« 2007-08 | Page d'accueil | 2007-10 »

samedi, 29 septembre 2007

ELLE - Une femme peut en cacher une autre

7f8692694879c81d033a990917c51c71.jpg''Pauvres hommes !''  

Me disais-je in petto en feuilletant les magazines sans lesquels je ne serais plus tout à fait la même.  Ils sont source d'informations sérieuses et futiles, amusantes et sérieuses. Ils sont le reflet de notre société et de tous ses stratagèmes et autres mascarades. Parades de mensonges et de faux-semblant dont vous, les hommes, êtes les premières victimes, aveugles ou consentantes.

Et dans ce monde de trompe-l'oeil, ô Dieu, que la femme est douée ! J'en viendrais presque à prendre les armes pour vous défendre au risque de me faire mettre au ban par mes congénères en jupon. Prête à devenir votre Pasionara pour, de mes foudres espagnoles, déssiller vos yeux couturés. Vous, pauvres crédules, qui tombez dans nos filets de rétiaire en pensant tout contrôler. Vous qui, sans discernement, succombez à des élans millénaires gravés dans vos gênes en pensant tout maitriser !

Pourquoi cette déclaration enflammée qui, à un lecteur trop hâtif, pourrait presque passer pour une invective ?

Simplement parce que femme je suis et je vois l'artillerie dont nous disposons pour vous conquérir, pour vous soumettre en esclavage. Une armurerie entière avec force grenades, bombes, balles et boulets pour vous faire perdre la tête et vous faire tomber à nos pieds.

Lorsque de nous vous obtenez les faveurs, vous pensez ordinairement que c'est parce que vous êtes de fins stratèges, des guerriers irrésistibles dont le pouvoir et la puissance ont su triompher de nos réserves, de nos pudeurs, enfin celles qui nous affichons pour vous plaire et pour mieux vous leurrer. Lorsqu'enfin vous tenez dans vos bras, quasi pâmée, la belle pour laquelle vous avez mené bataille à coup d'additions salées aux meilleurs restaurants du quartier, de billets d'opéra ou de concert, de bouquets de fleurs (car rarement vous êtes imaginatifs. Il fallait bien que quelqu'une un jour vous le dise et si aujourd'hui je prends le risque que vous me haïssiez, c'est parce qu'en vrai je vous aime...) vous vous prenez pour Gengis Khan et vous vous rengorgez d'avoir glorieusement gagné cette terre imprenable. Mais en vérité, c'est nous qui menons la guerre et les batailles que vous remportez sont en fait des étapes pré-orchestrées par nous pour nous amener à la victoire finale. Et pour ce faire, tout un attirail d'artifices dans nos placards et dans nos tiroirs. Ecoeurant, déloyal ! Voyez un peu.

Dans la rue, vous croisez cette belle fille montée sur des talons vertigineux. Leur hauteur est si fabuleuse que son corps est projeté en avant faisant ressortir sa croupe bombée qu'elle porte haut. La petite jupe de crêpe de soie légère balance au rythme de ses pas en un mouvement de métronome hypnotique. Vous vous dites ''Mon dieu, quel cul...'' Vous regardez ses jambes admirables et galbées. Ses bas mettent en valeur, sous un voile nacré, les courbes irréprochables de ses mollets, le creux mignon de ses genoux, le début de la cuisse qui a l'air ferme et tonique. Vous devinez la douceur de sa peau qui semble briller sous les mailles. Vous imaginez le bonheur de glisser votre main le long de cette jambe, de cette cuisse, de ces fesses si... fessues !

Vous la suivez du trottoir opposé et notez que, telle une figure de proue, elle propulse ses seins en avant, forcément les talons,  tendant dangereusement le coton de son T-shirt. Ils sont bien ronds et généreux, si pommelés que Guillaume Tell en perdrait son juger et avec une décharge dans les reins vous voyez poindre ses tétons belliqueux prêts à pourfendre la cotonnade. Vous vous dites ''Non de non, j'y mettrai bien la main. Hum, ces tétons... mais, seraient-ils excités par le frottement du coton ou aurait-elle à froid... Viens là ma belle que je te réchauffe !'' Vous continuez de reluquer en coin et observer ses longs cheveux noirs bleutés de mousmé, brillants de santé fouetter le haut de ses épaules et vous vous échauffez à l'idée d'y plonger votre nez et de sentir tous ses parfums.

Elle tourne la tête et vous remarquez en détournant rapidement la vôtre qu'elle a des yeux aussi profonds que les abysses où jamais la lumière du soleil ne pénètre et pourtant ils irradient des reflets de soleil incroyables. Ses longs cils de girafe battent la cadence au rythme de ses pas, et tout cela balance, balance à vous tourner les sangs.

Vous vous redressez bien droit dans votre pantalon pour gagner quelques centimètres, vous bombez un peu le torse et rentrez le ventre s'il le faut, inspirez-expirez plusieurs fois. Négligemment, vous regardez votre reflet dans la vitrine et passez votre main dans les cheveux, réflexe conditionné. Vous cherchez fébrilement un paquet de cigarettes histoire de vous donnez une contenance, un prétexte. Mince, vous n'êtes fumeur. "Vite une idée, que faire ? Demander où se trouve la rue machin-chose, oui c'est bien ça, ça fait crédible. Surtout ne pas laisser la bave couler lorsque je lui parlerai !". Ca y est, vous êtes prêt, vous allez traverser la rue, vous allez l'aborder. Vous descendez du trottoir, vous....

NON ! STOP !  Ne faites plus un pas ! Tout cela n'est que du cinéma. Revenons en arrière, et pour vous, laissez-moi dévider cette pelote de mensonges si attrayants !

Reprenons :

383786016d41945d0a008fa73cf095e0.jpg


Les fesses : la jeune-femme porte la culotte Huit remonte fesses !





c05a942a122ed66cfa8dac4cb174c6e1.jpg


Les jambes : elle porte une paire de collant hydratant  effet soie Le Bourget








e06fa5d321d560b4692b609b8261e10a.jpg




Les seins : elle triche avec le soutien-gorge dernier cri Wonderbra push-up avec tétons glacés intégrés.






5ab2fae60d1a79bbbfe1c20805a7639c.jpgLes cheveux : elle a tricoté dans ses cheveux des extensions de chez Alexandre en véritables cheveux humains !




cef2038e936f1bff8a37d62652b6f274.jpg



Les yeux : Elle a recouvert ses pupilles de
lentilles de contact de couleur jetables !







5337b48cb0d0253fb6ed8af365474805.jpg



Les cils
: Elle les a étoffé par la pose de faux cils !





Et je ne cite pas le fond de teint ''peau de pêche'', l'huile dorée prodigieuse qui flatte sa carnation. Ni les fards à paupière qui assombrissent son regard de velours noir, ni le rouge à lèvres gloss effet repulpant ...

Oui, c'est affreux, je sais, vous n'imaginiez pas. Evidemment, faut-il être rouée pour tricher comme cela ! Ne me remerciez pas car à partir de maintenant, hélas, vous aurez beau voir, vous ne croirez plus...

En tout cas, je peux vous rassurer, chez moi y'a que du vrai !

mercredi, 26 septembre 2007

ELLE - Envie d'incendie

d382b9734b2c371744e5d20970768e2c.jpgParis au mois de juin.

Il fait beau. Il est tard. Elles ont faim. Elles se lèvent à la va-vite, les cheveux emmêlés dans des bribes de rêves persistants. Elles expédient leur douche en fanfare d'éclaboussures, de rigolade, d'invectives hâbleuses sur la soirée de la veille. Elles sont jeunes encore, en pleine santé. Elles sont trois. Une blonde pulpeuse et callipyge, une rousse petite poupée modelée par Vénus et une brune filiforme et rêveuse. Elles sortent de l'appartement pleine d'entrain. Le sang fouetté par la douche, elles sont prêtes à affronter la beauté de la vie. Vers la rue St Jacques, un grand café, une superbe terrasse. Le soleil fait réverbérer l'aluminium des chaises en reflets argentés. Ca aveugle, ça égaie, ça fait du bien. Le métal est chaud sous les fesses des filles et diffuse dans leur corps une vague de bien-être immédiat. Le serveur arrive  vêtu de noir avec son grand tablier blanc typique des brasseries parisiennes. Elles commandent croissants, tartines, plein de beurre s'il vous plait, des confitures, doubles-expressos tassés pour toutes! Elles rayonnent. Le bonheur tient à bien peu de choses !

Les voilà repues, dorées, heureuses de rien. Elles partent à l'aventure. Celle-ci se trouve à 100 mètres. Plantés au coin de la rue, quatre pompiers pimpants dans leur costume bleu marine. Quatre beaux gars, aux épaules larges et bien dessinées, aux cuisses puissantes qui tendent la toile des pantalons. On devine des abdominaux dignes des classiques grecs. Visages jeunes, presque poupins. Le crâne rasé, la mine enjouée, ils racolent sans complexe ''Dites mesdemoiselles, n'achèteriez-vous pas des billets de tombola ?''

La brune est déjà cinquante mètres devant, elle rêve, elle n'a rien vu. La rousse toujours très vive et délurée la rattrape et la ramène où la blonde babillarde jase avec les pompiers. Une conversation de comptoir tranquillement s'installe. Les pompiers sont bavards et pas farouches. Ils jouent de leur charme, hum, oui ils en ont à revendre, pour vendre leur camelote. Les filles sont tellement prévisibles. Un peu de muscle, un beau sourire, une oeillade et ça y est, un carnet complet placé ! La blonde et la rousse gloussent un peu, se laisse flatter l'échine, la brune rêve. Le 14 juillet, le bal des pompiers ? Pourquoi pas ! Allez, on y va. La brune enfin redescend sur terre, pour un court instant. Elle scrute tout ces mâles souriants prêt à bander la grande échelle vers les cieux pour décrocher le coeur de ces jolies pépés. Le 14, oui pourquoi pas lâche-t-elle, parce qu'elle, le bal, elle connait. Le rendez-vous est pris. Le numéro de la caserne circule, on va bien s'amuser. Les voilà reparties et la brune aussi qui rêve toujours, ailleurs, les pensées dans l'azur. Quoi tu n'as pas remarqué ? Remarqué quoi ? Mais, le pompier, rigolote ! Non, quoi le pompier ? Mais enfin, tu le fais exprès, tu lui plais ! Pourquoi crois-tu qu'il nous a invitées ? Incrédule, la brune chasse d'un geste désabusé de la main cette drôle d'idée. La brune n'aime plus depuis longtemps, la brune n'est plus aimée non plus. Elle s'en fiche, de toutes façons. Quoi de meilleur qu'un expresso dégusté au soleil d'une terrasse quand la ville bourdonne des bruits du marché le samedi matin ?

Paris le soir du 14 juillet.

Les filles sont excitées. La brune s'est prise au jeu ou serait-ce la vie qui enfin l'a reprise ? Elles déplacent du vent dans l'appartement telles des abeilles désorientées. Et à droite et à gauche s'étalent des robes, des jupes, des fanfreluches, des dentelles et des onguents. La plus belle pour aller danser, danséééé ! Une tornade de parfums capiteux tournoie dans toutes les pièces. Quel affairement, c'est effarant ! Les yeux en amande dessinés elles se colorent  en choeur des bouches de bayadères intouchables. A regarder, à convoiter, à désirer mais surtout à ne pas toucher. Excitées elles le sont, exciter elles le veulent. Tour à tour, elles se regardent dans la psyché. Elles se plaisent. Elles dévalent les escaliers glissants incertaines sur les hauts talons mais tellement sûres d'elles. L'équipée sauvage peut commencer. Elles se tassent dans un taxi. Instantanément le chauffeur surchauffe, évidemment, trois belles pépés ! Il tente une conversation que les filles ignorent. Les pompiers, les pompiers, la rousse et la blonde n'ont que ce mot à la bouche, forcément, c'est leur premier bal. La brune, elle, elle a peur. Plus les minutes passent et plus elle a peur. Mais que peut-elle donc redouter ? Que ses amies se soient trompées. Quelle idiote se dit-elle, tu va t'amuser, tu va danser et tout ira bien.

Ils sont là, ils sont à l'heure. Ils les accueillent rayonnants. Ils les toisent, les jaugent et semblent enchanter. Le pompier s'approche de la brune et l'invite à danser. La brune s'effarouche. J'ai soif prétexte-t-elle pour esquiver. Il lui propose un verre. Un rhum-coca ce sera. Il lui faut au moins cela pour se donner un semblant d'assurance. Elle tremble, est-ce bête, devant les yeux désirants de l'inconnu. Car c'est vrai qu'il la désire. Pas besoin de mots, elle le sent. Même cela, ça ne s'oublie pas. Pourtant elle croyait avoir perdu tout instinct pour ces choses là. Et non, la vie est tenace, les gênes nous parlent, nous guident, se rappellent à nous même quand nous le voulons pas. Et là, elle sent les siens parler à son corps défendant.

Ils discutent un moment, il est grand, puissant, animal. Il la couve des yeux et elle a chaud. Il l'invite à nouveau. Elle accepte. Aie, évidemment, un slow. Elle hait les slows mais elle ne peut plus reculer sans vexer. Il l'attire à lui tout doucement. Le contact est foudroyant. Une crampe tord son ventre. Incroyable après tout ce temps. Son ventre palpite, son coeur s'emballe. Elle avale avec difficulté une salive qui s'assèche tant l'anxiété l'étreint. Mon dieu, que se passe-t-il... Quelle drôle de question, elle le sait bien. Mon dieu, vais-je lui plaire ? Ah, voilà la vérité qui point. Elle a peur. Cela fait trop longtemps. Est-elle vraiment attirante, son corps est-il joli, comment la verra-t-il? Elle est assaillie par toutes ces questions qui lui tournent la tête à l'instar du slow.

Il la plaque doucement contre lui. Elle sent son corps se mouler au sien. Il est dur comme la pierre, ses mains fermement s'agrippent à sa taille. Ce sont dix doigts rougeoyants qui brûlent sa peau au travers de l'étoffe. Sa robe est si légère, il doit lui aussi la deviner comme nue contre lui. Viens, lui dit-il après un moment. Elle ne dit rien, se laisse prendre par la main. Il la guide vers la caserne, vers son appartement. Et oui, il est gradé, jeune mais gradé ! Ils ne se parlent pas, elle en est incapable. Que dire de toutes façons. Rien n'est à dire, tout est à vivre.

Ils sont dans l'ascenceur, des miroirs partout. Il l'attrape sans manière, elle ne résiste pas. Elle est déjà vaincue par ses sens ressuscités. Elle fait taire sa conscience et ses foutus scrupules. Ca se fait ou ça se fait pas. Je suis une salope ou je n'en suis pas. Je suis tout simplement une femme submergée par le désir, désirée par un homme comme il y a si longtemps. Il l'embrasse fougueusement. Il embrasse bien. Ses lèvres sont charnues et moelleuses. Sa langue est curieuse avec circonspection. Il sait, il a deviné, il ne la brusque pas trop, juste un peu, sinon elle va s'enfuir. La clé dans la serrure, elle se meurt. Ses tripes se tordent et de plaisir anticipé et de peur. Elle sent son sexe inondé et pourtant il ne l'a même pas caressée. Il l'amène dans la cuisine. Il fait noir et seules les lumières de Paris rentrent par la fenêtre sans rideau. L'air est bleuté. Il la plaque à la gazinière. Il la soulève d'un geste sûr. Il l'assoit sur la vitrocramique glacée qui transperce ses chairs incandescentes. Il relève sa robe jusqu'à la taille. Il décale délicatement le dentelle rose de son sexe trempé. Il plonge le visage entre ses cuisses. Elle ne voit plus, image troublante, que sa nuque entre ses genoux. Une décharge lui ôte le souffle. Il la dévore. Elle ne sait plus. Il est gourmand, il l'aime. Il la lèche, trace avec sa langue aventureuse ses milles replis. Il la cloue là sur la gazinère. Elle gémis, il crogne. De ses deux mains, il attrape ses cuisses et approche violemment le sexe de la belle vers sa bouche avide. Elle défaille. Il cesse.

La bouche barbouillée de sa liqueur il l'embrasse. Elle sent sa propre odeur qui la chavire. Il la prend dans ses bras raide comme un i plaquée contre lui et, bouches toujours scellées, il la porte dans le salon. La lumière de la rue inonde la pièce et projette des ombres fantastiques. Ils sont face à face. Ils ne parlent toujours pas. Leur souffle est court. Leur poitrine se soulève au même rythme. Il saisit sa robe et la remonte le long de ses cuisses, de sa taille, de son buste, de ses épaules. Elle tombe à terre en une flaque de couleur. Plantée sur ses stilettos noirs, fière comme un Walkyrie il la regarde. Elle n'a plus peur. Il a su lui prouver qu'elle vaut encore quelque chose. Elle saisit sa chemise et, un par un, en fait sauter les boutons. Son torse est magnifique. A-t-elle jamais eu dans ses bras un homme si bien bâti ? Elle s'émeut car la beauté physique l'émeut toujours, elle qui se trouve si fade. Elle n'ose aller plus loin. Il en rêve, elle s'effarouche à nouveau. Alors, avec lenteur, il défait sa ceinture et fait glisser à ses pieds le pantalon, barrière symbolique qu'elle ne pouvait casser. Il saisit sa main et la presse sur son sexe. Une chaleur inouie l'envahit. C'est son désir à elle et la chair bouillante de cet homme qui la consument. Elle ne veut pas le caresser, elle a oublié, enfin elle le pense. Elle veut partir. Alors, une fois encore, il l'attire et l'embrasse. Elle sent son ventre dur contre le sien, elle sent son sexe bandé contre le sien, elle sent son torse contre ses seins. Il fait sauter l'agrafe. C'est peau contre peau maintenant. Il fait glisser son string et ôte son dernier vêtement. C'est sexe contre sexe maintenant.

Caresse-moi je t'en prie, supplie-t-il à son oreille. Timide comme une enfant innocente, elle pose sa main sur son sexe et panique. Est-ce possible un tel engin. Elle retient un cri d'effroi. Mais que la Nature est cruelle. Elle veut vraiment s'enfuir. Je sais, lui dit-il, n'aie pas peur, je ne te ferai pas mal. Elle ne veut pas, elle ne veut plus. Elle ramasse sa robe, il la retient. Ne fais pas ça. Si, je ne peux pas, j'ai peur. Je sais, elles disent toutes cela, toutes elles refusent... toujours !

Il y a de la tristesse dans sa voix. Dans le lueur bleutée elle croise son regard de chien battu. Elle a peur de souffrir mais c'est lui qui souffre. Elle se ressaisit. Qu'aurait-elle dit s'il s'était enfui à la vue de ses fesses imparfaites ? S'il te plait, insiste-t-il, tu me plais, vraiment... Alors elle fait confiance à la Nature. Elle revient vers lui et le colle de tout son long. Prêtresse pour lui elle va devenir et adorer cette colonne digne du temple d'Hercule. Elle va lui donner ce que toutes à ce jour lui ont refusé. Elle l'a compris à demi-mots. Ce soir, enfin il connaitra la femme. L'acte de d'amour est don, mais il est "donner" plus que "recevoir" et le femme éternelle en elle parle. La femme réconfort, la femme généreuse, la femme havre de paix et de volupté. Elle glisse sa main sur son sexe magistral et de caresses savantes elle le flatte. Telle la grande échelle son sexe bande de désir pour elle. Il enfouit son visage dans son cou, et elle sent en volutes brûlantes son plaisir monter. Il gémis à son tour, elle en est excitée. Elle cesse.

Il dévoile son visage troublé. Elle va s'allonger sur le canapé, rivée de peur et de désir. Il la redresse, la fait mettre a genoux et la crucifie avec lenteur, de plus en plus profond. Une plainte de plaisir s'élève alors que la douleur la cloue. Il est délicat, il est fébrile. Elle souffre et pourtant dans un ultime élan elle jouit. Et pourtant dans un ultime élan il jouit.


Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait fortuite.

lundi, 24 septembre 2007

ELLE - Luxe ou luxure, j'hésite ...


a5f0f6e1e72d407b5b6cd64e79812c1a.jpg

Je suis une femme de luxe !

Dans le salon business, en correspondance entre Singapour et Genève je feuillète négligemment des magasines no-brainer (c'est fou comme nos amis les anglo-saxons ont le chic pour inventer des formules lapidaires qui en disent tellement long !).

Madame Figaro *, voilà de la littérature à la hauteur de mes capacités intellectuelles en ce petit matin gris sur Paris. La dernière édition affiche un programme au goût de mon cerveau ramolli "spécial bijoux - robes d'orfèvres - parures miraculeuses". Je tourne les pages. Pas besoin de lire, les photos parlent d'elles mêmes.

Le choc des photos... tiens, il manque quelque chose ! Le poids des mots  ? Mais là, nul n'en est besoin croyez moi !  Des bijoux incroyables déploient, rutilants, leur fulgurance émeraude, rubis, saphir. Les diamants étincellent, réverbèrent la lumière et aveuglent mes pupilles épuisées par 13 heures de vol sans sommeil. Puis s'étalent sans pudeur des robes bijoux portées par une nymphe à peine pubère... et l'on voudrait que nous, pauvres femmes défectueuses, nous nous identifions à ces beautés tout juste esquissées ?

Quoiqu'il en soit, en soie elle est là, cheveux soyeux dignes d'une ondine qui dégoulinent sur des épaules soulignées de perles et de sequins moirés, qui dégoulinent sur un décolleté modeste mais magnifié, sur des cuisses si lisses qu'elles paraissent inhumaines. Femme enfant, fardée, déguisée de perles multicolores, de strass et de paillettes...

Et je me prends a rêver. La fatigue du voyage est propice aux rêveries surtout chez moi, petite fille planquée dans un corps de femme que seul l'état civil ramène de temps en temps à la réalité.

L'évidence jaillit : j'étais faite pour être une femme de harem, pour être la préférée, la favorite aux pieds de laquelle le Calife énamouré aurait déposé des soieries luxueuses, des pierreries ramenées des confins de la terre. Femme opulente vautrée sur des coussins moelleux tissés de fils d'or et d'argent, alanguie sur des étoffes aux couleurs flamboyantes, écrin de ma paresse et de ma frivolité. Frivole je veux être, détachée des contingences matérielles de cette société si dure encore aux femmes. Je veux un Calife amoureux, généreux, sensuel, fin d'esprit et de goût, qui ferait de mon bonheur son seul but et qui me baignerait dans la légèreté des bulles d'un Dom Ruinart rosé, cuvée 1988 ...

Foin des factures en tout genre et des responsabilités. Je veux être bête, jolie idiote maquillée de khôl ténébreux, soucieuse de ses rides et non pas de ses engagements.

Non, en fait, ce n'est pas vrai ! Oui, femme éthérée je veux être, libérée des contraintes triviales de ce monde mais ce n'est pas pour autant d'un esclave dévoué à moi corps et âme (quoique !) dont j'ai envie. J'ai besoin d'un Calife, un vrai. Un homme de pouvoir et de décisions. Je veux d'un homme aux neurones aiguisés, fascinant par sa capacité à analyser les situations, à déterminer des actions, à affronter ses responsabilités avec une autorité charismatique que nul ne saurait contester. Mais je veux aussi d'un Calife qui connaitrait la douceur des mots de miel sussurés dans l'oreille de l'aimée, la portée d'un petit poulet glissé à l'improviste dans le sac à main de l'adorée. Un Calife qui pourrait tailler sans ridicule un rosier pour en faire jaillir en bouquets bigarrés des inflorescences merveilleuses juste pour elle. Un Calife qui saurait préparer amoureusement une tarte au coeur saupoudrée de rêves. Un Calife juste et bon dont je serais la seule faiblesse. Homme à la poigne en acier trempée fondant sur le soyeux de  ma peau. Homme aux volontés forgées par Vulcain dont le coeur s'amollirait au moindre de mes regards. Il réussirait tout ce qu'il entreprendrait mais deviendrait comme un enfant timide et hésitant devant la grandeur de mon âme, la puissance de mon amour pour lui fléchirait sa dureté naturelle. Il serait gourmand, curieux, intuitif, animal dans ses pulsions avec toute la maitrise pourtant qu'apportent l'âge, l'expérience et le discernement. Il serait cultivé, érudit sans pédanterie, pratiquerait l'humour et la dérision comme d'autres manient le fleuret ou le fouet... Il serait mon Idole, je serais sa Déesse et ensemble nous commettrions tous les péchés véniels et ... mortels !

Alors si parmi vous, lecteurs assidus, lecteurs de passage, il y a un Calife au profil adéquate n'hésitez pas un seul instant, contactez-moi et nous ferons affaire.

Et pour anticiper toute question légitime que vous vous poseriez quant à votre avantage dans cette affaire, je dirais que je suis une geisha dans l'âme, raffinée jusqu'au bout des ongles. Que tout homme que j'aimerai et qui m'aimera ne pourra que jouir de ma finesse d'esprit, de ma culture légère mais non point suffisante, de mon humour déjanté, de ma fantaisie de Marie Poppins, de mon imagination débridée, de mon corps de déesse, de ma blonditude, de mon don pour la cuisine et enfin de mon goût pour les choses de l'amour... bien fait !

Là, si je n'ai pas suscité de vocation de Calife chez l'un d'entre vous, je rends mon tablier ...

Et je vous en prie ne me dites pas comme ma mère ''Mais tu mets la barre bien trop haut !...''


* http://madame.lefigaro.fr/mode/

vendredi, 21 septembre 2007

ELLE - La femme parfaite

4e286ec8c2f4cc57d3b15243eb746a7f.jpgPetite j'étais une grosse paresseuse.

Si, si, dodue à souhait, avec des petits bourrelets mignons autour de la taille, des cuisses dodues et des fesses bien rebondies. J'étais gourmande et faisais honneur à la table. Ma mère m'avait affublée de tas de petits noms s'apparentant à la nourriture. Un rien dégradant finalement en y pensant maintenant. Donc j'étais grassouillette et paresseuse. Oh, oui ! Quoi de meilleur que de paresser sur le canapé à regarder le plafond ou de rêvasser allongée dans l'herbe à compter les nuages. J'étais une grande rêveuse et je m'inventais des tas d'histoires.

Petite déjà, j'écrivais. Des histoires qui me paraissaient fantastiques et avec le peu de vocabulaire dont je disposais alors, je croyais accoucher de chefs-d’œuvres. Quand on est petit on voit tout beaucoup plus grand et mes récits étaient épiques, gigantesques, picaresques. Enfin je le pensais et seul cela comptait. Alors vous pensez, lorsqu'il s'agissait de passer l'aspirateur, descendre la poubelle ou faire la vaisselle, j'inventais des tas d'excuses pour que la tache incombe à ma sœur ainée.

Jusqu'au jour où la peau de génisse m'a dénoncée ''Gicerilla est planquée aux toilettes pour ne pas faire la vaisselle !'' Je n'en croyais pas mes oreilles. La traitresse, la vendue, elle me le paierait cher. Moi, enfermée dans les toilettes, je lisais la Comtesse de Ségur (et oui, déjà à l'époque j'essayais d'acquérir des lettres !). Je dus sortir de ma cachette et avouer mon pécher de paresse. De ce jour, ma mère s'est évertuée à faire de moi la parfaite petite femme d'intérieur. A moi les corvées décuplées de lavage de linge, de vaisselle. A moi les courses avec quatre étages à monter et descendre plusieurs fois par jour et ce, sans ascenseur. J'allais fondre, ça oui. Mes rondeurs enfantines allaient en prendre un sacré coup. Dommage, j'aimais bien le moelleux de mes chairs, les sucreries fondant sur ma langue, ma fainéantise, ma capacité à contempler l'air tournoyer pendant des heures, à observer la planète respirer.

Je devins la petite-fille parfaite. Puis, je devins l'adolescente parfaite. Puis la jeune-fille parfaite. Et enfin la femme parfaite ! Encore aujourd'hui la perfection me poursuit. L'inné ou l'acquis ? Je penche pour l'acquis. Il est le plus fort. Il gagne et ma paresse innée plie le genou devant son maitre. Et à coup de punitions et de privations je suis devenue parfaite.

Je contrôle tout. Mon corps, mes pensées, mes actions. Je suis la reine du contrôle. Irréprochable je veux être, une référence remarquable, du jamais vu. La perfection faite femme. Mens sana in corpore sano. Epater les Anciens. Mon patron est heureux. Mon degré d'exigence vis-à-vis de moi-même d'abord et vis-à-vis de mes collaborateurs ensuite est un garant de la qualité de notre travail. Je tire mon équipe vers le haut, vers l'excellence. Toujours mieux, toujours plus fort. Je suis et la locomotive et la chaudière qui actionne le moteur. Je remonte mes manches et charge le charbon.

Reine des défis, je les relève tous comme un bon petit soldat et je tends vers la perfection. Je m'épuise mais je ne cède pas un iota de terrain. Le laisser-aller ? Connais pas ! Une volonté de fer m'anime. Une persévérance à toute épreuve me meut. Tout calculer, tout peser, ne rien laisser au hasard. Mon Dieu, quelle fatigue. Comment secouer ce joug qui me brise les épaules depuis des années. Comment reprogrammer un machine si bien formatée. La fonction reboot n'existe pas. Une lobotomie bien faite ?  Une petite pilule de l'oubli qui rendrait ma mémoire partiellement amnésique en effaçant mes années entre sept ans, vous savez l'âge de raison, jusqu'à ... disons, quatorze ans ! Ou plus simplement, accepter que la perfection n'est pas de ce monde et qu'elle n'est même pas souhaitable. Que ferais-je d'une Gicerilla parfaite ?

Et, alors que je rêve assise dans mon jardin, le regard absent, regardant alternativement l'herbe pousser et mon ''Elle'', mes yeux s'arrêtent sur un article qui me réveille instantanément. ''Les entretiens de Elle (3) cette semaine, Boris Cyrulnik, psychiatre ''Faut-il chercher à être parfait ?’’. Je me redresse d'un coup, serait-ce le fameux message divin qui arrive lorsque tout est perdu. La clé cherchée partout jamais trouvée, là, devant moi ? Je commence la lecture, un rien fébrile ''... si jamais ...''

Je lis ''On fuit l'imperfection, et pourtant... Pour Boris Cyrulnik, accepter nos défauts serait la clé du bonheur.'' Voilà qui commence bien. Imperfection = bonheur. Waouh, pour un effet d'annonce, c'en est un, bravo Boris ! Je continue, exaltée maintenant. ''Ca vous dirait d'être la meilleure amante du monde, la plus douce des mamans, l'amie que chacun rêverait d'avoir, la fille parfaitement roulée, celle qui fait la cuisine mieux que personne, toujours à la pointe de la fashion, super pro dans son boulot ?'' Ouf ! Je suis essoufflée et paniquée. Ne serait-ce pas mon portrait, une facette de moi exactement décrite par l'article. ''La quête de la perfection est la maladie du siècle. Sans doute parce que notre société ne pardonne pas les faux pas, sûrement parce que l'on croit qu'on serait aimée davantage si on était moins grosse, plus souriante, moins stressée, plus marrante, etc...'' Oui, et si finalement la recherche de la perfection c'était une recherche de l'amour que l'on ne sait pas se donner. Mes pensées s'égarent, s'éloignent un temps des feuilles papier glacé et vagabondent à la recherche d'un monde meilleur, là haut peut-être. Je reprends la lecture les yeux plein d'infini bleu. ''... La perfection remonte probablement à l'origine de l'humanisation.... le désir de perfection est un mécanisme de défense contre l'angoisse...'' Tiens donc, je croyais que c'était le contraire, que la perfection et sa constante quête ne pouvaient qu'être source d'angoisse. Le problème posé à l'envers m'ouvrira-t-il enfin des portes sur un point de vue nouveau, salvateur ?

''La perfection ne rendrait donc pas plus heureux ? Non, au contraire ! Si par malheur, on arrivait à devenir parfait, on serait assez rapidement désadapté à notre milieu qui change constamment et on mourrait ...ce désir de perfection a un prix psychologique et affectif exorbitant...  Et si l'envie de faire bien est un moteur, c'est faire le mieux que l'on peut et accepter que ceux qui nous aiment nous voient comme imparfaits.'' Quel soulagement. Vais-je enfin pouvoir m'ébrouer et rejeter en mille gouttes poisseuses cette soif inaltérable de perfection qui agglutinent mes poils et étouffent ma peau. Enfin respirer à plein poumons en me disant que l'imperfection fait de moi un être aimable et pas le contraire !

''Prenons  l'exemple des relations sexuelles. Ce n'est pas toujours le feu d'artifice ! les jours où c'est raté, le fait que l'autre continue à être tendre et attaché à nous est une amélioration de la manière d'aimer. Si on était des machines parfaites à faire l'amour parfait, il n'y aurait plus cette émotion et l'autre serait privé du cadeau qu'il nous fait en continuant à nous aimer même si on est, parfois, imparfait.''  Voilà un paragraphe que bien des hommes devraient lire pour se rassurer et que bien des femmes devraient se tatouer sur le bras plutôt que de se dévaloriser.

Il y en a pour tout le monde, dans cet article. Je m'enfièvre maintenant. Non seulement je me soigne mais je tends vers vous le bâton de relai pour qu'à travers vous la bonne parole circule. Devenons prosélytes et tentons d'éradiquer ce mal qui gangrène doucement mais sûrement ! Car cette maladie qu'est le perfectionnisme n'est pas le fait d'une petite Gicerilla isolée, l'éponge à la main et le torchon en turban, non, Cyrulnik le dit bien, c'est le mal de notre société. Toujours plus beau, plus riche, plus intelligent, plus ceci, plus cela ! Et nous dans tout cela ? Où est la place de l'humain dans ce monde peuplé par lui mais rendu invivable par lui aussi. Ô paradoxe éternel ! "Errare humanum est" ? Mais trompons-nous, nom de Dieu, soyons faillibles et réjouissons-nous enfin de l'être !

Je sens la perfection qui m'enveloppe de son voile rugueux comme un cilice doucement se craqueler à mesure que je lis. Des squames apparaissent et se détachent de mon corps bridé. Mon âme se dilate... Je continue, tous ces mots sont miel à mon palais, baume sur mes doutes. Je dévore l'article et arrive encore affamée à la conclusion ''L'imperfection est une sacrée chance... Oui, parce qu'elle permet une ouverture. Cette vertu se retrouve jusque dans le langage : les traductions sont toujours imparfaites, parce qu'il n'y a jamais deux mots parfaitement équivalents entre deux langues. Ou ils sont différents, ou bien leur connotation affective change selon les personnes. C'est cette imperfection qui permet l'évolution du langage. Et qui autorise la poésie et la créativité... Même dans ce domaine, ce qu'il y a de mieux, c'est que ce soit imparfait !''

Je referme le magazine, toujours plus pensive mais comme allégée, les yeux de nouveau perdus dans l'immensité de l'azur où mon âme monte, gonflée à l'hélium. A mes pieds gisent des lambeaux ternes et secs à l'instar de la peau du serpent après sa renaissance. Au feu la perfection ! Elle part rejoindre avec les serpillières et
les plumeaux le charbon qui brûle dans la chaudière où elle va se consumer pour de bon et alimenter une dernière fois ma locomotive.

Je pars en quête de ma paresse de petite-fille et de mon envie de juste faire ''bien''. Jardinière patiente je vais devenir, et sans brusquerie je vais essayer d'accepter d'être juste moi avec mes défauts et mes qualités parmi lesquels dorénavant en première place mon imperfection on comptera !

Et si cette note vous a rasé, vous m'en voyez désolée, mais je ne suis pas faite que de palpitante volupté.

Ah bon, vous le croyiez ?...

 (*) http://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Cyrulnik 

mercredi, 19 septembre 2007

ELLE - Un homme peut en cacher un autre

db945f78e21c474dc78179d9f5048ff0.jpg A une terrasse d'un café très bien fréquentée.

Assises à l'ombre tiède, nous sirotons notre Pepsi Light nettement moins bon que le Coca Cola Zéro, cela dit en passant pour les amateurs de cola allégé. Nous feuilletons force magazines intellectuels hautement fournis en articles de fond sur des problèmes sociétaux, économiques, écologiques et j'en passe. S'empilent en vrac sur le guéridon Elle, Marie-Claire, Cosmopolitan et Marianne enfin pour élever le débat.

Les hommes seuls sont nombreux en cet après-midi de septembre éclatant de soleil d'été, un régal pour les yeux. Pour une fois les femmes non accompagnées sont en minorité. Quelle riche ville que voilà où les mâles sont plus nombreux que les femelles, je ne suis pas prête de la quitter ! Mon amie et moi, par dessus nos lunettes de soleil zieutons l'air de ne pas y toucher les hommes attablés. Certains nous reluquent franchement sans vergogne et je m'amuse à soutenir leur regard fatigué, pour le plaisir du jeu sans enjeu. D'autres reluquent à la dérobée, pas sûrs d'eux. Serait-ce les mêmes que je croise au fitness suant, ahanant, soulevant la fonte en épiant en lousdé ? Non, ceux-là ne sont pas des fous de fitness, du muscle tendu qui saille sous le T-shirt moulant. Ce sont des Bobos à caser, ceux qui le portefeuille en bandoulière écument passé minuit les boites de nuit tels des vampires citadins en mal de chair fraiche. Ceux qui le dimanche venu, se lèvent tard, sortent du lit hagards les yeux bordés d'ennui violacé ou de satiété testostéronée bleu foncé ! Toujours en quête, ils guettent c'est évident. Sorte de rapaces dont le ramage déplumé est terni par les nuits de veille alcoolisée. Ils scrutent, ils évaluent, ils jaugent. J'aime bien cette guerre pacifique des regards qui se fuient, se rencontrent comme par hasard, s'affrontent un court instant et s'effarouchent à nouveau.

Nous rigolons fort. J'ai le rire tonitruant de Castafiore, le verbe haut d'Arletty, sans doute des restes de mon enfance, du temps où par dessus une table de trente personnes la petite-fille devait réclamer en hurlant ''passez-moi le sel !''

Mon rire ricoche de table en table, sur les pieds des parasols déployés, rebondit en pirouettes sur les toiles tendues en trampolines versicolores donnant à la terrasse un air de plage joyeux. L'air est brûlant et léger et les notes s'égrènent en chapelet de perles nacrées. Certains lèvent les yeux de leur journal prétendant être dérangés dans la lecture de leur canard préféré (''20 minutes''... je rigole !) mais évidemment profitent de ce rire qui fuse pour regarder. J'aime ces moments de jeu de cache-cache. Ce n'est qu'un jeu, les règles sont connues de tous et pourtant consignées nulle part, si ce n'est peut-être dans notre ADN ? Le soleil chauffe les peaux qui brillent de santé dorée. Les femmes ont de jolis décolletés et les jambes parfaitement épilées. Les femmes au soleil sont toujours plus belles.

Parmi les tables déambule un homme de belle allure, carrure d'athlète, la quarantaine en douce, blond, les cheveux brossés en arrière à la R. Valentino. des yeux bleus assortis à son polo Lacoste négligemment porté sur des jeans qui lui moulent avantageusement le postérieur. Ou serait-ce plutôt sa belle paire de fesses qui moule avantageusement la toile !

Le fait est qu'il suit à petits pas de chinoise une petite fille adorable. Incertaine sur ses petites jambes potelées, elle avance en dodelinant. Ses minuscules pieds son joliment chaussés dans des espadrilles de poupée en jeans fleuri. Elle est blonde comme son père, les mêmes yeux d'eau des calanques. Elle passe hésitante à côté de nous et s'arrête. Elle nous regarde curieuse des magazines étalés sur la table. L'homme s'approche ''Bonjour !'' dit-il, avenant. Le chœur des dindes répond ''bonjour !'' en gloussant un peu. Le type est vite scanné. Petite fille = maman = papa, donc on ne touche pas, donc inoffensif. Parler est autorisé.

La petite s'attarde, attrape ma main gauche et découvre avec des yeux pétillants la bague gigantesque enchâssée de diamants qui trône sur mon majeur. Elle la tripote, la triture et de ses petits ongles tentant de déloger les éclats de miroir qui font cligner ses yeux. ''Elle va vous coûter cher plus tard'' lancé-je taquine à son papa. ''Oh non, pas à moi, à son futur, oui ...'' Il n'a pas démenti, donc papa il est, soft nous serons. L'homme darde ses yeux dans les miens, un regard d'épervier turquoise. Il entame une conversation légère faite de plaisanteries et de double-entendre. Il en oublie sa fille qui se carapate. Il repart affolé, la rattrape et semble la guider dans notre direction. La revoilà qui pointe sa frimousse dodue. Elle chipe un magazine et nous, bonnes filles, nous le lui laissons à torturer tant nous sommes décider de la voir s'initier dès son plus jeune âge aux lectures saines ! L'homme reprend sa conversation et nous propose de s'assoir un instant. Nous acquiesçons, aucun danger!  Et nous voilà à deviser gentiment. Il nous place quelques jeux de mots et douces allusions. Nous faisons mines de ne pas les comprendre avec renfort de papillotements des cils et autres gloussements. Quel drôle de père que celui-là ! Mais avant peu la petite l'entraine de nouveau sur une autre piste. Il se précipite à sa suite car elle manque de tomber aux pieds d'une autre femme attablée à côté, belle brune sculpturale au décolleté sans fond. Elle aussi tombe sous le charme du poupon et la voilà qui gazou-gazou, et voilà le papa qui la branche ! Pas farouche le papa... Il s'attarde et retient tant qu'il le peut l'enfant impatiente et vagabonde. A regret, nous le voyons abandonner notre zone, courant pratiquement derrière la fillette qui trisse en trissant des notes joyeuses.

Soudain, non loin de nous une voix de femme appelle ''Xavier, Xavier !'' Il se retourne et nous avec. Une très belle blonde arrive en poussant devant elle une poussette d'enfant, vide. Décidément c'est un après-midi blond ! ''Merci d'avoir garder la petite'' lui dit-elle en s'approchant des tables, un sourire Ultra Brite à la clé. ''J'espère qu'elle a été sage ?'' Ils échangent deux trois mots du même tonneau et la voilà qui claque deux bises sonnantes sur les joues de notre papa et part rejoindre, petite en main, un autre homme barbu qui l'attend à l'angle de la rue...

L'homme seul maintenant retourne vers la table où la brune pompe allègrement sur la paille de son soda, promesse de bien des plaisirs sans doute ! Nous nous regardons mon amie et moi, incrédules mais non point vexées. Ainsi donc ce n'était pas sa fille ! Pas mal comme technique d'approche. Nous connaissions déjà l'effet garanti du chien en laisse à 7 heures du matin dans la rue ou au bois, mais le coup du ''papa'' nous ne connaissions pas.... Que l'homme est roué ! Mais je vous pose la question : le voudrions-nous autrement ?

Alors Mesdames, méfiez-vous, un homme à bébé n'est peut-être pas ce qu'il parait ! 

dimanche, 16 septembre 2007

ELLE - L'ile déserte

6c28a58b96ef3013bc66225a431badd5.jpgEn me promenant chez ces hommes de mauvaise vie sur internet,

vous savez, les fameux pervers qui hantent pour son plus grand plaisir "Gicerilla", j'ai lu un petit billet sans prétention qui m'a fort inspirée. Pas tant par sa forme mais par son contenu du fait du postulat qu'il véhiculait et l'idée d'un jeu qui m'en est venue.

"Si je devais aller sur une ile déserte, quelles œuvres emporterais-je avec moi ?"  Imaginons un peu. Je suis condamnée à aller sur une ile déserte pour avoir disons, hum... rompu mon vœu de chasteté et les seules choses que je peux emmener sont cinq livres, cinq films et cinq CD.

Exercice à priori anodin et facile qui se révèle, dans la pratique, pas si simple que cela. Car ces œuvres-là deviendraient alors, ne l'oublions pas, des choses indispensables à ma vie ou autrement dit me permettraient de survivre avec plus de légèreté, car de la légèreté il en faudrait pour supporter cette vie isolée et solitaire. Dès lors, le choix n'est plus un banal exercice de style mais bien la quête de ce qui a vraiment du sens, de la valeur pour moi. Dès lors, la réflexion devient intense.

Il s'agit de ne pas se tromper, de ne pas se méprendre. Si le séjour sur l'ile doit être de durée indéterminée il faut impérativement mettre dans le panier de piquenique les œuvres qui vont me nourrir pendant des années sans me lasser. Il faut élire des aliments pour ma soif et des aliments pour ma faim. Des aliments pour le rêve et d'autres pour l'âme. Certains pour l'intellect et d'autres encore pour la fantaisie et la rigolade. Ces œuvres devront m'apporter la satiété avec un plaisir constamment renouvelé, sans sentir sur l'estomac le poids de la répétition et au palais l'ennui des mêmes goûts. Roboratifs sans être étouffe-chrétiens, voilà les mets que je dois sélectionner.

Ce jeu qui nait en mon imagination dès la fin de la lecture du post me titille tant les papilles que je décide de mettre un commentaire à l'auteur. Il accepte de jouer.  Des règles tacites s'imposent à nous comme une évidence. Il relève le défi.  Je ne peux plus reculer et je vais lui confier ce qui me dévoilera plus sûrement qu'une confession timidement dite dans le noir protecteur du confessionnal. Car pour un esprit éveillé la découverte de ''mes'' œuvres, mieux qu'un effeuillage en règle, me mettra certainement à nu. Mais le jeu ne vaudra que si lui aussi à son tour, sans tricher, avec une honnêteté de nouveau-né me confie les œuvres qui le touchent.

Nul besoin de tirer à la courte-paille, l'homme est galant, il me montre la voie et entame la marche vers la révélation ! Sa première livraison est accueillie par moi avec curiosité. Aïe, je ne connais aucune de ses œuvres. Des pensées multiples m'assaillent. Je me sens ignare, décalée. La portée et le danger de l'exercice m'apparaissent alors plus clairement. En effet, au-delà des œuvres elles-mêmes et de ce qu'on pourrait inférer de la personnalité de celui qui les goûtent, il y a notre propre méconnaissance, notre propre affect qui nous fait projeter sur l'autre des choses qui ne sont pas de lui.

A mon tour, je me lance. Je trie, je garde, j'écarte et, un peu désespérée de devoir choisir, je mets dans le panier le premier lot. Immédiatement il réagit ''
A travers vos premiers choix, se dessine une femme bien différente de l'homme que je suis, malgré une grande ressemblance émotionnelle.''

Bizarrement j'aime et je n'aime pas cette affirmation. Je l'aime car il nous trouve un point commun, un terrain peut-être où nous pourrions nous rejoindre. Je ne l'aime pas car je la reçois comme un rejet, comme la fermeture hâtive d'une porte ouverte sur un monde de nouveautés, de possibilités infinies et involontairement une sensation de frustration m'envahit.

"Soit, c'est une évidence !" ai-je envie de lui répondre ''nous sommes différents mais ne vous précipitez pas, ne concluez pas trop vite ! Découvrons la suite sans a-priori.'' Nous échangeons ainsi un deuxième email et inconsciemment je nous cherche des points communs comme si ce jeu devait nous rapprocher, nous, deux inconnus du net, aux vies certainement très éloignées au propre comme au figuré et qui n'ont aucune vocation de se rejoindre. Je sens que la même quête l'anime, ou bien est-ce un voeu que je fais ? Sommes-nous des habitants d'univers aux antipodes ou bien des voisins de palier ? Il apprécie les Rolling Stones, je succombe à Lakmé *. Il lit Kerouac, je dévore Allende. Il rêve avec Giono, je pleure sur Juliette & Roméo... Les emails passent de mains en mains, jeu de ping-pong où de plus en plus de choses sont dites en marge des oeuvres citées. Plus j'avance et plus je deviens fébrile. Je me révèle à lui, je me révèle à moi-même. Suis-je vraiment ces oeuvres-là ? Aujourd'hui seulement ? Et demain ... Les messages échangés sont autant de vêtements qui tombent à nos pieds.

Ca y est, je suis nue mais bizarrement je n'ai pas froid. Au contraire j'ai chaud car tous nos mots m'enveloppent d'une chaleur ouatée douce à la peau. Pourtant, je suis saisie d'une peur idiote ''et si mon portrait dessiné aux couleurs des œuvres que j'ai choisies et peaufiné par sa perception à lui de ces œuvres-là ne lui plaisait pas !'' ''Et s'il avait une idée fausse de moi !'' Ai-je véritablement élu les œuvres absolues ? Ne me serais-je pas fourvoyée dans mes choix ? Et puis quoi, si mon portrait par ses mains esquissé est faux, quel danger ? Aucun, c'est un jeu sans enjeu, un jeu gratuit, intimidant, déboussolant. C'est la découverte par l'autre de notre propre découverte. C'est la découverte d'un inconnu qui, en le restant pourtant, ne le sera plus vraiment ! Que du plaisir en somme...

A l'instar d'une bibliothécaire soigneuse je compile tous ses éléments et je pose mentalement devant moi les cinq CD, les cinq films et les cinq livres qu'il a choisis. Comme des pièces de puzzle, je les mélange, je les arrange et les dérange, tente de les ajuster et l'ébauche du portrait qui doucement nait me charme. Je crois déceler une sensibilité qui effectivement fait écho à la mienne mais ne serais-je pas sous l'emprise d'un enchantement ? L'illusion millénaire de la femme qui croit voir ce qu'elle aimerait voir !

Et, rêveuse, me voilà partie à sculpter dans ses moindres détails le profil de l'inconnu. En aura-t-il fait autant ? Ce qu'il aura façonné lui sera-t-il apparu comme une chose aimable ? Peu importe, le plus important est ce qui me restera de cet exercice excitant à savoir le plaisir intense procuré par lui. Ce jeu frémissant d'attentes tues qui m'a tenue en haleine quelques semaines me laisse un goût savoureux en bouche et me donne envie de recommencer. Et si cela était, serais-je la même aux yeux d'un autre ou totalement différente ?

Mais qu'ai-je donc mis dans le panier ? Hum, je vous en ai confié déjà trop. Comme des indices laissés sciemment par le malfaiteur taquin, sauront-ils susciter l'instinct Holmésien de mes lecteurs ?

A votre tour, soyez joueur. Dans ce panier qu'y mettriez-vous, vous ? Arrêtez-vous un instant, le jeu est passionnant ?

(*) ne le loupez pas, c'est à mourir ! http://www.youtube.com/watch?v=ytGGlha00PI

samedi, 15 septembre 2007

VOUS - L'escarpin fuchsia - Les fins (tome 2)

Le mystère

''La suite, moi seule la connait et je vous la livrerai plus tard car, entretemps j'adorerais que vous toutes et tous qui me lisez et qui, au fil des mois m'avez prouvé que vous savez manier la plume avec humour avec cynisme, avec intelligence, avec créativité, avec poésie même, inventiez avec vos mots et votre imaginaire ce qui à bien pu se passer après... ''


La clé du mystère

24ef86556f7550811f47256981b6e487.jpgGilgamesh

"RAS ­LE BOL !!!!!! JE ME TAILLE !!!"


Quoi de plus habituel, en somme par les temps qui courent, qu'une escapade d'escarpin ? Boris était l’un des plus magnifiques escarpins de France. Il faisait la paire avec FuschiaGôsh, une escarpine d’origine mongole, mais la vie trépidante qu’ils menaient l’avait aussi amené, ce samedi, à vivre une escapade dont il se souviendra à jamais.

Crise de couple : Boris ne supportait plus la vie en commun. Elle devenait insupportable, d’autant plus qu’Elle était plutôt maladroite, autre délicate manière, finalement, de la qualifier de gauchiste. Leurs divergences de points de vue politiques, bien maîtrisées au début de leur relation, aboutirent après deux ans de vie commune à d’interminables pugilats.

Hier soir, sa mauvaise foi (la sienne, pas la sienne) fut portée à son comble : Elle lui déclara, après un interrogatoire âprement mené, « je t’ai trompé, avec un unijambiste ! » Suprême affront.  A SON insu et elle l’avait fait en compagnie d’un extrémiste de gauche, qui vivait depuis dix ans, en compagnie d’une jambe de bois (en cèdre du Liban, parfumé à la rose). Lui ne s’était rendu compte de rien. Il était cet après - midi là parti faire des courses, notamment chez le cordonnier. Sous l’effet de l’annonce, de fuchsia son cuir tourna au rouge, puis au violet. Il failli s’étrangler avec la fine lanière qui l’ornait. Alors, ce jour là luttant contre une extrême envie d’assassinat, sous l’effet d’une complaisance qui lui plût, Lui, le grand Boris, de qualifier de magnanime, notre escarpin décida plutôt de lui faire chèrement payer sa fourberie tout en lui retournant celle-ci avec plus de ruses et de fiel. Beaucoup plus. Afin de mieux se concentrer sur le montage de son opération, il pensa se retirer dans un lieu bien plus calme, et donc de profiter de la distraction de sa compagne pour prendre sa jambe à son cou. Il resta a contrario, ahuri, scotché sur place. A quelques pieds de là, la jambe en question (jolie gambette, par ailleurs) tressaillait sous l’effort de sa propriétaire, et sous le poids des altères. Que faire ? Boris opta alors pour la ruse. Alors qu’Elle était plongée dans un profond examen de la concurrence présente en ce lieu (babouches rebiffées, baskets rollerisées, bottes d’équitation effilées, et combat-shoes embouées), il lui dit à demi-mot, histoire de ne pas la sortir de sa méditation contemplative, qu'‘il partait assurer un besoin pressant. C’est bien là une chossûre, il est connu que les semelles sont en contact avec pas mal de matières agréables ou non, qu’il s’agit impérativement de détacher de temps à autre. Rotant sur le talon (roter, de « rotation courte »‘) il s’esquiva, subrepticement, en douceur.

En silence. Se posa sur la pointe du pied, « rota » à nouveau, et ainsi, par circonvolutions régulières, fini par se glisser dans un sac de gym au fond du vestiaire voisin. Il suffisait dès lors d’attendre que le propriétaire du sac s’en alla du bâtiment, pour en débarquer tout aussi vite et trouver un lieu accueillant, lui permettant de réfléchir en toute quiétude, loin des vicissitudes de ce bas monde. Clair et évident. Si l’argent n’a pas d’odeur, les chaussures, par contre... Et le sac voisin contenait malheureusement une paire de Molières. (C’est sympa çà, non ?) Pas trop souvent aérées. Bon, tant pis, cela change quand même du sempiternel fumet de Fuschiagôsch, sa compagne. Il s’avoua quand même que ce dit fumet, si longtemps côtoyé est quand même, et de loin, plus supportable, même carrément plus agréable, que la transpiration de tranche de Gouda émanant de la paire de godasses - pétasses en question. Quand on s’appelle Gucci, que voulez-vous, on a des exigences, non ?

La porte du vestiaire s’ouvre en grand. Le propriétaire des godasses - pétasses envahit littéralement la pièce, tout échevelé, dégoulinant et les yeux hagards, gonflés par l’effort. Il se débarrasse rapidement de ses vêtements, les engouffre dans « THE » sac, et se jette sous un jet de douche bienvenu. Boris attrapa la nausée, l’air lui manquant sous les fringues légères et néanmoins nauséeuses du sieur, qui non seulement cumulaient avec l’odeur de ses colocataires, mais qui de surcroît empêchaient sa jolie couleur de briller sous les néons. Son Ego en prit un coup. Mais il se concentra cependant très vite sur son plan de vengeance. Il s’agissait de lui couper l’herbe sous le pied lors de leur prochaine
sortie. Elle titubera, s’en étouffera, se craquellera, s’effondrera, s’anéantira, poussière parmi les poussières. Il lui proposera le Monde, la qualifiera de Chaussure Solaire, de mener une vie de Star parmi les Stars et puis boum ! Un croque- en jambe bien fielleux la fera s’écrouler dans sa propre zone d’ombre pour l’engloutir à jamais. Le capitaine du Titanic n’aurait pas fait mieux s’il l’avait voulu.

En effet Fuschiagôsch avait contracté depuis quelques mois une bien hallucinante habitude. Voyez-vous ce que je veux dire ? Elle prenait son pied en fumant la moquette. Pas n’importe quelle moquette. Non. Elle était bien loin de fumer la moquette de Monsieur Bricolage. Non, elle ne pouvait que fumer de la bonne, de la vraie. First Quality, avec label, petit cachet en cire, et tout et tout. Et bien, voilà ! Pour leur prochaine sortie, il l’invitera dans un lieu qu’elle avait adoré lors de leur lune de miel, là où elle avait goûté à la moquette la plus fabuleuse qu’il soit. Et il fera en sorte de la priver au dernier moment de toute source de ce plaisir si excitant, si attendu comme à chaque fois. Elle en crèvera, c’est sûr ! Elle agonira, sa jolie couleur fuchsia tournera lentement mais sûrement au bleu violet, puis au vert couloir d’hôpital, avant de virer à jamais au blanc coquille d’œuf. Quelle jubilation, quelle gloire ! Le Nirvana ! Quel magnifique pied de nain il fera à cette exquise Fuschiagôsch, qui se prenait pour la plus grande pointure du monde du cinéma ! (Il ne savait plus au juste si cette dernière expression était l’expression consacrée, mais il l’aimait bien). Il lui proposera d’aller prendre l’air à la campagne, du côté de Megève. Un coup de montgolfière par-ci, un bar par-là. Le chalet Noémie, premier chalet de tourisme construit par la Baronne de Rothschild dans le domaine du Mont d’Arbois, leur procurera une détente inégalée, tant à eux qu’à leur maîtresse. Spa, piscine, atelier de beauté, cireuses automatiques. Autrement dit, aussitôt arrivés, aussitôt rangés dans une des antiques armoires d’une suite au luxe discret. Promiscuité. Sensualité. Intimité. Plaisir des Sens, Erotisme. Cul. PIEDS NUS !!! Du repos, de la détente ! Tout le monde le sait, Les Gucci n’aiment pas l’eau et, dès lors, n’ont jamais appris à nager ! Qu’alors leur maîtresse passât une grande partie de sa journée sans eux dans le milieu aquatique les arrangerait à merveille ! Bref, seule la soirée sera propice à une sortie courte et agréable, le parquet ou les diverses moquettes de première qualité qui ornaient le chalet Noémie seront leur univers de prédilection. Surtout pour Fuschiagôsch qui ne voudra pas en rater un brin ! Cette moquette était de loin la plus délicieuse qu’elle ait jamais fumée ! Leur maîtresse n’avait jamais compris pourquoi, lors de son seul séjour en ce lieu, on lui déclarait «sans jambages» qu’elle fumait des pieds, et ce uniquement à Megève ! La pauvre. A cent lieues de s’occuper de ce genre de divertissement, si par hasard elle en avait découvert la cause, elle en aurait eu le souffle coupé.

Ce soir là, l’âtre du rez-de-chaussée serait le terme de leur promenade. Il arrivait souvent d’ailleurs, lors de pareilles circonstances qu’après une paire d’heures leur propriétaire remonte dans sa suite, coupe de champagne d’une main, sa paire de Gucci fuchsia de l’autre, le regard pétillant rien qu’à l’idée de vivre quelques sensations érotico-émoustillantes en compagnie d’une gravure de mode, voire de son camionneur préféré qui la suivait en brandissant fièrement dans la délicate toile de son pantalon, l’irréfutable preuve d’un désir grandissant. Alors, perfide, Boris profitera des moments de distraction de son émoustillante maîtresse et de sa compagne. D’un mouvement net, sec et précis, il coupera le talon de sa compagne, puis s’en servira pour écraser et anéantir la jolie moquette. Elles seront certainement trop occupées comme à chaque fois, à faire du pied à l’aimable galant affalé dans le canapé. Ainsi FushiaGôsch sera irrémédiablement privée du soutien qui depuis plusieurs mois lui était devenu impérativement nécessaire pour Vivre le Paradis en prenant son pied. Sous le coup, Elle suffoquera, et vivra le moment le plus rude de son histoire; le manque de moquette autant désirée que nécessaire à l’exploration de son Désir réduisant à néant sa propre libido ! Touchée pour toujours au plus profond de son Ego, elle se verra condamnée pour le restant de ses jours à vivre une chasteté lourde, sèche, désertique comme un parking de grande surface une nuit d’hiver.

Il jubilait. Il sourit béatement et longuement. La douche s’arrêta de couler. Un taon, chef d’escadrille d’une nuée de moustiques qui tournoyaient depuis quelques minutes au-dessus du sac suspendit son vol, ce qui par une succession de jeux de mots et d’associations d’images absurdes déclencha une réaction en chaîne parmi les quelques neurones meublant avec peine le cerveau de l’escarpin, pour aboutir à une image finale. Un chef d’œuvre ! La vie érotique de sa femme anéantie à jamais, Il, Lui, Boris le Magnanime, la trompera avec toute une espadrille ! Devant elle, la prenant à témoin à chaque fois ! Le chef, c’est Lui ! Il lui démontrera sa Toute Puissance ! Il la touchera au plus profond de son Ego (elle aussi en a un, elle déteste autant que Boris de se faire marcher sur les pieds, çà laisse des traces, beurk, c’est sale, et puis toute cette promiscuité !). Il exigera d’elle qu’elle prenne des photos cochonnes sur le vif, des vidéos érotiques ahurissantes, dans des postures qui sans nul doute ne pourront que la laisser pantoise ! Il lui contera sans cesse et jusqu’à la fin de ses jours ses prouesses, lui parlera de son espadrille préférée. Privée de son né-talon, rejetée au ban de la société bien pensante (et qui ne fait place qu’aux couples, méprisant les célibataires) elle rampera comme une banale sandale de plage, le suppliant de revenir à Elle. Elle n’aura que sa bouclette pour pleurer toutes les larmes de son cor.

Il jubilait encore ! Le pétaradant proprio des godasses pétasses revint de sa douche. Plongea les mains dans son sac sans lui prêter attention, en sorti les fringues et ses chaussures du jour, y jeta son sèche cheveux, son essuie, son T-shirt mouillé, ses chaussettes (re-beurk) et son short, puis sortit du vestiaire. Quelques vingt minutes plus tard, Tony des Lilas s’apprêtait à descendre du métro, proche de chez lui. Dans une inhabituelle bousculade, son sac se vida d’une façon tout aussi pathétique que lorsqu’on éventre un cochon pendu par les pieds. Son contenu s’étala. Tony des Lilas ramassait ses affaires, lorsqu’il fut surpris par la présence inopinée d’une chaussure de femme rose enchevêtrée dans son T-shirt toujours tout trempé de transpiration. Etonné, il crût à une blague que l’on avait dû lui faire dans le wagon. Il prit ladite chaussure, et une fois sorti de la bouche du métro la jeta négligemment, mais avec élégance, d’un geste pur, sur un tas de détritus au coin d’une rue.

Il faisait froid. La lune d’hiver éclairait pauvrement le quartier. Boris qui avait été assommé par sa chute sur le carrelage bien dur du métro, se réveilla une heure plus tard, petit à petit. Lorsqu’il se vit trônant sur les détritus, il songea à la Destinée, à l’Histoire, se remémora aussi sa visite du Musée de la Chaussure, à Romans, se souvint de cette drôle de sandale millénaire et bouddhiste qui, à chaque pas au contact du sol, voyait une fleur de bois s’ouvrir au regard de qui voulait la voir. Les petits oiseaux chantaient et le vélo ne s’arrêtait pas de tourner. Un flocon de neige tomba. Il se rendit compte soudainement que ce ne serait pas facile de trouver la moindre espadrille en hiver.

Il décida de s’évanouir à nouveau.

«Gicerilla, douce voisine, Ex-Amour de ma vie, j’ai trouvé cette chaussure à l’agonie sur les détritus, là ­bas, au coin du blog. N’est-elle plus à toi, cette chose ? N’est- ce pas la moitié du cadeau que je t’ai fait l’année dernière ? With love, l’Homme Multifaçons».

A suivre...

mercredi, 12 septembre 2007

ELLE - Envie de son envie

c3eb75a1c7089dd9f756887e5b0b97b8.jpgLa journée avait été exécrable.

Son patron lui a mené la vie dure toute la journée et il lui a fallu ravaler l'envie qu'elle a eu de tout bazarder et de lui coller sa démission en travers du visage comme un camouflet. Elle rentre accélérateur au plancher comme si elle voulait mettre un maximum de distance en un minimum de temps entre l'enfer et son domicile. Ses muscles sont tendus comme la corde à linge qu'elle devra débarrasser avant que l'orage n'éclate. Le ciel est si sombre en ce soir d'août qu'elle baisserait presque la tête de peur de frôler  avec le toit de sa voiture ce plafond anthracite. Elle gare sa voiture en hâte, arrache en passant les lingeries qui sèchent sur le fil et fait jaillir en mille feux bariolés les pinces à linges de toutes les couleurs. Elles retombent sur l'herbe verte mais elle s'en fout.

Elle jette les vêtements en vrac sur le canapé du salon et se précipite dans la salle de bain. La tension qui l'anime est extrême. Ses nerfs comme des câbles sous la torsion sont prêts à rompre. Un bain bouillant, un bain pour noyer son agacement, un bain pour noyer ses soucis, un bain pour se noyer et oublier. Le mitigeur cigle à toute puissance. L'eau rebondit, éclabousse en mille gouttelettes le carrelage et la mousse qui se forme instantanément prend des proportions de nuage radioactif à la surface de l'eau. Elle ferme la porte et se dépouille de ses vêtements comme les lambeaux hurlants de la dernière conversation qu'elle a eue avec son chef mal embouché. Elle plonge dans l'eau bouillante, se brûle les pieds mais s'enfonce sans précaution dans les remous brûlants. Annihiler sa chair pour faire taire ses pensées.

La voilà dans le bain. Elle s'allonge complètement dans cette grande baignoire et ferme les yeux. La buée à recouvert le miroir et rapidement des gouttelettes de sueur poignent sur son visage. Elle passe doucement ses mains sur son dos, sur ses épaules et les malaxe un peu essayant en vain de dénouer ses muscles. Elle essaie de ne penser à rien mais les mots durs, les mots injustes de son boss reviennent à sa mémoire comme une douleur lancinante. Une douleur au ventre comme les règles violentes qui souvent l'assaillent et la terrassent.

Ses mains passent et repassent sur sa peau et l'épiderme sollicité s'éveille. Des frissons la parcourent et la troublent. Subitement se mêlent à ces mots durs les mots de l'autre, les mots de Lui. Les envies de Lui doucement envahissent sa tête et poussent hors d'elle les restes souillés des engueulades de la journée. Son cerveau est accaparé maintenant par ces mots à Lui, ses envies à Lui. Elle les a lus et relus avec gourmandise. Elle s'est fait rougir de ses envies et maintes fois surprise par leur audace elle a senti son sexe s'émouvoir. Plus elle pense à ses mots, plus le bain devient chaud. Elle veut le retrouver là maintenant et lui faire vivre enfin une de ses envies.

Elle sort précipitamment  du bain comme si sa vie était en jeu. Elle enfile un peignoir épais d'éponge bouclée et file dans la chambre. Elle ferme les volets sur la lumière violacée du soir. Elle allume des tas de bougies qu'elle récupère un peu partout dans la maison. Une lumière infernale, voilà ce dont elle rêve. Elle ferme la porta à clé, laisse choir le peignoir sur le parquet qui s'étale à ses pieds comme une flaque de lait qui tranche avec le doré de sa peau. Elle ouvre le tiroir de la table de chevet où elle a enfermé le rabbit rose praline que l'Autre lui avait offert il y a longtemps pour quand il serait absent, pour qu'elle pense à lui les jours où elle en aurait envie. Elle avait rougi ''moi, utiliser ça''. Il lui avait dit « oui, bien sûr, tu le feras et tu aimeras.» Elle ne l'avait jamais fait et il était parti.

Elle le sort de la pochette de soie qui le gardait prisonnier. Elle sourit et frémit ''Ce ne sera pas en pensant à toi, ce sera en pensant à Lui.'' Elle s'allonge sur le lit. La chambre est tiède et pourtant le contact des draps la brûle ou serait-ce son corps en effervescence ?  Dans le silence de la chambre, elle ferme les yeux et l'invoque Lui.

Il est là, assis en face d'elle sur un fauteuil. Il est assis confortablement, nonchalant. Il darde ses yeux sur elle et fait baisser le siens. Son fameux regard vert-noisette, ou serait-ce vert-bleu ? Cela dépend du temps, de la couleur du ciel. Ce soir, ils sont ardents. Elle se sent timide. Elle n'ose pas le fixer. ''Passe tes mains sur ton visage, dessine de tes doigts ta bouche''. Elle est tétanisée. ''N'aie pas peur je suis là, je vais te guider.'' Alors hésitante comme une débutante, elle passe délicatement ses mains sur son visage comme si elle voulait le cacher puis elle s'aventure sur ses pommettes sur ses paupières, sur sa bouche. Il la fixe, sérieux. ''Descends tes mains le long de ton cou, oui, doucement. Passe-les sur tes seins et un instant attarde-toi là. Caresse-les, joue avec, réveille-les.'' Elle plante ses yeux dans les siens lorsque ses mains enfin arrivent sur les pointes de ses seins. Son envie à Lui les a déjà fait se dresser et elle les pince doucement et sent son ventre se contracter. Elle se prend au jeu et tout en le défiant du regard elle prend plaisir à ses propres caresses. Son sexe en une source se transforme et humecte telle la rosée ses chairs palpitantes.

''Cela suffit. Glisse tes mains sur ton ventre, lentement. Montre-moi ton envie et de tes deux mains écarte tes cuisses. Exhibe ta chair ruisselante.'' Elle s'exécute et continue la course de ses mains sur son corps moite de sueur. Sa peau est lisse et douce sous ses paumes et renvoie à son ventre mille frissonnements. Elle écarte ses cuisses et détourne le regard. Il la fixe toujours et découvre troublé son intimité béante. ''Caresse-toi comme tu aimerais que je te caresse. Fouille de tes doigts ta chair comme j'aimerais le faire.'' Et la voilà qui glisse sa main droite sur son sexe inondé. Ses doigts curieux et gourmands s'immiscent dans ses chairs et rencontrent la perle qui palpite, cachée dans les replis. ''Ecarte encore tes jambes, exhibe-toi, révèle-moi tes trésors, découvre-toi toute. Je veux te voir, je veux te sentir, je veux te deviner.'' Et au delà de la honte qui l'envahit elle écartèle ses chairs, se met à nu pour lui plaire, dévoile son secret pour la première fois. Elle rougit et de timidité et de plaisir. Elle gémit, elle frémit, elle se tortille sous sa caresse, elle résiste à l'appel du plaisir qui la fait haleter. Elle va sûrement jouir, là...

Il la regarde toujours impassible semble-t-il. ''Stop ! Cesse ce jeu là. Tu ne jouiras pas. Non. Pas maintenant. Il faut aller plus loin, dépasser tes limites pour moi. Tu vas le faire. Prends-le et pénètre-toi comme je te pénètrerais.'' "Non, je ne peux pas" lui répond-elle. ''Si tu le peux, tu le dois, pour moi.'' Alors vibrante encore de ses caresses qui font tressaillir son ventre elle se saisit du Rabbit rose et avec délicatesse l'approche de son sexe. Elle est maladroite et ne sait comment faire. Il le voit et lui dit ''Pense à mon sexe dur qui bande pour toi. Pense à ton envie de moi en toi. Pense que c'est ma queue chaude que tu tiens là et laisse-moi te pénétrer.'' Alors dépassant ses limites, s'oubliant dans son envie à Lui, elle le laisse la pénétrer et doucement le laisse faire le mouvement de va et vient qui la cloue de plaisir. Il est hypnotisé. Pour la première fois il la voit. Pour la première fois il sent ses parfums qui envahissent la chambre. Pour la première fois il voudrait la toucher mais se le refuse. Elle soupire, sa main sur elle s'agace. Le plaisir se cache. Elle le sent il est là mais ne veut pas exploser. Alors elle le regarde, le supplie de ses yeux noirs ''Aide-moi, je t'en prie, j'ai tant envie de toi.'' Alors il se lève et s'approche du lit ou elle git haletante. ''Continue, laisse toi aller et montre moi comment tu fais. Laisse moi te humer d'un peu plus près.'' Sa voix grave l'ensorcelle et elle lui obéit, docile. Elle lui montre comment elle fait, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Il est tout proche, fasciné. Son envie se lit sur son visage inquiet. Il voudrait la toucher, la goûter mais il ne le fait pas. Il suit avec envie les mouvements luisants du Rabbit et voit les chairs de la belle sans pudeur étalées, suintantes de liqueur qu'il voudrait bien lécher.

Elle est au supplice, le plaisir est toujours là, tapi, mais il ne sort pas du bois. Elle voudrait caresser sa petite perle pour l'aider à jaillir, elle approche sa main, elle tremble d'envie, elle ... ''Non ! Ne te caresse pas, je te l'interdis. Laisse-toi prendre. Serre tes cuisses. Plus fort, tu vas jouir, autrement, crois-moi.'' Elle lui fait confiance et serre très fort ses cuisses en le regardant toujours pour ne plus penser que c'est elle qui le fait. Et subitement, enfin, pour la première fois aussi, elle sent une vague déferlante venue des profondeurs tout doucement monter, monter, monter. C'est un tsunami. Elle continue effrénée, il la regarde avec douceur et son envie est immense mais il ne la touche pas. La vague arrive toujours plus forte, toujours plus haute. Cela vient du tréfonds de sa chair. La vague gigantesque s'écrase enfin sous sa main et elle pousse un gémissement de bête blessée. Des larmes jaillissent de ses yeux, elle sanglote . Elle le regarde éperdue, il sourit. C'est la première fois qu'il la voit, c'est la première fois qu'elle jouit comme cela...

dimanche, 09 septembre 2007

ELLE - Faiblesse

b74ec43b2e06eb72fec7c666a27a4cca.jpg Comment résister à l'appel de la chair ?

Comment, sous un soleil rare mais brûlant ne pas succomber aux élans du corps ? Comment dompter ses hormones, comment dire à ses cellules que ma volonté seule est plus forte qu'elles toutes réunies. Qu'une petite volonté plus ou moins bien forgée contre 60 000 milliards de cellules * et c'est la première qui de toute façon l'emportera !

Comment rester ferme dans sa décision quand le sang qui circule dans mes veines me dit à chaque va et vient que ma vie s'enfuit un peu plus et que c'est maintenant qu'il faut jouir de la vie, maintenant qu'il faut en profiter sans attendre un hypothétique lendemain qui chante ?

Et lorsqu'un court moment, ma volonté d'airain triomphe, ne voilà pas que tous les magazines de la presse nationale viennent en renfort de mes cellules passablement dissipées et dissidentes !

En juillet, Marie-Claire m'enjoint à dévorer son ''Supplément Erotique'' et j'y découvre l'art de du strip-tease, la jouissance à la japonaise (pas farouches les Nippons !) et des sextoys non encore testés. En août, Cosmopolitan me livre un Spécial sexe ''Vive le plaisir'' à moi qui suis si affamée et qui n'ose même plus épeler les 4 lettres interdites. Et ce petit livret subversif de me sensibiliser à mon rythme sexuel, de m'inviter à inventer l'orgasme le plus étonnant de ma vie et de m'enseigner, enfin, la diplomatie sexuelle (sic) !

Je feuillète avec frénésie à défaut de m'effeuiller et je bois jusqu'à la lie, mais de lie il n'y a point. Même par une dernière goutte amère qui me découragerait de céder à ce chant des sirènes, car sirènes sont devenues mes cellules qui baignent dans l'eau salée, tortillent de la queue et vibrillonnent à la moindre poussée de chaleur créant des milliers de frissons sous ma peau. Je m'attache à mon mât avec de gros filins et continue à voguer sur la mer de la Chasteté endiguant les flots qui m'envahissent en serrant très fort les cuisses.

Et voilà Psychologies qui s'y met ''Plaisir sexuel : oser donner, savoir recevoir'' et mon cerveau famélique de déguster chaque ligne, de faire fondre sur mon palais assoiffé chaque mot, l'imaginaire au bord de la jouissance mais les sens toujours en berne parce que solidement ficelés.

Puis Madame Figaro, la coquine s'est elle aussi liguée, suit et vante le Goût de la Volupté. Je suis assiégée de toute part. Le pont-levis est levé, la herse est baissée, les murailles sont épaisses, indestructibles mais l'ennemi est dans la place, l'ennemi est à l'intérieur. L'ennemi c'est Moi, ce sont mes sens en éveil, mes cellules qui m'assaillent de leur envie programmée depuis des millénaires. C'est au tréfonds de moi que la vie, tapie dans mon ADN, parle de sa petite voix et crie ''vis, mais vis bon sang, demain peut-être morte tu seras !...''

Et moi de résister, de refouler cet appel qui ricoche sur ma peau, vrille mon cerveau, assourdit ma volonté. Serais-je inhumaine de refuser, au nom d'un idéal désuet, de prendre le plaisir que mon corps à cris réclame ? Je suis partagée, je suis déchirée, l'amour sans Amour, plus jamais ?

Mais si jamais l'Amour ne vient pas, devrai-je me dessécher et me rider comme une vieille prune qui ne donnera plus de jus sucré lorsqu'enfin une bouche qualifiée pourra la croquer ? Non, cela ne saurait être !

Je veux des mains sur moi qui sculptent chacune de mes courbes, qui pétrissent ma chair comme une brioche pour la faire gonfler de plaisir. Des mains qui s'émeuvent d'un velouté, d'un relief, d'un duvet. Des yeux embués de désir qui me transpercent jusqu'à l'âme. Je veux une bouche sur moi qui me goûte des orteils aux cheveux. Je veux des lèvres qui me dégustent, une langue qui me lape, des dents qui me mordillent et m'arrachent des hululements de bonheur. Je veux, je veux, je veux... Mon corps qui s'embrase, qui s'enflamme et qui se consume finalement ne laissant sur les draps que des cendres d'amour, et si l'Amour est absent de ces étreintes là, il y aura  malgré tout l'envie partagée du don entre un homme et une femme qui finalement est tout aussi louable !

Qui a dit que les idéaux sont comme les testaments, ils sont toujours trahis ?

Hum, ça y est je crois, je me suis (con)vaincue,  je vais prendre un amant !

* (DE ROSNAY, Joël. "Voyage aux centres de commande de la vie." La révolution biologique. Science & Vie. Numéro spécial. 1981.)

http://www.psychologies.com/cfml/sommaire/

vendredi, 07 septembre 2007

VOUS - L'escarpin fuchsia - Les fins (tome 1)


Le 24 août, je vous avais lancé un défi et vous avez été quelques uns à le relever pour mon plus grand plaisir. Je dois avouer que vous m'avez tous étonnée et sans flagornerie je veux dire ici ma jubilation de vous avoir pour un jour comme co-auteurs. Grâce à vous mon Blog connait une tournure certainement différente de celui des autres. J'adore ! Merci

******

Le mystère


''La suite, moi seule la connait et je vous la livrerai plus tard car, entretemps j'adorerais que vous toutes et tous qui me lisez et qui, au fil des mois m'avez prouvé que vous savez manier la plume avec humour avec cynisme, avec intelligence, avec créativité, avec poésie même, inventiez avec vos mots et votre imaginaire ce qui à bien pu se passer après... ''


La clé du mystère


db42dcc2d513e442f128bd6e629b8b25.jpgBougrenette

''Elle se croit seule. Elle ne m’a pas vue, dans l’ombre du vestiaire, invisible, comme souvent. 

Je la regarde déplier le