« 2008-02 | Page d'accueil
| 2008-04 »
samedi, 29 mars 2008
ELLE - A jamais absent

Mon bel amour,
Je viens de recevoir le paquet que tu m'as envoyé. Je l'ai récupéré dès que j'ai pu et je l'ai ramené dans notre alcôve avec plus de précaution que si je portais une châsse avec les reliques d'un dieu. Tu as fait tant de mystères que je l'ai serré tout contre moi et tremblais un peu. Une peur idiote de casser ce qui pouvait se trouver à l'intérieur. Et puis j'étais toute excitée, le ventre frémissant à l'idée de ce qu'il renfermait. Il faut dire que tu m'as habituée à tellement de surprises ces derniers temps que je ne sais pas où tu vas t'arrêter. Il semble que tu prends un malin plaisir de loin à exciter mon imagination. Et puis, j'ai dévoré ta lettre. Où vas-tu donc chercher des mots pareils, mon bel amour ? Jamais aucun homme n'a su exprimer comme toi le désir que tu as de moi. Jamais je n'ai ressenti autant d'émotions rien qu'à lire tes mots. Chaque lettre palpitait sur le papier comme des caresses interrompues et ma peau frissonnait, assoiffée de toi.
J'ai gravi comme j'ai pu les escaliers. Plus le temps passe et plus cela me pèse. Les trois étages n'en finissaient pas mais grâce à cette boite dans mes mains j'ai eu l'impression qu'ils étaient moins hauts, moins ardus. Je ressens de telles douleurs ces derniers temps que je m'inquiète, même si tout va bien. Souvent je repense à tes yeux sur moi, pinceaux qui me dessinent avec envie et je m'étonne constamment des témoignages vigoureux que tu me donnes de ton désir de moi. Pourtant, il y a bien longtemps que je ne ressemble plus à Blandine. Serait-ce le Lion, sous le signe duquel tu es né, qui manifeste ses instincts ? Tu ne sembles jamais rassasié bien que ces derniers mois le plat soit devenu plus roboratif qu'appétissant. Heureusement que les parfums et les saveurs sont toujours là pour aiguiser tes sens. Je ris quand je repense à ta gourmandise jamais satisfaite qui me donne à penser que je suis désirable à un moment où plus que jamais le doute s'installe.
Une fois au calme de l'appartement, je me suis calée sur le canapé, la boite sur les genoux. Je savourais de la contempler enrubannée comme un œuf pascal sous son papier doré. Puis, n'y tenant plus, j'ai arraché tout d'un coup le ruban qui résistait et, en rigolant, j'ai déchiré le papier brillant. Quand j'ai soulevé le couvercle de la jolie boite rose mon cœur à fait un bond. Comme une intuition, j'ai su avant même de déplier l'objet. Cet amas de dentelles de calais et de rubans blancs ne pouvait me tromper. Oh, mon bel amour, toi l'insoumis, toi le rebelle tu veux te lier à moi ? Pour une fois tes intentions me paraissent floues. J'ai peur de me tromper. Réponds-moi vite. Dis-moi que je t'ai compris et que bientôt tu seras là ?
Baisers fiévreux.
Ma chérie,
Je t'ai imaginée avec ce petit paquet si léger, si anodin en apparence. Je savais que tu n'y croirais pas ! Après tout ce que je t'ai dit sur le sujet, cet anneau là a dû bien te surprendre. Pour une fois, ma princesse, tu ne devras pas céder à mes jeux lubriques. Et non, tu vois finalement je suis un romantique. Je me dépêche de te répondre pour effacer tes doutes. Tu la passeras à ta cuisse gauche mardi prochain, juste avant que je n'arrive. L'avion devrait atterrir vers 19h00, cela dépendra du plan de vol. Je t'enverrai un SMS pour confirmer lorsque je serai sûr de l'heure du départ. Fais-toi belle, ma princesse, mon ange. Parfume-toi à peine et surtout n'oublie pas de la glisser sous ta jupe. Je l'enlèverai lentement en la faisant descendre avec les dents avant de l'ôter devant tous, officiellement. Il faudra que je m'entraine à remonter ta jupe sur ta cuisse et à faire glisser la dentelle sur ta peau soyeuse. Je m'y vois déjà, je n'y tiens plus...
Je t'aime.
Mon Bel Amour,
Je n'y crois toujours pas. Il va falloir que tu m'expliques ce revirement. Je vous soupçonne d'oublier vos angoisses en fumant autre chose que du tabac ! Aurais-tu reçu une révélation comme au mont Sinai ? Cela dit, je ne ferai pas ma pimbêche et cèderai volontiers à ton souhait si tu l'exprimes avec... fermeté. Surtout, sois au rendez-vous, j'ai toujours tellement peur de ne pouvoir te voir selon nos plans. Sois à l'heure mon bel amour. Je n'en peux plus de patienter. Viens vite, je t'attends. Ma cuisse sera accueillante.
Baisers
Mardi c'est aujourd’hui. Il est 19H00 mais il n'est pas là. Il est 20H00 et toujours pas de nouvelles. Il est 20h10 et le téléphone sonne, lugubre. Encore ces satanés pressentiments, ceux qui ne la quittent plus depuis des mois. Elle a crié ? Non, elle a hurlé, elle a vomi ses tripes. Elle s'est accrochée au chambranle, mais ses jambes se sont dérobées. Son ventre s'est révolté. Des grands coups venant de l'intérieur comme un dément enfermé. Etait-ce lui ou la violence des mots à peine écoutés. Elle a glissé le long du mur, incapable de soutenir la peine qui l'envahissait, augmentant le poids de son fardeau vivant. Et dans ce geste d'une lenteur mortelle, la jupe s'est enroulée révélant dans le vacarme de ses sanglots une jarretière de mariée aux dentelles aériennes à sa cuisse passée...
Ils sont des centaines, ils sont des milliers, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs à ne jamais rentrer.
Elles sont des centaines, elles sont des milliers, à porter le deuil blanc, à bercer seules l'enfant...
A tous ceux que la folie des hommes tue, pour la paix !
06:56 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, guerre, deuil, douleur, sang inutile
mercredi, 26 mars 2008
ELLE - La grande faucheuse
France Inter égrène comme tous les matins son rosaire de nouvelles plus ou moins gaies.
C'est bientôt le printemps et pourtant comme les feuilles à l'automne les décès sont annoncés à la pelle et je pense à Prévert. Ce poème m'a toujours mise mal à l'aise car de tous temps je l'ai associé à la mort. Allez savoir pourquoi, les associations d'idées restent des mystères pour moi. Et ce matin encore amène son lot de deuils à endosser. Mon âme se met au mauve, pas celui des lilas, non, celui d'un catafalque. Il y a quelques jours on annonçait la fin de Lazare Ponticelli. Quelle vie ! C'est amusant cette pudeur de notre langue à dire les choses comme elles sont. Circonvolutions et autres métaphores, tout plutôt que de dire comme une grossièreté "il est mort". "Il nous a quitté, il est parti, il s'est en allé, il..." Comme si la mort était un mot à ne pas prononcer en société si l'on est bien élevé. Comme si les expressions consacrées ôtaient de la douleur à ceux qui la subisse. Et derrière mon volant, toutes mes peurs de se précipiter à l'assaut de mon cerveau qui ne fait plus face.
La mort et moi on est fâché. Elle ne m'a pas amadouée, je ne l'ai pas apprivoisée. La mort et moi, nous jouons à cache-cache comme deux enfants espiègles. Elle joue à me faire peur et elle y réussit à chaque fois. Elle est rôdée depuis le temps. Et puis elle connait son pouvoir. Combien de fois n'ai-je pas sursauté à son évocation, au bord du désespoir, au moment de l'endormissement, quand je relâche mes protections ? Elle est patiente et finaude. Elle guette au trou comme le renard sa proie. Et la voilà, malicieuse, qui se manifeste alors que je m'abandonne ! L'idée d'elle surgit et alternativement je tombe de la balançoire, je dégringole les marches d'un escalier sans fin ou je tombe dans un précipice dont le fond est noir et sans espoir.
Et ce matin encore, confortablement installée dans l'habitacle, j'ai peur de la voir surgir et que ma voiture soit une piètre cage de Faraday contre sa puissance foudroyante. Elle est polymorphe, la garce, et je ne sais quelle forme elle prendra quand mon tour viendra. Et je ne veux pas que mon tour vienne. Combien d'incantations n'ai-je pas prononcées depuis que je suis née pour l'effaroucher ? Des milliers ! Et dans le noir de ma chambre, ne l'ai-je pas défiée "jamais tu ne me prendras". Lazare a vécu tant d'années, envierais-je son sort ? Suis-je donc si attachée à cette vie que la perspective de la perdre me fait paniquer ? Qu'a-t-elle donc de si fantastique, à bien y regarder, pour que je m'y accroche comme une naufragée à un esquif ? Rien, véritablement. J'ai enfin accepté que géniale jamais je ne serai et que jamais je n'apporterai aucune invention fabuleuse ou un quelconque soulagement ou remède à l'humanité. Mon passage sur terre aura été un souffle à l'échelle de l'univers. Un souffle ? Que dis-je, un battement de cil ! D'ailleurs, quel est donc mon but sur cette terre ? Quelle est donc cette mission secrète que je dois accomplir et qui justifie que je sois. Que je vive et respire moi, qui ne crée rien, moi qui ne construis rien, moi qui ne me reproduis même pas ? Mes yeux deviennent flous et la circulation s'estompe à mon regard voilé.
Je ne veux pas mourir et pourtant il le faut. Aucune sagesse la vie ne m'a apportée qui puisse m'aider à accepter que demain je ne serai plus. Pourquoi donc vivre si l'on doit mourir ? Le but de la vie, quel est-il ? Hasard de la génétique. Rencontre fortuite d'un ovule fertile et d'un spermatozoïde frétillant. Serait-ce simplement cela qui explique ma présence ici ? Comment ferai-je pour enfin envisager de me quitter, moi qui aime tant la vie ? Quelle est donc la recette ? Se dire que cela ne peut durer. Se dire que c'est normal et de bien en profiter. Se dire que c'est inéluctable et qu'il ne faut plus y penser.
Pourtant, je veux pendant des siècles arpenter les paysages variés de notre planète. Apprendre toutes les langues étrangères pour communiquer avec l'homme habitant la contrée la plus reculée et jouir de le comprendre et de me mettre à sa portée. Le comprendre lui et sa culture et son passé. Je veux tout goûter. Goûter toutes les saveurs et toutes les sensations. M'enivrer de toutes les liqueurs et faire mon cœur vaciller de bonheur. Je veux aimer à en crever sans pourtant y passer et tous les soirs refaire l'amour comme au premier jour mais en mieux, avec l'expérience et la patience de celui qui a appris, qui a compris, qui sait !
Alors, la mort et moi, on va devoir faire la paix. Je vais devoir négocier avec elle un armistice et tout lui expliquer. Car ce que j'ai compris c'est que, dans tous les cas, elle gagnera. Alors, lui dire que je veux qu'elle me foudroie alors que pour la énième fois je lutte en corps à corps avec l'amant adoré. Qu'à la Félix Faure seulement je veux mourir, dans un souffle, dans un soupir de plaisir. Je veux qu'elle me cueille alors que je serai perchée au faite d'un sommet olympien, embrassant du regard l'infinité de la beauté terrestre. Qu'elle soit généreuse et que subitement comme les Parques elle coupe le fil de ma vie d'un coup bien maitrisé de sa faux aiguisée comme le plus pur des katanas. Que dans un sourire je quitte cette vie que je chéris tant sans même savoir pourquoi.
Je vous laisse, la mort et moi, on a à causer...
06:40 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mort, finalité
dimanche, 23 mars 2008
ELLE - Envie d'elle
L'amie était partie faire des courses tôt le matin.Elle avait quitté la maison sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller. Elle savait qu'elle était rentrée tard et qu'elle avait besoin de se reposer. Il était dix heures du matin maintenant et elle pensait qu'elle dormait toujours. Doucement elle glisse la clé dans la serrure et ôte son blouson et ses chaussures dans le vestibule. Elle pose toute ses affaires ainsi que les clés, si bruyantes dans le silence conventuel de l'entrée. Elle lui a acheté des croissants pour la remercier de son hospitalité. Elle se dit que, peut-être, elle pourrait entrouvrir à peine la porte de sa chambre pour vérifier si elle dort encore. Avec la souplesse d'une chatte, elle glisse le long des marches de l'escalier de bois, priant qu'aucune marche ne crie sous ses pas.
Elle entrebaille la porte et une lumière inattendue aveugle ses pupilles. Les rideaux sont ouverts sur un soleil matinal qui incendie la chambre. La couette est retournée et la belle n'est plus là. Elle entend au fond de la chambre le bruit familier des gouttes d'eau qui éclatent sur la paroi de verre. La belle est sous la douche, cela ne fait pas de doute. Un sourire contenté fend son visage. Elle va lui préparer du café. A moins que la belle ne préfère une tisane contre le mal de crâne. Sa soirée devait être arrosée. Elle va lui demander.
Doucement elle s'approche de la salle de bain dont la porte baille à peine. Un peu de vapeur d'eau s'enfuit en volutes blanchâtres comme un brouillard de Brocéliande à l'aube. Elle se penche pour lui signaler sa présence mais son coeur s'arrête net. Il a même sauté un battement et son souffle se bloque dans ses poumons. C'est comme si elle venait de surprendre un miracle en cours de réalisation. Son sang caille dans ses veines. Elle ne respire plus, c'est impossible. Comme un coup au plexus qui assassine un instant son souffle, le suffoque dans sa poitrine. Ses jambes fléchissent sous l'afflux d'un désir violent qui l'inonde à son corps défendant. Elle s'appuie au chambranle de la porte et regarde la belle, fascinée.
La belle est assise au fond de la cabine de douche qui ressemble à un sas de décompression tout de verre bleuté habillée. Ses beaux cheveux blonds vénitiens sont remontés en un chignon abondant et imparfait et quelques boucles mouillées retombent sur sa nuque et ses épaules. Ses paupières sont baissées et son visage resplendit de sérénité comme les traits de la Madone. Elle reste tétanisée devant le spectacle de cette beauté callipyge dégoulinante de pluie bouillante. La belle a coincé entre ses genoux le pommeau de la douche dont les jets puissants viennent masser et ses cuisses charnues et son sexe à peine voilé de blond. Sa main droite, équipée d'une éponge rose pleine de mousse onctueuse, passe et repasse lentement sur tout son buste généreux. Suivant un chemin d'elle seule connu, elle dessine sur ses seins des spirales qui finissent invariablement sur ses tétons dressés. Et puis elle recommence et recommence et recommence encore. Ses gestes sont hypnotiques et se plantent comme des dagues d'envies douloureuses dans le ventre de l'amie qui la lorgne. Puis, lentement, perdue dans son rêve voluptueux, sa main descend entre ses cuisses pour s'interposer entre la pluie et sa fente mouillée. Elle s'attarde là, faisant mousser toujours plus le savon et chaque passage semble lui arracher un rictus de plaisir. La belle est minutieuse et prend son temps. Elle sait y faire. Elle n'est pas débutante. Elle soupir. Ses lèvres à peine entrouvertes exhalent le plaisir qui monte irrémédiablement.
L'amie est partagée entre son désir qui la fouaille et l'impudeur de sa honte. Elle se sent voyeuse mais ne peut décrocher son regard de ce corps blond frémissant. Son coeur palpite dans sa poitrine et elle sent monter en elle des envies interdites. Subitement, elle fait tomber un flacon et la belle sursaute dans un cri. Leurs regards paniqués se rencontrent. L'une se sent coupable de la regarder, l'autre se sent coupable d'être surprise. Le temps s'est interrompu un cours instant, figé. Leurs coeurs battent à l'unisson mais pas pour les mêmes raisons. L'une toujours debout mais prête à s'affaisser lui fait "chut" d'un index posé précipitemment sur ses lèvres. L'autre, rougissante, tente de cacher ses appats que les regards de son amie dérangent. "Non, je t'en prie, ne cesse pas..." peut seulement articuler la voyeuse bouleversée. "Je t'en prie continue, je veux te regarder. Laisse-moi te regarder !" L'eau bouillante continue à couler et développe toujours plus de vapeur. Les parois de la douche s'embuent lentement et protègent la belle du regard de son amie qui l'intimide. "S'il te plait, continue, s'il te plait !" quelques mots timides, comme une plainte. Alors l'autre passe une main volontaire sur la paroi et crée pour son amie un hublot qui libère à sa vue ses courbes si tentantes. La belle reprend ses caresses sans ciller. L'une se laisse glisser le long de la porte et se retrouve à genoux face à la douche. Les yeux dans les yeux, elle sent son ventre palpiter au rythme de l'éponge qui voyage sur le corps de la belle. Elle a envie de la toucher, elle a envie de passer à son tour l'éponge sur ce corps luxurieux. Elle veut la faire frémir, elle veut la faire gémir.
La belle l'aura compris ? Sans un mot, la belle ouvre la porte de la douche. L'appel est net, pas besoin de discours. L'amie s'approche de la cabine, hésitante, et la belle se penche vers elle, lui offrant sa bouche. Le contact de leurs lèvres est foudroyant. Le baiser qu'elles partagent pour la première fois les fait chavirer. L'une de nouveau a le souffle coupé. Elle cesse le baiser qui l'émeut incroyablement et se recule pour contempler la belle qui lui sourit et qui lui prend la main pour y déposer l'éponge savonneuse. Puis, avec sa propre main elle guide son amie sur son corps comme l'on ferait avec la main de l'aveugle sur un visage inconnu. Alors, l'amie ferme les yeux et se laisse guider. Elle découvre les reliefs de la belle qui l'amène entre ses cuisses et lui enseigne comment reproduire le mouvement que, quelques minutes plus tôt, elle-même exécutait. Et la belle de s'ouvrir aux caresses de son amie et son amie de rouvrir les yeux pour voir revenir sur le visage de la belle cette lumière d'extase. La belle s'oblige à regarder celle qui maintenant la caresse comme son double le ferait et, dans un souffle, elle lui dit "fais-moi jouir !" Galvanisée par le désir de l'autre qui irradie de tout son corps, l'amie suit avec assiduité les mouvements de bassin de la belle qui gémit enfin. Sa main ne lui appartient plus et semble suivre les injonctions de ce corps au supplice. Elle s'active sur sa fente, perçoit le moindre soubresaut de son ventre qui s'anime. Et plus la belle gémit et plus elle la caresse. Et plus la belle la fixe de ses yeux perdus et plus elle voit sous ses paupières alourdies le plaisir qu'elle lui donne. La belle n'en peut plus, se tortille, trémule, prie... La belle cherche la caresse comme une chatte en chaleur et projette son sexe, indécente, vers la main de son amie. Celle-ci la voit au bord du précipite et lui sussure "le veux-tu ?" "Oui, je t'en prie" sera sa seule réponse.
Alors, dans un dernier mouvement de l'éponge, elle libère enfin l'orgasme emprisonnée dans les chairs de la belle et qui n'attendait que ce moment pour s'exhiber.
Et en guise de récompense, elle vient cueillir sur ses lèvres frémissantes le goût d'un plaisir inédit.
06:17 Publié dans Eros | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : douche, désir, plaisir, jouissance
jeudi, 20 mars 2008
ELLE - La loterie céleste ?

Je ne cesserai jamais, je crois, de m'étonner !
La nature dans sa variété, dans sa richesse ou dans sa méchanceté sera toujours pour moi source d'émerveillement et d'indignation.
Je suis dans les vestiaires du fitness pour et la énième fois. Je prends mon temps pour me préparer. Je n'ai pas envie de me presser car j'adore plus que tout observer. Je regarde les femmes autour de moi qui virevoltent, qui pépient bruyamment en faisant tomber un à un les vêtements qui les cachent, qui les ornent, qui les mettent en valeur ou au contraire qui les défigurent. Le mauvais goût comme le bon s'écrasent en tas à leurs pieds ou sur des cintres bien rangés, cela dépend de la donzelle.
Le vrai se dévoile sans mascarade. La chair dénudée révèle sa réalité dans toute sa beauté ou dans toute sa mocheté. Mes yeux saisissent en un clignement pour ne pas déranger, les proportions idéales de celle-ci ou la disgrâce de celle-là. Et alors que lentement, à mon tour je me dénude, anxieuse du regard que pourrait porter sur moi les yeux avertis d'une autre Gicerilla, mes pensées s'élaborent en questions sans réponses.
Nous sommes tous bâtis selon le même modèle et pourtant il y a dans ce vestiaire autant de répliques que de femmes se dénudant. Et la nature, tout à tour facétieuse, mesquine, généreuse ou cruelle s'est amusée à décliner infiniment les éléments de base immuables qui nous constituent : deux jambes et deux bras, un tronc, le tout chapeauté d'une tête. Heureusement que la Nature n'a pas été aussi créative que les cubistes dans l'agencement de ces éléments, quoique parfois... Et si cela avait été, peut-être alors je ne serais pas la à me questionner car il n'y aurait plus eu UNE référence mais une multitude et chacun de nous incarnerait alors LA référence. Et cette unicité ne pourrait plus être alors rapportée à une espèce de format étalon qui hélas, dans la réalité, existe et hors duquel point de salut.
Et je suis là, assise, perdue dans mes songes où les questions, comme les vêtements de ces dames, tombent sur moi en pluies drues. Quel est donc le dessein de la Nature lorsqu'elle a démultiplié en milliards d'êtres différents, nous tous qui peuplons un court instant cette planète ? Et si la variété n'est que le résultat d'un mélange aléatoire de gênes, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur l'intérêt pour la race humaine d'avoir de longues jambes fuselées ou de petites trapues ? Un long buste musclé ou un tronc plus petit et ventru ? Un cul aux miches pommelées sans trace de cellulite ou des fesses timides qui piquent du nez, affligées de peau d'orange à vous dégoûter des agrumes ? Et celle-ci aux seins de guenon famélique, et cette autre exhibant deux seins magnifiques, pommes d'amour à croquer dont le galbe parait modelé par les mains amoureuses de Rodin.
Et dépit des prédispositions ou des efforts , il est évidemment un capital que la vie nous attribue, dont nous ne pouvons ignorer les défauts, mais que nous exploitons tant bien que mal. Hélas, aucun mode d'emploi transmis à la livraison ! Alors, comment faire pour gérer au mieux un capital beauté qui handicape car on ne sait judicieusement l'utiliser. Serai-je une salope, allumeuse de feux irréductibles, sûre de mes attributs ? Serai-je pour toujours dans le doute "m'aime-t-il pour qui je suis ou pour ce que je représente, une jolie femme à son bras ?" Ou tout le contraire, comment vivre sereinement, la tête haute, fière de soi, quand les traits de notre visage ou notre silhouette mal proportionnée nous accablent comme une condamnation ou le vœu mesquin prononcé par une mauvaise fée ?
Je me demande souvent comment tous ceux et celles que la Nature n'a pas dessinés selon le nombre d'or mais selon une équation pervertie vivent dans ce monde où la différence de l'imperfection est décrétée outrage public. Comment évoluer en s'appréciant vraiment lorsque chaque moment de notre vie est inondé par des images de beauté parfaite en dehors de laquelle nul ne saurait exister ? Et moi, la première de souffrir du manque d'harmonie et d'équilibre dans mes proportions. Difficulté de me mirer dans le miroir où, en superposition, des clichés de la femme que j'aurais aimée être viennent saccager mon reflet.
Et pourtant, il n'y a pas de quoi pleurer. Rien de remarquable non plus à signaler. Physique passe-partout avec ce qu'il faut de défauts et quelques rares qualités, mais bien heureusement la tête et tous les membres dans le bon ordre. Et je contemple l'homme de Vitruve aux proportions dites normales en m'imaginant crucifiée à mon tour dans ce cercle encadré. Cela donnerait sûrement quelque chose d'amusant à regarder, genre grenouille écartelée !
Mais quelle est dont cette loi, s'il y en a une, qui régit l'attribution d'un physique plutôt qu'un autre. Une loterie céleste organisée quotidiennement par des Dieux joueurs du haut de leur Olympe "tiens, à celui-là que lui donnerons-nous ?" Le hasard brutal de la génétique ? Quelle que soit la réponse, je me désole souvent de constater l'injustice dans ce domaine là, aussi. Et mes yeux sont ravis de bonheur lorsque qu’ils regardent une beauté comme celle qui illustre cette note. Et mes yeux sont consternés à en pleurer de croiser dans la rue des femmes et des hommes avec qui la vie s'est amusée.
S'aimer est en soi est un exercice bien difficile, qui prend parfois toute une vie.
Alors pourquoi ajouter à cette difficulté là, une autre bien plus cruelle ?
06:35 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 17 mars 2008
ELLE - L'art de la patère

Je suis vautrée sur mon canapé rouge vermillon.
Je me concentre tel l'athlète de haut niveau. Je fais le vide en moi. Je repasse chaque geste dans ma tête pour m'assurer que tout va bien se passer. J'ai presque fini de vider les cartons. La muraille digne de Vauban que je croyais inexpugnable a cédé à force d'obstination et de coups de cutter imparables. Les cartons éventrés gisent au milieu du salon. Le plus dur est passé ? Hélas, rien n'est moins certain. Ne me reste-t-il pas le bricolage ? La boite à outils est sortie. Elle est là, devant moi, rouge et grise assortie à mon canapé et à mon visage. Je fais grise mine à l'idée de devoir me colleter avec force tournevis, écrous, niveau-à-eau, clous, marteaux et autres instruments indispensables à mon installation. Je sais que je serai la plus forte, que je saurai les maîtriser pour leur faire accomplir ce qui doit l'être mais, là, éreintée d'avoir évider toutes ces boites je dois me ressourcer.
Ça y est. Je suis prête. J'attrape la boite à outils avec un bel entrain. Malheur, elle pèse un âne mort. Je pars à la renverse, me ressaisie. L'équilibre précaire revient mais j'avance tel un culbuto. Mon bras droit traîne quasiment par terre. Je me redresse, serre les abdos et les fesses, non mais, elle ne va pas me faire branler celle-là. "Je fais de la musculation je te ferai dire, ce n'est pas un poids insignifiant comme toi qui va me faire fléchir ! " Ah, oui, triste constat, en vieillissant ne voilà pas que je parle aux objets... Elle et moi somme enfin rendues dans la salle de bain. Je lui fais vider ses tripes et tel un chirurgien j'étale sur le carrelage, côte à côte, les instruments de torture qui bientôt feront trembler la porte. Je la regarde bien en face. Je la jauge, je la toise. Elle est en bois blanc immaculé, presque virginal. Je vais pourtant lui faire subir le pire des sévices. La pénétrer pour la première fois et à plusieurs reprises. Je mesure, j'étalonne, je cible de petites croix à la mine de plomb les endroits où mes outils entameront sa chair agglomérée. Elle n'en mène pas large lorsque je brandis la première vrille. Je vais y aller en douceur, avec délicatesse tel le praticien devant une nubile.
Je plante la pointe et doucement amorce un mouvement de rotation. Rien ne se passe ? J'appuie de tout mon poids, j'entame à peine le voile blanc. Quoi, ce matériau de synthèse bas de gamme ne se laisse pas faire ! Je me hisse sur la boite à outils, je recommence. La pointe acérée de la vrille perce enfin l'épiderme. J'insiste, je m'arc-boute, il n'est pas dit que cette sciure compactée ne cédera pas. Et pourtant. Je m'agace tout de bon "ah, c'est comme ça !" Je prends une vrille plus petite, d'une finesse d'aiguille digne d'une torture chinoise. Je l'immisce dans le petit trou et lentement je visse. Victoire, elle entame enfin cette chair récalcitrante. Je jubile. Je visse de plus en plus profond en appuyant de toutes mes forces. D'un seul coup, je m'enfonce entièrement et manque de tomber car la boite à outils dérape sous mes pieds. Je m'accroche des orteils au rebord de la boite qui de se dérober en arrière, la traîtresse. Je la soupçonne d'avoir parti lié avec la porte. Je m'agrippe à la vrille comme à un piton de rappel au bord du précipice. Oh, non, ne me dites pas que j'ai transpercé le bois ! Je me redresse enfin. La sueur perle à mon front, mon petit pull blanc de mailles soyeuses colle à mon dos. Ben, quoi, je n'allais tout de même pas me mettre en bleu de travail !
Un pré-trou est fait, l'autre doit suivre et ainsi de suite jusqu'au nombre de six. Chaque percement me coûte des efforts de titan. Je peste, je jure, j'insulte la porte. Elle ne me répond pas mais l'effrontée résiste toujours de toutes ses fibres. Qui a dit que l'aggloméré était un matériau de piètre qualité ? Enfin j'ai terminé. Trois paires de petits trous bien nets me regardent, accusateurs. Je vais vite les cacher par des vis puissantes et occulter ces pores indécents dont la vue me dérange. Équipée du tournevis qui tourne tout seul j'attaque le premier trou. La vis ne rentre pas, son pas est trop épais. Ah, non, je ne recommencerai pas. Je force comme une damnée car il est bien connu que les damnés forcent. Le tournevis dérape sur mon doigt. Voilà mon doigt crucifié ! J'hurle des obscénités que même Madame Musquin dans l'ascenseur aurait trouvé salées. Une perle de sang rouge vient maculer le blanc. J'enrage. Je recommence avec énervement. La rage décuple mes forces et la vis enfin pénètre sans ménagement dans le pucelage. Mon doigt pisse le sang et chaque vis fichée dans le bois semble faire saigner la porte. J'ahane et sue à grosses gouttes.
Les patères sont enfin fixées ! La salle de bain est un champ de bataille. Je m'assoie, épuisée, sur la boite à outils. Le rouge et le blanc se mélangent étrangement et un goût de métal baigne ma gorge. Je hais le bricolage ! Et alors que je tète mon doigt pour endiguer l'hémorragie, Adrienne Pauly vient gentiment seriner à mes oreilles ...
"J’veux Le Mec, j’veux un Mec, Pas trop bête, J’veux un Mec, Qui me tienne, Qui me taille, Viens Le Mec..."
06:23 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 14 mars 2008
ELLE - Eloge du mystère

Quel bonheur ce petit cinéma.
Il a ouvert récemment, recréant dans cette ville sans caractère une impression de quartier latin avec ses salles d'art et d'essais. Enfin un peu de vie culturelle dans cette grisaille qu'aucun soleil ne peut vraiment illuminer. Je jubile de découvrir chaque semaine la nouvelle programmation. Que des films en VO. Une sélection variée. Mon œil s'arrête sur un titre évocateur "Lust caution".Lust... Quatre petites lettres comme un amuse-gueule qui me fait déjà saliver. L'association de ces deux mots m’interpelle mais le nom du réalisateur, Ang Lee, vient certainement ajouter à mon intérêt libidineux ! Son nom a sur moi l'effet irrésistible de l'interdit et j'achète le billet sans même réfléchir. Et puis, il faut bien l'avouer, le cul de Tony Leung s'agitant dans l'Amant a marqué ma mémoire indélébilement. Je ne savais pas à alors que je me trompais de Tony, mais peu importe, un Tony en vaut bien un autre !
Le film débute et dès les premières paroles je suis transportée dans les années 40 en Chine occupée. L'histoire développe son intrigue, lentement, et ces lenteurs, loin d'user ma patience, contribuent à me faire oublier que je suis en France dans une salle de ciné. Ça y est. La belle, espionne improvisée, a charmé le héros, brute froide en apparence, mais altérée d'amour et d'ébats sensuels.
Les décors, la lumière, le désir ambigu des personnages me transportent. Passée la violence dérangeante mais troublante de leur premier combat charnel, les voilà réunis pour une autre rencontre. Celle d'un homme de pouvoir qui va se laisser dominer, pensant pourtant tout diriger jusque dans les bras de la belle. Elle, qui se laisse dominer menant pourtant la danse de son corps de femme forcé mais donné sans retenue.
Et subitement, le choc ! Un choc érotique puissant qui me couperait presque le souffle, qui contracte mon ventre indécemment.
Vue plongeante. Elle est sur le dos, il la besogne consciencieusement et ses bras abandonnés, rejetés en arrière, entourent son visage comme ceux de la ballerine et révèlent en plein écran une touffe de poils noirs et drus. Ce ne sont pourtant que ses aisselles, mais ce buisson sombre étalé sous mes yeux exerce sur moi un charme inattendu. Pire que son intimité dévoilée, j'ai l'impression de voler de mes yeux étonnés une vision interdite de quelque chose de plus intime encore. Incroyable pouvoir de cette vision sur mon imaginaire...
Et, hypnotisée par cette pilosité que notre culture aseptisée a depuis longtemps bannie, voilà mes pensées qui vagabondent, perdues dans ces visions de chairs dorées qui gigotent sur l'écran, rendues floues par mes regards absents. Moi, l'inconditionnelle du tout net à la douceur démoniaque que j'ai tant vantée, je redeviens adepte depuis quelques temps à la culture raisonnée d'un joli triangle sombre. Je jardine volontiers et ce que je perds en douceur je le gagne en érotisme il me semble. Je taille à peine, j'élague un peu, je dessine avec un soin feint pour que le visiteur bucolique s'y perde avec plaisir comme dans un jardin anglais où la nature laisserait parler sa fantaisie.
Et me voilà à m'interroger. Mais d'où vient donc cette mode acharnée du glabre à tout prix. L'esthétique ? Sur les jambes sûrement, car rien de plus vilain que des jambes velues de faune sous des bas noirs aériens. Seuls les lusitaniens et les allemands semblent encore friands de ce genre de fourrure rustique. Mais sinon, d'où vient cette volonté d'éradiquer le moindre duvet au point de rendre à la peau des femmes une nudité enfantine qui ne sied pas toujours aux chairs matures de certaines, dont l'abricot rond, lisse et bombé s'est depuis bien longtemps transformé en corolle flétrie aux bords fanés ! Pourquoi gommer le mystère et tout révéler à la vue de l'adorateur qui ne peut plus, dès lors, imaginer le meilleur ?
Pour ma part, j'ai révisé mon dogme. Je reviens comme Jean-Jacques Rousseau à la vérité de la nature. Et que les chatouilleux de la langue qui ont peur de se perdre dans les frondaisons se fassent une raison.
Je réclame à nouveau le droit d'afficher sans complexe dans mes endroits secrets quelques jolies broussailles à visiter !
06:02 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lust caution, épiler or not épiler
mardi, 11 mars 2008
ELLE - Oui, j'ai envie d'embaucher un vieux
Il y a quelques jours, me promenant sur la toile, une note au titre provocateur (ici) a arrêté mon regard.
Curieuse de nature, je me suis assise un instant sur le talus pour lire cet article au parfum provocateur. Mon sang n'a fait qu'un tour à sa lecture. J'avoue, je peux être très "premier degré" parfois, alors il a fallu que je le relise une seconde fois pour me rassurer, car les motivations affichées ne sont peut-être pas celles qu'on croit.
Etant moi-même régulièrement et cruellement confrontée aux problèmes de recrutement et surtout en quête permanente d'expérience, de la vraie, de la transférable immédiatement, de l'efficace qui agit et ne prétend pas, je me suis dit qu'à son auteur je ferais bien un petit billet de mon cru !
Alors je réponds qu'à l'opposé de ce professionnel apparemment averti, moi, je meurs d'envie d'embaucher un vieux. Un vieux c'est un type de 45/50 ans qui cherche désespérément un travail. Cela peut aussi être une femme, je ne suis pas mysogine, d'autant que passé 45 ans, elle est ménopausée et n'a plus ces soucis agaçants liés aux cycles de la Lune. Et puis, les enfants ont depuis longtemps quitté la maison, ils sont donc corvéables à merci et pas regardant sur les horaires.
Ils ont de l'expérience à revendre, mais leur prix est bradé car cela fait déjà deux ou trois ans qu'ils sont sur le pavé et qu'un job, et la dignité qui va avec un statut social, est tout ce qu'ils recherchent. Être comme tout le monde. Se lever le matin, se raser ou se maquiller et filer avec un enthousiasme éternellement renouvelé à ce nouveau travail, bouée de sauvetage avant le naufrage.
Ils sont devenus modestes à force d'essuyer des refus à la pelle et feront tout avec humilité pour intégrer sans heurt et sans risque une équipe déjà constituée de jeunes aux dents longues, prétentieux mais inexpérimentés. Ils mettront leurs compétences au service de la société avec diligence et envie de prouver qu'en dépit de leur âge, ils sont à la hauteur de la mission confiée. Ils sont nés au début du traitement de texte et les ordinateurs n'ont pas fait partie de leur cursus. Ils ont donc eu conscience de leur handicap en matière d'informatique et ont veillé à combler la carence éventuelle de connaissances de cet outil indispensable. Ils ont suivis des cours et se sont intéressés en autodidactes, non seulement aux logiciels, mais aussi à la machine elle-même et en savent souvent plus long que ces débutants sortis d'écoles de commerce pleins de morgue pour les vieux mais incapables de brancher un ordinateur sans l'aide d'un département support !
Le vieux restera loyal jusqu'à la mort, trop heureux d'avoir été recruté. Il pourra même, s'il est pédagogue, enseigner quelques ficelles du métier à certains morveux qui ont inventé la poudre.
Evidemment, là où je rejoins le billet de ce professionnel à l'humour décapant, c'est que le vieux doit aussi se rendre compte que son embauche n'est pas un acte de philantropie, bien au contraire, et donc il a tout intérêt d'être créatif, dynamique, habile, intelligent…
Moi aussi je veux "..un vieux qui comprenne que l’entreprise n’a aucun intérêt à embaucher un boulet simplement pour équilibrer la pyramide des âges. Je veux juste embaucher le meilleur, c’est tout."
Alors si vous êtes "vieux", en pleine forme physique et mentale, prêt à vous donner corps et âme à votre travail (surtout corps d'ailleurs !),
contactez-moi !
* * * *
Je remercie au passage de sa collaboration involontaire mais salutaire l'auteur de "Non, je n'ai pas envie d'embaucher un vieux (*) ..."et je lui sais gré de ne pas me réclamer de royalties pour la phrase de lui que je cite, car enfin, la promotion gratuite de ces idées n'a pas de prix ...
06:45 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : embauche, senior, chômage, statistiques
samedi, 08 mars 2008
ELLE - Femme à lunettes
Le métro arrive enfin en gare.Je descends et scrute les panneaux. Il me faut trouver la sortie rue de la Débâcle. Je regarde partout mais ne distingue rien. Tiens, bizarre, que se passe-t-il ? Le panneau bleu illuminé affiche ses grandes lettres blanches mais à 30 mètres, je ne vois rien. Je me frotte les yeux, sûrement un peu de fatigue oculaire, ah, travailler sur les écrans... Je fronce les sourcils, je fais un pas, puis deux, puis trois. Rien de rien ! Mais ce n'est pas possible, il avance en même temps que moi ! Un flou flouté persiste comme si le panneau était déréglé. Me voilà en dessous. Ah, ça y est, j'y vois net. Zut, mais c'est de l'autre côté. C'est bizarre, cette fatigue oculaire. Il va falloir m'en occuper...
Une semaine plus tard.
"Calez votre front sur le support là, oui, c'est cela. Appuyez bien le menton là. Ne bougez plus, regardez droit devant vous quelques secondes. Humm, oui je vois. Bon, vous allez mettre cet appareil devant vos yeux. Lisez donc les lettres sur le tableau lumineux."
- "Euh, C F D T ?"
- "Bon, lisez la ligne du dessous, avec ces verres-là, s'il vous plait."
- "Ah bon, ce n'est pas C F D T ?"
- "Non, je le crains, c'est C E O T !"
- "Bien. Euh, A N Q P D ?"
- "Non, passez ces verres là alors. Que lisez-vous maintenant ?"
- "H N O H P ?"
- "C'est parfait !"
- "C'est grave docteur ?"
- "Non quelques degrés de myopie. C'est étonnant d'ailleurs
car en général la myopie diminue avec l'âge !"
- "Mais je n'ai jamais été myope. J'ai toujours eu une vue
d'aigle. D'ailleurs, j'aurais pu être pilote de ligne !"
- "Et bien votre carrière de haut vol est finie, je le crains.
Et puis, vous avez un peu de presbytie aussi..."
AArrgghh ! La sentence vient de tomber. Ca y est, je deviens vieille, c'est confirmé. Horreur ! Presbyte ? Mais ce n'est pas sortable. Mon orgueil en prend un sacré coup. Franchement, presbyte, cela manque sacrément de glamour. Je me vois en réunion chaussant mes lunettes "tiens, tu es myope ?" "Non, presbyte !" J'imagine déjà les quolibets faciles, les regards goguenards de mes collègues mâles, réputés pour leur finesse.
Quelle est donc cette malédiction qui s'abat sur moi ? Je m'interroge, je me renseigne. Je lis "Anomalie de la vision consistant dans la difficulté de voir les objets rapprochés, causée par la diminution, avec l'âge, de l'amplitude d'accommodation par sclérose du cristallin" Mais c'est déplaisant à la fin. Je ne suis plus un perdreau de la dernière couvée, soit. Mais tout de même, j'ai de beaux restes ! Et puis ce diagnostique n'est-il pas contradictoire ? Le presbyte ne voit pas les objets rapprochés, et le myope ne voit pas les objets éloignés. C'est paradoxal. Serais-je une femme paradoxale ?
Cela dit, comment avouer lors d'un diner mondain, avec un minimum de dignité et de classe "Je suis presbyte !" ? Pour entendre mon voisin de table, ancien marin au long cours, soldat du feu et commandant d'un bateau-pompe, répondre sur un ton patelin mais le regard égrillard "Presser, ma foi, cela se fait, ça dépend du moment. Personnellement, Madame, je préfèrerais que vous me la pompiez !" ou quelqu'autre propos du même ordre qui me fera grincer des dents. Quand il s'agit de bitte, dans mon métier, les hommes deviennent intarissables !
Et puis, moi, porter des lunettes qui feront ombrage à mes beaux yeux noirs ? Non, décidément c'est agaçant.
Et alors que je me désespère sur mon sort prochain de mémère, subitement me revient en mémoire ce refrain entrainant "Femmes à lunettes, femmes à lunettes..." comme une promesse de ce qui m'attend.
Tiens, en voilà un qui me regarde avec intérêt, le sourire aux lèvres...
Chouette, les affaires reprennent. Vive les lunettes !
* * * *
Pour les ignares, les ignorants, les indifférents, aujourd'hui c'est la journée internationale de la femme et... mon anniversaire. Vous aurez tout de suite compris le lien de cause à effet !06:30 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 05 mars 2008
ELLE - Le pouvoir insoupçonné de l'affixe

Les yeux fermés, bercée par les mélodies de Corinne Bailey Rae, je me laisse doucement couler.
Je flotte entre deux eaux. Les saccades du TGV viennent ajouter leurs doux bercements hypnotiques. Des songes éveillés s'animent sur la toile des mes paupières fermées. Tout un petit monde onirique se met en scène dans mon crâne devenu amphithéâtre. Une idée saugrenue surgit subitement comme un Scapin facétieux jaillissant de son propre sac. Son prénom rime avec rascal. A-t-on idée ? Un sourire incongru cisaille mon visage. Je le réprime car il n'est pas là pour se défendre. A-t-il mérité tant de sarcasme de ma part ? Je me tance. Je tente de me reprendre mais la trouvaille est trop plaisante ! Une toute petite lettre changée au radical qui, avec son ventre rond monté sur ses pattes d'échassier, le fait passer du sacré au profane. Changement de monde radical, lequel est préférable ?
Et un jeu aux règles silencieuses, inspiré par ce principe simple, vient chatouiller mes méninges. Comment faire un petit billet pour le plaisir de jongler avec les radicaux et les affixes. Profiterai-je de ce pied de nez de mon cerveau joueur pour lui dire ce qu'il n'a jamais voulu entendre. Et dans la famille affixe, les préfixes sont me semble-t-il les plus faciles à dompter. Sauront-ils se plier à ma volonté, avec ou sans fouet ? Mais non. Ils sont dociles, ils affluent précipitamment, ils font gentiment la queue en attendant que ma main leste les transcrive, excitée, sur les pages de mon carnet à spirales. Il ne reste plus qu'à trouver le radical qui convient. Celui qui saura combiner le plus généreusement tout ces préfixes à la queue leu leu. Il arrive bonnement. Il est si évident que je ne tergiverse pas.
Quelques lettres de plus, devant, judicieusement posées et le mot change, évolue, s'étoffe de sens, en perd un et en acquière un autre. Et s'élaborent autour de mon rascal convoité des pensées de lui qui ne me quittent jamais. Entreposés dans mon cerveau tous les souvenirs de lui qui se superposent à ceux imaginés. Des sentiments contradictoires s'opposent et m'indisposent. Ma raison s'interpose en vain. J'appose mes mains comme des baumes inefficaces sur mes yeux embués. Je suppose qu'il m'a oubliée depuis longtemps et je prie pour qu'enfin reposent dans un silence de mort les élans de mon cœur qui m'imposent pourtant de ne penser qu'à lui. Je dépose les armes, lasse de lutter contre une passion qui n'accepte pas de dire son nom, et je laisse mes regrets d'un amour impossible exposer à mon âme torturée toutes les belles choses que nous aurions pu juxtaposer comme autant de notes sur la portée pour composer un chant d'amour ineffable.
Je souris légèrement. Satisfaction simplette d'un exercice de style qui me fait raconter en quatorze verbes, frères par la racine mais différents pourtant, comment un homme improbable assiège mon âme. Ce jeu n'a pas de fin pour celui qui aime observer comment la langue française est organisée. Je me réjouis déjà à l'idée de dégoter le prochain verbe radical avec lequel décliner toutes mes pensées, les plus secrètes, les plus osées. Ils sont nombreux et déjà volontaires à l'entrée théâtrale de mon imagination. Ils attendent, sans billet, indisciplinés "moi ! Non, moi ! Non, ne l'écoute pas, prends moi d'abord ..."
Alors lequel sera-ce ?
06:22 Publié dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mensonge, passion, amour irrésolu
dimanche, 02 mars 2008
ELLE - Déconnade présidentielle
Dialogue dans l'alcôve.
- Hé, elle dort la Belle ?
- Non, chut, elle dort...
- Mais que me dites-vous là ? Il faut savoir, dort-elle ou bien ne dort elle pas ? Y-a-t-il un risque pour moi, ou puis-je m'aventurer ? Vous me dites tout et son contraire, et je meurs de devoir me taire !
- Chut, vous dis-je ! Oui, elle dort la Belle, mais je ne veux pas que vous vous approchiez de nous.
- Ah tiens donc, pourquoi ? Elle semble pourtant lascive à souhait, la chemise sur le ventre relevée et les draps qui tombent sur le parquet. Ne vous vois-je pas là, fort librement exposé, accessible il me semble à tous mes élans ?
- Que nenni mon Cher, je boude figurez-vous ?
- Vous boudez, mais quelle sera la raison de cette bouderie fort mal venue ? Car voyez-vous mon adoré, ce n'est pas tout les soirs que le champ est ainsi libre d'accès et que la voie qui mène à vous, toute tracée. Allons, mon cher, mon convoité, que se passe-t-il, vous aurais-je offensé ?
- Mais non idiot, il s'agit bien de vous ! Savez-vous la dernière ?
- Ma foi non, dites-moi tout, je brûle de savoir la cause de vos ennuis.
- Figurez-vous beau Vit, que le Président s'est de nouveau égaré et que dans ces propos il a médit. Médit sur ma personne qui plus est ! Cette fois-ci ne m'a-t-il pas invoqué comme la pire des insultes ? La phrase a été dite sans nulle ambigüité et en première ligne il m'a mis comme un vulgaire fantassin. Moi le suave, moi le doux, moi qui n'apporte que réconfort et volupté, me voilà sur la place publique conspué. Voilà que maintenant de bouche en bouche passe mon nom souillé et qu'à la postérité mes trois lettres rimeront avec imbécile, idiot, voire ignare ou pire encore s'il se peut. Allez savoir ce qui restera de cet égarement du Président. Au lieu de savourer les douces lettres qui me composent comme une mise en bouche de plaisir anticipé, le C le O et le N associés seront redoutés comme le pire des outrages à la face jetée. Non vraiment, mon Vit, ce soir je n'ai pas l'âme au batifolage. La Belle dort sans soucis, elle m'offre à votre vue, palpitant, frémissant je l'avoue, car je ne sais résister à vos attraits lorsque je vous vois ainsi tendu vers moi, la peau brillante et satinée comme la soie, accompagné de vos fidèles alliées qui se serrent près de vous, pleine de réjouissances et qui ne demandent qu'à me les offrir. Mais vraiment, devenir une injure me coupe toute envie de vous sentir là, en mon sein, agitant votre désir brûlant en un doux va et vient.
- Mon bon, détendez vous, laissez moi approcher et je trouverai bien le moyen de vous persuader. Rien ne sert de ruminer seul dans votre coin les justes griefs que vous avez contre un Président qui, décidément, manque sûrement de retenue au poste qu'il occupe. Mais votre bouderie me prive de vous sentir tout contre moi serré et par cette décision bien trop cruelle, vous me punissez moi et non pas lui. Peut-être pourriez-vous le châtier autrement. Faites donc une pétition auprès de vos confrères ! Et si cette pétition se faisait habilement connaitre de celui qui se niche aux creux des jolies cuisses de la première Dame et qu'à son tour offenser il se refuse à lui ? Imaginez un peu cette jubilation. Il vous a maltraité, mais la pareille en pire vous lui rendez. Privé du plaisir de le fréquenter à son gré comme moi je m'enorgueillis de le faire avec vous, mon tendre, mon désiré, il révisera bien tôt sa position. Il risque même de publiquement faire amende honorable et vous réhabiliter à la face du monde comme le nom le plus enviable...
- Ah, mon Vit comme vous me parlez. Je ne sais résister aux sages réflexions que vous m'exposer. Il est vrai que vous brillez par votre intelligence et que vous maniez fort bien le verbe. Que votre verve est légendaire et que sa force de persuasion n'est plus à démontrer. Allez, je veux bien ce soir encore accepter vos hommages. Approchez, elle dort ferme, son souffle est lourd et de vous voir aussi bien disposé à mon égard me fait mouiller juste ce qu'il faut pour assurer sans encombre votre passage. Venez mon tout beau, investissez la place. Ne vous gênez pas, je vous en prie, et à mi-voix confessez tout les délicieux supplices auxquels sans plus tarder vous allez me soumettre. Par de vifs assauts, faites-moi perdre la mémoire que j'oublie pour de bon ce qu'il a dit du Con.
Que les mal embouchés révisent leur position, car être Con n'est pas si con !
* * *
Librement inspiré par "Le dialogue du Con et du Vit" de Félix Nogaret dans l'Arétin françois.
Merci Monsieur le Président ...
07:09 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, plaisir, con
