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dimanche, 30 décembre 2007

ELLE - L'ornithologie revisitée

ead65e41f9cbbb90aee0af8ef640e0e8.jpgSamedi j'ai vécu une expérience inoubliable !  

L'humilation portée au sublime, celle qui fait lever les yeux au ciel devant tant de perfection et de destruction contenues. 

Mais pour la raconter, refaisons la génèse.

Bien que Darwin ait clamé que l'homme descend du singe, j'ai souvent pensé que la femme descendait plutôt de l'archéoptérix, vous savez, l'ancêtre éloigné de l'oiseau et dans le règne animal rien n'est plus proche de la femme que nos amis ailés. En tout cas, j'ai dû l'admettre depuis peu en ce qui me concerne et sans en revendiquer la moindre fierté, je ne peux que constater que cela est vrai. La lucidité est certainement ma plus grande vertu et en son nom je me dois de reconnaître une liaison directe avec les anatidés, les passereaux et autres gallinacés.

Évidemment, le lien entre eux est moi est ténu et il s'agit ici de m'expliquer.

Oie blanche je peux être à mes heures. Crédule comme une enfant, jolie niaise qui, le bec enfariné, gobe tout ce qu'on lui raconte comme si des vérités bibliques lui étaient révélées et qui se retrouve bien souvent l'objet du sourire de ses contemporains, amusés par tant de naïveté. Je revendique cette qualité qui parait à certains comme un défaut incurable et pourtant. Sans un brin de naïveté n'a-t-on pas vite fait de tomber dans le scepticisme, voire le cynisme improductif ? Oie blanche je veux être tant que l'on ne manifeste à mon égard aucun mépris, car sinon d'oie blanche je peux devenir aigle au bec acéré pour mieux lacérer de mes propos tranchants ceux qui ont cru un seul instant de moi pouvoir se moquer.

Il m'arrive aussi d'être plus bête qu'une poule, même s'il est prouvé que la poule est loin d'être bête. Pourtant lorsqu'en informatique il s'agit de trouver la solution d'un problème, je suis comme une poule, de race tout de même, qui a trouvé un couteau et alors il me suffit de remuer du croupion joliment pour solliciter des mâles environnant l'aide nécessaire à la solution du problème. Et de bête poule je deviens fin stratège et fais tomber dans le panneau le premier informaticien venu si prévisible dans ses réactions qu'un sourire de cocotte le fait s'activer sans répit et gratuitement encore !

Pie je suis aussi, allez je l'avoue. Je peux jacasser des heures de tout et de n'importe quoi, aidée que je suis par la faconde que les fées m'ont donnée à ma naissance. Je jase avec art, je jase avec légèreté, je jase comme une fille de bonne famille ou comme une serveuse de bar. La gouaille d'Arletty ou l'élégance du verbe de Molière me servent à débiter des fadaises ou bien des vérités. Car jamais je ne fais l'autruche et j'affronte volontiers celui avec qui je suis en conflit, le débat ne me fait pas peur et les joutes orales sont mon plus grand bonheur.

J'aime tout ce qui brille, particulièrement le diamant, mais je manque parfois de discernement et telle l'alouette je peux prendre parfois un vulgaire morceau de verre poli pour une gemme incomparable. Il m'est arrivé d'être tête de linotte ou bécasse mais jamais, au grand jamais, dindon.

Et samedi, pour la première fois de ma vie, j'ai été l'héroine d'une amère comédie. J'ai été l'objet involontaire d'une farce savamment orchestrée et dindon je me suis transformée à ma grande vergogne. Je ressens toujours sur ma joue le feu de l'humiliation que j'ai ressentie lorsque j'ai réalisé le piège dans lequel j'étais tombée. Des larmes acides dévorent encore mes yeux asséchés par la colère.

Et je m'en veux d'avoir été abusée par un prédateur de si peu d'envergure. Le rendez-vous que j'avais accepté avec ce beau renard aux mots suaves, au pelage rouge flamboyant de celui qui a de la race, à la queue en panache digne des plus beaux contes s'est révélé être une rencontre manquée avec une hyène pouilleuse, au pelage gris jaunâtre rongé par la gale, à l'échine courbée du lâche qui plie l'échine sous la force de l'adversaire plutôt que de lutter pour conserver son honneur. Impuissant de surcroît, je le soupçonne, et ce sera là sa seule circonstance atténuante car sinon comment expliquer que l'on me sollicite, que l'on veuille tout de moi pour ensuite mieux me bafouer ?

Ses mots savamment tournés m'ont aveuglée et j'ai accepté de rencontrer un pleutre au lieu du renard éblouissant de la fable. Je n'ai pas vu qu'entrait dans la basse-cour un charognard couard et non pas un prédateur fort et courageux. Caché derrière ses mots trompeurs, il a obtenu de moi ce qu'il ne méritait pas, un rendez-vous qui en lapin humiliant s'est transformé.

Et après avoir été avec lui tour à tour oie blanche, poule et alouette me voilà devenue dindon pour une farce salée dans laquelle j'ai joué, grandiose, le premier rôle ! Bel accomplissement, vraiment...

Et je vous le dis haut et fort, comme le corbeau en son temps, on ne m'y reprendra pas. On apprend toujours à ses dépens n'est-ce pas !

Alors, Mesdames, croyez-moi sur parole, si un beau parleur vient vous susurrer des mots envoûtants, ne l'écoutez que d'une oreille distraite jusqu'à ce qu'il ait fait ses preuves et démontré qu'il est bien ce qu'il prétend être.

A bon entendeur...

jeudi, 27 décembre 2007

ELLE - L'escarpin fuchsia - la fin

9be103bc8083b139a5afcf8c4ade953b.jpgIl y a quelque mois j'avais relaté le premier volume d'une histoire "l'Escarpin Fuchsia". Comme promis, voici la fin.


 "Pourtant, entre la première de propreté et la semelle un interstice a été créé et je vois, glissé entre les deux, ce qui semble être un morceau de papier plié..."

Je déplie le papier les mains tremblantes. Je considère la feuille dépliée pour noter que l'écriture est souple mais nerveuse, la pointe du stylo bille a entamé le papier d'un trait volontaire, le fait d'une main ferme j'imagine. Je lis les mots élégamment couchés et je dois immédiatement m'asseoir. Les jambes me font défaut car ce que je lis est inconcevable.

"Vous ne me connaissez pas. Je ne vous connais pas non plus. Par un jeu de circonstances que seule la vie peut nous réserver, j'ai aperçu vos jambes, vos chevilles et vos pieds cambrés chaussés de ces escarpins condamnables. Je rangeai alors mes affaires dans mon sac de sport lorsque par l'interstice infime qui sépare les casiers j'ai vu vos pieds habillés par ce cuir aussi tentant que le cœur d'un arum carmin et se profiler au-dessus vos belles jambes. Vous avouerai-je que sous l'emprise d'un élan irraisonné, j'ai attendu que vous soyez dans la douche pour vous voler la chaussure droite comme un trophée. Je voulais vous posséder, quelle illusion ! Depuis je ne sais comment faire pour vous aborder. En effet, je ne connais de vous que vos jambes dorées et vos escarpins fuchsia. Pour vous voir, il faudra bien que de nouveau vous les portiez. Alors c'est à regret que je vous le retourne. Promettez-moi de les porter bientôt qu'enfin entière je vous voie. C"

Je suis incrédule. Tout cela sent son canular. Une femme m'aurait volé une chaussure telle un fétichiste de base ? Et pourtant comme une intuition fulgurante au creux de mes tripes me fait croire que cela est vrai. Je suis saisie d'une envie démente d'en savoir plus et dès lors décide de porter plus souvent qu'à l'accoutumé ces chaussures de tentation.

Je retournai régulièrement à mon cours de fitness, guettant littéralement à chaque pas en entrant dans le vestiaire un regard ambigu qui trahirait la voleuse qui hantait mes pensées. Pourtant aucune piste ne m'était révélée et j'abandonnai l'idée de jamais savoir le fin mot de l'histoire.

Et ne voilà pas qu'en ce lundi de septembre j'ouvre mon casier et je vois tomber un deuxième papier, soigneusement plié comme le premier. Mon cœur fait un bond à me couper le souffle. De l'ouate liquide envahit mon cerveau et les femmes babillantes qui m'entourent semblent devenues muettes. Je ne les entends plus et nue, sans aucune conscience du froid qui fait dresser mes seins, je lis le billet, envahie par une vague brûlante.

"J'ai voulu vous voir en entier et j'ai guetté chaque jour votre retour espérant que rapidement mon regard croiserait encore vos pas. Mes yeux se sont faits humbles depuis et enfin je vous ai vue. Ce que j'avais anticipé m'a été confirmé. Vous me plaisez. Vous êtes entrée dans le vestiaire comme une tornade souriante, vous avez dit bonjour à la cantonade et c'est à ce moment que j'ai tourné la tête. Vous souriiez de ce sourire que depuis je ne peux oublier. J'étais dans un coin, à moitié cachée par la porte du casier et je vous ai observée à la dérobée. Et chaque vêtement de vous qui tombait me faisait regretter d'avoir un jour décidé que le genre masculin n'était pas mon destin. Plus je vous regardais, plus des élans violents venaient réveiller au creux de mon ventre des envies disparues avec lui. Etre devenu ce que je croyais être pour découvrir que celui que j'étais aurait aimé vous rencontrer... Je nourris malgré tout le désir fou de vous plaire, car je ne saurai vivre sans espoir. Je vous en prie, ne vous effrayez pas de ma confession et sachez que votre choix sera le mien. Je vous laisse libre de venir à moi ou pas. Je vous donne un indice qui vous permettra sans équivoque de m'identifier et vous saurez alors si vous voulez connaitre de moi plus que ces mots sur ce papier. Cherchez un piercing au diamant étincelant telle Vénus pour vous orienter. La lettre C qui l'orne vous guidera.Ne dites pas non. Réfléchissez, ne me condamnez pas. C"


Je me suis assise. Le froid pince mes chairs qui se réveillent pour me dire "vêts-toi". Je suis grelottante et pourtant bouillonnante. Je regarde de toutes parts mais le vestiaire s'est vidé. Je suis hagarde, égarée. Que faire ? Comme une automate, je couvre mon corps glacé, les sens bouleversés par cette révélation étonnante.

Les jours suivants je n'ai eu de cesse d'observer discrètement toutes les femmes qui se douchaient en cherchant désespérément celle qu'un diamant trahirait jusqu'à récemment....


* * *

Bien souvent la réalité dépasse la fiction. A vous d'y croire ou pas.

lundi, 24 décembre 2007

ELLE - La bonne soupe

6250141957ddd79ca21c5fc8524105f4.jpgMa mère a toujours été pour moi une source intarissable de sagesse.

Depuis toute petite, je me suis baignée à sa source pour mon plus grand plaisir et mon bénéfice. Dès mon adolescence, en femme de son siècle et responsable, elle s'est attelée à faire mon éducation sentimentale en m'inculquant des principes décapants mais si plein de vécu ancestral. Alors que j'étais vierge et rêvais au Prince Charmant, car hélas la maladie m'a prise très tôt, elle m'expliqua un jour comment faire pour me forger une vie sans souci, ni matériel, ni ménager.


"Ma chérie" me disait-elle "il te faut trouver un homme âgé. Un homme qui a bien vécu et qui saura apprécier en toi toutes ces qualités qu'un jeune fringant risquerait d'ignorer par manque d'expérience". Je fronçais les sourcils, incrédule et rebelle. "Ah, non, tu es folle. A mon âge ! Non, je le veux beau, intelligent, bien fait. Je ne saurais baiser les lèvres fripées d'un vieillard !" Pourtant, elle insistait et généralement elle continuait ainsi "mais es-tu bête ma fille, écoute-moi donc jusqu'au bout. Fais confiance à ta mère. Choisis le bien mûr, de préférence à la santé bancale. Un cardiaque ou un épileptique ferait très bien l'affaire... "

Alors là, je m'insurgeais, me barricadais derrières des arguments outragés et résistais. Elle bombardait ses raisons au rythme de son plan de bataille "mais écoute donc, bécasse. Choisis le sur la fin, libidineux peut-être et tout cas bien attaché aux plaisirs de la chair. Tu te maries avec tout en restant vierge, car il est hors de question que tu te donnes avant qu'il ne t'épouse. Il te fera la cour à l'ancienne. Tu verras les avantages, ma belle. Des faveurs, des cadeaux, tout heureux qu'il sera en bon pécheur d'avoir attrapée dans ses filets une limande si jolie. Tu feras ta coquette, tu bouderas. Il deviendra fou, fera tous tes caprices. Lorsqu’il sera fin prêt à t'épouser en dépit des grands cris de ses enfants de ton âge, tu passeras devant monsieur le Maire...."

A ce stade, en général, je m'effarouchais. Quoi, moi, me marier avec un vieux ! Elle poursuivait, imperturbable, sûre de son fait comme un vieux sage "attends, laisse moi finir veux-tu. Le soir des noces, tu te refuseras à lui sous n'importe quel prétexte : la lune, la migraine... Et puis une fois en ménage, tu souffleras doucement sur la braise de ses fantasmes pour le faire rougir à blanc, mais surtout, surtout tu ne cèderas pas et aucune eau froide tu ne lui jetteras sinon il se renforcera comme le métal du forgeron, ce que tu ne veux pas. Tu feras chambre à part sous prétexte qu'il ronfle. De honte il ne te blâmera pas. Tu t'assureras d'être toujours disponible et pimpante jusqu'à ce qu'il te couche sur son testament. Et puis, ma chérie, ne t'inquiète pas, tu prendras des amants, tu verras !" Ce type de réflexion me faisait roucouler de plaisir. Un amant !! Voilà que je rougissais, mon hymen palpitait de plaisir par anticipation !

Elle continuait "Enfin, au bout de quelques mois de ce traitement là, tu décideras de ne plus faire chambre à part. Tu le rejoindras dans sa chambre et tu danseras la danse des sept voiles. Dans une pénombre favorable, doucement tu dégageras une épaule, tu glisseras hors de ton déshabillé une jambe à le damner. Son cœur s'emballera. Lentement tu dévoileras à son regard halluciné tous tes charmes et c'est bien le diable si avant la fin de l'effeuillage il ne craque pas ! Son cœur comme l'élastique de la fronde trop tendu claquera et le pauvre homme rejoindra St Pierre heureux comme jamais il ne l'aura été sur la terre !"

Voilà donc les principes que je me suis évertuée à appliquer depuis trente ans... sans succès ! 

Pourtant, dès mon plus jeune âge j'ai plu aux vieux Messieurs mais seuls les jeunes hommes attiraient mon regard noir et curieux. En bonne fille de sa mère, je faisais mes devoirs et répétais sans grande conviction des lignes d'écriture "Choisis le bien mûr, de préférence à la santé bancale...”. Mais je n'avais d'yeux que pour les beaux, les biens balancés. En dépit de tous mes efforts, je n'ai jamais pu coucher pour
l'être en retour sur la feuille de papier convoitée chez le notaire. De toute façon, ce que ma mère ignorait c'est que les vieux barbons ne sont plus depuis longtemps les jars blancs qui servaient de dindon aux farces de Labiche et aimer sans toucher, se languir sans goûter, mettre à nos pieds le monde sans palper, il y a bien longtemps que cela ne marchait plus.

Le temps passant je me suis mise à questionner, ô blasphème suprême, le bien-fondé de la sagesse de ma mère et puis tout simplement je l'ai oubliée. Et maintenant, par les force des choses ou plutôt par la force du temps me voilà convoitée par des hommes plus vieux que moi, voire bien plus vieux, mais hélas l'envie ne vient toujours pas. Car plus les jours défilent et plus mes yeux sont attirés par les jeunes hommes fringants. Bizarre, non ? Il faut dire, je ne suis pas aidée car plus ça va et plus d'hommes jeunes me prêtent de l'intérêt. D'ailleurs, cela m'étonne toujours et cette interrogation planquée dans un coin de mon cerveau vient vicieusement me chatouiller "serait-ce la légende de du vieux pot et de la bonne soupe ?"  Cela n'est pas très flatteur, mais peu importe leurs motivations, je plais !

Alors qu'est-ce qui me retient ? Mais la conscience de l'opprobre de la société qui me fait détourner le regard de peur d'être tentée. Car notre société est impitoyable ! Prenez un vieux bonhomme, cacochyme de préférence, avec une jeunesse de trente ans sa cadette et c'est un Dom Juan, c'est normal ! Il peut même et c'est souhaitable lui faire des mouflets. Alors qu'une vieille dame avec un homme jeune, c'est pitoyable et condamnable. Alors, résignée je ferme les yeux et accueille les avances de ces Messieurs avec autant de bienveillance qu'on accueille l'huissier ! Quelle mijaurée ! Si ma mère le savait. Elle me tancerait vertement et me rappellerait ses vieux principes sûrement.

Je rêvais à cela lorsque négligemment je pris l'édition N°3232 du ELLE et consultai le sommaire. Et là, comme toujours, un don du ciel, une révélation qui me dit en souriant "ne désespère pas Gicerilla, regarde ..." Je saute sur la page 103, ô merveille, lisez un peu "La fin d'un tabou : Mon mec est plus jeune, et alors ?" Et voilà étalés sous mes yeux Demi et Ashton, Westwood et Kronthaler, Madonna et Guy sans parler de Chazal et de Lemaire ! Mes cellules sautillent excitées, mes yeux pétillent, mes mains tremblent. Je dévore l'article, yesssss, ça y est, c'est reconnu, c'est autorisé, je peux...

A moi les chairs fermes, les muscles saillants, les mentons anguleux et les gueules d'ange. La publicité Gaultier** défile en surimpression sur les pages du magazine et un peu de bave carnassière vient mousser sur mes lèvres gourmandes. Je m'imagine enfin autoriser à dire ouiiiii à tous ceux qui le voudraient sans plus jamais me soucier de leur âge. Plus de rebuffades à leur infliger mais des roucoulements flattés.

A moi les ébats interminables dans les bras de débutants adorables. A moi la joie d'initier aux mystères de la femme tous ces éphèbes lisses et fermes comme des vierges. La fin de l'année s'annonce chaude à souhait et avec les frimas, je ne vais pas m'en priver !

C'est Noël Mesdames, profitez-en, tout est autorisé !

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vendredi, 21 décembre 2007

ELLE - La solitude

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Il est allongé sur un lit de gazon épais comme un tapis d'orient qu'il ne tond plus depuis longtemps.


L'herbe vert intense de ce milieu d'été est infestée de pissenlits et de trèfles trilobés. Un œil averti aurait beau chercher, aucun trèfle chanceux ne hante plus cette pelouse là. Ses yeux sont embués de larmes sèches qui ne veulent plus couler. Ses pupilles ont essuyé tant de marées d'équinoxe que leur bleu intense s'est corrodé et la cornée s'est asséchée comme le désert d'Uyuni. Plus aucune émotion ne pourra jamais fleurir dans ces yeux assassinés.

Il scrute le ciel et la lune resplendissante renvoie une lumière irréelle qui le projette dans des songes éveillés. La Solitude, sur la pointe des pieds, se fait ce soir plus présente et il sent sa chaleur là, à son côté. Il sait qu'elle scrute avec lui dans la même direction, un seul regard conjugué, les astres qui brillent et qui clignotent au rythme du sang qui bat dans ses veines. Osmose avec l'univers tellement plein, tellement vide. "Que fais-je encore ici ?" lui demande-t-elle. Sa gorge se serre. Il n'ose tourner la tête. Il a peur de rencontrer son regard interrogateur de femme lassée de répéter les mêmes questions. Il sait qu'il y a longtemps qu'elle aurait dû le quitter mais il ne sait s'y résoudre. Elle lui est si familière et avec elle, pas besoin de mots, elle sait.

"Madame, vous le savez. Je ne sais plus aimer depuis qu'elle est partie !" Ou plutôt on la lui a volée. Elle ne voulait pas s'en aller, le quitter. Elle l'aimait trop. Il l'aimait trop et pourtant elle n'est plus dans sa vie. "Alors, Madame je vous en prie tenez-moi encore compagnie..." Son cœur bat plus fort et les étoiles semblent le suivre dans cette danse effrénée des souvenirs qui le griffent comme les ronces de son jardin. Il ferme les yeux maintenant. Il doit la revoir et pour la énième fois il l'invoque. Il l'appelle "viens, frôle-moi, je t'en prie, rejoins-moi, reviens !..." Mais rien n'y fait, l'écran reste noir et ses yeux le piquent comme les dards d'un oursin enfoncés dans sa chair.

Subitement un coup au cœur, un poing dans le plexus, le souffle qui s'enfuit. Il suffoque. Les images palpitent et les flammes dévorent sa rétine. La voiture est là, sous ses yeux, compression flamboyante. Le bruit des sirènes qui scient ses tempes, des moteurs de pompiers qui ronronnent comme des chats malfaisants. Il est planté à dix mètres, les bras ballants le long du corps, le corps qui s'effrite, des larmes brûlantes lacèrent ses joues et il ne sait plus si ce sont elles, corrosives, qui grillent son être et son cerveau anéanti, ou ce sont les flammes de l'enfer qui dévorent la voiture où elle est assise, prisonnière d'une sangle qui n'a pas voulu céder. Il pleure de rage, il ne peut la sauver et un bruit ahurissant venant de ses entrailles couvre de ses sons lancinants le vacarme de l'accident...

Il n'a plus de mémoire. Comment a-t-il quitté la scène ? Et la cérémonie ? Les pompiers l'ont emmené, guidé par leurs mains rassurantes, lui l'halluciné, lui le sidéré. Et puis la vie a tenté de reprendre son cours. Des jours sans soleil, des nuits sans sommeil, Des réveils en sursaut, des dégoûts de la vie âcres comme la bile qui en ce moment reflue vers sa gorge. Des mois d'absence, présent mais détaché. Incapable d'envisager la vie sans elle. Et ce soir il la voudrait tant, là, dans ses bras !

Il se prend à prier et en écho à ses côtés la Dame avec lui prie. Leurs mots s'élèvent au-dessus des nuées. Il serre ses mains en deux poings impuissants et ses ongles rongent sa chair. Il écrase ses paupières sur ses pupilles stériles et fronce en une grimace de gargouille ses sourcils noirs pour mieux l'invoquer. De prières ses mots deviennent hurlements inhumains et dans l'air transparent de cette nuit d'été ils explosent en éclats qui scarifient la nuit et la fait saigner. Subitement, ses vêtements, sa peau le brûlent. Une chaleur intense envahit ses pieds. Remonte en déferlantes dans ses jambes, inonde son ventre, submerge son sexe qui se dresse à lui faire mal. La vague étouffe son cœur qui ne bat plus et ses poumons se tétanisent.

Elle est là, contre lui étendue de tout son long sur lui. Cela fait des mois qu'il n'a pas senti son poids sur son torse. "Embrasse-moi" susurre-t-elle à son oreille et au bord de la raison il sent pourtant une douce chaleur sur ses lèvres et le frôlement imperceptible de ses lèvres à elle. "Ne fais pas le timide, mets tes mains sur mes reins... si longtemps que j'attendais cela !" Incrédule, il lève lentement ses bras en arc de cercle croyant les poser sur son ventre et pourtant non, ses mains ne le touchent pas. Elle est bien là, palpable, avec sa cambrure ineffable et ses fesses rondes et charnues. Ses mains agitées de tremblements passent et repassent sur ces reliefs et son cœur repart de plus belle, et ses poumons enflent d'émotion. C'est bien elle. Il la caresse et la sent doucement basculer son bassin sur son sexe dressé. Ses hanches comme les bras aimants de la nourrice bercent doucement son sexe qui n'a plus jamais bandé de désir pour une autre. "Je suis avec toi une dernière fois, mais je vais repartir et pour de bon. Et la Dame qui t'accompagne devra elle aussi quitter les lieux. Il n'y a plus de place pour nous deux. Ecoute-moi bel ange, ton corps est chaud. Il est fait pour vivre et vibrer. Je veux que ton cœur, ton âme, ton sexe réapprennent à aimer. Rien de sert de s'accrocher au passé. Je te fais l'amour pour la dernière fois..."

Il suffoque en la plaquant contre lui comme un damné sur la porte de l'enfer. Il veut la faire rentrer dans sa chair pour ne plus jamais la laisser partir. Elle ondule lentement et il sent son corps comme le bronze de la porte qui s'échauffe, rougeoie, se liquéfie. Il la caresse éperdument et elle lui dit "ôte ta chemise, je veux sentir ta peau sur ma peau". Il n'ose pas la lâcher. Il arrache comme il peut le coton tentant de ne pas la laisser filer et un choc électrique fait exploser ses cellules. Sa peau si chaude sur sa peau à lui. "C'est impossible, je deviens fou... " Et pourtant. Ses seins fermes et ronds s'écrasent sur son torse comme avant et la douceur de satin qui glisse sur lui. Elle l'embrasse à pleine bouche, hors d'haleine. Il entend à nouveau ses gémissements. De petites plaintes d'amour qui augmentent au rythme de son ventre qui s'anime. Ils ne sont plus qu'ondulations et son cœur lui dit "aime-la" et son cerveau lui dit "tu délires" mais la passion est plus forte. Elle continue sa danse en transe contre son sexe qui enfle et bande tout son amour. Elle lui caresse le visage, baise son cou et ses lèvres mordillent sa chair tendre alors qu'il caresse ses fesses et s'accroche à ses hanches, planche de salut du naufragé qui se sent sombrer dans le délire du désespoir. "Laisse-toi aller mon amour, laisse monter en toi la sève de la vie, je t'en supplie arrose mon ventre comme une semence de vie nouvelle. Oh, mon amour, je t'en supplie... revis !" Et dans un ultime mouvement de ses hanches elle déclenche la tourmente qui le cloue de plaisir et fait jaillir vers les cieux une rivière nacrée qui l'inonde.

Et alors que son sexe pleure la vie dont à nouveau il jouit, il sent, désespéré, le poids sur lui s'alléger, devenir aérien, disparaitre. Il palpe désespérément l'air, presse son ventre de ses deux mains tremblantes mais il la sent devenir éthérée. Il sait qu'elle part à jamais et pourtant un sourire nait sur ses lèvres et ses yeux, enfin, débordent de larmes reconnaissantes...

 

 * * * * * *

 

Librement inspiré par Placebo, Sleeping with Ghost http://fr.youtube.com/watch?v=hDtV0sBLG8M&feature=rel...

 

mardi, 18 décembre 2007

ELLE - Autopsie d'un amour mort

6d79f114cea9768238f53cf60d9cd321.jpgLe bruit régulier des roues qui écrasent les rails de métal me berce doucement.

Je m'avachis sur mon siège de première classe. Le confort en TGV, ça a du bon. J'ai le regard qui se perd au loin, hypnotisé par le paysage qui défile à 300 km/h. Plus je m'approche de Paris, plus le ciel se dégage et les tonalités d'ardoises concassées se diluent peu à peu en un bleu layette timide. Des étendues de barbe-à-papa blanche moutonnent sur fond d'azur, la lumière se révèle plus franche, plus gaie, comme après la tempête.

J'aime ces moments où je suis prisonnière. De l'endroit, de mes pensées. Le train impose à mon corps un repos forcé. Je dois être immobile et non plus dans l'action comme un Zébulon qui sautille. Tournicoti-tournicota c'est plutôt mon style et là, en Marguerite placide je me suis transformée. Je ne mâchonne pas de pâquerette mais c'est tout comme. Je laisse mes pensées errer, je laisse mon imagination vadrouiller. Pas de rendement ici, pas d'efficacité. Non, juste vivre le moment, en jouir simplement parce que cela à une saveur trop peu souvent goûtée. Et alors que tout mon être se met à l'aise, s'abandonne au confort du fauteuil ciglé Christian Lacroix, je remarque à ma droite un couple dans la petite cinquantaine. Je les observe en coin pour ne pas les gêner et je ne sais dire si c'est une cinquantaine débutante ou une quarantaine bien marquée par les méfaits de l'ennuie de la vie.

Monsieur, oreillettes greffées dans ses pavillons rougeauds, regarde un DVD grâce à la console qu'il a placée sur sa tablette. Madame feuillette, sans enthousiasme, un magazine quelconque. Monsieur ignore Madame isolé dans son monde cinématographique. Il ne la regarde jamais, ne la touche pas non plus. Aucune attention à son égard. Il est là, vautré sans élégance, la bedaine de brasseur posée sur ses genoux étirant outrageusement la chemise de coton dont les boutons menacent à chaque instant de partir en fusée. Ses mains boudinées affichent une grosse chevalière dorée, et à son poignet droit une gourmette du même métal cisaille ses chairs. Il boit du Fanta orange.

Elle boit du Coca Cola. Elle est assise à ses côtés, indifférente. Elle aussi a perdu sa silhouette d'antan. Elle est habillée triste, gris et beige. Des souliers noirs de moniale ornent ses pieds habillés de chaussettes noires épaisses. Tout est épais chez elle. Elle n'est pas jolie et aucun vestige de beauté juvénile ne vient agrémenter ses traits. Suisse allemande certainement et lui plutôt descendant de propriétaire terrien du canton de Vaud. Daumier l'aurait sûrement croquée en bouledogue ou en chien de salon avec babines pendantes, museau retroussé et toison choucroutée par le dernier toiletteur à la mode.
 

Ils sont là, côte à côte et je suis effrayée. Voilà deux heures sans même se regarder, sans même croiser un regard de connivence qui dirait "ce n'est plus comme au début mais tu es toujours aussi importante pour moi..." ou quelque chose d'humain dans le genre ! Seraient-ils frère et sœur ? Non, une alliance vient briser ce qui était pour moi un espoir secret. Et dès lors, je m'interroge. Est-ce qu'ils s'aiment ? La question m'investit comme l'envahisseur. J'ai peur de connaitre la réponse qui s'insinue en moi avec la puissance de l'acide qui torture l'estomac vide de l'assiégé.

L'amour a-t-il jamais fait palpiter leur corps ? A-t-elle jamais crié sous ses assauts ? A-t-elle frémis un jour à l'idée de ne plus avoir sa présence à ses côtés ? Ont-ils toujours de ces élans et du cœur et des chairs qui font que là, maintenant, viens embrasse-moi, baise-moi, aime-moi, je te veux ? A-t-elle de ces sursauts qui ôtent le souffle en pensant que demain, peut-être, elle va le perdre parce que c'est dans l'ordre des choses, dans la chronologie de la vie confirmée par les statistiques ? Et lui. Envisage-t-il un seul instant ne plus vivre avec elle ou saute-t-il consciencieusement sa secrétaire pas bégueule, ne désirant plus  jamais empoigner, submergé par un désir bandant, les chairs généreuses et molles de sa femme ?

Ils ont fermé les yeux. A quoi peuvent-ils rêver ? Le sommeil les éloigne-t-il encore plus l'un de l'autre ? Ou bien, je veux le croire, c'est là qu'ils se rejoignent, unis dans un seul rêve ?

Ces questions me harcèlent. Elles m’ôtent la sérénité alors que le ciel devient d’un bleu immaculé. Mes pensées, elles, s’assombrissent et je me demande pourquoi l’amour s’en va ? Pourquoi les élans des premiers moments ne semblent pouvoir perdurer ? Pourquoi l’habitude prendrait-elle systématiquement le pas sur l’amour et la passion ? Moi, la reine des pourquoi, de préférence des pourquoi qui restent sans réponse, oui surtout sans réponse car sans réponse c’est plus drôle, je sens mon humeur se noircir au gré de toutes ces questions ineptes que seule moi pour les autres peux me poser. Et mes questions telles des bistouris en acier glacial tailladent dans les coeurs espérant y trouver les raisons pour lesquels ils sont comme des mollusques posés sur un rocher. Elles taillent des lamelles qui défilent sous mon microscope mental. Elles ont des couleurs d'ennui, de silences lourds, de choses tues, d'habitudes érodantes, de désirs assoupis, de colères étouffées, de reproches décalés...

Et plus le ciel se lave de toutes traces de nuées charbonneuses, plus mon regard noir se fonce au point d’atteindre des couleurs d’ombres abyssales. Et me voila assaillie, inquiète, alors que je voudrais la paix. Les lambeaux de leur vie que j'imagine et que je biopsise m'effraient comme la révélation brutale d'un cancer foudroyant.  Et je m’effarouche à l'idée que peut-être tout simplement l’amour n’est pas fait pour durer.

Et je ne veux pas avec mon homme devenir un vieux couple qui se côtoie comme les résidents polis d’une pension de famille. Je ne veux pas devenir une association d’individus qui restent ensemble simplement pour les enfants, pour sauvegarder les apparences, pour des raisons matériels et qui ne partagent plus qu’un triste bilan comptable
.

Je ne veux pas la raison et le renoncement. Je ne veux pas la tendresse de la résignation. Je veux des frissons, des colères, des réconciliations. Je veux des baisers et des griffes, des caresses et des coups de gueule. Je veux l’admiration et le respect. Je veux l’envie et la gourmandise.

Je veux vivre toujours mes amours comme au premier jour. Mais cela est-il possible ?

Dites-moi "oui", je vous en prie...

 

samedi, 15 décembre 2007

ELLE - Le camionneur aux lilas (6)

a57bceea96757e7720f63c9b3ab50075.jpgJe roule le pied au plancher. Je sais que ma seule chance est de le cueillir alors qu'il sort travailler.

J'arrive dans une petite ville de province insignifiante de 16,000 habitants avec ses maisons indistinctes, sans cachet, sans piquant. Le style de la région vaut bien le mien dans sa médiocrité. La banlieue me sert des relents de bourgeoisie m'as-tu vu qui ne me paraissent pas un augure favorable. Mais où donc mon Camionneur est-il venu vivre ? Comment atterrit-on ici ? J'imagine qu'on y nait certainement et on n'en part plus jamais jusqu'à y mourir de génération en génération. Des jardins bien proprets, des palissades et des bosquets.

Je glisse doucement sur l'asphalte. Il est très tôt. Je suis partie au lever du soleil. La campagne était habillée d'une lumière bleutée irréelle. Je me gare à 25 mètres, cachée par un 4X4. A-t-on idée, un tout terrain en ville ! Cette pensée agaçante m'occupe l'esprit. Je la fais durer histoire de patienter, d'empêcher mon cerveau de gamberger, mes boyaux de tricoter des nœuds d'anxiété. J'ai repéré la maison et je guette tel le voleur débutant prêt à commettre son forfait. Comme lui, j'ai la main qui tremble, le cœur qui s'active comme un chadock sous amphétamine. Je panique, je crois que je vais craquer car déjà je suis en train de projeter le film de notre rencontre. Surtout ne pas imaginer, surtout laisser vivre ! Et alors que mon cerveau déraille, je vois la porte s'ouvrir et un homme mince de taille standard sortir. Il est vêtu simplement. Rien de remarquable dans sa tenue. Je suis déçue car il porte des vêtements décontractés alors que je l'avais imaginé élégant, raffiné plutôt Boss que Chevignon, mais bon...

Il saute dans une Audi ou un BMW, les belles carrosseries cela n'a jamais été mon fort. Je remets le moteur en marche sur la pointe de la clé priant que le bruit de mon moteur se fonde dans celui du sien. Je le suis à distance raisonnable dans les rues silencieuses de ce petit matin de semaine. Il me mène jusqu'à la vieille ville de Lyon et là, malheur, il se gare sur un parking privé où ne j'ai pas accès. Je stationne en double-file pour ne pas le perdre de vue et le voit entrer par une porte dérobée logée dans un bâtiment adjacent. Je repère l'endroit et fonce me garer, le cœur au bord des lèvres à pousser des soupirs telle une accouchée tant je suis près du but, tant j'ai peur de rater ma mission improbable. Je prends la première place disponible, je fais le créneau le plus ridicule de ma vie ! Tant pis pour mon ego, tant pis pour les PV, je suis hallucinée, une vision m'aveugle, lui et mon désir. Ce satané désir insensé qui m'a saisie à la gorge depuis que je l'ai vu.

Je sors en m'obligeant à découper mes gestes en séquence pour me tranquilliser. D'abord les jambes sur le pavé, puis je m'extrais du véhicule comme une handicapée. Je respire par petit coup pour calmer mon cœur. Je verrouille, me rajuste, me regarde dans la vitrine derrière moi pour vérifier que je suis présentable et je pars vers le bâtiment. Me voilà devant, c'est sûr, c'est bien là. Incroyable... un fleuriste ! Mon Camionneur est fleuriste ! Je n'en reviens pas et pourtant c'est bien lui devant moi, là, avec un tablier de coton bleu passé qui ajuste des bouquets dans des vases. Je souris, involontairement. Lui, un fleuriste, alors qu'il avait l'air si mâle dans son rôle de camionneur, le voilà qui arrange joliment avec la grâce d'une jeune-fille des bouquets multicolores. Non pas que le fleuriste soit un métier d'efféminés mais entre camionneur et fleuriste il y a un monde de différences au goût de cambouis et d'effluves floraux, de roues crevées et d'engrais, de robustesse et de fragilité, de sandwich SNCF et de plat du jour mitonné ! Bizarrement, cela m'attriste car mon désir avait dans l'idée un type hyper viril aux confins de la caricature, voire tatoué sur le bras droit comme il me l'avait raconté, cultivé mais brutal, proche des réalités de la vie et non pas dans la superfluité florale. Malgré tout, je tremble car je le vois faire et mon envie ne décroit pas. Je vais à la rencontre d'un fantasme dément qui me trouble et me ravit.

Je pousse la porte de verre dont le carillon sonne comme mille clochettes de brebis perdues dans la montagne et en écho les sons se prépercutent sur les murs, sur les fleurs, sur ma peau qui frémit, sur lui qui se retourne. Il est face à moi devant le comptoir, un bouquet de marguerites à la main. Il me sourit en me disant bonjour. Je réponds en bêlant. J'ai honte, tente de me reprendre mais tout à l'intérieur se bouscule et mes organes chamboulés ne savent plus leur fonction et déraillent. Je respire avec le coeur, réfléchis avec le sexe et tiens encore debout parce que c'est la mode !


Il me demande ce que je veux "un bouquet de roses rouges s'il vous plait." Il ne sait pas, c'est évident, il n'a aucune idée. Moi seule le sait, c'est excitant mais que vais-je faire ensuite ? Nous choisissons ensembles les plus majestueuses. Des rouges baccarat aux pétales de velours pourpre cardinalice. Je le regarde en douce choisir les plus belles, il est penché sur un vase haut et je vois son profil affirmé au front haut et très dégagé de matheux, le nez long au bout arrondi et des lèvres minces mais bien dessinées. Il est plus grand que moi. Il est sec et je vois sous les liens du tablier qui enserrent sa taille une paire de fesses impossible chez un européen !  Il a un cul de black qui tend le jeans indécemment et si je ne me retenais pas j'y passerais bien lentement une main hardie pour en tâter la fermeté et dessiner toutes ses rondeurs jusqu'à en perdre haleine. Je n'arrive pas à me concentrer et réalise subitement l'effet fortement érotique sur moi du cul d'un homme, moulé comme il se doit, par la toile d'un jeans. J'inspire un grand coup et soupire sinon il va voir mon trouble dès qu'il en aura terminé avec son choix. Le maelstrom intérieur n'a pas cessé et je sens mes entrailles faire la chandelle ou serait-ce le pendu ?

Il se redresse enfin "c'est pour offrir ?" "Oui, c'est pour moi !" Il sourit encore plus franchement mais ne commente pas. Il arrange les longues tiges avec quelques verdures et donne au bouquet simple en un tournemain beaucoup d'allure. Il lie les queues d'un joli bolduc rouge sang. Avec dextérité, il les enveloppe dans de la cellophane craquante qui chante sous ses doigts et crisse lorsqu'il tortille l'ensemble dans un autre nœud de bolduc de même couleur. Il relève à peine le visage, et tout en s'affairant me lance une œillade sous ses cils noirs en me disant "faudra-t-il joindre une carte ?" Un demi-sourire dévoile un émail très blanc du genre émail diamant dont ma langue aimerait bien goûter la blancheur. Je rentre dans son jeu, car incidemment il m'a tendu une perche. "Oui s'il vous plait. Auriez-vous l'amabilité d'écrire quelque chose dans le genre " Pour toi Gicerilla, à qui je pense tout le temps depuis notre rencontre." Je ne peux pas écrire moi-même, figurez-vous, car je me suis coupée le pouce !"

Il relève la tête à peine ma phrase achevée. Il est interloqué et fronce la ride du lion qui cisaille l'espace entre ses sourcils de deux traits malveillants. Il me scrute maintenant comme un officier de police face à celui qu'il devrait avant tout considérer innocent. "Mais... c'est vous !" Je panique car j'ai senti clairement la peur dans ces trois mots. Me pense-t-il hostile, venue semer la peste dans sa vie ? Car j'ai l'impression de l'être, pestiférée, devant son mouvement de recul. "Oui c'est moi. Ne craignez rien. Je n'en pouvais plus, il fallait que je vous voie. Ne vous fâchez pas..." A l'intérieur ça piétine comme une foule à qui l'on crie au feu, et le feu s'est emparé de moi et de mes sens. Il répond sec et froid "Vous êtes folle, il ne fallait pas. Comment m'avez-vous trouvé ?" Je n'ose plus ouvrir ma bouche de peur de bêler encore, de me ridiculiser, de bégayer. Pourtant il faudra bien lui dire mais je le sens sur la réserve, inquiet. "J'avais envie de vous voir pour... pour... " Les mots ne veulent pas sortir. "N'avez vous pas compris, c'est fini. Prenez vos fleurs, partez !" "Non j'avais envie de vous voir parce que je veux que vous me touchiez, que vous m'embrassiez. Parce que je veux vivre en vrai, une fois, ne serait-ce qu'une fois, les fantasmes que vous m'avez inoculé et qui tous les jours me rappellent combien vous me plaisez !" "Mais vous êtes cinglée, ce n'était qu'un jeu, oubliez, partez...." A son tour il panique, sa voix n'est plus si assurée. La peur s'est transformée. N'aime-t-il pas les femmes. Serait-il lui-même femme devenu ? Oh non, pas ça. Je veux qu'il me baise, là. Il vient se planter devant moi, il me tend le bouquet, geste sans appel signifiant mon renvoi. Il est à un pas, je le fixe dans les yeux. Tout mon corps est tendu comme une haussière retenant le navire. Filin prêt à craquer et à laisser filer. J'avance et seul le bouquet le protège. Il ne parle plus mais me regarde et je vois passer comme un voile flou sur ses pupilles. Un doute ? Une envie ?

Alors sans pudeur je susurre tremblante  "embrassez-moi !" et je ferme les yeux. Rien ne se passe. Je les rouvre humiliée. "Pourquoi ? Suis-je trop moche pour vous ? Apres tout ce que vous m'avez écrit ! Vous êtes un fieffé menteur. Vous n'avez pas de couilles. Vous ne savez vivre que par procuration derrière un écran et vous faire bander en écrivant tout ce que vous ne pouvez pas faire!" J'ai presque hurlé. La boutique résonne encore de mon indignation. Il est devenu pâle et subitement, il pose le bouquet sur le comptoir. Il va vers la porte d'entrée et appuie sur un interrupteur qui déclenche la chute du volet déroulant. La boutique devient de plus en plus sombre et seule une minuscule fenêtre laisse rentrer la lumière matinale dorée. Il revient vers moi d'un pas décidé la colère au front, les traits tirés. Je commence à flipper. Nous sommes seuls. La porte est condamnée. Je me dis que je suis folle, il a raison et ... Plus le temps de penser.

Il m'attrape par les épaules violemment et me jette à la face "Vous êtes venue vous faire baiser, c'est ça, hein ? C'est ça que vous voulez !" Je sens des larmes monter à mes yeux. Il m'insulte et pourtant n'a-t-il pas raison ? Et défiante je réponds "Oui c'est cela. Mais vous n'en n'êtes même pas capable!" Je suis en furie, je me rebelle. Quelle idiote je fais. Le provoquer, le déstabiliser et m'enfuir par derrière, voilà mon plan. Mais je ne savais pas...

Il m'approche de lui et colle sans ménagement ses lèvres sur les miennes. Ses lèvres sont rudes, agressives et sa langue se fraie méchamment un chemin entre les miennes. IL me force et moi je m'abandonne parce qu'en dépit de ma colère j'ai toujours envie de lui. Une envie démente, presque malsaine, qu'il me prenne, qu'il me viole, qu'il m'utilise comme un objet. Je me révèle sous un jour inconnu. Il m'a plaqué contre lui et d'un coup sec descend mon manteau jusqu’aux coudes me bloquant dans un carcan m'empêchant tout mouvement. J'ai les bras rejetés dans le dos m'obligeant à me cambrer et ma poitrine et mon ventre en arc tendent vers lui. Je ne peux pas me défaire de cette gangue de laine et il en profite pour déboutonner mon corsage. Les boutons cèdent et mon cœur palpite à défaillir. Il n'a pas cessé de m'embrasser et de violent son baiser est devenu plus doux. Il descend le long de mon cou et s'y arrête un instant. Il hume puissamment, m'aspire et je ne peux m'empêcher de penser à Grenouille. Ne pas finir comme toutes ses victimes !

Il cesse et descend le long de mes seins et de ses mains rapides il fait sauter l'agrafe du soutien-gorge. J'ai honte. Je me tortille pour m'échapper mais il m’assujettit avec ses mains sur mes hanches et je ne peux cacher les pointes de mes seins érigées en un aveu provocant de mon désir de lui. Il se saisit de la gauche et la malmène. Il la mordille et la suce. La tète et mon cerveau perd pied. Des élans électriques électrocutent mon sexe. Je coule des rivières de honte et de plaisir. Il se saisit du droit et lui fait subir le même supplice. Mes jambes ramollissent, mes bras tendus dans le dos me font mal mais le plaisir qu'il me donne par ses lèvres savantes me fait tout oublier. Il me prend dans ses bras m'amène vers le comptoir. Il me plaque le dos contre le rebord. Je sens l'arête de métal qui cisaille mes reins et mes poignets coincés contre mon dos. Il pèse de tout son poids sur mon ventre et je sens son sexe bandé s'écraser, affamé, contre mon ventre. Il reprend la maltraitance de mes seins qui en veulent encore. Et plus il me mordille et plus la marée monte. Il cesse et me regarde. Je sens mon regard flou, troublé, éperdu et mes paupières lourdes voiler mon égarement. D’un geste brusque il fait valser les fleurs coupées et les verdures qui encombre le comptoir. Il me retourne et maintenant m'oblige à poser le buste sur le comptoir glacé. Mes bras sont toujours coincés et je sens qu'il relève et mon manteau et ma jupe libérant la vison de mes cuisses gainées de bas noir et j'imagine de mes fesses projetées vers lui, séparées par le mince lien de dentelle de mon string noir. J'ai honte "arrêtez s'il vous plait, non..." Mais ma voix est faible car mon cerveau s'indigne mais mon ventre le réclame !

Il plonge son visage. Il n'est plus le fleuriste délicat qui agence des plantes, il est le camionneur, violent, gourmand, sans façon. Je sens son haleine bouillante sur mes fesses, sa langue qui suit la faille qui mène à mon calice. Il écarte la dentelle, ne tente même pas de l'ôter et glisse sa langue dans ma fente inondée. Je sens ses mains sur mes fesses qui les malaxent, qui les écartent pour mieux avoir accès et tel un dard fatal sa langue entame une danse qui me fait gémir et pourtant des larmes coulent sur mes joues. Il va il vient, il me goûte, il me boit et moi je fonds et halète, me révolte, me hais. Puis il cesse et je sens d'un seul coup son sexe à l'entrée. Il s'engouffre en une seule fois avec une violence extrème qui meurtrit mes chairs et pourtant mon sexe l'accueille reconnaissant. Contre ma volonté, il l'appelle même. Sa queue et lui se parlent et ensemble ils épèlent l'alphabet du plaisir. Il me cloue au comptoir et chaque coup de boutoir qu'il m'assène cogne mes fesses qui claquent. Le bruit est indécent et bizarrement augmente mon plaisir. L'idée qu'il écrase ma chair de son ventre tendu. L'idée qu'il voit mes fesses écartelées sans honte et qui en redemandent et moi qui frémis, qui gémis, qui dit "oui". Il devient frénétique et ses mains sont arrimées à mes hanches comme le naufragé s'accroche à une planche.

Subitement il cesse. Je suis au bord du gouffre mais ne tombe pas encore et pourtant je veux tomber et sans qu'il comprenne je lui crie "je t'en prie, fais-moi tomber...." Je sens sa main glisser de ma hanche à mon ventre et atterrir sur ma corolle trempée, là où la perle nacrée comme lui bande. Délicatement il la caresse et je sens monter un moi la jouissance. Il est si doux, si lent, si expert que mon sexe pleure et pleure encore. Il a senti mon ventre l'appeler et s'agite à nouveau. Je sens sa queue dans le fourreau coulisser au rythme de sa main sur mon clitoris. Je l'implore, je le supplie "baise-moi" et alors miséricordieux il accélère le mouvement qui nous emmène tous les deux aux cieux ...

06:45 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

jeudi, 13 décembre 2007

ELLE - Le camionneur aux lilas (5)

cc31cc7e42c28450f0a2d8c8e39478f9.jpgBien sûr qu'il n'y avait pas eu de pneu crevé, de station service, de cabine de Scania.

Bien sûr qu'il n'y avait eu de douche ratée. Bien sûr qu'il n'y avait pas eu d'accident et que le camion n'avait pas brûlé dans le bruit écœurant de la graisse crépitante du camionneur défunt. Bien sûr qu'il n'y avait pas eu de meurtre. Bien sûr que l'homme qui avait usurpé l'identité du camionneur n'avait pas tué celui qu'il incarnait.  Bien sûr que jamais il ne l'avait prise en otage dans sa propre voiture pour lui faire vivre les affres d'un désir diabolique sans la toucher. Bien sûr qu'il n'était pas LUI.

Tout cela nous l'avions joué, interprété comme deux comédiens débutants et pourtant si prometteurs, lui et moi, dans un monde virtuel, dans Second Life. Et pourtant, toutes ces aventures vécues avec lui derrière un écran avait ciselé sur mon corps, sur ma peau, sur mon cœur aussi et mon âme enfin des scarifications d'envies indélébiles.

L'aventure s'était terminée à sa demande à lui. Il avait mis fin au jeu car il avait, pensait-il, épuisé toutes les ressources et des rôles et des situations. J'avais adoré le retrouver tous les soirs pour découvrir où nos imaginations sans fin nous mèneraient. L'un et l'autre, dans une émulation constante, avions écrit à deux mains ce scénario qui maintenant me laissait sur la langue un goût délicieux que je voulais, quoiqu'il en coûte, goûter encore.

Mais comment faire maintenant pour le retrouver ? J'avais bien glané quelques indices au cours de notre fréquentation quotidienne mais comment savoir si seulement il disait vrai ou s'il inventait ces détails pour donner plus de corps à son personnage ? Et si le métier de camionneur n'était pas une piste ? En fait je ne voulais pas reconnaitre que le retrouver était improbable et je rêvais en regardant dans mon jardin les inflorescences du lilas doucement se faner.

J'avais tant aimé cet homme par procuration. Quel piège le jeu s'était révélé. Moi qui me croyais plus forte que tous les autres, j'avais été prise au piège et chaque jour, fébrile, je retournais sur le site à sa rencontre et tous les jours pendant des semaines il avait répondu à l'appel. Pour ceux et celles qui n'ont jamais connu ce genre de jeu, évidemment cela parait dément et pourtant. J'ai la tête sur les épaules, les pieds ancrés dans le sol en bonne terrienne mais ce qu'il m'avait montré de lui au travers de son alias m'avait séduite !
 

Après quelques recherches vaines, j'ai abandonné l'idée de le retrouver et pourtant l'envie me taraudait comme un mauvais mal de tête vrillant mon encéphale et, de temps en temps, au volant de ma voiture, au bureau devant mon écran, subitement surgissait son visage déguisé de cartoon étonnant.

Un jour de tristesse immense dû au manque, car SL est comme de la cocaïne, la plus pure, celle qui en une prise vous rend dépendant, j'en parlais à un ami dont le métier consiste à tester avec des Hackers professionnels le niveau de sécurité des sites internet de grandes sociétés. Il vit mon désarroi. Il me traita de folle, je te l'avais bien dit, ne joue pas à ce jeu de rôle, tout le monde se laisse prendre, souviens toi, moi aussi. Mais comme c'est mon ami, il mit un gars sur le coup, le plus doué. Grâce à lui j'ai su où mon "camionneur" vivait. A quelques kilomètres de Lyon, donc pas trop loin de chez moi, quel hasard incroyable ! En digne fille de ma mère, je me suis dit "mais enfin, de hasard point, c'est que tu dois le rencontrer !" Evidemment, j'étais prête à me raconter n'importe quel mensonge pour justifier ce que j'allais faire : endosser une cape en tartan beige, une casquette ridicule à oreillettes et enquêter.

J'avais la trouille car si j'allais sur ses terres, n'allais-je pas essuyer le refus le plus humiliant de ma vie ? Peu importe ! Que le hacker ait réussi à le localiser me faisait penser à un message divin et Jeanne je voulais bien devenir pour conquérir son trône et avec lui m'y asseoir. Aller à son assaut l'oriflamme de ma passion flamboyant brandi dans l'air par mon bras conquérant.

C'est fou ce que l'amour peut donner comme énergie, comme idées créatives et étonnantes, source constante de trouvailles pour assouvir son but ! Alors, hier, n'y tenant plus, j'ai posé un jour de congé et ce matin, ça y est, je pars à l'aventure, je vais le retrouver, pour de vrai. Je veux le voir de si près que son haleine tiède effleurera mes lèvres à les brûler, que ses yeux plongés dans les miens me raconteront ce que nos mots nous ont dit pendant toutes ces semaines.

Oh bien sûr, j'ai tout à risquer. Imaginez un peu qu'il me reconnaisse et qu'il fuie. En effet, sur SL je m'étais représentée telle que je suis, j'avais résisté à la tentation de me faire enfin le buste de Belluci. Et il m'avait dit avoir fait de même. Peut-être juste un peu raccourci la longueur de son nez.

Alors ce matin, dans ma salle de bain, c'est pire qu'à l'Opéra un soir de première. En vrac, étalés, toutes les huiles et onguents possibles pour me faire la plus belle. Des fards, des mascaras, des parfums et des dentelles. Etre comme Mata Hari, irrésistible. Faire tomber dans mes filets d'espionne improvisée l'homme convoité non pas pour le faire parler sous l'effet de mes charmes mais pour le faire succomber à l'envie de me prendre, là, tout de suite, sur le pas de sa porte s'il le faut.  Je me fais jolie. Elégante et sophistiquée mais pas trop apprêtée. La panoplie d'une femme qui va à en rendez-vous galant sans y être conviée. 

J'ai gribouillé sur un papier l'adresse du camionneur, j'ai demandé à Mappy de m'indiquer le chemin et c'est tremblante sur mes hauts talons que je grimpe dans ma voiture. Mon cœur bat plus que de raison lorsque je mets la clé dans le contact et le bruit du moteur qui démarre est comme le gong qui sonne le premier round.

Je pars... 

06:25 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

lundi, 10 décembre 2007

ELLE - Reconversion

994a8e9c930be7642add36c04b9bf7f1.jpgIl y a quelques mois une idée est venue se glisser sans prévenir dans les méandres de ma matière grise !

Elle s'est faite très discrète. Elle a occupé une place si infime que je ne l'ai pas sentie s'immiscer en moi. Pourtant elle était prête à germer pour peu qu'elle s'implantât dans une matière suffisamment fertile. Avec moi, elle était bien tombée. Dieu sait si mon lobe droit est fantaisiste et prompt à cultiver, à dorloter en jardinier zélé toutes les graines différentes qui passent.

Depuis plusieurs mois déjà une envie de changer de travail me taraude. C'est une envie visseuse, bien filetée qui s'est fichée dans un autre coin de mon encéphale. Elle y est fixée aussi solidement qu'Excalibur dans son socle et je me demande bien comment l'ôter. Je suis compétente, une professionnelle reconnue dans ma profession, à l'aise en toute circonstance, je ne m'ennuie pas encore mais cela ne saurait tarder. Et cette envie de vivre autre chose, différemment, ne cesse de revenir en boucle comme une chanson favorite que j'écouterai d'une oreille inattentive jusqu'au jour où, enfin, je l'écoute sérieusement et la signification de chaque mot apparait avec une autre dimension bien plus... signifiante !

Je tâtonne, je cherche : que faire ? Escort Girl ? Déjà fait, pas mon truc car le risque est trop grand que le client ne soit pas à mon goût. Meneuse de revue ? Impossible, je ne maitrise pas le grand écart facial. Actrice ? J’y ai pensé mais je ne couche pas sur commande et surtout pas avec le metteur en scène, j'ai des principes, moi ! Mannequin pour Aubade ? Ce serait super car j'ai le profil presque parfait, juste pas assez... mamelue !

Et je suis là à m'interroger sérieusement en feuilletant, dilettante, un vieux Glamour du mois d'août et à la page 33 je suis foudroyée ! L'idée qui s'était subrepticée dans mon cerveau était là, sous mes yeux et je l'avais oubliée. Enfin à moi elle se révélait. La merveille. Celle qui sans aucun doute allait déloger de son socle mon envie de reconversion et lui permettre de prendre corps. "Piège à (chaud) lapin" L'article est racoleur à souhait. Je le lis avec incrédulité et plus j'y pense plus je me dis "pourquoi pas ?". Je ne m'imaginais pas en Madame Claude mais diriger des beaux gosses toute la journée et en tirer une grasse rémunération et pour eux et pour moi, quoi de mieux !

Je gamberge à toute vapeur. Le projet est simple à réaliser. Peu de fonds à immobiliser. Recrutement plaisant. Missions aisées... Le paradis. Mais de quoi s'agit-il ? Laisser-moi vous expliquer. Voilà toute l'affaire.

Votre mari, votre ami vous trompe ou vous avez toutes raisons de penser qu'il le fait ? Vous ne voulez-pas avoir recours à un vulgaire détective, c'est compliqué, c'est sordide. Alors piégez-le de manière ludique, irrémédiable, irréversible, contactez "Honey Trap" une agence qui teste la fidélité de votre homme sur le terrain, enfin le test sur le terrain, pas votre homme ! Cette agence anglaise (ils ne manquent pas d'humour et d'à-propos ces British) propose les services de Honeys à la taille de guêpe qui vont tout faire pour ébranler votre homme et le faire succomber. Le piège est savamment construit. On répertorie les habitudes de la bête. Où elle s'abreuve, où elle trouve ses repas, où elle pratique son sport habituel. On repère le parcours type, on étalonne, on chronomètre et lorsque le plan d'attaque est peaufiné, on ouvre la ruche pour que l'abeille le plus appropriée volette jusqu'à sa proie. S'il est faible, il tombera dans le piège et voudra goûter au miel de la jolie abeille qui, en flagrant délit, le prendra. Mais s'il résiste, il méritera les honneurs et avec une ardeur renouvelée vous vous donnerez à lui, consentante et excitée à nouveau de savoir sa fidélité !

Un doute ? Vous imaginez tout de suite l'incroyable opportunité en or qui se présente à moi. Je fais d'une pierre deux coups, voire plus, je ne sais pas, il faudra voir les recrues. Je monte une agence pour messieurs soupçonneux. Je lance un appel à candidatures mâles. En personne, j'accueille les bourdons. Je catégorise, je les jauge, je les trie sur le volet... hum, le volet ? Le volet c'est un peu rude, disons que je trie sur la moquette. Je choisis les plus beaux spécimens par tranche d'âge, car il en faudra pour tous les types de femmes vadrouilleuses. J'offre un travail à des RMIstes bien faits et pas trop bêtes. Je crée de l'emploi. Je relance la consommation. L'économie se redresse. Le niveau de vit aussi. Je m'enrichis en changeant totalement de métier et, surtout, je vous offre,  à vous pauvres erres trahis la possibilité de lui extorquer un divorce juteux, de négocier sa rédemption au prix de caresses exorbitantes, d'emménager enfin avec celle avec qui vous la trompez depuis des années et sans frais de dédit encore !

De plus, je peux me décentraliser, je peux même m'exporter, me multinationaliser. Mon Dieu, quel projet, c'est sans fin. Ouh la la, je m'échauffe, je m’égare alors qu'il faut que je me concentre. Commencer par le plus important : le recrutement. Où ? Comment ? Et si je me mettais sur Meetic pour racoler ? Et si je demandais à
Passeakevin de me donner des tuyaux, il à l'air d'en connaitre un rayon en abeilles... euh, non, en recrutement !
Et si, bêtement, je demandais à mes lecteurs de se proposer ? Quelle riche idée...

Alors, Messieurs qui me lisez, ne soyez pas timides, lancez-vous ! Et dans un email personnalisé donnez-moi vos âges, mensurations, motivations et peut-être allons-nous collaborer.

Chic, j'ai enfin trouvé la voie de ma reconversion !

vendredi, 07 décembre 2007

ELLE - La médiocrité

352e48db748b7105e47fbe1f71f53fac.jpg"Demain s'il te plait pense à moi, pense à moi fort !"

Notre conversation commence bizarrement. Je suis confortablement assise sur un fauteuil ergonomique qui soutient parfaitement les reins, étudié pour les longues stations assises. Vous savez, chez le coiffeur, on sait lorsqu'on y entre on sait rarement à qu'elle heure on en sortira. Je scrute son visage au travers du miroir géant qui renvoie, horreur suprême, la tête de Gicerilla, les traits chiffonnés, aucun fard ne l'arrangeant, étalant sans pudeur sa fatigue hebdomadaire, les cheveux tirés en arrière en un chignon sévère, la couleur appliquée comme un masque de terre. Hum, sexy en diable ! Heureusement que les vrais mecs ne rôdent sur ces terres là sinon, c'en serait fait de moi. Bref, je le regarde, intriguée, quel drôle de préambule, que va-t-il donc m'annoncer ?

Il faut savoir que P. ne fera jamais de mal aux femmes. Il les aime pourtant, passe sa vie à les coiffer, à les faire belles, mais il sera à leur égard toujours inoffensif. Ses élans se portent vers l'autre sexe. Dommage, car il est bel homme ma foi, et surtout cultivé, avec un savoir-vivre et un savoir-faire tout en finesse. Discuter avec lui est un plaisir constamment renouvelé et il n'a pas le défaut de certains de rejouer tous les jours la Cage aux Folles. Non, il est mâle dans son genre mais pas dans le mien. "Demain je le quitte. Il ne s'en doute pas !" La condamnation est tombée, je n'en reviens pas. Hier tout feu, tout flamme, aujourd'hui décidé. "Mais tu ne te rends pas compte, j'essaie de l'initier à l'opéra, il est réfractaire, rien à faire. Et puis, si tu savais. Il a fallu que je rencontre son frère. Imagine un homme depuis toujours aux ASSEDIC, qui mange sur un coin de table devant sa télé en fumant cigarette sur cigarette toute la journée ! Et puis il a voulu que je rencontre ses parents, sa sœur et son beau-frère. Imagine la scène. Tous moches, ennuyeux  à mourir, sans conversation. Même le chien était vilain. Et pour un peu je n'aurais pas été surpris de voir accroché au mur l'Angélus au point de croix... Gi, je ne supporte pas la médiocrité !"

Le mot était lâché. La médiocrité. Tout était dit. Un mot. Lapidaire. Une sentence irréversible, quatre syllabes distinctement articulées, tranchantes comme les couteaux du lanceur sur la cible. Criblé, le pauvre amant, les plaies sanguinolentes et l'âme bientôt écrabouillée sous le poids du dédain de celui qu'il adule. Aucune possibilité de commutation, aucune circonstance atténuante. Et sans se concerter, sans besoin de faire de sémantique, je le comprenais. Rien n'avait été dit et pourtant tout avait été compris. Il avait suffit d'un regard entendu, un demi-sourire condescendant entre gens initiés et le sort du pauvre type était scellé.

Sur le chemin de retour, je m'interrogeai. Subitement, des mots s'emparèrent de mon cerveau et ils disaient quelque chose comme "mais pour qui te prends-tu, pour qui nous prenons-nous ? Sommes-nous meilleurs qu'eux, meilleurs que ces gens que nous condamnons à coup de mots péremptoires. Comment peut-on faire preuve d'autant de contemption à l'égard d'autrui, nous qui ne sommes pas sortis de la cuisse de Jupiter et qui, imbus que nous sommes de nos petites personnes, nous méprisons ?". Je me sentais mal à l'aise et pourtant je ne pouvais renier mon adhésion pleine et entière aux propos de mon coiffeur. Une réflexion dérangeante m'occupa jusqu'au moment où j'arrivai à la maison Evidemment, la première chose que je fis en arrivant, c'est consulter ma bible, le Dictionnaire Historique de la Langue Française. Qu'est-ce que ce mot recouvre exactement ? Avions-nous commis un abus de langage ?


Médiocre adj. et n. est emprunté (1495) au latin mediocris "moyen du point de vue de la grandeur, de la qualité et ordinaire (de personnes et de choses) dérivé de medius "qui est au milieu"... d'un point de vue éthique correspond à "modéré, raisonnable"(1552), d'un point de vue sociale à "de condition moyenne" (1586)... 

Médiocrité n.f. a été emprunté (1314) au dérivé latin mediocritas "état moyen, juste milieu" et "infériorité, insignifiance". Apparu au sens neutre il a pris la valeur spécifique de "condition sociale moyenne ou basse" (1540) puis péjorativement le sens d'"insuffisance de talent" (1699) "insuffisance de qualité, de quantité (de qque chose)" (1674, Boileau)....

Hum, rien de probant car, si l'on considère le sens premier, et lui et moi sommes médiocres c'est à dire dans la moyenne à tout point de vue. Rien ne nous distingue de ceux que P. a qualifiés. Alors, quoi ? Errons-nous ? Non, car a bien y réfléchir une situation sociale modeste, un manque d'études n'obèrent pas la capacité de chacun à vouloir s'élever, à vouloir apprendre pour devenir des êtres plus actifs, plus savants, capables de raisonnements qui tirent vers le haut et ne nivellent pas par le bas. Et ce que l'on reproche ici, c'est un contentement avéré mais peut-être inconscient de rester dans la moyenne au sens péjoratif du terme "insuffisance de talent, de qualité..." Et c'est bien là que le bât blesse. Il n'y a pas de prise de conscience et cela dénote pour moi la médiocrité dans toute sa splendeur, dans toute son horreur. Une incapacité de s'observer, de se voir agir et de se voir penser. Aucun sens critique. Se satisfaire du moyen lorsque que la connaissance est à portée de main, de clavier même, et ne pas vouloir sortir d'une facilité qui cantonne en bas. Se mouvoir dans la masse, se rassurer en pensant que la majorité a toujours raison même lorsque la majorité prône des idées, des envies de vie si étriquées.

La modestie d'une condition sociale n'a rien à voir dans l'histoire. Non, évidemment. Et la médiocrité m'effraie. C'est elle qui fait voter à l'extrême droite. C'est elle qui fait que chacun veut garder pour soi des privilèges surannées sans penser qu'en faisant certains sacrifices, la majorité pourrait voir sa vie s'améliorer. La médiocrité n'est-ce pas aussi l'égocentrisme ? C'est penser entre-soi, se conforter dans des idées étroites partagées par un microcosme auquel on appartient et où l'on se sent bien, c'est ne pas penser "large". C'est se rassurer en évoluant toujours dans les mêmes eaux sans se lancer le défi de voir si on pourrait se mouvoir dans d'autres, moins coulantes mais plus fertilisantes.

Bien sûr, je caricature, j'épaissis à l'envi le trait car je ne suis pas philosophe. Je n'ai pas la verve d'un Zola pour défendre cette cause, je n'ai pas la capacité de raisonnement d'un Kant ou d'un Spinoza. Je n'ai pas la prétention ici de proposer des raisonnements époustouflants. Je ne me pose pas en censeur mais en observateur et ce positionnement là me donne le droit, il me semble, de ne pas me réclamer de la moyenne. Je ne me crois pas médiocre au sens propre du terme et je ne crois pas que P. le soit non plus. Je me donne le droit de revendiquer la médiocrité pour les autres, et si dans le salon avait été accroché un Miro ou un Dali au point de croix, cela n'aurait rien changé à l'affaire. La médiocrité est un état d'esprit et je me demande encore après des heures de réflexion assez stérile, si le fait d'un milieu socioculturel ou celui d'une éducation nous condamne irrémédiablement à rester médiocres ? Et je m'amuse à l'idée que le Diable y a sa part, car n'est-il pas un peu présent dans irrémé-diable ? N'y a-t-il pas de voie pour en sortir ?

Quoiqu'il en soit, le médiocre me donne envie plus encore de m'élever et sans suffisance aucune je vous enjoins à refuser cette médiocrité, cette moyenne qui nous attache et nous empêche d'évoluer et, par la réflexion, changer nos modes de vie, nos modes de pensées et aider à la construction d'un monde meilleur parce que peuplé de gens qui regardent vers le haut et non pas vers le bas !

Et puis je vous en prie, en censeur ne vous posez pas et acceptez pour ce qu'elle est cette note maladroite mais certainement pas totalement niaise et vaine.

Le refus de la médiocrité, n'est-ce pas là un combat respectable ?

 

mardi, 04 décembre 2007

ELLE - Le sortilège

1c78d58fb46038c198fb056792b3530a.jpgIl est des engouements comme des envoûtements.

Il est des coups de coeur que rien ne saurait raisonner. Même le cerveau le plus chevronné aux raisonnements est parfois incapable d'étouffer sous le poids de ses arguments raisonnables ce que le coeur lui impose. Combien d'auteurs n'ont-ils pas tenté de sonder les profondeurs de ces enchantements qui depuis la nuit des temps s'emparent de nos coeurs aimants pour constater que "le coeur à ses raisons que la raison ne connait point" (merci B. Pascal, tiens, tiens !).

Et à mon tour, en chercheur patient, j'émets des hypothèses, j'élabore des théories pour comprendre enfin de quel charme je suis prisonnière. Je cherche des pistes au gré des mouvements de mon âme. je me mets à nue, je me dissèque, je raisonne, j'argumente. Mon coeur persiste. Me dit qu'il aime. Me dit qu'il n'en veut point d'autre. Qu'aucun autre ne sera jamais comme lui. Qu'il est fait pour moi. Qu'il le le sait pas mais que bientôt il le saura. mes méninges s'agacent, prennent les armes et fouettent, véhémentes, ces idées récurrentes et ignorantes. Et plus elles sont fouettées et plus elles se rebellent.

Un lutte titanesque entre mon coeur et mon cerveau s'engage. L'un s'érige en bien-pensant et fait valoir à l'autre combien il est ridicule, perdu dans ses illusions, "mais regarde, idiot, il est marié, il a des enfants. Si cela se trouve il est heureux en ménage. Il t'ignore. Il ne sait même pas quels sentiments pour lui t'animent et chaque battement que tu lui dédies est un gâchis patent !" Et l'autre s'insurge et s'oppose
"mais tu n'y connais rien. Je sais moi pourquoi il m'émeut, pourquoi il me touche sans pourtant jamais m'avoir touchée. Il est tout ce qui me plait chez un homme. Mais tais-toi, tais-toi donc ! Laisse-moi aimer, laisse-moi espérer..."

Et voilà mon corps devenu champ de bataille. La terre est retournée, béante, éventrée comme après le passage d'un convoi de blindées. Le sang doucement coule dans les rigoles mais aucun des deux ne cède. L'un gagne une bataille dans les moments de faiblesse de l'autre, l'autre contre-attaque à la nuit tombée lorsque l'un, épuisé de raisonner avec un sourd, doucement faiblit et s'endort.


Je vais de victoires en défaites, de sièges en redditions. Aucun armistice ne saurait être signé entre ce deux là, chacun campe sur ses positions. A force d'avoir épuisé toutes les stratégies, je me décide enfin à capituler. Mais lequel capitule, le cerveau ?  "Mais laisse donc faire ton coeur. Il finira de guerre lasse par céder. Il abandonnera cet homme comme un enfant accepte enfin d'entendre que son héros préféré n'est que l'hôte d'une légende..." Mais cette voix cérébrale est bien hésitante et sans conviction car au fond d'elle-même elle n'en pense pas un mot. Technique éprouvée de communication "fais croire que tu lâches tu terrain pour que l'autre se relaxe et repars de plus belle à l'attaque, ressourcé !"

Et les voilà de recommencer de plus belle. L'encéphale devient vicieux et, en traitre, bombarde "mais que lui trouves-tu à la fin, il n'est même pas beau ? En plus, il a un grand nez.... Et puis crois-tu qu'il te conviendrais intellectuellement, car à toi il ne faut pas un niais ! Sais-tu seulement s'il te fera jouir?"  Les oreillettes à ces mots s'emballent, désordonnées, pompent à l'envers, vident le ventricule qui n'assure plus sa fonction, le cerveau faiblit, n'est plus oxygéné, il va perdre. Au bord de la rupture, le coeur reprend son rythme, le ciboulot proche du chaos reçoit en pleine face
"arrêtes, il est beau ! Et il n'a pas un grand nez, disons un nez... long et rond ! Moi je veux bien qu'il soit mon Cyrano. Et puis tiens, tu as raison,il n'est pas beau et alors ? La beauté, je m'en fiche, ce qui compte c'est qu'il me fait vibrer. Je saurai le charmer à mon tour, et à son tour à mes charmes il succombera..."

Mes forces s'épuisent, mon coeur extra-systole à mort, mon cerveau bouillonne, fusionne et le lobe droit et le lobe gauche deviennent miscibles, mélange improbable et létal. Et sans comprendre ce qui m'arrive subitement je réalise... Je suis l'objet d'un envoûtement ! Oui, ça ne peut être que cela. Alors cessons cette guerre idiote et sur les chemins de la guérison allons d'un pas de l'oie sonnant et terrifiant. Je me dirige sur une voie toute nouvelle pour moi, celle de l'irrationnel. Je ne suis pas certaine sur mes jambes qui titubent de doutes et de fatigue. Peu importe, je me donne les moyens, tous les moyens car il parait que la fin le justifie. Je consulte force cartes et arcanes en tout genre. Que ce soit de Marseille ou de Belline les lames n'ont plus aucun secret pour moi. Tous les jeux de divination passent dans mes mains. J'invente tous les jours de nouvelles incantations. Telle la fée Viviane je psalmodie des mots par moi inventés et tente de renverser l'enchantement. Mais là encore rien n'y fait.

Aucun voyant, aucun astrologue et autre charlatan n'y échappe. Je les consulte tous et au lieu de vider mon coeur de ma passion, assurément ils vident ma bourse. Me voilà bientôt sans le sou, errant comme une démente, réclamant à grands cris une trépanation...

Bon, là, j'exagère un peu mais qui saurait m'expliquer ce qui m'est arrivé et qui depuis des semaines perdure ? Comment peut-on aimer sans connaître ? Comment peut-on être occupée chaque seconde d'une journée d'un seul être ? Serais-je folle, déjà liée ? Devrais-je de l'au-delà invoquer Houdini, s'il te plait, enseigne-moi les ficelles de mon évasion pour qu'enfin mes pensées et mon coeur retrouvent leur liberté !

Pourquoi suis-je entichée d'un homme inaccessible et pourquoi ceux qui le seraient ne savent pas trouver la faille ?

En bref, je suis preneuse de tous remèdes. Vous devez bien avoir dans vos placards quelques recettes de grand-mère éprouvées, quelques potions dignes de Morgane. Des exorcismes de tout poil, des prières magiques, que sais-je encore ? N'hésitez pas, je vous en prie, je ne suis pas bégueule et volontiers je me prêterai à toutes les mascarades pourvu que sur mon coeur, redevenu ardoise neuve, je puisse enfin écrire la plus belle des histoires d'amour partagé.

Allez-y, voici mon cahier et un crayon pour les noter :
gicerilla@voila.fr

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