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samedi, 17 mai 2008
ELLE - Crise épistolaire

Ces derniers temps je suis empoignée par des doutes !
Mais pas de petits doutes, tous gentils que l'on peut renvoyer à la niche d'un bon coup de pied au derrière. Non, de bon gros doutes, velus et trapus comme des débardeurs d'Istanbul, dont les mains puissantes s'accrochent à mes pensées, insistantes, insinuantes. Ils ne me laissent pas un instant de repos et je me bats avec eux, en tenue de lutte gréco-romaine si saillante, et ni ma souplesse légendaire ni mon don de l'esquive ne peuvent rien à l'affaire et je sens que dans l'arène je vais devoir céder.
Et que mes disent ces vilains doutes qui me déstabilisent en des prises vicieuses qui me vont bientôt me faire tomber ? "Si tu veux être lue, si tu veux exploser les statistiques de Haut et Fort, si tu veux remporter la palme sur PaperBlog et autres palmarès il te faudra bientôt ne parler que de fesses ! " En effet, parmi mes errances dans ce monde beaucoup plus peuplé que je ne l'imaginais, il semblerait que les plus visités soient ceux et celles qui étalent avec plus ou moins de grâce des morceaux d'anatomie choisis, agrémentés de coton moulant Calvin Klein ou de dentelles et autres artifices à faire rougir les membres les plus endurcis du Sexodrome à Pigalle, et ce n'est pas peu dire. A ce propos d'ailleurs, si rougir est de mise ce n'est pas non plus le seul l'effet escompté...
Ou bien il s'agit de blogs dont les mots ne parlent que de la chose dont l'Abbé Lattaignant a si bien parlé en son temps (à lire absolument), et ils la content en une prose plus ou moins heureuse, plus ou moins élégante. Et certains parmi eux affichent un lectorat au nombre astronomique et je comprends enfin que s'envoyer en l'air, très haut de préférence pour atteindre des résultats stratosphériques, est définitivement porteur. Pas de tergiversation, si je veux être lue, passons au cul !
Pourquoi me direz-vous, être lue, moi qui ne prétend pas tirer de cette activité un quelconque revenu ? Mais parce qu'il y a un plaisir certain à constater que des centaines de personnes sont venues se perdre ici, y sont restées un moment et se sont laissées charmer, troubler. Ce sont agacées peut-être même, voire se sont amusées quand ma plume n'est pas trop pleurnicharde. Il y a jouissance à relever sur le compteur le chiffre des visites de la veille que l'on espère ascensionnel et de récolter comme récompense au travail fourni un salaire dont l'unité monétaire serait le commentaire. Par les temps qui courent on prend son plaisir à jouir où l'on peut et un salaire entièrement dé-fiscalisé ne saurait être boudé ! Mais ne vous y trompez pas, Môssieur, Madâme, ce salaire là est bien mérité car ici l'on bosse. Ici, rien n'est galvaudé. Ici, on s'applique à calligraphier le moindre texte ou état d'âme, le bout de la langue studieusement coincé à la commissure des lèvres. Ici, on ne lésine pas sur les efforts pour produire des billets qui se veulent de qualité, ne serait-ce que par le soin qu'on y a apporté et dont les mots parfois envieux, contemplent les Hugo, les Zola en se disant que jamais hélas avec eux ils ne fricoteront au panthéon des écrivains avec un grand E.
Evidemment à vouloir produire au goût du jour, j'y perdrai peut-être mon âme. Il faudra que je m'organise comme Procter & Gamble un département consommateurs. Que j'établisse un panel de testeurs sur lequel je vérifierai l'efficacité de mes textes avant de les publier, histoire de m'assurer que seuls ceux au goût le plus prisé sont publiés. Je deviendrai esclave de ce que la masse veut au détriment sûrement des élans naturels de mon calame qui aime à commenter tout et n'importe quoi, mais surtout n'importe quoi n'est-ce pas ? Devrai-je remiser dans un grenier poussiéreux toutes mes bêtises, toutes mes réflexions philosophico-existentielles qui donnent le ton à mon petit théâtre pour satisfaire une boulimie de chiffres ? Car il semble bien que ce que j'écris spontanément ne passionne pas les foules, je dois le reconnaître même si l'ego en passant s'en trouve égratigné profondément ! Déciderai-je que le plus important n'est pas que je sois lue mais que je sois moi, même si être moi n'intéresse personne d'autre que moi justement ? Je ne sais pas.
Alors je vous le demande, continuerai-je sur ma voie faisant fi d'un succès convoité qui ne vient pas ou bien privilégierai-je les courbes de mon lectorat ?
06:23 Publié dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : statistique, exploseblog, paperblog, vib