28 septembre 2008

ELLE - La divination du prénom

socrate.jpgJe l'ai retrouvé par hasard, coincé entre deux pages des oeuvres complètes de Madame de La Fayette.

Cela faisait des années qu'il jaunissait, coincé entre La Princesse de Clèves ou Zaïde, je ne sais plus. Il a glissé par terre et une moue dédaigneuse l'a accueilli lorsqu'arrivé à hauteur d'yeux j'ai vu ce qu'il était. Un simple marque-pages, déserteur qui plus est, qui n'avait pas su jouer jusqu'au bout son rôle et qui dès lors ne méritait qu'une seule chose, le ban, l'exil, l'excommunication. Enfin quoi, un signet digne de ce nom, qu'il soit ruban de satin ou vulgaire carton, même glacé, devrait tenir la place quoi qu'il en coûte. A l'instar du soldat qui meurt plutôt que de céder, ne devait-il pas rester en poste s'agrippant, malgré les remous de mes mains énergiques, à la place qui lui avait été assignée ?

C'est donc une double ration de mépris qui l'accueillit jusqu'à ce que, mon agacement passé, je redécouvre ce qu'il avait à me dire. Car ce n'est pas un marque-pages banal, figurez-vous. Non, c'est un marque-pages savant qui en dit long sur moi. De ces marque-pages à la noix vendus dans les librairies en mal de best-seller. De ces signets qui vous disent qui vous êtes en quelques mots lapidaires. Publication de qualité tout de même, chèrement payée, qui arrondit en fin de mois les bourses des libraires. Celles dont les patronnes raffolent plus elles sont pleines et dont elles tiennent fermement les cordons de peur que leurs maris ne les vident au profit d'une autre qu'elles.

Je lis. Je m'étonne. Je relis. C'est fou, je me retrouve là, dans ces quelques phrases ridiculement entourées de fleurettes et de papillons :


Gicerilla est alerte, énergique et joviale et toujours prête à communiquer ! Elle est charmante et élégante, cherchant tours à plaire autant qu'à faire plaisir. Loyale et sincère, elle hait le mensonge : elle possède le sens de la justice et il ne faut surtout pas la léser. Exigeante et très perfectionniste, son compagnon devra être... juste parfait !


Evidemment d'aucun, sceptique, me dira que ces signets valent bien des horoscopes de Voilà ou de Gala et que leurs mots sont suffisamment valorisants pour que tout le monde s'y retrouve.  Pourtant, n'est-il pas vrai que la justice est une de mes valeurs les plus chères et que son opposé me rend malade au point que je suis prête à en découvre lorsqu'elle se pointe, l'arme au poing ? Ne suis-je pas de celles qui se rendent malade pour une injustice et n'ont de cesse qu'elle soit redressée, sorte de Voltaire en jupon qui y laisserait sa vie plutôt que de céder. 

Ne suis-je pas loyale et sincère en toutes circonstances et ne prêché-je pas que mieux vaut la maladresse d'une vérité bienveillante dite tout de go qu'une hypocrisie sauvant les apparences. Perfectionniste ? Ah, ça, n'ai-je pas décrit ici il y a quelques mois comment elle et moi depuis le début nous luttons. Tel le rétiaire, ne fait-elle pas tout pour me garder dans ses filets et moi à coups d'épée tout pour m'en défaire quitte, pour cela, à apprendre les règles du combat dans l'arène ?

Charmante et élégante ? Vous seul(e)s me le direz. Alerte, énergique et joviale certainement, car lorsque je dépose le masque social qui sied si bien à mon métier, ne suis-je pas de fréquentation agréable et mon espièglerie de petite fille attardée ne fait-elle pas le bonheur de ceux qui m'entourent et qui, à mon exemple, enfin se laissent aller à être eux-mêmes au-delà des apparences ?


La cartésienne sourit, condescendante, face à la Gicerilla qui croit aux sornettes. Mais la crédule insiste "écoute moi nom de dieu, tu crois tout savoir mais tu ne sais rien..."  Car enfin, n'ai-je pas lu il y a quelque temps que les ondes hertziennes des prénoms et noms façonnent qui nous devenons. Que le prénom et nom ne sont pas matière inerte mais au contraire la somme de vibrations qui s'incrustent dans l'être jusqu'à peut-être le modeler.

Et puis, détournant à peine son propos, voilà que François Dagognet par le biais de son livre "Le nom de la chose" vient en renfort, à l'envers ou à l'endroit, de cette théorie.  "...Mais il s’attarde surtout sur le rapport entre le nom et le nommé (une personne, un lieu, un instrument scientifique…), en mettant chaque fois à l’épreuve sa thèse, qui - entre les deux propositions extrêmes : «le nom de la rose est la rose», «le nom de la rose, arbitraire, n’est en rien la rose» - pose que le nom propre et ce qu’il désigne s’«imprègnent» ou «s’incrustent» l’un dans l’autre : «lié souvent à un territoire, un paysage (réel ou imaginaire), une culture, des habitudes, un comportement», le nom, par son «pouvoir suggestif», se met «à influencer la personne, il finit par en épouser la substance».


Intéressant ! Non ? La tentation est grande de rejeter en bloc la thèse car, contrairement à la poule et à l'œuf, l'être me direz-vous est avant le prénom et puis, toutes les Gicérilla du monde ne sauraient être les mêmes par le fait unique du prénom qu'elles partagent. Et qui sait ? Qui sait si les mêmes valeurs ne les animeront pas tout au long de leur vie ?

Cela vous fait sourire mais pouvez-vous absolument écarter cette théorie là ?  Et moi, serais-je tombée dans le piège flatteur d'un imprimeur bonimenteur ? Car à bien la relire, cette définition ne serait-elle pas adaptable à ma sœur, à ma meilleure amie, à ma voisine de palier ? Ah, je doute. Que croire ?

Finalement, ce signet ne mérite même pas le rôle pour lequel il a été créé. Messager de pacotille, marqueur de pages du dimanche, il va retourner immédiatement se dessécher entre deux pages de... oui, entre quelles pages, tiens ? La Bible, voilà. Des sermons jusqu'à l'indigestion, pour lui apprendre à ne plus mentir et à connaître son devoir, nan mais... Car enfin, en cinq minutes n'ai-je pas cru enfin connaître qui je suis pour immédiatement me perdre à nouveau ?


Et Socrate de me rappeler "connais-toi toi-même" !

 

 

25 septembre 2008

ELLE - Aventure à la carte

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Il a poussé la porte du café violemment.

Il entre comme une bourrasque. Il pleut à torrent et son trench-coat est détrempé. Il y a bien longtemps qu'il n'est plus déperlant. Il redresse la tête et scrute la salle. La salle n'est pas trop enfumée et on peut y voir quelque chose. Enfin, si ce n'est les dégoulinures d'eau qui collent quelques unes de ses mèches châtaines à son front et à ses cils épais et l'aveuglent un instant. Il passe hâtivement sa main sur le visage et c'est comme si une buée incongrue était chassée qui cachait ses traits. Il est beau. Une gueule de viking sans la dureté pourtant avec des yeux si noirs et rapprochés qu'ils dérangent. Un regard aquilin qui va au-delà de la surface. Qui perce et qui met à nu.

Il observe les clients en secouant son imperméable, révélant une chemise blanche humide qui colle par endroit à sa peau dorée et une paire de jeans dont la coupe met en valeur son cul d'éphèbe. La salle est petite et peu de tables sont occupées. Il la voit, là-bas, assise dans le coin contre le miroir au fond de la salle. Exactement ce qu'il lui faut. La cinquantaine à peine à en juger par son visage. Elégamment habillée, elle est assise les jambes croisées, et la jupe un peu trop relevée dénonce un galbe fuselé. "Bien conservée" se dit  le petit goujat qui pense qu'à la cinquantaine la vie est déjà derrière soi.  Il s'avance lentement les yeux rivés sur elle, cherchant à susciter son attention par son regard insistant. Et ça marche. Elle lève les yeux vers lui et le fixe sans ciller. Comme un défi dans ses yeux, comme une invitation pense-t-il du haut de ses vingt-quatre ans.

Il s'assoit à la table située à sa droite et consulte la carte. Le journal qu'elle lisait a repris sur elle ses droits et de nouveau elle s'y plonge. Il est de biais et peut observer à la dérobée son joli profil. Brune, les lèvres ourlées, fardées de rouge flamboyant, un appel au crime, au baiser. Penchée sur son journal, sa nuque gracile est dégagée et des cheveux mi-longs et bouclés entourent son visage. Et il imagine déjà ses mains les ébouriffant et ses lèvres lui dévorant le cou. Sur sa table, les miettes de son déjeuner éparpillées sous la tasse de café, l'addition glissée sous une carte Visa aux reflets noirs plus brillants que la dague d'onyx au poing du sacrifiant sous le soleil couchant. Il sourit à cette idée, le sacrifiant... Il sourit plus encore car la carte, par sa couleur, lui en dit plus long qu'il n'en espérait. C'est bien elle qu'il lui faut. Ses amis l'on mit au défit. Ils ont parié. Si, je vous le dis, n'importe où, quand vous voulez. N'importe quelle vieille friquée. Vous choisissez l'endroit et la date, vous verrez. Mieux qu'à la Coupole... mais combien devrais-je lui demander vous croyez ? 

Le paquet de cigarettes. Sa main aux doigts longs et vernis d'une laque impeccable, rouge aussi. Ses lèvres qui s'entrouvrent. Il ne veut pas se l'avouer mais il redoute d'échouer ! Agacé, il vient de croiser le regard goguenard du couple d'hommes assis sur sa droite de l'autre côté de la salle. Pas si facile que cela avec ses compères qui l'observent. "Avez-vous du feu" lui demande-t-elle alors qu'il les regardait. Il n'a pas vu le coup venir et son cœur extrasystole, c'est maintenant ou jamais. Il se retourne "Mais bien sûr" et le voilà qui lui offre d'une main hésitante la flamme bleutée de son Zippo.

Elle regarde sa main juvénile mais musculeuse. Elle remarque les ongles rongés et le bord élimé du poignet de sa chemise. Elle s'imagine un étudiant désargenté. Elle s'attendrit. Il en a l'allure. Sec, aux membres déliés. Elle l'a vu entrer tout à l'heure.  Elle a l'habitude d'être regardée, elle l'habitude de les jauger. Elle sent bien qu'il voudrait lui parler mais imagine qu'il n'ose pas. Alors elle lui parle. Il lui répond. Et plus elle lui parle plus il semble à l'aise. Elle a la conviction qu'il veut la charmer. Il y met tout son art maladroit. Elle le dévisage et se sent dévorée par ses yeux noirs, nue sous son pull dont l'échancrure bien trop profonde révèle la rondeur de ses seins, sa fierté encagée dans un balconnet aux lignes provocatrices.

Il va y arriver. C'est évident, il l'intéresse sinon pourquoi lui aurait-elle parlé ? Elle lui a même fait des avances à peine voilées. Enfin, c'est ce qu'il pense mais il est débutant, apprentis-gigolo à la fausse assurance. Quand devra-t-il lui proposer de partir et surtout quand lui dire ses conditions ?  Et alors qu'il repasse en boucle les phrases qu'il prépare pour l'emballer, elle le regarde et lui dit à voix basse "aller viens, suis-moi, pour toi ce sera gratuit !".

+ + + +

Que pouvais-je bien faire d'une Visa Infinite en photo ? Et bien ça !

Pour N.

 

 

22 septembre 2008

ELLE - Quand Camille s'expose

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Il me faut toujours un peu de temps, comme une gestation, lorsque quelque chose me touche puissamment.

18 juillet 2008 - Musée Rodin.

Les hommes sont ce qu'ils sont qui pavent l'enfer sans cessation. Par la volonté de commissaires, femmes donc a priori sensibles et sensées, la voilà réunie contre son gré à celui qui l'a abandonnée. Camille aurait-elle validé ces retrouvailles forcées ? Je ne sais pas. Elle a par lui tant souffert. L'aimait-il encore quand il lui préférait pour toujours Rose Beuret ? Quoiqu'il en soit son musée la reçoit pour trois jours encore, accompagnée de ses œuvres de terre, d'onyx ou de marbre. Il fait un temps radieux. Le soleil inonde les pièces de ses rais blancs-dorés. Beaucoup de monde afflue, d'ici ou d'ailleurs. Comment une petite femme à la carrière fulgurante mais courte a-t-elle conquis tous ceux qui des quatre coins du monde viennent la voir ? Mystère du langage intemporel et universel de la sculpture lorsqu'elle est vie, passion, tumulte, douleur, beauté...

Nous entrons dans le musée, silencieux. Je parle rarement lors d'une exposition car alors je rentre en moi, confrontée à mes émotions et à l'artiste qui les provoque. Les pièces sont petites et ne rendent pas aisée la déambulation que je voudrais pour moi aussi libre que les mouvements qui jaillissent de toutes ces statues. Saisissement du mouvement qui suinte de la matière, qu'elle soit pierre ou terre. Impression d'un élan que Camille aurait insufflé à cette matière inerte mais vivante sous ses mains, sous ses burins. La Vague (1897), statue minuscule au regard de la lame de Tsunami qui va recouvrir de son écume bouillonnante les trois baigneuses qui n'auront pas assez de leurs mains entrelacées pour résister à cet emportement de la nature. La passion qui sue de tous les sujets ? Passion de la puissante mer prête à emporter ou à porter ces petites femmes de bronze sans peur et pourtant. Alliée ou ennemie, on ne saura pas ce que cette Vague sera pour elles ni ce que Camille imaginait lorsque sur elles elle retomberait !

Mouvement ensorcelant encore que cette Valse (1889) qui défie la pesanteur emportant dans ses bras l'homme et la femme. 20807_camille_claudel.jpgDéséquilibre du désir qui bouscule et bascule sans pour autant les faire tomber, qui maintient en émois tourbillonnants les sens déboussolés des deux danseurs enivrés. Folle la passion qui les lie et les fait s'accrocher pour mieux se retenir de tomber. Une envie m'embrasse d'être à mon tour guidée par les bras puissants d'un danseur qui me plaquerait contre son torse pour mieux m'aimer. Enivrer mes sens, embrumer de musique mes pensées et ne laisser de place que pour mon désir de lui.

J'avance de plus en plus troublée par des émotions injectées comme virus dans mon sang de femme désirante. Et soudain, alors que mes yeux sont perdus dans un lointain seul connu de mon âme, la voilà devant moi qui m'assaille. Violence des émotions toujours plus exacerbées suscitées par un marbre magnifique. Sakuntala ou Vertumne et Pomone (1905).

40819613fp5.jpgCette déclaration enflammée de Rodin à Camille au début des années 1885 aura-t-elle eu sa part dans la composition ? "Ma très bonne à deux genoux devant ton beau corps que j'étreins". Il est à ses pieds, adorateur à genoux mais glorieux pourtant qui honore sa déesse. Elle, confiante, se laisse aller et leurs visages se frôlent à peine, comme une caresse. Ou serait-ce plutôt qu'elle s'abandonne sans réserves aux bras délicats mais puissants de cet homme à genoux qui lui souffle sa passion. Je suis comme pétrifiée, marbre bouillonnant à mon tour, submergée par les sentiments que la pierre, douce comme la peau de l'amante, me renvoie en éclats qui transpercent mon cœur, ce cœur qui espère toujours. Inhumaine création que celle-là dont la chair immobile est plus vibrante que celle des visiteurs tout autour. Impossibilité de m'éloigner. Mon esprit investit la matière et je suis elle. Qui sera lui ?

Comme souvent en pareil cas, une petite voix en moi se lamente qui se demande bien pourquoi tel être sera doué et tel autre, pas. Envierai-je cette femme géniale qui a finit dans un asile, abandonnée, ou déciderai-je une fois pour toutes que l'on est ce que l'on est et que ce n'est déjà pas si mal ? Je quitte le musée, affamée. Les sens en éveils, le désir insatisfait. Quel plus bel hommage à Camille et à son œuvre que ces émotions à vif ? Je n'en vois pas.

Œuvre accomplie celle qui interpelle le spectateur ?

 

 

19 septembre 2008

ELLE - Ligne éditoriale

 

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Voilà le doute qui revient !

 

 

Oh, bien sûr, il m'en faut peu pour me déstabiliser et je ne vous en voudrais pas de me le rappeler. Quoique... Je suis une petite chose fragile, sûrement affligée d'un chromosome vicieux, jamais identifié par aucun scientifique mais qui me fait si facilement vaciller.

Depuis quelques jours une question tourne en spirales infinies dans mon encéphale, me donne le tournis et, même allongée, je tangue. Le mal de terre sans avoir mis les pieds sur mer. Moi qui me targue d'être une femme bien sous tous rapports, jouissant d'une éducation impeccable et d'une conversation bien comme il faut quel que soit le sujet, voilà que de cela je doute. Moi, qu'on peut sortir dans n'importe quelle société comme un caniche bien élevé, voilà que de cela aussi je doute. Moi qui polis mes mots comme des perles de nacre pour leur faire dire des choses osées sans tomber dans l'ordure, voilà que de cela aussi je doute. Moi qui me croyait inclassable, quasi géniale dans sa diversité, à rebrousse-poil du convenu, voilà que de cela aussi je doute. Mais que se passe-t-il donc ?

Et bien, de nouveau je me demande si mon blog est un blog de... comment dire ? Un blog de... de cul ? Oui, vous avez bien lu. Figurez-vous que récemment j'ai reçu cette information sous la forme d'un email dont le sujet ne laissait pas d'être éloquent "Un nouveau magazine sur les sexualités !".  Dans l'absolu, rien de choquant penserez-vous. Et puis n'est-il pas toujours intéressant de s'informer dans cette matière ? Alors j'ai ouvert le courrier prestement sans imaginer un seul instant que par lui j'allais perdre mes nuits.

"Ami internaute francophone de France et d'ailleurs, nous sommes heureux de vous faire part de la naissance de L'AUTRE SEXE, le premier magazine d'information spécialisé dans le thème des sexualités. Revues d'infos, interviews, chroniques, billets d'humeur, témoignages... le sexe évoqué sous toutes les formes de l'écriture journalistique, c'est désormais le premier lundi de chaque mois sur http://www.lautresexe.com.

(...)

Vous recevez cette newsletter:

1. Car vous en avez fait la demande. (NON !)

2. Car je figure moi même (Stéphane Rose, fondateur du site) sur l'une ou l'autre de vos mailing list média (échange de bons procédés...) (NON !)

3. Car je vous ai ajouté à la liste des destinataires après être tombé sur votre site ou blog au hasard des pérégrinations et estimé que cette nouvelle publication pourrait vous intéresser. (AAHHH !)"

 

Mais de quel doute, parle-t-elle vous demandez-vous avec curiosité ? Mais, vous le faites exprès ? N'avez-vous rien vu ? N'avez-vous pas vu le point 3 comme une entaille dans ma chair par lequel le doute s'est immiscé vérolant mon innocence au passage ? Le fondateur du site est tombé sur mon blog (sic) et a estimé (oui, Môssieur) que la publication pourrait m'intéresser ! Ah oui ? Et sur quels critères, s'il vous plait, s'est-il donc fondé le cher homme pour ainsi décider ? Seraient des mots clé bien ciblés qui l'on amené chez moi ?

Je consulte Haut&Fort et mes yeux s'écarquillent. Serait-ce alors : baise-moi fort, elle me lèche le clito, art sexe, escort girls de grand luxe, 4 cm de téton, abricot lisse, belles fesses, blog de luxure et cul, blog nippon sexe...

Mes épaules s'affaissent, un doute grandissant m'habite totalement, les mots que je fuis m'acculent dans un coin et me font leur hurler à la face "ainsi donc mon blog ne serait que cela ?". Pourtant, en connaissez-vous beaucoup des blogs où l'on parle indifféremment avec humour et aisance (ben si, quoi !) de la misère urbaine, de la mendicité, de la solitude, de la mort, de linguistique, du don d'organes, de politique, de la stérilité, des dentelles, de la perfection, du hasard, de l'art sous toutes ses formes qu'il soit spectacle, cirque, danse, expos, concert, littérature, poésie ou cinéma, d'anthropologie, d'ornithologie, de la gourmandise, de l'exploitation de l'homme par l'homme, de prothèses mammaires, la graphologie, de l'ambition, du parfum, de la bienveillance, de la télévision, du désir, des diktats de la mode, des régimes alimentaires, de la religion, de bricolage, de la publicité, d'arithmétique, d'anatomie, de camionneur, de tricherie, de la fragilité, de prophylaxie, de la beauté, de la nudité, de Clooney, de l'extase, de la pilosité, de la médiocrité, d'astrologie, de jardinage, d'onanisme, de Meetic,  ouf... ? Et ce n'est qu'un maigre échantillon de la liste.

Non vraiment, c'est par trop réducteur et Calimero par ma voix s'insurge "c'est injuste, c'est trop injuste..."

Et de nouveau la crise me saisit. Réviserai-je pour de bon ma ligne éditoriale pour ne plus me consacrer qu'à la chose dans tous ses états ou continuerai-je sur la même voie ? Peindrai-je toujours la vie aux couleurs infinies du prisme ou déclinerai-je seulement celle du boudoir que la lettre Q domine ?

 

 

Vous, cher lecteurs qui me lisez avec assiduité, dites-moi quelle couleur vous souhaitez.

 

 

PS : cela dit, le site en question est intéressant même si, à la longue, l'ennui lié aux sites mono-thème risque de surgir.
 

16 septembre 2008

ELLE - Quand Guillon me fait rire

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Je n'admire pas facilement.


Une forme de prétention de ma part ? Certainement. Un manque d'humilité qui cacherait un petit complexe d'infériorité ? Je n'ai jamais su faire la part des choses même si je suis devenue maitresse dans l'autocritique. Maitresse dans l'auto m'aurait évidemment mieux convenu en dépit des acrobaties mais que faire sans le chauffeur... Bref, grâce à elle, je peux sans tricher m'attribuer le titre envié de maitresse et maitriser l'autocritique à défaut d'autre chose, ce n'est déjà pas si mal, même si au mâle ma préférence irait. 

Je disais donc que je n'admire pas facilement mais il arrive parfois que je tombe sous le charme passager d'un intellect aiguisé. Il y en a qui ont emporté pour toujours mon suffrage, et comme Fonelle je suis une inconditionnelle de Jeannot autrement dit Jean d'Ormesson. De même, Raymond Devos a pour toujours dans mon cœur une place spéciale et je m'incline, intimidée, devant sa maitrise et de la langue et des mots. 

Mais d'autres ont ce bonheur extrême, sans le savoir pourtant quel dommage, de susciter fugacement mon admiration. Attention, celle dont je parle dans ce qui suit s'entend au sens restreint de "considérer quelqu'un ou quelque chose avec un sentiment d'étonnement mêlé de plaisir exalté et d'approbation... " il ne faut pas exagérer non plus. Parmi ceux là se trouvent certains humoristes dont j'apprécie la vivacité d'esprit, la capacité de faire rire universellement tout en épinglant nos médiocrités, nos petites manies et nos grandes contradictions. Certains journalistes aussi dont le calame affuté égratigne les convenances n'hésitant pas un instant à faire leur l'adage Desprogien "on peut rire de tout".

Et ce matin là sur France Inter, alors que je me lavais les dents consciencieusement en remontant les poils de la brosse de la gencive vers les dents, voilà que la voix aigrelette de Stéphane Guillon commence à égrener comme les perles d'un chapelet irrévérencieux le contenu de son billet d'humeur du matin. Les premiers mots sortent sans esbroufe de ma petite radio grésillant et emplissent la salle de bain. Ils se mêlent à la vapeur qui voile le miroir et m'empêchent de voir si ma technique de brossage est bien académique. Mes oreilles se concentrent sur les mots et subitement mes zygomatiques s'étirent démesurément en un éclat de rire qui me fait baver comme une enragée. Je pouffe, je crachouille et finirais presque par m'étouffer si l'instinct de survie ne me faisait cracher sans élégance dans la vasque éclaboussée de mousse blanche. Et oui, admirateurs hébétés, il fallait bien que vous le sachiez, Gicerilla n'est pas toujours glamour...

Plus il parle et plus je ris et me lamente en rigolant de n'être jamais assez poule pour pouvoir pondre une telle note ! Alors en altruiste déclarée je vous en soumets le début souhaitant partager avec vous ce grand moment d'impertinence :

"Aujourd'hui Je vais vous parler des jeux paralympiques qui  réunissent actuellement à Pékin les plus grands athlètes handicapés du moment : paraplégiques, tétraplégiques, amputés, aveugles, infirmes cérébraux, c'est la crème du handicap, c'est ce qu'on fait de mieux.

Les sourds ont été déplacés ils participent maintenant aux Deaf-lympiques. Sur les départs de course ils partaient ou trop tôt ou trop tard, c'était ingérable. Et puis en cas de victoire jouer son hymne national à un sourd, euh... Non !

En tout cas, la compétition est magnifique. Avec le décalage horaire c'est retransmis la nuit à la télé,  c'est une vraie leçon de courage. Si, se lever en pleine nuit pour voir des athlètes handicapés faire du sport c'est courageux ! Moi je n'ai aucun mérite, avec mon papier pour France Inter je veille. Cette nuit je suis tombé sur la natation synchronisée... enfin, désynchronisée pour le coup. Je n'ai pas tout de suite compris de quoi il s'agissait. J'ai vu d'abord une jambe sortir de l'eau, une seule, puis un bout d'épaule, j'ai cru qu'il s'agissait du film de Steven Spielberg "Les dents de la mer" après le passage du requin ! Mais j'ai adoré les Suédoises médaillées d'or magnifiques. Y'en a qui ont gueulé, qui ont dit que c'était de la triche. C'est vrai que le fait d'être siamoises en natation synchronisée c'est un avantage..."
 

La suite est de la même eau voire encore plus acide que chlorée et je vous la livre ici, pour les curieux. Savoir de quoi je ris vous rapprochera de moi ou vous en éloignera définitivement, déçus peut-être, tant pis ! Mais il y a longtemps que je sais que l'on ne peut pas plaire à tout le monde et qu'il est même sain de déplaire.

En attendant, pour le plaisir je me la repasse !

 

13 septembre 2008

ELLE - Petit mode d'emploi... en attendant l'Amour

thumb_canard_coquin_rose_2.jpgUn jour un homme m'a dit quelque chose qui ressemblait à :

''Rien ne vaut de faire l'amour à une femme quand on l'aime, c'est grandiose... Le sexe sans amour, aucun intérêt !''

Sur le moment, je fus partagée entre l'incrédulité et l'incompréhension et, par réaction, j'ai contesté avec véhémence cette affirmation comme celle d'un homme qui n'assume pas ses envies, qui n'assume pas ses cinq sens sans devoir se donner l'alibi de l'Amour pour s'autoriser à jouir enfin. J'ai pesté !

Quoi, nos m
ères qui ont lutté pour la libération sexuelle, pour le droit au plaisir pour le plaisir, se seraient fourvoyées ? Revendication vaine que celle d'affirmer que nous aussi nous avons droit de satisfaire nos pulsions animales dans les bras de n'importe quel homme doué, consciencieux et dédié à son ouvrage, sans être pour autant des Messalines, des femmes abjectes ne méritant que le mépris ?

Evidemment, cette d
éclaration de la bouche d'un homme m'a ébranlée, sans m'offrir le plaisir que l'ablation du "é" m'aurait sans doute donné. On le sait bien, toutes, les hommes deviennent des animaux testostéronés à sang chaud quand celui-ci quitte leur cerveau raisonnant au profit de contrées caverneuses plus méridionales !

Quoi, le plaisir pour le plaisir ne serait qu'un mensonge, une propagande de suffragettes exterminatrices de soutiens-gorges à baleines, une quête inutile puisque hors l'Amour, point de salut ? Hum, à y réfléchir de plus près, j'ai dû admettre que cette proclamation avait bien des attraits. Ne flatte-t-elle pas en chacune de nous la petite fille idéaliste qui attend encore, dans le secret de son cœur, le Prince Charmant qui satisfera tous ses désirs y compris ceux les plus intimes de sa chair palpitante ?

Alors que faire ? Attendre l'Amour au risque de se dess
écher sous la brûlure jamais adoucie du désir puissant que la vie en nous nourrit. Condamnées à errer, le cœur en peine, les sens en berne et chaque cellule de nos corps saturée d'hormones dévastatrices ? Non, bien sûr, ne désespérez pas ! Ne sommes-nous pas pleines de ressources ? Laissons parler nos élans primitifs et sans honte exploitons les dons de la nature.

Allons donc à notre propre rencontre. Faisons de nos corps un terrain de jeu à découvrir. Laissons libre cours à notre imagination et, les yeux fermés, parcourons de nos mains timides ces régions souvent méconnues où se niche le plaisir. Dessinons de la pulpe de nos doigts légers et patients la carte de nos faiblesses. Géographes curieuses, traçons les chemins qui nous mèneront au paradis. En femmes libérées et instruites à l'école Rykiel de l'audace, assumons enfin nos envies les plus folles.

Red
écouvrons l'enfant innocent et, sans rougir, jouons à nouveau dans le bain avec le canard jaune, maquillons de rouge nos lèvres affamées et telle Alice enfin, jouons à saute-lapin. Allez Mesdames, à l'aventure. Vive Rykiel, merci Chambre 69 et Yoba !!Préparez-vous à guider votre Prince sur les voies de votre volupté.

Le sexe sans Amour, plus jamais ?

 

09 septembre 2008

ELLE - Curiosité plongeante

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Le soleil du ponant rase déjà la cime des arbres.

La lumière envahit le salon dont les portes-fenêtres qui donnent sur le jardin sont grandes ouvertes. Le brocart de soie gris nacré qui tend les murs absorbe le soleil qui y semble enfermé illuminant les meubles rutilant d'encaustique. Une brise tiède fait à peine frémir les lourds voilages. Les tapis épais amortissent les pas des invités qui déambulent en parlant à voix basse ou qui conversent en petits groupes assis sur des tabourets autour de guéridons. Il règne une ambiance de confessionnal trahie seulement par les rires, à peine endigués par les éventails, qui fusent de temps à autre de la gorge des femmes.

Les gorges sont gonflées par les corsets et pigeonnent, provocatrices, sous des dentelles qui ne tentent même pas de les voiler. Les peaux sont blanches, poudrées, sentant bon la poudre de riz. Quelques mouches révélatrices donnent le ton et les hommes, rompus à ce langage ne s'y trompent pas. Faussement patients, ils attendent tous la même chose en sirotant des liqueurs ambrées servies dans du cristal qui réverbère dans la lumière du soir tombant.

Ce soir, lorsque la nuit sera noire et que la pleine lune aura accroché haut dans le ciel son disque argent, les festivités commenceront.

En attendant, postés à côté de la cheminée, Monsieur de Lorraine discute avec le Prince de Joinville de façon animée.

- Avez-vous vu mon cher, Elodie, la fille de Mme de La Rillière ? Elle a passé quinze ans il y a un mois.  N'est-elle pas comme on aime, rose et ronde à souhait !

- En effet, voilà deux ans déjà que je la regarde grandir en mesurant à chaque rencontre le progrès de la nature. Les bonnes dispositions de la mère semblent se reproduire dans la fille et je frémis à l'idée de retrouver en elle les grâces de sa mère à son âge...

-  Hélas, ne rêvez pas. Le Marquis de La Vieuville son beau-père m'a dit qu'elle ne participerait pas ce soir. Sa mère s'y refuse. C'est fort dommage, je l'aurais volontiers initiée.

- Et bien, Monsieur, je vous ai connu plus combatif. Sa mère veut la protéger, soit, vu l'assemblée réunie ce soir on ne saurait l'en blâmer. Mais ne ressentiriez-vous pas une jouissance plus grande si la jouvencelle finalement participait ? Monsieur Mancini, qui la courtise depuis six mois, m'a laissé entendre qu'elle est aussi farouche que sa mère était complaisante. Quel plaisir serait de la circonvenir et saper le projet que sa repentie de mère a pour elle de la marier vierge ! Il suffirait de persuader sa gouvernante Madame de Laval qui ne saurait rien me refuser.

- Mais Prince, ne doit-elle pas repartir avec le Marquis de La Vieuville tout à l'heure ?

- Ah ça, vous perdez la main Monsieur et vos informateurs ne sont plus dignes de confiance. Apparemment vous ne le saviez pas mais Mademoiselle de La Rillière passe la nuit au château car sa mère n'y sera pas et notre hôte s'est proposée de la prendre sous sa protection jusqu'à demain.  

- Ainsi Prince vous prétendez pouvoir amener dans notre mare ce soir ce tendre alevin ?

- Bien mieux mon cher, je vous fais le pari qu'elle viendra et que sans retenue elle exhibera ses appâts ne cachant rien de sa rose obscure que dont vous raffolez tant...

- Et que parierons-nous, Prince, car pour que le jeu en vaille la chandelle, il faut bien un prix et un gage.

- Et bien si je gagne je soufflerai la donzelle à Mancini et vous m'aiderez dans ce projet. Si je perds, je vous promets un rendez-vous avec Madame de Laval dont vous convoitez depuis toujours la couche sans succès ! 

- Ah mon Prince, topez-là car votre projet m'agrée.

Il fait nuit noire. Dehors, une lune charnue éclaire de sa lumière irréelle les ombres du jardin. Sous les ramures d'arbres centenaires des baquets libèrent des volutes de vapeur bouillante.  Les paravents dressés aux alentours sont jonchés de jupon et de dentelles. Des rires jaillissent de l'ombre et des clapotis accueillent les baigneurs nus, flûtes de champagne à la main. Surgis des frondaisons des airs de Lully couvrent les voix sussurées.

Monsieur de Lorraine est immergé face au Prince de Joinville. Incrédule, il a vu arriver il y a peu Elodie et Madame de Laval vêtues seulement de leurs chemises de percale blanche. Au pied du baquet, comme hypnotisé, il a regardé les chemises glisser silencieusement aux pieds des dames dont la blancheur de peau semblait irradier sous les flambeaux. Madame de Laval s'est assise à côté de lui alors qu'Elodie les rejoignait, coincée entre elle et le Prince de Joinville. Une conversation légère s'est installée entre la gouvernante peu farouche et Monsieur de Lorraine qui lui n'a d'yeux que pour la vierge, fascinée à ce qu'il parait  par la conversation de son compère. Il n'accorde que peu d'attention à sa voisine alors que la jeune fille roucoule de plaisir en face de lui.

Une main à sa bouche, un "oh" étouffé, une rougeur au front. Mais que peut-il bien lui dire ? Subitement, sans préavis, ne voilà pas que la Apnée.jpegvierge plonge tête en avant devant son ami, exhibant à ses yeux mécréants son fruit doré par la lumière des flambeaux comme un abricot d'été et couronné par sa rose violacée
tant convoitée...

Trois jours plus tard, au détour d'une promenade en forêt Monsieur de Lorraine s'approche du Prince solitaire et lui dit.
- Ah ça, Prince, il faut que vous me révéliez votre secret. Mais que lui avez-vous donc dit ?

- Rien de bien compliqué  mon ami "Ma mie, du haut de votre jeune âge, vous croyez savoir comment les hommes sont faits, n'est-ce pas ? Et bien moi, je vous le dis, j’en ai trois..."

+ + +

Encore une fois, Imago m'a provoquée.
J'ai relevé le gant et surtout plongé ma plume dans l'encrier !

 

 

06 septembre 2008

ELLE - Comment faire du mâle un ami

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"Tous ces messieurs ont bien de la chance !"


Me disais-je in petto alors que, vautrée sur mon transat, j'observais avec mes yeux curieux d'anthropologue contrarié le défilé de tous ces hommes le long de la piscine. Arrivés à la quarantaine et parfois même plus tôt, il semblerait qu'une malédiction les frappe inéluctablement. Comme si une fée Carabosse abaisée (vous noterez au passage le "a" privatif de mon néologisme créé par obligation car l'expression consacrée "mal baisée" n'était pas appropriée puisqu'elle ne l'est pas, justement ...) avait décidé, par dépit, qu'à cet âge là, une excroissance viendrait agrémenter leur devant.

Une turgescence plus ou moins volumineuse, oblongue ou globulaire selon les cas, semble en effet devoir pousser inévitablement, enflant toujours plus. Je ne parle pas, bien sûr, de celle du cavalier vaillant qui avance, sabre au clair, à la conquête de ces dames frémissantes. Non, je parle de cette enflure disgracieuse qui commence sous les pectoraux et se termine en débordant sur l'élastique du slip de bain qui ceint, tant bien que mal, la mâle taille. D'ailleurs la malle la taille s'est fait il y a bien longtemps et il ne lui en reste que le nom car point de différence entre les épaules et la taille et un fil à plomb étonné révèlerait que la pointe de l'épaule, le creux de la taille et l'os de la hanche sont à l'aplomb donnant à ces messieurs une silhouette cubiste que Picasso applaudirait !

Ils déambulent, gracieux comme des grands singes, les bras ballants le long du corps et l'épaule arrondie conférant au profil l'allure d'un point d'interrogation inversé.  Les pectoraux absents se transforment en mamelles dont l'abondance éclipse rapidement les miennes. Pour faire  contrepoids aux épaules tombantes le bassin s'est rétro-versé rendant la fesse molle et fuyarde. Ils semblent s'enrouler sur eux-mêmes comme une fougère nouvelle dans le sous-bois. La jambe, tour à tour trapue ou fluette, soutient le tout avec vaillance et seul le rythme cadencé de leurs pas tient tout cela en équilibre, défiant ses lois.

Pourtant, à leur côté se tiennent bien souvent des femmes pimpantes et bien arrangées.  Elles ne sont pas toutes également jolies mais elles sont amoureuses et cela les rend belles. Le soleil aussi, au passage, car les imperfections se cachent opportunément sous le hâle. Elles accompagnent leurs hommes au bord de la piscine, arborant des maillots de bain seyants. Si elles ne sont pas toutes faites au moule, forcément avec les enfants, émane d'elles plus de grâce que de n'importe lequel de leurs époux. Et je les regarde en les admirant me demandant si leur désir est toujours là.  Est-il intacte comme au premier jour lorsque le torse ferme de leurs amants les accueillait lors de chaleureuses étreintes, ou bien dans le secret de leur cœur maudissent-elles le laisser-aller de ces hommes qui traduit, il me semble, l'indifférence vis-à-vis de ce qu'elles peuvent en penser ?

Et je m'interroge sur ma propre capacité à aimer un homme qui ferait fi de mon désir au profit de sa gloutonnerie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit et non pas de gourmandise. La gourmandise est en nuance et en modération, la gloutonnerie est dans l'excès plus digne du gavage que de la dégustation. Peu importe. Je m'interroge. Un jour aimerai-je assez fort pour que mon désir reste toujours aussi vibrant devant des chairs devenues dilatées voire informes ? Taxez-moi de vanité si vous le voulez, mais mon désir passe aussi par mes yeux et l'équilibre et la proportion me sensibilisent tout autant qu'un intellect et un humour bien affutés.

Et je me dis qu'aucun hasard il n'y a au fait que la tolérance soit du genre féminin, car il s'agit bien de tolérance ici n'est-ce pas ? Tolérer sans récriminer que l'autre se transforme, se déforme au fil des ans sans accepter que son désir ne s'émousse finalement sur ses rondeurs de menhir qui n'en ont pas toujours la fermeté pourtant !

Alors la question ne serait-elle pas "de quoi se nourrit le désir de la femme ?". Car admettez que le désir de la plupart des hommes est aussi vaniteux que le mien qui trop souvent suit, sans beaucoup de scrupules, le mirage d'une jeune silhouette oubliant sur le chemin la femme des premiers temps.

Comment pourrais-je conclure cet article, que certains prendront à tort comme dose de vitriol au visage, sans faire de la gent masculine mon ennemie à vie ? Et bien je vous dirais que je vous aime quand toujours vous gardez présent à l'esprit qu'il faut se plaire pour bien aimer et qu'il faut toujours vouloir lui plaire aussi car n'est-ce pas bien souvent ce qu'elle tente de faire, elle ?

Et s'il faut encore vous rassurer sur mes intentions à votre égard, qui sont finalement lucides mais bienveillantes, lisez donc
ICI ce que je disais de vous il n'y a pas si longtemps.

Fasse que ce petit billet ne soit pas perdu pour tout le monde ! Allez, quoi, souriez !

 

 

03 septembre 2008

ELLE - La jouissance, aveuglément


libe.jpgEloïse est fébrile,
elle va le rencontrer aujourd'hui.

Cela fait deux mois que ça dure. Cela fait deux mois que l'annonce a été publiée par Libération. Bizarrement, l'absence totale de censure l'avait perturbée. Elle avait été partagée alors entre une sourde indignation qui aurait voulu s'exprimer en des mots voisins de "de nos jours on peut publier n'importe quoi, pas étonnant qu'il y ait tant de sordides faits divers !" et un espoir déçu qu'on ne lui refuse pas la publication qui l'aurait soustraite à sa propre décision.

Mais rien n'était arrivé. Ils avaient accepté de faire paraitre ces trois mots comme un cri de désespérance "Faites-moi jouir !". Accolée à ces mots qui lui avaient brûlé la rétine en les lisant, son adresse email. Une adresse anonyme créée pour l'occasion. De nos jours tout est si simple. Un pseudo, une boite email et le tour est joué, la musique pourra peut-être enfin être écrite ?

Le jour de la publication cela faisait 14 ans qu'elle était avec Paul. Il avait été son seul homme. L'homme unique de ses rêves éveillés de petite fille. Elle l'aimait. Elle le savait. Mais elle ne l'avait jamais désiré. Ou l'avait-elle désiré autrefois sans pourtant jamais jouir de lui ? Peut-être que finalement était-ce lui qui ne la désirait plus ? Elle ne savait plus faire la différence, comme si une spirale infernale qui n'aurait jamais eu de début était née entre eux, spontanément, les entrainant toujours plus bas vers l'absence de jouissance. Pourtant, il l'aimait. Elle en était sûre. Comment deux êtres peuvent-ils s'aimer si fort sans se vouloir ? Elle n'avait pas de réponse. Elle lisait les magasines jusqu'à la nausée qui lui disaient que, dans ce monde, il faut jouir. Jouir d'un beau physique, jouir d'une belle famille, jouir d'une réussite sociale, jouir de biens matériels. La jouissance était à l'étalage comme de la viande un peu plus avariée tous les jours. Mais elle, elle ne jouissait jamais.

Pourtant elle voulait jouir, une fois, au moins une fois avant de mourir. Sa faim avait justifié les moyens qu'elle y mettait. Alors pour voir et surtout pour savoir elle avait tenté cette folle expérience. Elle avait sélectionné les réponses emails les plus engageantes. Elle avait envoyé le cahier des charges : répondre à un questionnaire précis. Puis les sélectionnés avaient faits l'objet d'un scrutin scrupuleux. Pour tenter d'écarter ceux qui lui paraissaient déséquilibrés, dangereux ou mus par des motivations trop éloignés du jeu. En gros, elle sélectionnait les étalons en ayant conscience de la folie de son entreprise. Aucune culpabilité pourtant ne l'envahissait lorsqu'elle répondait, interrogeait, disséquait les candidats. Deux seuls restaient en lice et elle allait rencontrer le premier ce soir.

Elle avait envoyé un email simple "Vous vous rendrez à l'hôtel du Petit Moulin, rue du Poitou, à 20h00 et vous demanderez la chambre 8. On aura préparé pour vous une deuxième clé. Je vous y attendrais, assise sur le lit les yeux bandés." Le reste restait à inventer.

19h57. Eloïse est assise sur la pointe des fesses au pied du lit, sage comme une image. Son cœur bat la cavalcade. Envie de vomir, envie de fuir. Excitée à son corps défendant et inquiète pourtant. Ne craint-elle pas aussi pour sa vie ? Qui sait. Elle entend la clé dans la serrure. Elle ne voit plus rien depuis cinq minutes car pour apprivoiser le noir, elle a bandé ses yeux avant. Elle est tétanisée. La chambre est magnifique. Elle ne voulait pas de cadre sordide pour cette expérience inédite. Du luxe de bon ton. Du luxe pas banal, griffé par un grand nom comme elle imagine sa peau le sera bientôt par le désir de l'autre.

Elle tremble et des perles de sueur humidifient le dessous de ses bras. Aucun bruit. Subitement, l'eau qui coule dans le lavabo. Surprise inquiète. Elle n'entend pas son pas mais elle le sent, là, planté devant elle. Un doigt léger qui sent bon le savon frais et qui cours sur sa joue la fait sursauter. Tous ses sens aux aguets. Il s'est lavé les mains. Prévenant. Initié. Ses lèvres s'entrouvrent car elle suffoque. Elle aspire l'air pour dompter son cœur mais elle se laisse faire. Le doigt glisse le long de sa joue, le long du ligament du cou pour atterrir lentement au creux du décolleté de son chemisier de soie. Sage comme une image et le cœur en breloque. Il s'est agenouillé. Elle sent son souffle approcher de son cou. Un frôlement incandescent de lèvres qui la fait frémir et mouiller. Jamais ressentie cette envie démente, mélange de terreur et d'anticipation.

Un à un les boutons sautent. Ils participent à l'effort commun, dociles ils se déboutonnent. Les mains expertes la dénudent, l'épluchent. Des mains bouillantes caresses ses épaules, descendent le long des bretelles pour faire sauter le soutien-gorge qui cède aussi. Ca va trop vite. Il va trop vite. Panique et pourtant le sang qui bat son sexe, la rivière qui sourd, le souffle court. Il gobe ses seins, les baise, les dévore et s'attarde sans fin sur les tétons durcis. Sa langue suçote et ses lèvres aspirent. Sa bouche s'active et mieux que sous une caresse directe son clitoris bande. Elle ne doit pas toucher. Rien faire. Elle veut l'attraper à pleine bouche et l'embrasser. Interdit. Il joue, il agit, c'est le jeu. Il continue de baiser ses seins tendus comme deux fruits mûrs. Ses mains se joignent au ballet et doucement les palpent et les malaxent. Elle gémit, se cambre, projette son joli buste vers sa bouche goulue. Elle se pâme, et casse les règles du jeu en agrippant ses épaules. Le plaquer contre elle, le faire sien, lui qui pour la première fois lui donne de tels émois. Il la repousse violemment. Elle bascule en arrière et s'effondre sur le lit. Ses seins dressés au ciel comme une figure de proue.

Il a relevé la jupe. Des bas prévisibles couvrent ses jambes. Il ignore ses dentelles et plonge entre ses cuisses.  Elle râle. Sa langue vient de lécher son sexe dégoulinant. Elle halète envahie par des sensations inconnues. Elle tourne la tête de droite à gauche,  semble dire non, mais ce n'est pas non que son corps dit. Il crie "oui, encore, encore..." et subitement comme, involontairement, ses lèvres articulent "oui, encore..." Des soubresauts de plus en plus puissants dévorent son ventre. Elle sourit, elle se crispe et crie plus fort. "Oui, oui..." Une vague l'emporte au loin. Elle n'est plus là, absente à lui, absente au monde. Un sanglot de bonheur et de désespoir la suffoque. Deux larmes lentement coulent sur ses tempes. Et alors qu'elle s'abandonne à ce maelstrom de sensations, elle sent le poids de son corps qui s'étend sur elle et sa bouche sur ses lèvres et ses mains qui veulent lui ôter le bandeau. Un "non" désespéré jaillit mais c'est trop tard, elle le voit !

"TOI ?"

Sur la moquette épaisse git le veston de son amant glorieux. Dans sa poche, soigneusement pliée une lettre aux couleurs de Libération :
"Madame, nous accusons réception de votre règlement de 36 €. Votre annonce sera publiée le 4 avril sous la référence LIB0804697 pour trois parutions dans un délai de 7 jours. Sauf correction de votre part au plus tard le 28 mars, le texte sera :

"Faites-moi jouir ! Ecrivez à justonetime@hotmail.fr"

 

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