir si la prostitution peut être un choix ? Car sans cela, l'érection du raisonnement se fera sur un postulat fondamental friable, et promptement il s'effondrera.

En effet, pour ne restreindre d'aucune façon la liberté des unes et des uns, il faut savoir si la femme prostituée est dans certains cas une femme éclairée qui a décidé de mener ce mode de vie là. Alors, choix ou pas ? Badinter me souffle dans l'oreille "à la question de la contrainte économique, je réponds qu'il y a des millions de femmes qui sont dans la pauvreté et que ne se prostituent pas." Alors, choix ou pas ?

Hum, pas si simple, car si le choix est l'élection obligatoire d'une des propositions d'une fausse alternative "Tu sautes du pont ou bien tu te prostitues", évidemment on ne pourra plus parler de choix car comment choisir entre la peste et le choléra ? Dès lors, peut-on librement choisir la prostitution comme profession ? C'est possible. Il ne faut pas croire que toute femme sur le trottoir est une femme sous l'emprise d'une autorité imposée, réseau ou maquereau. A l'appui de cette affirmation, je mentionnerai simplement les call-girls, entreprise mono-salarié, qui publient librement dans les journaux genevois leurs offres de service.

Mais pour accepter cela, il faut accepter que l'autre est différent de soi, et que sa morale et ses valeurs ne sont pas les nôtres mais qu'elles n'en sont pas pour autant détestables. Oh, qu'il est dur pour celui qui envisage les choses différemment, de considérer qu'une femme puisse librement, sans contrainte économique ou physique, choisir d'offrir son corps contre une rémunération !

Alors, forcément, la conclusion facile que cela ne peut se passer que sous la contrainte et que la professionnelle du sexe est victime et non pas actrice de sa vie arrive vite, trop vite. Et c'est à peu de frais que nous nous débarassons de la nécessité de s'ouvrir à une approche différente du sujet. Ouvrons-nous un instant et acceptons ce postulat. Alors, faire une loi sera pour ces femmes-là une privation de la liberté que tout être humain est en droit d'attendre de notre société.

Et finalement, est-ce en punissant le client, quel qu'il soit, que les maltraitances et les exactions cesseront et que la prostitution disparaîtra ? Non, évidemment non !

Il faut faire une guerre sans merci contre les réseaux et les mafieux qui s'enrichissent au détriment de femmes exploitées, mais aucun gouvernement n'en a les moyens, le monde est trop grand, les enjeux trop importants.

Je suis contre cette loi car je suis maintenant persuadée qu'elle aura bien plus d'effets pervers que vertueux, et seules les caisses de l'état se porteront mieux...

Non, à la loi !

25 novembre 2013

ELLE - Je, tu, il me manque

tumemanques.jpgJe déteste pas le téléphone !

Enfin, cela ne veut rien dire car, au fond, le téléphone ne suscite chez moi aucun sentiment et encore moins la haine. Ce que je veux dire c'est que je n'aime pas cet outil, car c'est un outil n'est-ce pas ? Je ne l'aime pas, car pour être pratique puisqu'il relie les êtres en cas de panique, il fait irruption dans mon intimité sans y être invité. Irruption, oui, le mot est justement choisi "entrée soudaine et violente d'éléments hostiles ..." Il sonne de manière intempestive et ses sonneries me somment de répondre, pour qui se prend t'il ?

Je ne vous ferai pas l'article mais nous avons tous pesté un jour de constater que l'interlocuteur n'était pas un ami mais un vendeur, nouveau colporteur qui force votre ouïe à défaut de votre huis !

Mon téléphone fixe sonne. J'hésite un instant "et si c'était lui ?". C'est bien lui ! Tous les muscles de mon corps ce détendent en un instant et pour un peu je me transformerais en guimauve. Sa voix n'est pas radiophonique de celle qui vous transporte mais c'est sa voix à lui, ça me suffit.

Nous échangeons des mots d'amants sages. Je ne suis pas une démonstrative et mes mots ont la pudeur de ceux qui ne se mettent pas facilement à poil. Il n'est pas vraiment différent de moi. Nous enfilons des petites choses sans prétention, créant un tour supplémentaire au collier du quotidien. Rien d'important au fond, juste la chaleur des voix qui tentent via les ondes de se toucher puisque les mains ne le peuvent pas. Subitement, comme sortie du fourré où elle était embusquée, la question jaillit "Je te manque ?"

Le temps se fige un instant, léger frisson le long des reins. Je ne réponds pas encore et sa question fait le tour des circonvolutions de mon cortex cérébral comme une Ferrari sur le Nürburgring. Que répondre. "Non, mon chéri, tu ne me manques pas..." Petite pause, le temps se fige comme de la gélatine. Il rit. Il est beau joueur et je me sens coupable, sans doute, puisque j'enchaîne des explications visant à atténuer le coup. Car c'est un coup, nul doute, je l'imagine en train de lécher la plaie.

J'aurais pu faire le choix de mentir pour le rassurer car la question n'était pas juste académique. Non, elle était vraisemblablement l'expression d'un besoin, d'une envie que je ne pouvais satisfaire sans mentir. Quel est pire : le mensonge ou la blessure qu’un cas comme dans l'autre j'aurais asséné ?

Nous raccrochons et j'ai l'impression qu'il a compris mes explications et qu'il les a acceptées. Pour de vrai ? Depuis, je m'interroge. Quelle est donc cette question ? Que dit-elle de celui qui la pose ? Et la réponse, que dit-elle de celui qui la prononce ? Cette question et la réponse qu'on y fait sont-elles révélatrices de la qualité du sentiment ? Mesurent-t-elle notre engagement comme une toise ?

Sans aucun doute, cette question et sa réponse parlent de nous, de vous. Elles disent comment nous envisageons la relation et ce que nous y investissons et ce que nous en attendons. Et moi, alors ? Je n'aime pas vraiment la question car elle fait de moi un être passif, et en amour, je ne le suis pas.

"Je te manque ?" Autrement dit : je manque à toi. Je est l'acteur et l'autre est l'objet qui, dès lors, ne peut rien y faire puisqu'il n'est pas l'acteur. De la même façon, l'affirmation "Tu me manques" fait encore et toujours de l'autre l'objet d'un constat qui n'est pas fait par lui.

Me manque-t-il ? Non, parce que je sais qu'il est tout à moi. Je le sais présent, à tout moment, et ma confiance en lui est telle que le doute n'arrive pas à glisser son pied dans mes convictions. Il est loin mais il est avec moi. Mon cœur est totalement assuré qu'il est mien même s'il est loin et l'éloignement n'est pas un mal ni un bien. En conséquence, je ne souffre pas. Sa présence à mes côtés n'est pas le préalable à mon bonheur et son absence n'est pas celui de mon malheur.

Je me sens bien, avec ou sans lui, et sa présence me fait l'effet du beurre dans les épinards : un exhausteur de goût, un exalteur de sensations. Non, il ne me manque pas. Il est dans ma vie tout simplement, sans susciter de quelconque souffrance, ce que le manque serait absolument.

Mais d'où vient alors que, communément, tout homme, toute femme mesure l'étendue ou la profondeur d'un engagement au manque ressenti lors de l'éloignement ? Ce manque, ils en font même leur apanage, ils le brandissent en étendard prouvant ainsi aux yeux de tous que leur amour est fort et véritable. Le postulat en naîtrait alors : l'amour, le vrai, le fort ne peut se vivre que dans la présence et le manque ressenti lors de l’absence en est la preuve. Je ne pleure pas au pied du bus qui m'emmène loin de lui, non, je me réjouis, car ce nouvel éloignement créera forcément d'autres retrouvailles.

Alors, pourquoi mon "non !" spontané m'a-t-il instantanément renvoyé le reflet d'une mauvaise femme ? Parce que les conventions ont la peau dure et qu'il est convenu que deux êtres qui s'aiment vraiment ne peuvent vivre loin l'un de l'autre et que toute séparation est forcément à vivre comme un drame, même si le laps de temps qui sépare les deux amants ne dure pas plus qu'un bâillement. Je ne veux pas faire de ma relation amoureuse une partition dont toutes les notes et tous les tempos y sont prédéterminés nous faisant tour à tour chanter allegro ou affanato. Ma vie amoureuse ne saurait être une suite d'actions prévisibles !

Et vous, qu'en pensez-vous ?