28 décembre 2009
ELLE - Recruter les meilleurs ?
J'avais déjà signalé ici, sur le mode plaisant, mon étonnement.
Mon étonnement d'avoir été élue il y a quelques années pour assumer le rôle d'encadrement d'une équipe. Je n'ai jamais véritablement connu les motivations de la direction. Elles peuvent avoir été multiples et peu importe finalement. Ce qui compte c'est ma hardiesse, la hardiesse dont j'ai fait montre puisque j'ai accepté le poste. Pour d'aucun cela n'aurait rien eu d'audacieux mais pour moi ça l'était. Chacun son parcours et ses doutes. Et depuis, je découvre à quel point l'entreprise française est défaillante et n'offre en général aucun parcours d'apprentissage de l'encadrement à ceux qui encadrent. Carence extrême et dangereuse comme l'est celle du calcium pour les os. Comment peut-on imaginer que le cadre subitement, par élection aura la science infuse en matière de management et de recrutement ?
C'est le fait d'un irresponsable ou d'un incompétent de penser que le savoir-faire viendra, divinement insufflé par la fonction. Hélas, combien d'entre nous, les encadreurs ou les encadrés n'ont pas soufferts de ce manque de formation ? Recruter n'est pas une science, bien au contraire, c'est de l'expérimentation. Car la part humaine de l'entretien biaise forcément les choses, et premièrement la perception et l'évaluation des compétences. Subjectivité humaine égale danger. Danger pour l'employé et pour l'employeur. Maldonne et trahison sont légions et de gagnant-gagnant la situation peut vite virer au perdant-perdant laissant derrière elle la dépouille de dégâts collatéraux parce que la machine, malgré tout, doit aller de l'avant.
Pourtant n'existe-t-il pas pléthores de théoriciens du management dont les doctrines pourraient aider à la sélection et en tout cas à la détermination d'une ligne de conduite. Absence de ligne de conduite qui se transforme en ligne de fuite désaxée, bousillant au passage la perspective que chacun est en droit d'avoir car, parfois sacerdoce le travail est rarement une vocation et d'une obligation ne pourrait-on pas attendre aussi des satisfactions ? Bref, puisqu'il faut recruter, quelle sera ma ligne de conduite ? Voudrai-je comme beaucoup recruter les meilleurs et dès lors comment faire ? Question fondamentale qui sous-tend le "comment" du billet lu chez l'Indélocalisable qui m'interroge incontestablement. Une question qui interroge, ne voilà-t-il pas une belle lapalissade ? Et bien non. Certaines questions des uns n'interrogent pas les autres et vice-versa. Pourtant, celle-là vaut que je m'y arrête un instant.
Et ma réponse se dessine au dessus de mon crâne comme l'ampoule de l'évidence. Bien sûr que je veux embaucher le meilleur.
Oh, ne vous emballez pas, il s'agit de définir avant de contester. Le meilleur est celui qu'il me faut, mais le meilleur n'est pas, comme il le fait justement remarquer, un être prédéfini et statique. Sera-ce le plus talentueux, le plus savant, le plus adaptable, le plus évolutif ? Quel est donc le meilleur selon moi ? Difficulté de la définition, forcément restrictive et réductrice. Commençons alors parce que je pense qu'il n'est pas. Le meilleur n'est pas celui qui arrive avec force références et certificats. Le meilleur n'est pas celui dont le parcours universitaire est le plus spectaculaire. Le meilleur n'est pas celui qui affiche le plus d'ambition ou d'énergie enthousiaste et exubérante. Le meilleur n'est pas celui qui déballe de sa malle le plus de savoir-faire.
Non, évidemment. Le meilleur, celui dont j'ai besoin, est celui qui est humble assez pour reconnaître que commencer ou recommencer ailleurs c'est apprendre à nouveau, quasi ex nihilo. C'est celui qui est capable de remettre en cause ses certitudes et son expérience au profit d'un doute de scientifique qui sans cesse interroge. C'est celui qui à l'âme du Candide et a l'audace d'ébranler ce qui existe déjà, en émettant la folle l'hypothèse que ce qui se fait depuis des années n'est peut-être pas optimum, ni pour l'employé ni pour la société. C'est celui qui sait écouter sans filtre, l'oreille ouverte, et pratique la solidarité comme un des piliers de son dogme. C'est celui qui sait s'affranchir de la croyance, instillée au fil des années par des écoles de commerce ou d'ingénieurs prétentieuses, qu'il est le meilleur. C'est enfin celui qui est capable d'adhérer à un projet avec bienveillance même s'il était contre, consacrant toutes ses compétences à son accomplissement, ne choisissant pas de la saper pour prouver qu'il avait raison. Aucun podium ici, tout est dans le désordre, mais le désordre est propice parfois à la créativité.
Alors oui, je veux le meilleur des meilleurs. Oui, je le veux même s'il ne porte pas le costume bien taillé du battant, celui au sourire factice qui grenouille dans la mare boueuse et glauque des ambitions quand d'autres se retroussent les manches. Oui, je veux le meilleur des meilleurs car une entreprise ne saurait fonctionner et grandir de façon pérenne sans des éléments de cette trempe.
Oui, je veux le meilleur des meilleurs.
05:22 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : indélocalisable, management, recrutement, entretien d'embauche
24 décembre 2009
ELLE - Envie thérapeutique

Jessica s'est levée et a contourné le bureau du psychiatre. Armand, beau blond à la gueule de Di Caprio, un peu trop beau pour la fonction, se raidit sur son Chesterfield. Il a passé cinquante ans mais il semble que le temps sur sa peau n'ait pas de prise. Lisse. Lisse et glabre, une gueule d'ange se dit Jessica depuis des semaines. Asexué ? Elle est seulement à deux pas de lui quand elle lui intime "Maintenant, tu vas me baiser !" Un voile de panique assombrit le regard d'Armand. Il sait qu'elle est en danger, qu'elle est en pleine projection. "Mais Jessica, nous en avons déjà discuté. Je vous fais penser à votre père. Et bien, un père n'a pas de relations sexuelles avec sa fille !" Jessica hurle subitement. Un cri animal, mi-douleur mi-indignation. "Si, un père qui aime sa fille la câline, la caresse. Tu le sais bien. J'ai envie que tu m'embrasses, que tu me caresses. Je n'en peux plus de ces nuits éveillées où j'imagine ta bouche sur mes seins, ta queue contre mon ventre. Baise-moi, maintenant !"
Danger, se dit Armand, danger. Le mot clignote comme un alarme. Éviter l'écueil, ne pas perdre les pédales, rester maître de la situation. "Jessica, il est hors de question que je reproduise avec vous ce que votre père a fait. Vous abordez une phase primordiale de votre analyse. Iil est essentiel que vous dépassiez vos schémas. Ce sont eux qui vous enchaînent et qui vous empêchent de vous construire une vie nouvelle !" La sueur suinte dans son dos et il sent sa chemise se mouiller, froide contre sa peau. C'est bien la première fois qu'il doit affronter une telle scène. Il a l'habitude des patientes abusées mais celle-ci présente des manifestations étonnantes, loin de la résilience. "Et je te dis que j'ai envie de toi. Et si tu ne me montes pas, là, tout de suite, sur le bureau, je te promets que j'aurais ta peau !" La panique est totale maintenant et le visage d'Armand n'est plus qu'un masque de tragédie. Jessica se précipite sur lui. "Oh, donne moi ta bouche, donne moi ta langue. Je la veux dans ma bouche, dans mon con, dans mon cul, entends-tu !" Les mots crus de Jessica émeuvent plus qu'ils ne le devraient l'imaginaire prompt à s'enflammer du thérapeute.
"D'ailleurs je vais te prouver moi, que tu n'es pas insensible à mes charmes !" Elle s'est jetée à genoux et déjà elle fouille dans sa braguette tendue à craquer "Ah, tu vois, tu bandes." Il tente de la repousser par les épaules mais n'ose pas utiliser la force de peur de la traumatiser. N'est-ce pas ainsi que son père procédait ? Elle a saisi son vit dur comme l'ennui. Il est écarlate et sa tête luit déjà. "Je vais te gober, je vais te sucer et après tu m'empaleras, là, sur ton bureau. Tu me feras subir les sévices qui ont bercés mon enfance. C'est une thérapie de choc vois-tu, j'en ai besoin. Peut-être m'enculeras-tu un peu, doucement puis avec force..." Et alors que Jessica de ses mots crus esquisse aux yeux alanguis d'Armand les délices de son égarement à venir, il râle et geint sous la caresse savante de sa langue brûlante. Elle le tète avec dextérité et pompe dans sa queue tout son sang, privant son cerveau de toute réflexion. Il aime ce qu'elle lui fait. "Je pourrais te faire rayer de l'Ordre des médecins, alors tu as intérêt à te laisser faire et à bien bander. Non ne sera pas une réponse. Tu me feras tout ce que je veux ou je fusille ta carrière." Dans un souffle, Armand rend les armes et dit "oui !" Il est à sa merci, son envie monte de ses couilles jusqu'à son encéphale, il ne réfléchit plus, il jouit de ses sévices.
Subitement, Jessica arrête de le lécher et, le regard égaré, le fixe. "Dis que tu aimes ça !" "J'adore ça !" "Dis que tu es un salaud de psychiatre" "Je suis un salaud de psychiatre !" "Alors maintenant, lève-toi, et fais de moi ce que tu veux !"Armand se redresse comme il peut, la queue tendue vers le zénith et bascule Jessica sur le bureau, ventre appuyé sur gomme et crayons. "Je fais te baiser, sale gosse, je vais te faire voir ce qu'un psy sait faire. La sodomie sera ta punition..."
Armand s'est affalé dans son fauteuil et contemple les jambes nues et la fente laiteuse de son amante. Un joli tableau, résultat de ses vaillants assauts. "Alors, ça t'a plu" demande-t-il essoufflé. Jessica lui sourit et susurre :
"Oui, mais la prochaine fois, on change de scenario et c'est moi qui choisis !"
Et hop, une petite contribution dessinée de mon Imago préféré :
+ + + + + + +
NOYEUX JOËL A TOUS !

05:29 Publié dans Eros | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : psychanalyse, sodomie, fellation, projection psy
21 décembre 2009
ELLE - Quand la sincérité ne suffit pas
"Gicerilla, si tu as ce message, appelle-moi !"
Je viens d'écouter son long message enfermé dans ma boite vocale. Un long message chaleureux sous forme d'invitation. Il y est question de week-end à la montagne, de feu dans la cheminée, de dîner mitonné, de balades... Vive la technologie qui met en boite des mots comme une conserve inaltérable. On ouvre la boite et les mots y sont encore, jamais rances, jamais oxydés. A moins que celui qui les écoute ne leur trouve un mauvais goût, un goût d'incompréhension, savoureux dans un premier temps puis amer en fond de bouche. Vous savez, comme un vin au nez flatteur, au nez riche, aux effluves subtils et denses. Des mots qui développeraient au nez des senteurs incroyables à mettre l'eau à la bouche et puis un goût en bouche volatile et instable qui s'évaporerait sur le grand rien. Peut-être même sur une certaine âcreté. Envie de cracher.
Voilà un homme qui, il y a quelque temps, m'a traitée comme jamais je ne l'avais été. Traiter avec légèreté, comme on a commerce avec une catin. Et sans émolument encore. Un de ces hommes qui laissent sur la peau des trainées brûlantes du dégoût qu'il vous a instillé. Et aucune ablution purificatrice ne saurait jamais laver ces traces, car c'est l'âme qui a mal. Je pense à Souchon. Aucun lavage à sec, aucune immersion dans de puissants solvants ne saurait dissoudre les stigmates laissés par ce salaud. Salaud ? Je ne le pense pas vraiment, le temps a passé, douce toile émeri qui arase les crêtes aiguisées des souvenirs. Non, je ne le conspue plus, il me laisse juste indifférente. Indifférente et curieuse, car je ne comprends pas ce qui le motive à mon endroit. Récemment, un de mes lecteurs m'a posée cette question qui m'a sonnée un instant "Vous êtes sûre de connaître les hommes ?" Non. La réponse s'impose. Elle fuse même de mes lèvres "non !" En effet, si je me fie à mes choix je ne connais rien aux hommes.
En effet, comment peuvent-ils un jour prendre celle qui se donne, entière, pleine d'attentes affichées avec naïveté, en jouir et puis la congédier comme un valet-de-pied ordinaire, pion vulgaire sur l'échiquier ? En effet, je ne connais rien aux hommes. A l'époque, celui-là me paraissait un homme digne, noble dans ses principes et ses pensées mais il s'est révélé pauvre hidalgo orgueilleux, engoncé dans un costume mal taillé et cousu de morgue. Aujourd'hui encore, il revient vers moi comme un iconoclaste tente de recoller les morceaux d'une imagine sainte qu'il a piétinée. Que croit-il donc ? Quel rêve le porte-t-il qui lui fait croire qu'il peut honorer demain ce qu'hier il a bafoué ?
Je ne connais rien aux hommes, mais ce que je sais c'est que celui-là m'a perdue à jamais. Et je vais devoir me plier à nouveau à l'exercice de la sincérité que j'avais déjà pratiqué en avril. De nouveau, il me faudra dire les mots, ceux qui par leur sincérité blessent, ceux qui par leur sincérité détruisent à tout jamais un monde de peut-être. Il n'y a plus de peut-être avec celui-là, jamais. Et encore une fois je vais devoir tenter d'éradiquer, par respect pour lui, toute radicelle d'espoir de me ravoir qu'il cultive. Dire les mots sans tomber dans la tentation vengeresse de la revanche. Ne pas dire pour humilier, tristes représailles, mais dire tout simplement. Lui dire qu'il ne pense plus à moi comme un potentiel qui ne sera pas. Jamais.
Non, je ne connais rien aux hommes, mais eux, que connaissent-ils de moi ?
05:19 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
