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mercredi, 28 novembre 2007
ELLE - Presque rien
Il suffit parfois de peu de choses pour rendre une femme heureuse.
Alors que l'heure d'avant elle s'ingéniait à s'oublier, là voilà qui sourit maintenant, métamorphosée, la coquille de Calimero foulée à ses pieds, trépignant de bonheur enfantin.
Mais que s'est-il passé ?
Dans ses moments de doutes profonds, la femme, petit animal fragile que souvent vous méconnaissez, se réfugie dans son appartement calfeutré en tanière citadine où elle se terre, enfouissant sous des couches de vêtements confortables et surtout informes et repoussants les idées sombres qui l'accablent.
A coups de Nutella, de rillettes-mayonnaise et autre gloubiboulga infâme, elle tartine son âme blessée et lèche ses plaies. Vautrée sur le canapé, elle visionne pour la énième fois "Love Actually" ou relit en reniflant "Le Rêve" de Zola. Et quand elle a bien touché le fond gluant de son mélodrame, elle donne un grand coup de talon, car elle a vu aussi de multiples fois "le Père Noel..." et remonte à la surface pour constater que l'air y est plus frais. L'oxygène faisant son office d'oxygénation, elle se souvient subitement qu'il lui est sur terre des petits bonheurs que vous, les mâles, ne connaîtrez jamais à moins de rejouer dans votre salle de bain, enfermé à double tour, Mel et "Ce que veulent les femmes".
Elle décide qu'il est grand temps de sortir de son marécage de déprime nauséabonde. Elle se souvient que tout ce dont elle a besoin pour de vilaine chenille devenir papillon chatoyant c'est une petite carte plastifiée de 45 cm2, bien alimentée et de préférence dans les tons dorés. Platine c'est pas mal non plus, les limites sont plus grandes mais la couleur plus rare. Je ne parlerai pas de la tant convoitée, l'illimitée, celle de sa prochaine vie, j'ai nommée la Noire. En attendant doré fera l'affaire pour ses petites affaires.
Alors, dans une frénésie que même l'attente de l'amant désiré n'a jamais provoqué, j'enfile à la hâte quelques vêtements saillants. Je me farde à peine pour ne pas outrager plus avant mon visage marqué par les larmes et je me rue vers ma boutique préférée.
J'y entre comme on entre dans une église dont le saint vénéré serait celui par Eros désigné. Tout y
est joliment présenté, tentant à souhait et mes yeux papillotent, mes neurones pétillent aux couleurs étalées, là, devant moi, sur tous les mannequins aux courbes parfaites. Les appliques halogènes diffusent une lumière chaleureuse rose poudrée qui unifie mon teint mieux que le dernier fond de teint Guerlain. Evanouis les yeux rougis et la moue déprimée ! Les cabines sont cachées par des rideaux de velours rouge théâtrale derrière lesquels le mystère opère.
Et je m'imagine déjà en train de soulever son enthousiasme, d'empoisonner son existence, et de précipiter sa chute... mes mains, comme des colibris sous cocaïne, volettent de cintre en cintre, de portant en portant. Dans un joli panier doublé de satin rose de boudoir s'amoncellent comme des trophées de Venus des dentelles de Calais aériennes, des rubans satinés, des soieries et des voiles de tulle qui vont bientôt dévoiler mes humbles atours en les voilant pourtant.
Excitée comme au premier jour, je me glisse dans la cabine enfin et dans un tourbillon de boutons et de fermeture, de boucle et de chaussures, me voila nue. Je suis face au miroir. La cabine est douillette et la même lumière cajolante inonde le réduis et m'enduit de reflets dorés. Il ne s'agit pas là d'un vulgaire magasin, d'une vulgaire cabine H&M ou le néon planté au plafond comme une dague tombe sur les reliefs imparfaits de ma silhouette pour mieux la griffer au passage et la faire rougir de honte devant tant d'imperfection. Non, il s'agit d'une boutique ou seules Chantal, Simone, Aubade ou La Perla ont le droit de trôner comme des reines de volupté et de provoquer le chaland en lui donnant des visions frissonnantes de ce qui pourrait bien lui arriver...
De mes yeux interrogateurs je me scrute avec indulgence. Je ne me plais pas encore. Ma nudité me parait fade. Je veux la mettre en valeur. Alors, fébrile comme une vierge, je saisis les quelques grammes de dentelles qui vont habiller mes seins et mes reins à damner un saint. Me voilà qui pigeonne mes demi-pommes et qui cambre mes fesses. Le balconnet balconne et dans ces petites cages hémisphériques ma chair tendre comme un soufflé gourmand renfle timidement. Je fais des mines, je pince ma bouche en un baiser imaginaire. J'éclate de rire, espiègle en me tortillant comme un ver pour voir dans le miroir quelle est la pause la plus avantageuse avec telle guêpière ou tel serre-taille affriolant.
Je me déhanche sur mes hauts talons. Tout y passe, le profil gauche, le profil droit. Je rentre le ventre, relève le menton fière comme une torera, et mes seules banderilles sont mes jambes musclées, mes regards dardés vers celui qui bientôt va succomber. Je défie ma souplesse lombaire au risque d'attraper un lumbago pour voir de face, s'il se peut, le joli nœud qui orne maintenant le mitan de mes reins, accroché comme un appel au crime à la croisée des rubans qui soulignent mes rondeurs d'un Y assassin. De signe de paix et d'amour enfermé dans un cercle, il devient ici déclaration de guerre sensuelle jetée à la face de l'amant "ôte moi si tu l'oses !" Et devenant comme une devise tatouée sur ma peau moirée, je me campe sur mes jambes, la tête haute, le visage rayonnant de plaisir : la tempête est passée. Et mon regard défie déjà celui qui n'est pas encore là mais qui prochainement sous l'assaut de mes charmes cèdera.
Voyez comme une femme est simple ! Alors, bon enfant, laissez-vous assiéger, laissez-vous conquérir sans armes férir, et à ses arguments rendez-vous, acceptez votre chute !
Quelques fanfreluches à prix exorbitant et les soucis se vaporisent. Surprenant, non ! ....
09:50 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
dimanche, 25 novembre 2007
ELLE - Envie de parking
Elle court comme une cinglée dans les couloirs où la touffeur pestilentielle donne le meilleur d'elle-même.
Elle court mais elle ne sait même pas pourquoi, vieux réflexe du temps où elle était parisienne et qu'elle le passait à lui courir après. Elle attrape la rame qui sonne l'alarme stridente du départ. Le wagon est déjà plein, en plein après-midi. C'est comme le périphérique, il n'y a plus d'heures creuses. Station Rivoli, un homme monte et se glisse comme il peut au milieu de la foule pour se poster à côté d’elle et saisir la barre sur laquelle repose déjà sa main.
Il est grand, un mètre quatre-vingt, le crâne rasé, les yeux noisette aux pépites dorées que la lumière blafarde des plafonniers accroche en milliers d'éclats à croquer. Il a le teint très hâlé, un nez droit mais pas fin et des lèvres très ourlées, pulpeuses à souhait, appel au baiser caractérisé. Il plante ses yeux dans les siens. Il lui sourit et elle reçoit son regard avec défiance. Elle, les types dans le métro, elle s'en méfie. Le ronronnement du moteur fait un bruit assourdissant et il doit presque se perdre dans son cou pour lui dire avec simplicité "vous avez de belles mains " elle ne peut s'empêcher de sourire et de le remercier. Il enchaîne persévérant " ... et de beaux yeux !". Encore un merci qui fuse, car rien dans son attitude n'est pesant. A dire le vrai, sa présence lui parait familière, comme si elle le connaissait.
Il lui dit être de passage dans la capitale pour des raisons professionnelles alors qu'elle y est pour le plaisir. A Concorde, ils descendent et spontané comme un enfant il lui propose de boire un café. Pourquoi pas ? Il est charmant, l'humour à fleur de peau et un sourire si blanc qu'il éclabousse sa peau bronzée, irrésistible. Elle l'entraîne chez Angelina et dans un coin douillet ils font connaissance.
Il habite à l'étranger pour peu de temps encore et elle aussi, comme c'est étonnant. Lui au soleil, elle au froid. Les voilà à parler de voyages, de guides et, l'air de rien, de littérature et musique. Plus ils discutent, plus elle est assaillie par l'intuition que elle l’a déjà croisé. Il est tard et c'est presque à regret qu’elle doit partir. Le spectacle est donné dans une heure et elle doit se dépêcher.
"Oserais-je vous inviter à déjeuner demain ?" propose-t-il hésitant. Et elle de penser "est-ce qu'un sourd veut entendre ?" Bien sûr, a-t-elle envie de crier, cela fait si longtemps qu’elle n’a pas ressenti un élan vers un homme. Elle ne va pas faire ma mijaurée. Elle accepte et lui communique le numéro de téléphone de son hôtel...
Un soleil blanc se lève sur Paris. Elle s'est offert le meilleur du meilleur, un lever de soleil sur la Concorde et l'obélisque érige vers le ciel son dard étincelant. Elle n’a pas cessé de penser à l'inconnu du métro. Il l'occupe toute et elle attend, désœuvrée, son appel. C'est incompréhensible les sentiments qui l'envahissent. Elle les refoule comme irrationnels mais ils reviennent encore plus forts la suffoquer. Se rendre à l'évidence, cet homme lui plaît, la trouble, l'inquiète car il bouleverse son petit confort tranquille obtenu au prix de tant d'efforts. Il ne tarde pas et ils conviennent de se retrouver dans le hall à 12h30. Le peu d'heures qui les séparent encore passent avec la légèreté des ailes du Sphinx colibri.
Il est déjà à la réception lorsque, palpitante d'anticipation, elle sort de l'ascenseur. Plus que la veille, son bronzage ressort. La blancheur de sa chemise de lin, négligemment portée sur des khakis, souligne sa peau de bédouin et ses yeux mordorés pétillent comme le champagne rosé. Il a garé sa voiture devant l'hôtel sous le regard bienveillant du portier. Rien de remarquable, une berline de location très confortable.
"Où m'emmenez-vous ?" Il ne répond que par la pose de son index sur ses lèvres, un air de gamin joueur s'accroche aux fossettes de son sourire. Les notes de "One " de U2 envahissent subitement l'habitacle lorsqu'il met le moteur en marche l'empêchant de le questionner plus avant. Il semble bien connaître Paris et se faufile par les petites rues de la ville pour arriver sans encombre à sa destination. Il décide de garer la voiture au parking souterrain le plus proche pour lui éviter de devoir trop marcher avec ses hauts talons. En tout cas, c'est ce qu'il lui dit et elle est étonnée et du geste et de sa capacité de noter des détails que d'autres n'auraient même pas remarqués.
Elle porte en effet une paire d'escarpins Jimmy Choo dont les talons sont des défis à l'équilibre et pourtant si saillants. Lorsque elle porte ces hauts talons elle a l'impression de dominer les choses et les événements et, dernière raison mais pas des moindres, elle se prend à rêver que grâce à eux elle joue dans la même cour qu'Adriana *. Bon ce n'est que pour le plaisir de la comparaison, car le reste ne suit pas, mais c'est un bon début déjà.
Il l'emmène dans un restaurant que sa gourmandise convoitait depuis longtemps et elle finit par se demander s'il n'est par devin. Pourtant, elle se garde bien de le lui dire, dès fois qu'il se fasse des idées. La table est excellente et, bien que les pensées qui depuis hier l'habitent la rendent timide, l'appétit est là et les mets charment autant ses yeux que son palais. Elle le regarde certainement avec un air niais affiché. Plus que les mets, lui l'intéresse. Il lui raconte sa vie dans son pays d'élection, comment il en découvre la rudesse et la beauté, comment pour se fondre il a étudié la langue et il saupoudre sa conversation de quelques mots savamment choisis dans la langue d'Avicène. Ces mots et quelques poètes triés sur le volet participent à leur dialogue comme des convives inattendus mais de bonne compagnie.
Elle est charmée et ne veut surtout pas s'en défendre. C'est trop bon, cela fait trop longtemps. Et sans le vouloir elle frémit. Hélas, le déjeuner est terminé et elle a un train à prendre bientôt. Il se propose de l'accompagner à la gare en voiture. Elle ne sait refuser et d'abord pourquoi le fera-t-elle ? Tout, mais faire durer ce moment béni et jouir de cette sensation intense du désir de lui qui incroyablement est né hier. Ils rejoignent le sous-sol et ils montent dans la voiture. L'odeur du cuir inonde ses narines d'une odeur animale. Comment a-t-elle pu la manquer à l'aller ?
Il met le contact, enclenche la radio et tripote des boutons. A sa grande surprise ce n'est plus U2 mais la mélodie troublante "C'est extra". Elle le regarde, incrédule, alors qu'il sort de sa poche une feuille de papier pliée. Il la lui tend sans parler et elle y lit " Cher Bush, jeudi prochain je vais à Paris voir un spectacle. Tu imagines aisément comment je me réjouis à l'avance. Comme toujours je prendrai le train de 13h40 car alors je n'arrive pas encore dans les embouteillages. J'ai hâte d'y être déjà. Me croiras-tu si je te dis que je vais au Crillon ? Si, si, la folie, je sais, mais tu commences à me connaître, non ? Si nous nous connaissions je te dirais "viens", mais je sais que rien ne le permet. Je t'embrasse de loin. Donne-moi de tes nouvelles bientôt."
C'est un coup de poing dans le ventre et le cœur battant à tout rompre qui accueillent ces mots. Elle se sent ravagée comme la terre après la pluie de mousson, détrempée, bouillonnante. Elle articule avec difficulté "mais comment ?" et pour faire taire ses questions bousculées il vient coller ses lèvres sur les siennes. Son corps est comme le trou noir. Toutes les particules de son être en son centre sont happées et ce grand tourbillon fait danser son sang et ses sens. Alors qu'il l'embrasse avidement et que leur langues se mêlent, tout s'imbrique dans son cerveau paniqué. Il savait son déplacement, les dates, l'hôtel. Il l'a guettée, il l'a suivie et l'a abordée. Il a tout orchestré, de hasard point. Et alors que ses belles mains d'homme amoureux des femmes glissent avec délicatesse sur ses seins et son ventre, elle repense à tout ce qu'ils se sont écrit. Son envie de lui n'a pas de borne et lorsqu'il lui dit "viens" c'est une évidence.
Il coupe le moteur, sort, contourne la voiture et ouvre sa portière. Il saisit sa main pour mieux l'attirer à lui. Elle tient difficilement debout tant son désir scie ses jambes incertaines, merci Jimmy ! Il l'enlace fortement et leurs bouches se lient encore dans un baiser qui l'enivre. Il est chaud contre sa peau. Elle ne peut imaginer que c'est lui, enfin, qui la tient dans ses bras, lui dont elle a tant rêvé sans y croire. Qui a dit que le net restait du virtuel ? Foutaise, le net c'est aussi de la chair et du sang, des hommes des femmes désirants et vivants. Il suffit juste de vouloir.
Et sa présence à lui la bouleverse comme un rêve qui ne devait jamais arriver. Et elle a envie de lui avec la force de l'eau torrentielle qui détruit les barrages. Elle a une envie animale que le monde cesse de tourner, maintenant, pour figer pour toujours cette étreinte digne des fables. Il se défait d’elle et plante ses yeux dans les siens. Elle veut être sa chose, être à lui, il le sait, il le voit, il le sent. Il la guide vers le capot et lui fait lui tourner le dos. En un flash éblouissant lui revient en mémoire un texte de lui. Soudain elle sait. Soudain elle comprend où il veut l'emmener. Réaliser pour elle la scène interdite. "Penche-toi" lui souffle-t-il, délicat. "Mets tes deux mains sur le capot". Elle s'exécute vibrante, son excitation décuplée par le fantasme qui lui revient en lettres rougeoyantes sur l'écran de ses yeux fermés par le plaisir.
Il remonte alors sa jupe légère sur ses reins et apparaît, impudique, l'arche d'amour de ses deux longues jambes couronnées de ses fesses rondes et fendu de son sillon, faille dans la clé de voûte. A son tour il se penche et se plaque contre elle, enlaçant son ventre. Ses doigts savants investissent le jardin inondé et découvrent en gémissant l'ampleur de son désir... "Prend-moi" murmure-t-elle haletante et son sexe fièrement dressé, étendard de son désir d'elle, doucement la pénètre. Elle faiblit, il la soutient plaquant ses fesses contre ses cuisses fermes. Et dans un ballet rythmé par les notes de Leo Ferré il lui offre enfin ce dont elle a rêvé. Et la plainte de plaisir qui sort de leur gorge à l'unisson est le seul témoin du bonheur qui les lie...
* * *
06:20 Publié dans Eros | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 22 novembre 2007
ELLE - A la manière de*...
Une petite grenouille, française de son état
Aimait à voyager, chez la Perfide souvent.
Ses amies effarées, envieuses sûrement
L'agonisaient d'injures. "Que vas-tu faire là bas?
Il n'y a que Rosbifs, traitres à notre nation
Et traitre tu seras, de chez nous mise au ban
Si tu continues à fréquenter ces forbans.
Qui de Napoléon ont ruiné l'ascension
Et qui d'une défaite écrasante ont tiré
Un symbole hypocrite de réconciliation.
N'est-ce pas là que se termine en effet
Le trajet outre-manche du plus fameux des trains ?
Mais que leur trouves-tu donc à ces blanchots rouquins,
Au fair-play oublié, à l'amour pour la bière,
Qui au lit bien souvent, peu doués de leurs mains,
S'effondrent alcoolisés, sensuels comme une pierre ?"
La petite grenouille ne s'effarouchait point
Car, de cette nation qui engendra Shakespeare,
Elle aimait plus que tout leur humour du pire
Et nul dans son pays ne savait la faire rire
Comme ces soudards guindés, drôlatique à mourir !
Alors pas dégonflée, comme une sienne aieule,
Défiant ses consoeurs, en dépit des menaces,
Elle décida un jour de rapprocher les races,
En leur offrant sans frein, en guise d'amuse-gueule,
Le soyeux de sa peau, le moelleux de sa chair,
Et le goût raffiné de ses jolies gambettes.
Chaque été revenant était comme une fête
Car elle partait, fringante tel le missionnaire,
Convertir ces briscards à la cuisine française.
Et au cours de leçons qu’elle inventait, à l'aise,
Elle savait susciter sans pourtant rien faire pour
Leur envie de signer un armistice d'amour.
En diplomatie comme en gastronomie, disait le grand Machiavel, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse...
Euh, non ... ça ne doit pas être ça ! Reprenons.
En diplomatie comme en toute chose, il faut savoir payer de sa personne !
* Sachez me pardonner, Jean, pour l'audace de l'inspiration.
06:00 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 19 novembre 2007
ELLE - Faux-semblant
Ces derniers temps je suis assaillie par des doutes ! Comment se fait-il qu'une femme comme moi, intelligente, indépendante, riche, gentille et douce, pas trop moche, polyglotte, globe-trotter, rigolote (ben, si !), un peu chiante, ayant du caractère ne trouve pas chaussure à son pied, ou plutôt homme à son cœur, partenaire à son âme ? Je m'interroge et ne trouve pas de réponse, réfutant d'un geste agacé de la main l'hypothèse maternelle "mais ma chérie tu mets la barre trop haut ...".
Alors j'en viens à me demander si un de mes amis n'a pas raison lorsqu'il m'a dit récemment "... mais Gi, tu leur fais peur. Tu ne te rends pas compte. Un homme doit se sentir supérieur sinon il cesse de bander. C’est bien connu que les hommes préfèrent les femmes un peu bébêtes, car nous savons et nous le sentons tout de suite que nous serons performants, que jamais nous serons ridicules, des femmes qui ne nous font pas peur. Dominer nous fait bander, tout le reste nous fait débander et nous laisse avec la peur au ventre. C’est totalement indépendant de notre volonté, c’est le cerveau qui dirige cela d’une manière autonome. L’organe sexuel c’est lui, pas ce que nous avons entre les jambes... "
Serait-il possible que ce soit le cas ? Et s'il disait vrai ? Si l'image inconsciente que je renvoyais était celle d'une femme de tête, inaccessible et impressionnante qui, sans le vouloir, ôte leurs moyens aux hommes par l'idée (fausse) qu'ils se font de moi !
Evidemment, ma plume tremble en écrivant tous ces adjectifs, puissants comme une malédiction qui prendrait corps en les écrivant. Ma gorge se serre à l'idée que, peut-être, moi la toute douce, moi la toute fragile, moi la femme encore enfant émotive, j'aurais bâti au cours de toutes ces batailles où la vie m'a blessée, où l'homme m'a bousculée, une armure d'écailles dures comme la corne du plus coriace des prédateurs du Jurassique ? Armure de plaques articulée faites de mes peurs calcifiées, de mes blessures pétrifiées, de mes cicatrices kératosées. Armure impénétrable et souple pourtant me permettant de me mouvoir avec la fluidité du serpent dans cette société de mâles dominants, sans laisser plus jamais un seul de leur trait m'égratigner la chair de griffures brûlantes.
Aurais-je tissé avec toutes ces expériences douloureuses une cotte de mailles d'un métal plus résistant que l'airain ? Aurais-je dessiné sur mon visage, tel le guerrier maori, des tatouages belliqueux si effrayants que bien qu'invisibles ils repoussent mieux qu'un bouclier tout homme voulant m'aborder ?
Mes doutes seraient-ils devenus arrogance ? Mon manque d'assurance serait-il devenu prétention, mon sens de la répartie une arme redoutable à l'interlocuteur peu habitué aux femmes spirituelles ? Mon humour, tour à tour niais ou caustique, serait-il perçu comme de la suffisance ? Mes traits d'esprit auraient-ils érigé autour de moi une palissade de pieux plus infranchissable que ceux des sièges romains ?
Comment pourrait-il en être autrement si j'en juge par certains commentaires reçus de lecteurs par voie d'emails. En vrac "... Incisive, autoritaire, dominatrice ... il serait dommage de ne pas mettre à profit de telles qualités que je n'apprécie guère par ailleurs...", "Vous ne faites que décrire un ordinaire à des gens ordinaires... Vous me faites penser à ces grandes bourgeoises qui rougissent en disant merde...", "...et je pense que vous devez assez facilement effrayer les hommes...", "...je n'arrive pas à m'ôter de la tête que vous êtes une sorte de mante religieuse et je n'ai pas envie d'être votre prochaine victime."
N'est-ce pas effrayant ? Je m'inquiète, je suis ébranlée. Quoi, mes textes véhiculeraient cela, moi qui les veux le reflet de ma fragilité, de mon émotivité à fleur de peau, de ma curiosité insatiable pour la vie, de ma gourmandise revendiquée pour les plaisir des sens et de mon humanisme enfin !
Mes textes rapporteraient-ils au monde comme des esclaves affranchis mais ingrats à leur maitre des messages différents de ceux que ma confiance aurait remis dans leur mains d'hérauts fidèles ? Les ondes du net auraient-elles déformé à mes dépens le trait de mon pinceau esquissant le portrait de mon âme ?
Alors, dans quel miroir me mirer pour voir avec les yeux des hommes le visage de Gicerilla ? Quel rôle devrais-je composer pour que plus jamais des jugements aussi hâtifs et erronés ne soient à mon endroit prononcés ? Devrais-je endosser l'habit hypocrite de la femme soumise et bête à pleurer, voire, ô malheur, de la barbie blonde comme conseillé par mon ami afin de me rendre abordable ? Et si tout cela était vrai, comment faire pour me dépouiller de cette armure qui me dessert plus qu'elle ne me sert ?
Moi qui ne veux qu'une seule chose, aimer et être aimée, serais-je pour toujours condamnée, inaccessible à l'Amour ? Mais où sont les hommes courageux qui n'ont pas peur des apparences ? Ont-ils disparu de la surface de la terre ? Notre société les a-t-elle émasculés à force de vouloir en faire des hommes au féminin ?
Mais je vous en prie, rassurez-moi. Dites-moi où est planqué le St Georges qui pourfendra ma carapace d'écailles pour libérer de sa gangue cornée, moi, la super nana ?
Dites-moi que je ne suis pas cette tour imprenable ou bien assiégez-moi pour que, consentante, je rende les armes !
06:50 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 17 novembre 2007
ELLE - Séduisez-moi - suite
Il y a quelques jours j'avais lancé sans trop y croire l'opération "Séduisez-moi" et j'ai été agréablement surprise.
Vous avez été quelques uns et une, audacieux, à vous jeter à l'eau. Mon Pygmalion ne vous sera peut-être pas reconnaissant car grâce à vous ou plutôt à cause de vous, il ne subira pas le suplice du pal hélicoidal tant convoité !
Cela dit, j'ai reçu plus de courriers qu'espéré. La moisson n'a pas été excellente mais au vu de mes attentes, elle est malgré tout très décente ! J'en profite pour vous remercier car vous m'avez donné à voir, encore une fois, que mes lecteurs sont effectivement des gens de qualité qui, à leurs heures, manient plutôt bien le crayon.
J'ai choisi parmi tous les courriers deux missives et non pas une, comme initiallement prévu. Deux missives émanant de deux mâles. Le genre n'a rien à voir à l'affaire, mais leur texte m'ont touchée pour différentes raisons. Je les honore ici. Jugez un peu...
* * * * *
Tu es mon alphabet, tu soulages mes maux,
Et dans ton labyrinthe je cherche comme Dédale
Le sens caché ou non que tu donnes à tes mots,
T’offrant et me laissant, supplicié tel Tantale.
Tu es mon alphabet et j’en perds mes voyelles.
Quand de ta plume perfide tu lances cet appel,
E comme enchanteresse et un O comme offrande.
Et un A majuscule pour te mettre à l’amende
Mais je te sens si femme, je décoche mes consonnes,
Tu faiblis, tu te pâmes quand certains mots résonnent,
Le trouble t’envahit et tu perds tes défenses
Quand je boute le feu à l’essence de tes sens.
Je sais tes seins trop lourds, tes tétons érigés,
Quand je décoche mes flèches vers tes reins trop cambrés,
Sur tes talons trop hauts, tu résistes, acharnée,
Mais l’émotion te gagne sous tes yeux trop cernés.
Je veux toutes tes attentes, je veux tous tes désirs,
Le plaisir, les étoiles, oui je veux tout t’offrir,
La musique du corps et celle de l’esprit,
Les arpèges de l’amour et ses défendus fruits.
Et qu’enfin subjuguée tu déposes les armes,
Dans un souffle commun, envoûtés par le charme.
NOWHEREMAN
* * * * *
Dans votre blog vous réclamez une lettre chère Gi, c’est avec plaisir que je vous l’adresse mais je vous en conjure ne montrez pas l’avers.
Depuis que je vous lis anonymement parmi ces milliers d’autres internautes, je surfe sur vos émotions, vos interrogations et vos sentiments. J’ai de vous une image de femme spirituelle, drôle mais surtout terriblement sensuelle, la sensualité de l’esprit et du corps, la complétude de la sensualité.
Quand j’ai lu Maurice et que je vous ai vue, vous étiez telle que je me l’imaginais, ce corps de femme, cet esprit d’enfant joueuse, ce minois mutin. Et puis cette faculté à l’autodérision, à l’introspection mais aussi cet élan que vous pouvez avoir pour les autres, couronnent cette beauté physique d’une beauté intérieure.
Alors pourquoi offrir plus, pourquoi devenir un produit marketing ? D’accord, il faut être de son temps, mais pas quand il chosifie l’être humain ?
Gardez votre avers, chère GI, votre avers c’est votre blog, il me fait rire, rêver, comprendre.
Que pourrais-je espérer de plus de vous, je vous possède déjà dans l’intimité de vous ?
Non, chère GI, point de jeu, point d’avers, des mots, des mots et encore des mots mais choisis, travaillés, sculptés, ciselés comme vous savez si bien le faire. Vous n’êtes pas une médaille, vous êtes un auteur et les auteurs non d’avers que leur œuvres, ne vous détournez pas, ne doutez pas, écrivez pour vous, pour nous.
Voilà ce qu’un modeste lecteur dont les mots sont gauches mais sincères voulait vous murmurer.
Je garde mon pseudo "Sans", finalement je l'aime bien.
Cordialement et admirativement.
SANS
* * * * *
Pygmalion, tu t'en sors bien ! Pas trop de regret j'espère...
07:00 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 15 novembre 2007
ELLE - Envie de Hammam
Ca y est, elle arrive, les deux têtes de lion en protègent l'entrée.
Il fait froid dehors. Elle se hâte le pas. La fatigue la terrasse. Trop de travail, pas assez de loisirs. Envie de ne rien faire pourtant, le cerveau fondu dégoulinant par les oreilles. Envie de s'avachir dans la vapeur épaisse comme un matelas de ouate. S'oublier dans la chaleur qui l'enveloppera bientôt de ses milliards de gouttelettes brûlantes qui se déposeront sur sa peau en mini loupes réfléchissant la lumière en milliers d'éclats.
Elle se dépouille de ses vêtements. Rituel millénaire qu’elle aime à répéter lentement, comme une étape voluptueuse avant l'apothéose. Un à un, les vêtements libèrent son corps de toute contrainte. Le laisser respirer, prendre ses aises, pauvre chose maintenue trop souvent dans des carcans élastiqués, tricotés, tissés, ceinturé parfois même à l'étouffer.
Sa nudité enroulée sagement dans un paréo blanc de coton égyptien, elle pénètre dans la salle obscure tapissée d'ardoises noires conférant à la pièce un aspect sacré. Seules les quelques diodes de couleurs changeantes diffusent du plafond des faisceaux de lumière féériques créant une atmosphère digne d'une légende. Elle est seule. Elle s’'installe sur une estrade plus près de la chaleur. Elle se meut avec lenteur, avec gravité tant la touffeur l'oppresse.
Le paréo soigneusement étalé sur l'ardoise devient sa couche de luxure. Elle s’allonge sur le dos, les yeux aux cieux et suit, absente au monde maintenant, la variation de couleurs des diodes qui l'hypnotisent. La chaleur est intense, épaisse. Il lui semble pouvoir la saisir dans sa main et en sentir la présence cotonneuse. Alanguie telle une odalisque, elle saisit la boite de savon noir, couleur qui décidément donne le ton de cet après-midi dédiée à la paresse.
Son odeur puissante de potasse mélangée à l'eau et l'huile d'olive inonde ses narines et la voilà propulsée de nouveau à Byzance du temps où seuls les eunuques pouvaient assister, impuissants, aux ablutions des belles. Ses mains le font mousser et parcourent lentement tout son corps pour l'enduire tel une crème onctueuse. Elle commence par les épaules puis les bras, glisse sur son buste menu, descends le long de son ventre, de ses hanches, de ses fesses et de ses cuisses jusqu'aux talons et elle recommence ce ballet langoureux en remontant.
Au deuxième passage, son ventre sursaute. Ses mains incidemment sont repassées sur ses seins dont les tétons s'érigent. Elle s’étonne, elle m'émeut. Elle s'y attarde et elle y prend goût. A chaque passage, à chaque pression son ventre en écho y répond. Ses mains semblent autonomes, elle ne décide rien. Elle s'y abandonne et les laisse faire, elles connaissent le chemin.
Subitement ses mots à lui assaillent sa mémoire. Et puis leurs mots à eux. En superposition de calques calligraphiés les mots intimement se mêlent. Ses injonctions à lui "laisse toi guider, écoute mes mots, laisse ma voix te pénétrer..." et leurs mots à eux coquins, tendres, poétiques ou audacieux. Tous ces mots à ses mains parlent d'une seule voix. Ses mains dessinent alors sur ses seins et son ventre des volutes orientales. Elles suivent les courbes et les vallons pour atterrir au creux de ses cuisses. La douceur y est là diabolique, insensée, merci la cire jetable, et son cerveau se noie dans des ondes délectables. Son cœur s'emballe, saute quelques battements totalement déboussolés, pris d'assaut par le plaisir. Son souffle gémit des râles incontrôlables par ses lèvres entrouvertes. Ses mains découvrent le terrain, le cartographient et passent et repassent patiemment là où le plaisir se niche.
Son corps est réceptif, le plaisir pas farouche prêt à la submerger. Ses mains se calment un temps et lentement progressent de son sexe à ses fesses, comme il me l'avait intimé "non, je ne peux pas !" "Si fais le, c'est bon, tu verras..." Ses mains sont plus dociles que sa volonté annihilée. Elles découvrent de nouveaux reliefs, un défilé étroit, un abîme sans fin où le plaisir là aussi est tapi, mais elles ne le savaient pas. Le savon noir et sa mousse suave lubrifient tout sur son passage. La peau luit sous les lumières et la sueur le macule d'un voile irisé. Ses doigts deviennent curieux, gourmands, et chaque incursion dans cette terre inconnue, dans cette terre vierge, la fait gémir plus fortement. Elles deviennent inventives sous les injonctions de celui qui la guide. Elle a fermé les yeux, les sensations la clouent sur son alcôve improvisée. Elle frémis. Son corps s'anime sous ses mains et ses reins fébriles les accompagnent dans un va-et-vient indécent. Le plaisir est intense.
De son sexe sourd des rivières tempétueuses. Ses deux mains orchestrent des caresses opposées qui se complètent pourtant et son cœur va rompre. Elle trésaille, elle ondule. Il la guide toujours et encore avec ses mots crus, avec ses mots directs qui la font rougir mais qui la submergent d'envie "... imagine une langue qui rôde autour de ton petit trou..." Elle n’a plus aucune honte, elle en veut plus, elle en veut encore. "...enfonce-le bien, fais-toi plaisir, mais ne jouis pas ... pas encore" Elle veut plus de caresses et de pincements, de pressions et de pénétrations. Elle ne l'écoute plus, elle ne veut plus entendre ses mots "... non, pas maintenant, je te l'interdis, fait durer..."
La jouissance arrive, envoûtante, enivrante la rendant désobéissante. Elle s'émancipe de sa voix, ses mains sont devenues esclaves rebelles. Telle une tornade inévitable, incontournable, puissante le plaisir emporte tout sur son passage. Ses doutes, ses réticences, ses préventions, ses répugnances. La jouissance la saisit enfin, fulgurante au rythme de ses mains qui simultanément s'agitent.
Elle reste pantelante, étonnée, rougissante d'avoir goûté des plaisirs interdits...
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mardi, 13 novembre 2007
ELLE - L'attente
Il est des mots qui m'émeuvent au-delà des mots.Des évocations si éloquentes que juste les penser me fait monter aux yeux des larmes bouleversantes. Comme cela, sans raison, alors que la seconde d'avant un grand sourire illuminait mon visage. Emotions félines planquées sous les frondaisons qui me prennent avec violence à la gorge et la noue à m'étouffer. Puissance du sens véhiculé par les mots d'un autre, d'un autre siècle, sous d'autre latitude, d'un autre sexe et pourtant mélancolie immédiate me saisissant et me laissant pantelante. J'ai souvent cherché à comprendre cette emprise des mots sur moi, pour m'en défendre, pour m'en prémunir car toujours ils me prennent par surprise.
De toujours il me semble j'ai été sous leur joug me débattant parfois, les repoussant avec emportement tant ils me bousculaient et me bousculent encore ! Est-ce le fait d'une trop grande imagination, d'une sensibilité à fleur de peau, d'une capacité d'empathie universelle ? Serait-ce de la sensiblerie à bannir à grand coup de sermons violents dans le miroir ? Je ne sais, mais cela fait partie de moi et plutôt que de lutter, j'ai appris avec l'âge à l'accepter et donc à m'accepter. Faiblesse notoire, conspuée lors de colères véhémentes de me voir si piètre. Faiblesse fragilisante que je chasse comme un taon énervant jusqu'au sang. Faiblesse pourtant que je chéris car elle fait de moi celle que je suis, différente de l'autre, unique même lorsqu'elle se trouve pathétique.
Il est des textes comme cela que je voudrais écrire. Vous laissez à votre tour pantelant mais je ne sais pas. Alors je vais vous confier ici un poème qui me chavire, non pas comme la bouche d'un amant posée, brûlante, sur ma peau, non, comme le navire chahuté par la mer démontée, en perdition. Lorsque je lis ces mots et surtout lorsque tout bas je les dis, c'est imparable, mes yeux s'inondent. Et la mer submerge mes pupilles et les pique et les trouble de son eau salée obligeant mon visage à se contracter en grimaces de désespoir. Incontrôlable cette marée d'équinoxe qui vandalise instantanément mes joues devenues plages dévastées.
Serait-ce parce que l'attente fait partie de moi, comme l'attente de son Dieu fait toute la substance de la nonne qui prie ? Je ne sais pas. Je n'attends pas et pourtant si, je sais que j'attends. Quoi ? Une révélation, un miracle ? Peu importe. Les mots ricochent dans mes tripes comme si j'étais celle à qui ils sont destinés alors qu'aucun homme ne m'a jamais chanté une telle prière.
Ô, comme je voudrais, et sans grandiloquence, vous susurrer ces mots slaves de ma voix douce, de ma voix suave. Vous faire ressentir tout l'espoir désespéré de cet homme qui sait qu'il ne rentrera jamais et conjure le sort en les disant. Faire entendre par mon souffle son vœu de revenir à un cœur qui l'attendra malgré tout, malgré les vents, les froids, les doutes et la mort. Articuler cette langue, magnifique à mes oreilles, vibrante à mon cœur, comme si elle avait été mienne dans une vie antérieure.
Mais je ne le ferai pas car alors vous entendriez les sanglots qui étranglent ma voix comme celle de l'homme qui un jour rédigea pour sa femme ce poème, supplique à l'amour, à la vie. Et quel dommage, car je vous assure que dans ma bouche devenue russe par ces mots qui roulent sur ma langue, vous mesureriez la puissance du poème et de cet idiome que j'adore.
Alors je vous livre la première strophe en VO et sa traduction. Espérant que ses sons résonneront en vous et vous donneront goût à ce texte qu'alors, ensemble, nous partagerons comme un secret commun.
Константин Симонов - Constantin Simonov
Жди меня
Жди меня, и я вернусь,
Только очень жди.
Жди, когда наводят грусть
Желтые дожди,
Жди, когда снега метут,
Жди, когда жара,
Жди, когда других не ждут,
Позабыв вчера.
Жди, когда из дальних мест
Писем не придет,
Жди, когда уж надоест
Всем, кто вместе ждет...
Attends-moi
Si tu m'attends, je reviendrai,
Mais attends-moi très fort.
Attends, quand la pluie jaune
Apporte la tristesse,
Attends quand la neige tournoie,
Attends quand triomphe l'été
Attends quand le passé s'oublie
Et qu'on attend plus les autres.
Attends quand des pays lointains
Il ne viendra plus de courrier,
Attends, lorsque seront lassés
Ceux qui avec toi attendaient...
La suite ici.
J'espère que vous aimerez et regrette tant ne pas pouvoir vous bercer de ces belles sonorités !
07:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 10 novembre 2007
ELLE - La révélation
Hier, enfin, j'ai su !
Mais quel choc pour moi de découvrir, écrit là, noir sur blanc, imparable, une autre facette de ma personnalité révélée en chiffres et lettres surlignés de jaune éclatant. Me voilà à consulter un dictionnaire pour m'assurer que rien du contenu de ce message occulte ne me soit étranger. Vous pensez, une telle révélation !
Ne voilà pas que ce mage de papier me révèle non seulement ce que je suis, mais aussi ce que je fais (ah, bon !) moi qui ces derniers temps, hélas, suis sage comme une image. Je suis troublée. Il me faut remédier, c'est sûr.
Voyez un peu : Elle N°3223 - "Quel sexe addict êtes-vous"
Non, je vous entends déjà "mais enfin, Gicerilla, vous aviez dit que les tests des magazines c'était fini pour vous ! Et puis, décidément vous ne pensez qu'à ça !". Ben oui, je l'avoue. Faut-il chercher une corrélation entre abstinence et préoccupation (non, je n'ai pas dit obsession) ? Et puis ce n'est pas ma faute, mais celle des magazines...
Quoiqu'il en soit, la vérité éclate sous mes yeux qui ne veulent pas lire des mots qu'ils réfutent et qui pourtant s'imposent pour mon plus grand bien, enfin...
de 28 à 35 : "Vous êtes une sexophile hésitante" (sic)
"Côté sexe vous êtes pratiquante (ah ?), mais pas très croyante. Explications : vous faites souvent l'amour (re-ah !) mais avez-vous une réelle connaissance de l'évangile des corps ? Une pure sexophile ne se contente pas de faire souvent l'amour, elle essaie de le faire le mieux possible, avec ce que ça implique de recueillement et de technique. Pour devenir un modèle, vous avez besoin d'étudier."
Je referme le magazine extrêmement pensive et je le jette au loin, dépitée. Je serais donc croyante mais sur la mauvaise voie ? Mauvaise pratiquante, mal initiée ? La seule chose qui me rassure dans cet histoire d'évangiles c'est que si le Seigneur s'en mêle, les mauvaises langues de passage n'auront plus qu'à se la mordre avant de me vilipender ...
L'horreur de ma situation m'apparait subitement dans toute son étendue, et je me vexe, je conteste, je conspue ce canard qui dit des âneries. Et pourtant, si cela était vrai ? Je ne saurais pérenniser une situation pareille. Imaginez un peu que demain mon Calife m'enlève ! Odalisque je ne suis pas encore, il faut impérativement me préparer.
Alors, pour être prête, je me renseigne, je cherche de la documentation, j'interroge Google, grand Manitou du savoir moderne. Mais rien ! Je peste, je m'afflige. Seraient-ce les mots clés ? Doivent-ils être plus osés ? Je désespère.
Et c'est alors qu'Eros, toujours prompt à m'aider (que voulez-vous, j'ai mes entrées dans tous les panthéons), glisse sous mes yeux hagards la clé de mon salut. Je le soupçonne d'avoir orchestré avec Eole le coup de vent providentiel qui a éventré Psychologies qui git sur la table. Mes yeux papillotent d'excitation à la lecture de la rubrique "le plaisir singulier au pluriel" ! Vraie piste ou fausse piste il me faut ces ouvrages magiques qui s'étalent là en pleine page.
Je cours à la FNAC, Section Sciences Humaines. Aie, ils n'y sont pas. Je scanne comme une folle tous les rayonnages. Je suis fiévreuse, je ne les trouve nulle part. Mon cœur s'emballe comme sous le coup d'un adieu de l'amant. Quoi, je n'aurai pas accès à la Connaissance me permettant l'ascension dans la catégorie "Vous êtes 100% sexophile" tant convoitée ? Dix minutes de recherches archéologiques, à fouiller dans tous les rayons mais d'ouvrages point. Il va falloir me résoudre à demander au beau mec sérieux qui trône tel le maitre derrière son pupitre. Oser lui demander sans rougir, l'air de rien, de m'orienter dans les couloirs du savoir. J'hésite. Et oui, il me vient encore des timidités de vierge. Ne sera-ce pas là une confession involontaire mais intime faite à voix basse, comme au confessionnal, à un inconnu, homme de surcroit ?
J'approche et attends patiemment que les autres clients se soient éloignés et souriant de toutes mes dents, le défiant
du regard genre même pas honte, je lui dis d'une voix assurée "pourriez-vous m'indiquer où je peux trouver "... Lui ensuite" des Editions Presses Libres ?". Il me répond, affable "Hum, ça me dit quelque chose mais là je ne vois pas. Ca traite de quoi ?" Aie, non, la question redoutée. Lui avouerai-je sans façon que c'est "un livre qui offre aux femmes une série de bons trucs sexuels et de techniques qui marchent depuis les préliminaires jusqu'à la conclusion..." Que c'est "une visite guidée du corps masculin, de son cerveau, de son esprit, qui donnera des idées à toutes celles qui désirent se faire plaisir tout en faisant plaisir aux hommes" (sic).
Et bien, si ! A l'aide de circonvolutions, je lui explique de quoi il s'agit. Il tapote quelque chose sur le clavier de son ordinateur puis lève les yeux et me fixe avec un grand sourire. Il me toise et son sourire de poli devient carnassier et j'ai peur. Il articule enfin "venez avec moi, je vais
vous indiquer où le trouver." J'hésite à le suivre, mais ne vais pas me dégonfler. Il me précède d'un pas décidé et se plante devant le rayon "voilà l'ouvrage" me dit-il en me remettrant dans les mains une banane suggestive que Boris aurait sûrement appréciée. "Je n'ai pas lui celui-là" continue-t-il "mais savez vous que l'autre volet du dyptique est fort intéressant ? "Elle d'abord". Une véritable encyclopédie du plaisir féminin. Très édifiant vraiment et finement observé. Je l'ai lu avec curiosité" dit-il en clignant des yeux. Tic ou invitation ? Là, je panique car le bougre, il est mignon !
"Merci beaucoup Monsieur" répondai-je troublée, "je le prends" et m'enfuis vers la caisse serrant contre ma poitrine ce livre au goût d'interdit, au goût de paradis à venir, de peur qu'un inquisiteur zélé ne m'en prive au profit d'un autodafé me laissant ignorante.
Je l'ai dévorée cette banane succulente, comme une affamée. J'en ai agrémenté la lecture de force push-up et sit-up histoire de parfaire ma forme et mes formes. Vous connaissez ma devise "Mens sana in corpore sano."
Voilà, je suis prête. Il ne me manque plus que le cobaye mâle qui voudra bien se laisser torturer. J'attends !
Bon, ben, j'ai dit "j'attends !"...
06:20 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 08 novembre 2007
ELLE - Plaisir solitaire
Six heures sur le Bosphore, l'heure du thé quelque part dans le monde.
Journée fatigante à cavaler à la découverte des Sultans, de leurs palais, des églises et des mosquées. Une envie irrésistible de confort moelleux, de douceurs caressantes et de thé bouillant guident mes pas, de ma chambre au salon de thé.
Je repère un fauteuil profond aux accoudoirs accueillants et je m'y vautre en écoutant, anachronisme absolu, un chant de l'Armée Rouge en musique de fond exécuté comme par automatisme par un trio de cordes et piano. Le serveur affable prend ma commande et j'attends à moitié évaporée qu'il satisfasse mon envie pressante.
Le voilà qui arrive, tout pimpant dans sa livrée dorée. Il installe sur la table basse un festin digne de l'odalisque préférée.
J'attaque par le Söbyiet en forme de demi-lune et le plaisir instantané sur mes papilles me fait fermer les yeux comme ceux de la chatte sous la caresse. Je ronronne presque en appuyant la pâte aérienne entre ma langue et mon palais pour en faire doucement gicler le miel que mon haleine réchauffe. Il descend lentement comme une liqueur divine en libérant tout ces arômes des mille fleurs d'Anatolie. Le croquant de la pâte craque comme du verre sous la pression et le beurre fond, mêlé à un concassé de noix. Je m'avachie soudain tant le plaisir m'inonde.
Mais que c'est bon ! Je ne saurais m'arrêter là. Je continue par le Fistikli Sarma dont la forme suggestive appelle ma gourmandise. Un goût moins doux en bouche me fait tiquer et me déçois. Comme si la révélation ce de qui est rond et long n'est pas toujours promesse de volupté. Mais passée la première impression, sur mes papilles éclate la saveur puissante des pistaches concassées étroitement liées au miel liquide qui les adoucit. Et comble de douceur, la pointe de crème fraîche extra fraîche qui vient enrober les miettes de pâtisserie qui fondent alors sur ma langue lubrifiée de lipides lactées.
Je ferme les yeux, me concentre. Les rouvre pour m'assurer que le plaisir va encore durer. Et oui, l'assiette n'est qu'à moitié dévorée. Je succombe maintenant au Findikli à la noisette et à celui à la noix. Petits bonheurs rectangulaires en vis-à-vis qui jouent à cache-cache avec la quenelle de crème fraîche. Légèreté étonnante de la pâte feuilletée et des noix emmêlées en un mille-feuille brillant. A chaque bouchée qui suavement glisse de mon palais reconnaissant vers mon estomac, je sens mes formes s'alourdir pleine de culpabilité sucrée en priant que mon décolleté puisse au passage en profiter. Et je sens mon âme s'élever aux cieux, toujours plus près du paradis. Je n'entends plus la musique d'ascenseur, je n'entends plus les conversations. Je monte les marches du plaisir une à une, lentement, très lentement. Je fais durer. Pas de Turc appétissant en vue, pas grave ! De chair ottomane je ne me délecterai pas ce soir, mais de nourritures terrestres, oui. De nourritures amoureusement préparées par un mitron dans la helvahane la plus réputée du quartier selon la recette ancestrale qui ravissait déjà tout le Harem.
Et chaque bouchée dégustée me rend plus philosophe. Mais qui a dit "rien ne vaut le sexe dans la vie" ? Ânerie patentée. Moi, je vous dis, rien ne vaut un Skespare tout rond dont l'oeil cyclopéen cligne de joie quand des dents de goulue animées d'une envie carnassière attaquent avec entrain sa rondeur mammaire et font craquer sans ménagement son téton de pistache grillée.
Quelques gorgées de thé, un soupçon de crème par gourmandise pure, pour laisser sur la langue un voile agréablement acidulé qui contrebalance la douceur brûlante de tous ces miels mélangés. Ça y est, je suis à la droite de St Pierre, un sourire de bienheureuse fleurit sur mes lèvres. Comme Ste Thérèse, je connais l'extase sans qu'aucun homme n'y ait eu la main !
Je sens mon corps replet étaler ses chairs en expansion. Et alors que mes yeux se repaissent de la silhouette de Ste Sophie et de la Mosquée Bleue dont les minarets de lumière dorés sont comme des appels à Dieu, je sens mon coeur faire du bungy-jumping ou ne serait-ce pas plutôt mon estomac qui se révolte de trop de calories englouties en une seule fois ? Mes oreilles se réveillent à la musique écœurante du piano. Les fonctions physiologiques me rappellent à leur dure réalité et mon foi aussi je crois. Oh, non, ça ne va pas ! Trop c'est trop, il faut que je cesse l'orgie, là. Je vais être malade ...
Je reviens sur ce que j'ai dit, j'ai dû m'égarer.
Qui a dit qu'il n'y avait pas que le sexe dans la vie ?
06:20 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 05 novembre 2007
ELLE - Séduisez-moi !
Hier, un de mes fans, slave je crois en tout cas dans l'âme, m'a confié sans rougir :
"Je regardais ta photo ... c'est quand que tu te retournes ?".
Imaginez ma tête renfrognée "m'enfin, ça va pas ! Moi, Môssieur, je fais dans l'art voyez-vous. Pas question de m'exhiber, non mais... De toute façon, y'a rien à voir, Birkin à côté de moi c'est Mae West, donc vous resteriez sur votre faim..." Vous comprenez il fallait bien le décourager car je ne mange pas de ce pain là. Me dévoiler sur demande, comme ça, allons donc, je suis bien trop prude ! Si, si. Faut pas croire. Ce n'est pas parce que je n'ai pas froid à la langue, ou plutôt au clavier, que je suis prête à faire des choses aussi osées.
Alors, toute retournée, enfin façon de parler car pour l'instant je reste de dos, j'en parle un ami, sorte de Pygmalion ou bien serait-ce mon démon. Plus nous en discutons, plus nous en rions pour finalement décider que, oui, pourquoi pas, lancer l'opération "Séduisez-moi" si vous le pouvez, sachant que le prix au gagnant sera le droit de contempler l'avers du médaillon où je suis gravée. Si bien sûr vous arrivez à me faire changer d'avis...
Que faire pour cela ? M'écrire.
Allez, on a rien sans rien. Etonnez-moi, et de votre plume aiguisée griffez sur ma peau des mots irrésistibles qui donnent envie de tout donner. Trempez votre plume dans une encre palpitante qui éclaboussera mes yeux des mots qu'elle aura tracés. Etonnez-moi. Excitez ma curiosité. Troublez mon imagination en stimulant la vôtre. Montrez-moi que les lecteurs de mon blog sont des hommes d'esprit et d'humour qui relèveront le défi et se saisiront du gant parfumé lancé sur le champ qu'est le net, au petit matin, alors que le soleil se lève à peine et que la brume de la nuit enduit toujours d'une couche cotonneuse le sol que vos mots vont fouler.
Et vous avez intérêt à être nombreux et créatifs car quel camouflet cela me serait de voir ma boite vide de toutes missives séduisantes ! De toutes façons, je ne dirai pas le résultat de peur de devoir avouer un zéro tout rond et tellement vexant.
Bon je vous attends : gicerilla@voila.fr.
Et la plus belle lettre, la lettre la plus convaincante, la plus hypnotisante sera publiée ici comme un hommage à votre créativité.
Et toi mon Pygmalion, si je ne fais pas une digne moisson, tu sais ce qui t'attend.
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