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dimanche, 11 mai 2008

ELLE - L'Ascension à pédales

558215981.jpgJ'écoutais d'une oreille inattentive le journal de 20H00. 

Je n'avais pas choisi la chaine et par hasard, PPDA avec ses cheveux entrenus comme une pépinière d'essences en voie de disparition, égrénait des nouvelles plus ou moins affligeantes ou réjouissances. Le journal arrivait à sa fin. Soudain, le titre du reportage retint mon attention, vous savez, le phénomène bien connu du "je n'écoute pas et pourtant j'entends tout..." PPDA annonçait un sourire goguenard aux lèvres qu'il ne pouvait réprimer le "9ème championnat de France de Cyclisme du clergé" qui avait lieu aujourd'hui 8 mai dans la région du Havre. Il commentait en savourant chaque mot comme s'il était un bon mot, un mot d'esprit comme il prétend en avoir. "...Et pour l'événement, pas de soutane, qui d'ailleurs ne se porte plus beaucoup de nos jours. Non, des prêtres en short moulant !" (ici).
On sentait bien à sa diction qu'il se régalait de nous proposer un tel spectacle, anticipant avec délectation la lutte que les hommes de Dieu allaient devoir mener, à commençer par le port de cet accoutrement indécent.

Et le reportage commence. Rien de bien différent du Tour de France si ce n'est le recueillement évident de ceux qui pour Dieu vont entamer cette course. Clin d'œil humoristique de l'Evêque de Lilles qui ajoute dans son sermon "... que la progression ensemble vers le ciel se conjugue très bien avec l'ascension d'un col de première catégorie..." Comme quoi, certains membres du Clergé ont vraiment de l'esprit, eux, sans intervention du Saint. Ou avec, allez savoir avec ces gens là. Ils ont à leur côté des complices omnipotents et discrets.

La séquence ne dure que quelques minutes. Les interviews à l'arrivée sont pleines d'humour aussi et tel curé de dire que les anges le poussaient car il y avait du vent partout mais qu'ils étaient parfois contraires. Au fait, les anges ont-ils le sens de l'orientation ? Tel autre qui avait invoqué dieu au départ, l'évoquait maintenant plein de reconnaissance. Tous, ils ont trouvé leur voie qu'ils parcourent à coup de pédale car les voies qui mènent au Seigneur sont variées, impénétrables parfois même pour ceux de la pédale. Et leurs voix se tournent à tout moment vers Dieu pour le remercier. Le remercier de les avoir appelés car il parait qu'il les appelle, c'est comme ça. Le remercier de les avoirs soutenus et de les soutenir encore. Les mines sont radieuses comme un soleil d'été avec cette lumière en plus, irréelle, divine ? Celle de celui qui croit ?

Et je me prends à les envier, hommes si humains et pourtant si au-dessus de moi. Ils portent le short de cyclisme de compétition et même si leur physique dévoile à nos yeux de profanes l'homme en eux avec tout ses attributs, beau parfois, ils restent inaccessibles, transformés par leur foi. Impossible de les contempler comme des hommes. Indécence, à fustiger immédiatement, de noter au passage un rien admirative, les proportions athlétiques de l'un, le visage attrayant de l'autre. Race à part, même s'il parait que les races n'existent pas. Ascètes volontaires dans un monde de sexe étalé, galvaudé, écœurant. Ni ange, ni démon, mais les deux à la fois. Etres hybrides qui renient les élans de leur nature et qui la vénèrent pourtant comme une création divine ! Paradoxe humain au ciel. Mélange de contradictions en suspension comme une émulsion dont les éléments ne se scinderont plus jamais pour retrouver leur intégrité originelle.

Mes doutes de mécréante reviennent au rythme effréné de la petite reine qu'ils montent, en danseuse mais mâles pourtant, fesses musclées en l'air. La vie ne serait-elle pas plus facile accompagnée de cette foi inébranlable qu'ils ont ? Si seulement je croyais, mes doutes ne disparaitraient-ils pas au profit d'une confiance inaltérable que tout est pour le mieux et que, nouveau Candide, je dois tout accepter les yeux fervents et le sourire béat aux lèvres puisque c'est la volonté de Dieu. Car finalement, à tout accepter, le bon comme le mauvais, ces hommes là ne font-ils pas comme le héros de Voltaire qui se persuade que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Aucun sarcasme dans mes pensées troublées. Juste des relents de doute. Car depuis toujours j'ai hébergé en moi des idées contradictoires que je n'ai jamais pu réconcilier. Et de foi, point. Juste la croyance en un syncrétisme Gicerillien, mélange de croyances païennes et de christianisme mijoté qui me permet de rester debout quand tout se dérobe sous moi. Rationalisation outrancière pour expliquer de manière rationnelle ce qui ne l'est pas. Trouver des signes qui ne sont pas de croix. Survivre aux chaos dans lesquels je plonge trop souvent et m'accrocher à des idioties comme à autant de planche de vérité pour ne pas couler. Tout mais ne pas croire en Dieu car Dieu n'existe pas. Dieu est une création de l'esprit humain, d'un machiavel avant l'heure qui a élaboré tout cela pour civiliser des peuples entiers, par la peur domptés. Peur de la sentence de dieu. Peur de l'enfer. Promesse du paradis. Contes pour enfants naïfs ou bien vérité accessible qu'aux seuls initiés ?

Je m'interroge. Pourtant, quand j'entends ma meilleure amie me parler de Jésus comme de son bel amant. Quand je vois la force de ceux qui croient vraiment, authentiquement, innocemment au Père, au Fils et au Saint Esprit, je me prends à les envier. Je voudrais à mon tour être caressée par la grâce et croire enfin. Croire pour ne plus penser. Croire pour oublier que je suis actrice de ma vie, et que Dieu n'y a aucune part. Croire pour me plaindre à lui et le tancer quand cela ne va pas pour ne plus me maltraiter moi. Me soulager enfin de mes responsabilités et lui demander raison à lui, en duel, dans son église ou sur mon terrain choisi.


Au-delà du cynisme qui tente de s'immiscer en moi, moi athée de toujours, je me laisse aller à penser qu'il serait doux de croire en Lui. Lui, qui ne se montre pas et pour qui tant d'humains trucident, déciment, génocident. Lui, qui laisse faire en son nom tant d'exactions. Lui, qui n'est qu'amour et qui s'occuperait personnellement de mon cas. Mais la foi ne se convoque pas. Aucun injonction ne la fait s'inoculer dans notre être comme un saint virus pour ne plus le quitter. C'est une rebelle qui exige la docilité que je n'ai pas.

Alors sans foi j'errai, mais pas sans lois, c'est déjà ça !

* * *

Nota bene pour les croyants qui se seraient égarés ici : pardonnez les mauvais jeux de mots et calembours à trois balles, mais je n'ai pas pu résister... Mais croyez bien que je respecte ceux qui croient et les envie vraiment parfois !

 

jeudi, 08 mai 2008

ELLE - L'extase haut perchée

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Il fallait certainement que cette information me fut révélée pour qu'auprès des femmes je m'en fasse le héraut.


Sinon comment expliquer cette séquence d'événements anodins pour qu'enfin je sache. J'avais récupéré le Géo de mai au salon Air France. Je l'avais feuilleté avec curiosité car c'est une belle publication mais j'étais passée à côté. Et c'est seulement lorsque j'allais le recycler dans le container à papier que la feuille s'est détachée et a pris son envol, seule possibilité pour elle d'ouvrir mes yeux aveugles qui l'avaient ignorée.

En la rattrapant, c'est là que le j'ai vue. Timidement exposée dans un encart discret du bien nommée rubrique "Geoptimiste". Information primordiale qui explique indubitablement l'engouement de certaines, pour ne pas dire la passion, pour les hauts talons. Connaissance inconsciente d'un phénomène dont elles ont fait l'heureuse expérience sans faire l'association ? Ressenti animal jamais mis en équation aussi fiable pourtant que l'instinct qui porte le mâle à faire la roue pour chauffer la belle en pleine ovulation ?

Mais quelle est donc cette information de première bourre (non, non je vous vois venir, pas de mauvais jeu de mots ici. Vérifiez, vous verrez) ? "Le port de talons hauts améliore la vie sexuelle"

"Bien sûr" interjetterons certains, le sourire moqueur aux lèvres, car ils imaginent déjà en un raccourci de leur esprit rustaud que c'est une vérité banale de reconnaitre que la vue d'une paire de jambes devenues infinies par des talons ambitieux est indéniablement excitant sans compter la fascination exercée par la soie de la jupe suspendue à des hanches qui la transforment en balancier hypnotique. C'est le moment que je choisis pour lever les yeux au ciel, affligée, et une main autoritaire pour faire taire ces ignares et leur révéler, bonne fille, LE secret.


"Selon une étude menée par le Dr Maria Cerruto, porter des chaussures qui maintiennent le pied à un angle de 15° renforce le plancher pelvien qui héberge les muscles du plaisir liés à l'orgasme, ce qui accroîtrait les sensations... "

Quelle révélation ! Non seulement les femmes, sacrées finaudes du règne animal, vous pétrifient de désir en balançant sous vos yeux leurs reins renflés dont les deux hémisphères se dandinent au rythme de leurs talons qui surinent l'asphalte, mais par répercussion, elles musclent cette partie de leur corps qui en mille ondes de plaisir enserrera votre doux membre à la pénétration.

Dès lors, je comprends mieux l'amour immodéré de certaines pour une paire de Louboutin qui culmine à des hauteurs que l'on se prend à imaginer paradisiaques. En effet, un esprit curieux aura immédiatement regardé sur un compas ce que représente une élévation de 15 ° et aura vite compris que s'il y a corrélation entre la hauteur du talon et le plaisir à récolter, il ne faudra plus lésiner. Et son échine d'onduler de plaisir par anticipation à l'idée des sensations que pourraient générer des angles de 20°, 25° et plus encore.

A se demander si les chausseurs à la mode (Vivier, Blahnick, Choo, etc.), provocateurs de péchés, n'étaient pas déjà dans la confidence, qui créent depuis des années des souliers importables pour un pied normal mais à l'angle audacieux et prometteur. Peu importe. Foin de considérations morphologiques. Focalisons uniquement sur cette découverte passionnante à déchaîner les passions. Messieurs, ne soyez plus radins puisque la clé du paradis vous tend la main. Offrez sans rechigner ces stilettos hors de prix qui cambreront le pied de vos femmes en des voûtes démoniaques à adorer, qui allongeront leurs jambes devenues lianes galbées pour mieux vous attacher. A nous les hauteurs 1712925563.jpgvertigineuses, promesses de sensations décuplées. Que dis-je décuplées, centuplées même !

Mon sang s'échauffe à cette idée.  Et tant pis si ma tentative précédente s'est révélée pitoyable. Cette fois-ci, la motivation est trop grande. Si Carrie Bradshaw arrive à déambuler sur 10 centimètres de talons avec élégance il n'y a pas de raison que j'échoue. J'ai déjà la "City" il ne manque plus que son pendant qui, lorsqu'il arrivera, me trouvera fin prête et musclée à souhait...

Et si dorénavant je ne marchais que chaussée de pointes de danseuse à 180° ? 

 

lundi, 05 mai 2008

ELLE - Quand l'altruisme fait mal

1557344718.JPG"Allô !"

- "Bonsoir Gicerilla ! Que se passe-t-il, tu as l'air toute essoufflée ?"
- "Mais non M. je me bats depuis dix minutes avec des cartons !"
-  "Des cartons ?" 
- "Oui, j'essaie de déballer les éléments qui composent la superbe table qu'on vient enfin de me livrer. Il faut que je la monte mais je n'arrive même pas à ouvrir l'emballage ! Tu imagines ?  Je peste, je voudrais un mec..."
-
"Monter une table. J'arrive !"
- "Tu arrives ?  Mais tu es fou, tu ne vas pas faire 700 km pour venir monter ma table !"
- "Si, demain à la même heure je serai chez toi !"
- "Mais tu es cinglé, enfin, je vais me débrouiller..."
- "Non, de toutes façons j'ai envie de te voir. A demain !"

Il a raccroché et je reste pensive. Est-il possible que l'on veuille faire autant de kilomètres sans même la promesse d'un bon dîner à déguster après, pour venir monter la table d'une femme, amie peut-être, l'avenir le dira, amante même pas ? Bon, ok, il s'agit d'une très belle table, c'est certain. Un design italien. Profilée comme la carrosserie d'une Ferrari et pour un amoureux de la mécanique comme lui... Soit. Mais franchement, je m'interroge. Un mot me vient à l'esprit pour justifier une telle folie ou autrement appelée chez les Scouts, BA. Car sur l'échelle des bonnes actions, parcourir  trois cent cinquante kilomètres d'une traite pour visser 8 vis sur 2 plateaux de verre, est certainement proche du dernier barreau, ou en tout cas elle flirte avec l'exploit. Et ce mot c'est "altruisme". Ne serait-ce pas là l'exemple le plus probant de ce qu'on appelle l'altruisme ? Mais le doute me taraude comme les vis qui vont bientôt pénétrer l'épaisseur du verre.

Vite, mon encyclopédie pour vérifier si cet homme est en péril et mérite l'asile ou si sa décision n'est qu'un acte gratuit que l'on peut ranger dans la catégorie philanthropie.

Altruisme n.m. semble être une création d'Auguste Comte (V.1830; attesté 1852) sur le modèle du mot égoïsme et pour lui servir de pendant. Il est dérivé du radical d’autrui d'après le latin alter. Le mot désigne la disposition innée de l'être humain à la bienveillance à l'égard des autres membres de sa communauté et qui coexiste avec l'égoïsme. Sa valeur s'est étendue en morale pour toute conduite et attitude où l'intérêt personnel est subordonné à celui des semblables, sans motivation religieuse.

Me voilà bien avancée. Oui, il est altruiste, c'est certain. Mais ce n'est pas cela, non. Pourquoi je ne me sens pas à l'aise avec cette décision qu'il a prise de m'aider, sans demander aucune contrepartie ? Et l'intuition de ce que je sentais, enfouie dans mes neurones,  revient m'assiéger plus fort encore. Elle affleure à la surface de mon cerveau maintenant et impose sa présence avec son cortège de sensations désagréables. Pourquoi ne suis-je pas simplement enchantée qu'un chevalier servant ait ramassé la notice de montage ? Ne serait-ce pas tout bonnement  parce qu'avec ses bonnes intentions il me renvoie comme un miroir l'évidence que moi, je ne le ferais pas et qu'en conséquence je le ne vaux pas ?

Je suis aux prises avec des sentiments contradictoires qui me font tour à tour penser que je suis une sacrée égoïste incapable d'un geste hors du champ de la raison pour aider un ami ou que je suis un être trop raisonnable et calculateur qui n'agit qu'en fonction ce qui vaut le coup ou de ce qui ne le vaut pas. Et dans les deux cas, ma médiocrité me revient en pleine face, grimace qui vient se plaquer comme une sangsue sur mon visage.

Dans les deux cas je me perçois sans grandeur, incapable d'une action flamboyante de gratuité uniquement pour le plaisir de donner, de rendre service. Cette perception là m'agace au plus haut point et pendant un moment je lui en veux de se faire croire mieux que moi à mes yeux. Incohérence de bonne femme ? Me voilà à blâmer en secret cet homme hors norme qui, pour des raisons qui restent encore floues et qui le resteront, vient à ma rescousse sans compter ses efforts.

Dans les deux cas, son geste me fait voir à quel point je ne suis pas meilleure que le vulgum pecus dont je suis issue. Aucun héroïsme dans mes élans amicaux puisque je ne serais pas capable de conduire 700 km pour faire une séance de lego.

Je n'aime pas l'image de moi que, sans le vouloir, il me renvoie et je me tance de penser qu'il faut tout mesurer à son aune comme l'étalon de référence unique hors duquel point de salut. Car après tout, faut-il forcément que je me compare à lui ? Faut-il que je me qualifie au regard de ses qualités en ignorant les miennes qui pourtant existent même si parmi elles, la sienne n'y est pas ? Pourtant, j'ai beau me raisonner et me dire tout cela, je demeure avec ce goût amer qui vient du jugement que je m'inflige de n'être pas celle qu'il est.

La morale que je tire de cette aventure, c'est qu'il n'est pas bon pour autrui de se montrer trop généreux, trop extraordinaire dans ses actions car alors, au lieu de récolter une reconnaissance légitime à l'effort consenti, il risque fort de recevoir pour toute récompense l'ingratitude passagère de celui qu'il a fâché malgré lui par la grandeur de son âme !


On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions...

* * *

Cher M., ne me prenez pas pour une ingrate ! Oh non, je vous sais gré. Merci à double titre. Pour avoir monté, de main de maître, cette superbe table et pour m'avoir fait toucher du doigt que je ne suis pas aussi généreuse que je me crois !

vendredi, 02 mai 2008

ELLE - L'éclat inaltérable de la mort

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La première fois j'avais été choquée.

Un à priori comme on en héberge bien trop m'avait fait crier à l'outrage "quoi, il y en a qui font feu de tout bois !" et en l'occurrence de bois point, et pour foyer le four crématoire ! Des idées révoltées de profit à tous prix m'avaient assaillie, violentes, intransigeantes et je m'étais instantanément ralliée à leur cause car elles semblaient défendre une idée reçue légitimement intouchable : on ne fait pas commerce de la mort.

Et la frileuse en moi, celle qui au mot de mort sent son sang se changer en fluide glacial dans ses veines, de s'offusquer que l'on puisse un seul instant concevoir de faire du mort autre chose qu'une dépouille sous une pierre tombale à honorer, un jour gris de novembre, ou bien un tas de cendres à répandre aux vents préférés du défunt. Pourtant, une fois plantée dans mon cerveau, ne voilà pas l'idée qui germe et ses bourgeons de réflexion doucement m'amènent sur un autre chemin. Car, après tout, commerce il y a déjà et un nombre, restreint soit mais certain, vit de la mort et même en fait ses choux gras. A-t-on jamais eu envie de blâmer les forêts ou les potagers d'être rendus plus florissants par la proximité d'un charnier ou d'un cimetière. Non ! Alors, pas de fausse indignation ici. Considérons l'offre pour ce qu'elle est : inventive, au concept bravant les pensées bien pensantes et bienséantes et finalement promotrice d'une approche non pas triste et terne de la mort mais plutôt brillante à souhait. Mort brillant de mille feux. Du feu de la lumière, source de vie. Pérenniser la vie au-delà de la mort ? Impossible, me direz-vous. Et bien non. Pourquoi cet amas de chairs putrescentes ne deviendrait-il pas plutôt un objet rare, un diamant ?

Et la société
Algordanza ne s'est pas laisser intimidée par la Grande faucheuse. Bien au contraire, elle a décidé de lui faire un pied de nez, de mettre à son profit son inéluctabilité en la combinant à grands frais à une technologie de pointe. Car évidemment, cela coûte cher et ne devient pas diamant qui veut. Pas de philanthropie ici. Tout est mesuré à l'aune du carat et chaque microgramme de matière obtenue est vendu au prix ... du diamant ! Mais ne vaut-il mieux pas un joli carat de Mémé qu'un carat arraché à l'Afrique au prix du sang ? Ne vaut-il pas mieux arborer Maman en solitaire, qu'un solitaire volé à la terre par des esclaves martyrisés, sous le joug d'une nouvelle race de négriers motivés par le pouvoir et le lucre ?

Bien sûr, engoncés dans nos coutumes ancestrales, il faudra que celle ou celui qui en héritera s'émancipe du poids des traditions et accepte de porter le mort à son doigt, à son cou... Mais une fois apprivoisée cette idée, écœurante pour certains, effrayante pour d'autres, insupportable et indécente pour d'autres encore, ne me serait-il pas plus agréable de mourir en sachant que je scintillerai un jour dans un écrin ou enchâssée dans un chaton précieux ?

Oh, je vois venir les incrédules, les pinces sans-rire, les goguenards de tout poil avec les "Ah mon dieu, quelle horreur, j'ai égaré Tante Sidonie",  "Dis, t'as pas vu trainer Tonton, je l'avais posé là pourtant !", "Ah, ah, Pépé est devenu un bijou de famille..." Oui, bien sûr, la tentation est assez irrésistible. Mais au-delà de ces blagues de potache, c'est bien l'au-delà que nous avons apprivoisé. Construire une autre idée de la mort et du décédé.

Je termine cette note sans savoir comment je finirai mais si quelqu'un veut bien de moi à son cou ou à son doigt, pourquoi pas ?

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