21 mai 2013
ELLE - Happy hour ?
Stanislava était assise au bar, perchée sur un tabouret haut.
Elle a choisi le coin le plus reculé, celui fait par le mur contre lequel s'appuie le petit retour du comptoir. Il y a la place pour trois tabourets et elle est juchée sur celui qui la fait coudoyer les cadres de bois noir dans lesquels s'affichent pour l'éternité une cohorte d'inconnus en noir et blanc. Elle hante le lieu en habituée blasée alors elle ne les voit même plus. Qui étaient-ils, elle s'en fiche, seuls comptent les beaux mâles qui boivent bruyamment un peu plus loin, sous les lumières tamisées.
Samantha lui a dit de venir vers 19h00 car du lundi au vendredi ils s'agglutinent contre le zinc, toujours souriants, détendus, profitant à peu de frais du happy hour que le patron a instauré pour être à la mode et surtout pour attirer le chaland. Samantha avait raison, ils étaient nombreux ce soir, bien sapés, proprets avec leur costume à 1000 €, pas étonnant au fond, on était dans le quartier des banques !
Samantha arrive enfin. Toujours aussi brune, toujours aussi brésilienne. Une beauté aux soyeux cheveux l'Oréal. Ici comme ailleurs, ils la regardent quand elle fend de son décolleté en figure de proue la mêlée serrée qu'ils forment. "Tu en as mis du temps, je commençais à m'ennuyer" lui dit Stanislava en guise de bienvenue. Sans son amie Samantha, elle se sent souvent mal à l'aise dans ce genre d'endroit. Samantha quant à elle évolue dans ce bar comme sur une plage de São Paulo où elle est née. Habillée ou pas, elle s'adapte à tous les milieux. "Arrête de râler, sinon tu vas les effrayer !" lui rétorque t'elle avec un sourire enthousiaste et blanc, si blanc et si bien aligné.
Alors qu'elles jasent côte à côte sans jamais quitter des yeux la foule masculine dont la décontraction va croissant à l'instar du nombre de verres vidés, Stanislava sent peser sur elle un regard. Instinctivement, elle tourne la tête à droite et croise avec embarras le regard d'un homme assis à une table basse. Il accompagne un groupe de trois autres gars qui bavardent bruyamment. De toute évidence, il ne les écoute pas, il la regarde. Gênée, Stanislava détourne les yeux et murmure à l'oreille de Samantha "discrètement, regarde à droite, le type là, c'est bien moi qu'il mate ?"
Samantha, sans aucune discrétion, tourne franchement la tête pour découvrir le visage aux traits réguliers de l'homme qui les fixe maintenant. Il ne cille pas. Son visage à la mâchoire un peu trop marquée porte un front haut et lisse, deux sourcils si bien dessinés qu'ils semblent épilés, des yeux noirs étonnamment fixes et scrutateurs et un nez long mais parfaitement droit aux narines à peine épatées. Sa bouche lippue ne sourit pas. Il les regarde avec sérieux, il les détaille même, comme un maquignon sur le marché. Son œil averti semble jauger, mesurer, peser.
"Dis donc, il n'est pas farouche celui-là !" dit Samantha en se tournant vers Stanislava, "plutôt beau mec, en plus ! Et oui, je te confirme, il te mate, toi, pas moi..." Stanislava rougit subitement, le doute la reprend comme à chaque fois. "Il est pour toi, Stan, ne recommence pas, cette fois-ci tu ne te dégonfle pas s'il attaque ! D'ailleurs on va voir tout de suite s'il s'intéresse à toi, je vais me poudrer le nez !" et la voilà qui part en direction des toilettes de sa démarche dansante.
Stanislava fixe les glaçons de son verre se découvrant pour eux un intérêt soudain. Mais l'observation intensive qu'elle en fait ne produit pas l'effet escompté du bouclier protecteur si-je-ne-vois-pas-on-ne-me-voit-pas. Il n'a pas encore parlé mais elle le sent derrière elle, tout prêt. La panique s'empare d'elle comme chaque fois, chaque fois qu'elle n'est pas là pour bosser.
"Je m'appelle Jean. Et vous ?" Il est à la place de Samantha maintenant, Samantha qui ne revient pas. "Stanislava" répond t'elle sans oser lever la tête. Ses glaçons n'ont plus de secret pour elle. Il s'installe pourtant sur le tabouret vacant. "Vous reprenez la même chose ?" propose t'il d'une voix chaude un soupçon éraillée et féminine. Lentement, elle relève le visage pour le regarder. Elle ne le trouve pas beau, plutôt charismatique. Il sourit à peine et elle ne peut s'empêcher de penser à la Joconde. Quelque chose d'indéfinissable, un mélange de genres subtil qui mâtine sa virilité et qui la lui rend finalement moins redoutable.
"Un Bolchoï punch s'il vous plaît !" les sourcils de Jean se sont soulevés haut, plissant son front "un quoi ?" "Un Bolchoï punch : sucre, crème de Cassis, rhum, jus de Citron... Vous ne connaissez pas ?" "Non, jamais entendu parler de ce truc là !" "Moi, je remplace le rhum par de la vodka, c'est plus sec et plus digeste. Le barman le sait, je ne bois que ça !" Jean semble un instant déconcerté "dois-je en conclure que vous êtes russe ?" Stan sourit, ils sont bien tous aussi prévisibles "pourquoi ? Parce que je roule les r, que j'ai les cheveux blonds et les yeux bleus ? Non, je suis Croate."
Stan se reproche sa répartie un peu sèche, Samantha a raison, pas étonnant qu'ils fuient tous après un instant. Jean pourtant ne semble pas avoir senti la pique et reprend "Vous avez raison, on a tous tendance à mettre les gens dans des catégories bien rangées sans se demander si les critères sont corrects. Ainsi, vous vous appelez Stanislava..." Il ne finit pas sa phrase, que pourrait-il ajouter ? Il fixe de son regard presque noir les yeux clairs de Stan qui ne les détourne pas. Il y a quelque chose d'hypnotique dans ces deux yeux sombres.
"J'ai envie de vous" lui dit-il soudain. "Pas moi !" Il ne se démonte pas "Je suis fin cuisinier, vous savez" "Je n'ai pas faim !" La barrière de la langue lui a fait manquer la subtilité "l'appétit vient en mangeant" enchaîne t'il. "Je suis pute" répond t'elle du tac au tac. Le jeu s'est installé sans qu'ils ne le décident. Ne pas mentir, mais dire, dire sans ambages, à quoi bon perdre du temps. Ne pas tricher non plus, quel que soit le risque, quoiqu'il en coûte à la fin. Jean reste bouche bée. "Mais ce soir je ne travaille pas..." Il a vidé son verre cul sec sous les yeux de Stan qui n'a pas cessé de le fixer. Elle en est sûr, maintenant il va partir, c'est pareil à chaque fois.
"Je veux vous aimer... gratuitement !" assène t'il en faisant claquer le cul du verre vide sur le zinc brillant. "Je suis frigide." Tout dire, la vérité qui fait mal, pour voir jusqu'où il ira. "Il n'y pas de femmes frigides, sans doute le fait de votre métier..." Stan détourne le regard, subitement le jeu fait trop mal. Trop mal parce que la vérité dite prend une dimension immuable qui l'effraie. Jean persévère, une belle pute frigide, quelle défi "Je suis un artiste vous savez..." Stan ne peut réprimer un rire, un rire triste mais blessant. Jean fronce les sourcils, non mais pour qui elle se prend. "Pourquoi vous foutez-vous de ma gueule. Si je vous dis que je suis un artiste c'est une façon de dire que je sais qu'il n'y a pas de femme frigide. Vous devriez accepter ma proposition au lieu de vous gausser !"
Se gausser, Stan ne sait pas ce que cela signifie mais devant l'air blessé et sincère de Jean, Stan se demande soudain si elle n'est pas en train de se fourvoyer. Après tout, n'est-elle pas là justement pour se faire aimer, pour une fois ? Elle fait sa vierge outragée, elle fait sa moqueuse de trottoir mais n'est-elle pas là ce soir pour vivre en femme, pour une fois ? Samantha revient alors que Jean sirote évidemment agacé le deuxième verre qu'il a commandé. Du whisky Lagavulin dont le goût fumé adoucit un peu l'amertume qu'il ressent.
"Alors, il suffit que je tourne le dos, et voilà, mon siège est pris !" dit Samantha en adressant à Stan un clin d'œil appuyé. Mais l'air affligé de Stan stoppe Samantha dans son élan et elle retient la prochaine saillie qu'elle avait préparée. "Je pars avec Monsieur" dit Stan alors que Jean la regarde avec un air surpris. Et sans cesser de le regarder, Stan se met debout, attrape son manteau et son sac et avance vers la sortie d'un pas décidé, Jean est sur ses talons.
Samantha reste plantée devant les tabourets, vides maintenant, et regarde son amie s'éloigner.
"On va chez moi" dis Jean en prenant doucement Stan par le bras "ma voiture est stationnée dans la rue à deux pas." Et Stan se laisse faire. Son cœur bat plus fort. Ce n'est pas le fait de partir avec un inconnu avec les risques que cela comporte, non, de ça elle en a l'habitude, les risques du métier comme dirait Samantha. Oui, les risques du métier, car des tordus elle en a croisés. Son cœur bat parce que le beau mec qui lui tient le bras a ouvert sans qu'elle le veuille un monde d'espoir, un monde d'amour possible qui lui ramollit les jambes et lui donnerait presque envie de pleurer.
Ils arrivent devant la BMWx6 aux vitres fumées. Stan accepte de monter dans le véhicule dont Jean a ouvert la porte. Elle n'est pas habituée à toutes ces prévenances. Il démarre sans parler et conduit un peu trop rapidement le long des rues de la ville qui défilent sans direction apparente. "Où habitez-vous ?" demande t'elle. Il ne répond pas mais un claquement lugubre lui fait comprendre que les portes du véhicule sont verrouillées. Stan se raidit involontairement, une alerte venue du fond des âges suscite l'inquiétude. Toute sensation de confiance s'en est allée. Elle regarde le profil de Jean qui semble absent, totalement absorbé par la conduite toujours plus sportive de sa BMW. Tentant de prendre un air détaché, elle demande encore "et bien, vous n'êtes plus très causant, je croyais qu'on allait chez vous ?"
Stan a peur maintenant, très peur. Elle ne sait pas quoi faire mais une seule envie l'habite maintenant : descendre de la voiture. A tous prix. Il faut qu'elle la joue fine. Il ne faut pas qu'il voie l'angoisse qui lui ferait presque trembler les mains. De l'air le plus détachée possible, elle tente d'obtenir des informations mais Jean élude "nous arrivons bientôt !" Sa voix est calme et ne dénote aucune émotion. Stan ne sait pas à quoi s'en tenir, se fait-elle un film, est-il vraiment l'homme doux et délicat qui l'a abordée au bar ? Les rues défilent et ses pensées paniquées semblent brouiller sa vue. Elle perçoit tout au travers d'un brouillard. Il a quitté les avenues illuminées du 16ème arrondissement et se dirige maintenant vers l'ouest, c'est sûr il ne va pas chez lui. Les panneaux indiquent "Saint Cloud - Bois de Boulogne".
Elle tente de l'interroger faussement admirative "ne me dites pas que vous vivez à Saint Cloud, j’adore Saint Cloud …" mais elle n'a pas besoin d'entendre sa réponse pour comprendre que ce n'est pas le cas, Jean a quitté l'allée de Longchamp et pénètre dans le bois sombre par de voies étroites et peu fréquentées. La lumière faible des lampadaires clairsemés aggrave la sensation de danger qui a totalement envahit Stan. Lorsqu'enfin il emprunte une voie sans issue et freine brusquement, elle est prise de crampes abdominales qui trahissent la peur viscérale qu'elle ressent.
Il se tourne vers elle, le regard encore plus noir il lui semble. Elle tente de plaisanter "ah, je vois, le fantasme du bois, mais ce n'est pas mon fantasme..." Jean sourit. Un sourire qui étire ses lèvres en deux rasoirs dénués de toute sensualité. "Mais qui te dit que tu es ici pour assouvir tes fantasmes ? Tu pensais quoi... " Stan ne répond pas car elle sait... et c'est sans surprise qu'elle l'entend enchainer "on est là pour assouvir le mien, connasse, me faire une pute gratis...
Suce-moi !"
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16 mai 2013
ELLE - Fatum et igni

Le rendez-vous avait été fixé 16h30.
Étonnamment, une éclaircie avait réussi à percer les nuées épaisses et poisseuses qui obscurcissaient le ciel de Lyon. Il y avait quelque chose d'un pied-de-nez dans cette accalmie ensoleillée car il me semble que la pluie aurait mieux convenu à la tristesse du moment. Je ne l'avais rencontré que deux fois mais je devais être présente, pour lui, pour sa famille, pour sa femme et pour mon homme.
Le crématorium, situé dans un magnifique cimetière orné d'arbres de toutes formes et de toutes essences, domine les pierres tombales entretenues comme un jardin d'agrément. Une foule de gens silencieux, vêtus de noir pour la majeure partie, attend patiemment autour des degrés menant à la salle de cérémonie. Ils attendent le cortège mené par la veuve. A peine ai-je salué les rares personnes que je connais, que les larmes montent à mes yeux. Il ne se passe rien pourtant mais la solennité du moment, l'air grave de tous les présents et la charge de tristesse qui flotte dans l'atmosphère sont venus à bout en un instant de toutes mes résolutions.
Les larmes silencieuses coulent le long de mes joues. Je hais la mort. Elle et moi sommes en guerre depuis toujours. Elle ne le sait pas mais elle est mon pire ennemi. J'ai peur d'elle et rien, jusqu'à maintenant, n'a pu me faire accepter son existence. Étonnante association de mots qui ferait croire que la morte existe et qu'elle est donc vivante. Elle ne vit pas mais pourtant elle existe, elle est, inéluctable, inévitable, allez comprendre.
La veuve arrive enfin, digne, avec à de chaque côté qui gardent ses flancs, les enfants du défunt. Sa petite fille de 5 ans porte un petit gilet rose qui palpite de vie dans ce troupeau noir et gris. Tous ensemble nous lui emboîtons le pas et nous nous plaçons sur des chaises organisées en demi-cercle autour du catafalque où bientôt le cercueil de bois vernis prendra place.
Par le hasard d'un mouvement de la foule, nous nous retrouvons au deuxième rang, juste derrière la famille du mort. Ses cinq enfants dont quatre jeunes adultes, ses femmes, passée et présente, et d'autres membres de la famille proche. Mes larmes coulent sans discontinuer mais ce n'est pas la douleur qui les suscite car je ne souffre pas personnellement de ce décès. Non, je pleure par empathie, je pleure de voir la douleur de ceux qui sont souffrent vraiment. Et je pleure parce que l'événement auquel j'assiste par solidarité me renvoie à ma propre finitude.
La cérémonie laïque est menée en délicatesse par une femme bénévole. Du haut de sa tribune elle parle de celui qui a quitté le monde des hommes. Elle ne le connaissait pas mais reprend sans emphase excessive les qualités de l'homme telles qu'elle les a recueillies auprès de ses proches et elle en fait un magnifique bouquet. Exercice périlleux quand il s'agit de parler avec sincérité d'un inconnu.
Les larmes coulent toujours comme un réflexe conditionné, intarissables et je renifle et je me sens en parfaite union avec ceux qui m'entourent. Quand le partage de l'affliction agit comme une catharsis à l'action libératoire. Je me retrouve dans un état second, un état que mon cerveau ne maîtrise pas et qui m'étonne. Et la mort, presque palpable, me sourit d'un air entendu "tu y passeras aussi ma petite !" Je ne veux plus la redouter car vivre en redoutant sa fin c'est se rendre incapable de jouir de tous les moments bons qui se présentent puisqu'invariablement on se dit qu'ils finiront bientôt.
Le moment arrive, redouté, où les enfants vont aller à la tribune parler de leur père. Les mots sont vibrants, entrecoupés de sanglots, et je m'afflige pour eux qui souffrent tellement de cette absence alors que le corps gît, là, bien présent entre les six cloisons de bois ! Et subitement, alors que l'aînée parle, je me surprends à penser "ma parole, elle mâche du chewing-gum!" Je me tance immédiatement en tentant de chasser cette pensée importune et déplacée. Comment peut-on avoir si peu de cœur, me dis-je, au point de penser une chose pareille dans un moment pareil ?
Les enfants se suivent, les voix tremblent, le chagrin s'exprime avec toujours plus de vibrato et je pleure en synchronie. Le fils revient s'asseoir devant moi, et alors la sœur parle du frère parti trop tôt, alors que ses paroles se fichent dans mon cœur en plein centre, déclenchant encore plus de larmes mon cerveau me signale "Tiens, c'est marrant, les rayures de sa chemise ne sont pas face à face aux emmanchures !" Et là encore, ma police intestine me montre du doigt, t'as pas honte...
Quel est donc ce phénomène incontrôlable ? Comment de telles pensées incongrues peuvent-elles naître dans mon cerveau, totalement impertinentes ? Que disent de moi ces réflexions qui me mettent mal à l'aise avec moi-même et qui me donnent à penser que je manque de cœur ? Sensation désagréable qui m'investit et me dit que mon affliction n'est que feinte, que ces pensées irrévérencieuses révèlent mon détachement et dénoncent mon incapacité à une véritable compassion.
Pourtant, la cérémonie me touche au plus profond, la mort de R. m'affecte authentiquement même si je ne souffre pas à l'instar de son épouse. Que dois-je penser de moi et qui suis-je au fond ? Et je m'interroge alors : suis-je la seule à avoir vécu un tel moment ?
Et vous, que m'en direz-vous ?
06:21 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crémation, mort, compassion, empathie
02 mai 2013
ELLE - Sexe, substantif féminin
Je continue après toutes ces années à me frotter aux blogs.
Ma frénésie s'est calmée car le phénomène d'usure, inévitable, a érodé mes envies. La nouveauté des débuts s'est transformée en habitude, et l'habitude, comme pour tout, tue. L'habitude ou devrais-je dire plus précisément l'ennui ou le manque d'intérêt ?
Comme toute chose nouvelle, j'ai ressenti un étonnement intense mêlé de curiosité en 2007 lorsque j'ai créé ce blog et que j'ai découvert ce que l'on nomme la blogosphère. Les raisons de la naissance de mon blog, je les ai expliquées à plusieurs reprises ici, c'était un homme. Avec le temps, le mentor s'est évaporé, devenu fantasme au sens espagnol du terme. Il s'est fondu dans l'éther comme quelque chose qui n'a jamais existé. Depuis, je continue à écrire avec plus ou moins d'entrain, selon mes humeurs et ce que la vie me propose.
Parfois, je me sens stérile, sans rien à partager. D'autres fois, des envies renouvelées bouillonnent, me submergent comme la sève d'un nouveau printemps et j'écris avec une énergie toute neuve. La métaphore du wagonnet sur une montagne russe me vient inévitablement quand je tente de visualiser l'énergie scripturale qui m'anime plus ou moins. Aujourd'hui, grâce à CUI que je suis depuis ses débuts, une envie frétillante m'a saisie de tenter d'analyser pourquoi les blogs qui parlent de cul sont très souvent tenus par des femmes. Trop souvent ?
CUI dans son billet du 25 avril se prête avec une fausse candeur au jeu du Tag. Les lecteurs épisodiques de blogs ne sauront peut-être pas que le Tag est une version revisitée du questionnaire de Proust qui sévissait sur les blogs il y a quelques années, le Tag et non pas Proust vous me suivez ? et qui semblent perpétués par quelques irréductibles, en l'occurrence Calamity. Le Tag se lance comme un défi mais celui qui le relève n'a pas à se rendre au petit matin dans une prairie inondée de rosée au risque d'y perdre la vie. Non, un Tag est habituellement pacifique.
Me voilà donc à lire les réponses au Tag jeté par Calamity au susdit CUI réalisant que c'est celui auquel j'ai moi-même cédé ici. A la question numéro 3, Dans le petit monde du net, quel blog vous émoustille ? CUI cite celui d'une femme qui répond au doux nom de FrenchSweet. Immédiatement intriguée, je suis le lien que CUI a semé. J'arrive dans le boudoir d'une femme. Boudoir, je vous le rappelle, est une petite pièce élégante dans laquelle la maîtresse de maison se retire pour être seule ou bien où s'accordent des plaisirs intimes. J'arrive donc dans ce boudoir et, voulant partager l'émoi avoué de CUI, je lis. Je feuillette son blog et, de clic en clic, je m'enfonce dans les archives. Ce que j'y lis me laisse froide.
Ah, zut, me dis-je, moi aussi comme CUI je veux être émoustillée (mettre dans une excitation gaie qui porte à la jouissance, au plaisir) ! Mais non, l'émoustillement anticipé ne vient pas et ma chair reste calme, sans aucun frémissement de plaisir solitaire. Serais-je affligée d'une frigidité du cerveau ? Ou bien faut-il être un homme pour ressentir un frémissement des sens à la lecture de cette littérature ?
Et mon cerveau prompt à l'analyse prend le dessus de mes sens restés inertes et m'interroge subitement : pourquoi crois-tu Gicerilla, que les blogs de cul sont souvent des blogs de femmes ? Pourquoi sont-ce des femmes qui nous racontent, en vers ou en prose, de joyeux ébats où les chattes sont toujours inondées comme des rivières de mousson, où les sexes masculins sont toujours majestueux, tendus comme des pieux, socs fiévreux toujours prêts à labourer le sillon baveux de femmes électrisées par un simple regard ?
Je reste sans réponse ou plutôt si, quelques réponses timides tentent de faire entendre leur voix mais elles me paraissent trop simples. Alors je considère un instant mon propre cas : pourquoi ai-je moi aussi, en mon temps, commis des historiettes où le cul merveilleusement réussi était roi ? Parce que j'éprouvais le besoin, quasi vital, de rêver le sexe (Ce qui est relatif aux rapports charnels des sexes, à l'activité du sexe en tant qu'organe de plaisir) que je ne connaissais pas. Raconter des histoires humides à l'érotisme de romans de gare me permettait, à l'époque, de dépasser une mauvaise passe. Et tout les hommes vous le diront, une mauvais passe est difficile à accepter !
Aujourd'hui, de sexe je ne parle plus, avec mon amant, je l'invente. Et si je le mets en scène encore parfois au travers de récits de fiction, il parle de notre société et pas de moi.
Ainsi, à mon exemple, toutes ces femmes qui parlent de la chose mais sans la verve de l'abbé de Lattaignant ou la simplicité troublante de Paul Verguin, témoigneraient-elles sans le savoir, d'un manque ? Exposeraient-elles aux yeux du monde une insatisfaction que la fiction seule peut assouvir ? Ou bien serait-ce une façon de se faire croire en faisant croire qu'elles mènent une vie intime sensationnelle, une forme d'autosuggestion en somme ?
J'aimerais vraiment comprendre le pourquoi de ce constat. Les cent cinquante nuances de gris en trois volumes en sont un exemple, à la différence que cette fois-là que la raison est évidente : faire de l'argent en faisant frémir la ménagère, voire en faisant naître en elle des insatisfactions qu'elle n'avait pas ! Alors, je vous le demande sans volonté de pointer du doigt,
Pourquoi ?
Merci à CUI pour son inspiration involontaire.
Merci à Calamity pour son prêt de photo non autorisé.
18:40 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blogs de cul, calamity, comme une image, frenchsweet, abbé lattaignant
