31 décembre 2008

ELLE - La forge de Vulcain

vulcain.jpgCe soir, l'année se finira.

C'est toujours pour moi une sensation bizarre. Une année meurt. Ne dit-on pas qu'on l'enterre. Devons-nous être tristes ou, au contraire, nous réjouir ? Certains évoquent une porte qui se ferme pour toujours, ils l’espèrent fort, trop de souffrances. D'autres voient celle qui arrive comme une porte qui s'ouvre sur un monde meilleur. Et moi, dans tout cela ? Je regarde le ciel au-dessus des montagnes en face de chez moi. Ce soir, le ciel est clair, zébré de lambeaux de barbe à papa rose sur fond mauve. C'est une soirée magnifique, des cieux comme on en voit peu et Théo de là-haut doit se dire "le salaud, il a fait plus beau que moi, plus audacieux encore..."

Oui, ce soir la palette est audacieuse. Les nuages rougeoient. Des visions de forge me viennent et j'imagine Vulcain en train de cogner sur son enclume pour façonner la nouvelle année du plus bel alliage qui soit, comme un orfèvre du feu de dieu. Une année s'éteint alors que le ciel flamboie. N'est-ce pas paradoxale ? Comme le symbole de la vie qui couve sous les braises, prêtes à nous réchauffer si l'on souffle dessus.

Il est tentant de se dire que tout ira mieux demain. Mais l'expérience nous a enseigné que demain peut aussi être pire. Est-ce donc dans la nature de l'homme de toujours espérer ? Est-ce cette foi inébranlable que tout peut s'améliorer qui fait qu'il continue à vivre quand tout s'écroule autour de lui ? Ce soir, une prière involontaire monte à mes lèvres. Elle s'élève vers les cieux à la rencontre d'un hypothétique dieu. Et si le verbe est créateur, alors l'année qui demain commencera sera forcément meilleure.

Et à tous ceux qui passent ici, que pourrais-je bien dire qui ne soit pas galvaudé ? Rien. Car, hélas, aucun vœu ne se réalise par le simple fait de ma volonté. Alors, pour pallier mon impuissance et ne pas tomber dans les poncifs consacrés, je vous dédie cette musique qui en dit long sur ma sensibilité.

J'offre à tous ceux qui me lisent régulièrement cette musique étonnante qui fait vibrer chaque parcelle de mon être. Comme un cadeau que l'on ferait à un ami. Comme un hommage à votre curiosité pour ce théâtre et sa régisseuse. Car se dévoiler à l'autre n'est-ce pas une grande marque de confiance ? Et qu'ai-je à offrir de mieux ? Rien. Mes mots sont du vent. Ils soufflent un instant sur vos émotions ou sur votre indifférence. Ils génèrent fugacement des sensations voire effleurent votre réflexion puis silencieusement s'évaporent. Alors, mieux que mes mots, ces notes resteront. Peut-être ressentirez-vous quelque chose en les écoutant. Si seulement.

Mais attention, pas question de faire le repassage en même temps, Lisa Gerrard vaut mieux que ça. Non, pour une fois prenez votre temps, soyez disponible. Montez le son à fond et écoutez ! Laissez-vous imprégner, c'est un peu de moi...

Et puis, que vous aimiez ou pas, au plaisir de vous croiser ici encore, longtemps...

BONNE ANNEE !

 

Oui, je sais, elle est mélo cette note. Mais on ne se refait pas !

 

 

28 décembre 2008

ELLE - Naissance d'une essence

 

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Ca y est, c'est la "trêve des confiseurs".

Quelle drôle d'expression et, quand sur elle on se penche, que découvre-t-on ? Trêve, mot emprunté au vocabulaire guerrier. Expression du fond des âges belliqueux. A Noël, par convention, on ne se tape plus sur la gueule. On suspend les hostilités et, pendant cette parenthèse baignée de grâce, on essaie d'oublier la guerre et ses horreurs en se délectant de mets fins, si on en a à se mettre sous la main, enfin sous la dent c'est mieux. Trêve pour déguster des confiseries ? Confiserie comme une allégorie, summum de la douceur quand tout n'est que violence autour de soi. Trêve donc pour oublier et s'amuser, redevenir humain en quelque sorte. J'aime cette idée que pendant quelques jours le quotidien fait une trêve et que les qualités qui font de l'homme un humain humain resurgissent et submergent celui qui, la veille encore, se fichait pas mal du sort de son voisin. Ce qui me désole, en revanche, c'est qu'il faille une coutume comme une convention pour que le miracle de l'altruisme se produise enfin.

Pourtant, au-delà de ce constat, affligeant au fond mais que je veux voir sous un jour optimiste pour le bien qu'il dispense ponctuellement, j'observe que ce qui m'était fête, attendue avec impatience il n'y a pas si longtemps encore, me devient pensum. Tâche plus que plaisir, comme une contrainte car il faut s'amuser, n'est-ce pas ? Il faut la liesse et les agapes à raconter les lendemains de fête, faute de quoi sur vous avec force trémolo on s'apitoie. Faut-il donc que je vieillisse pour que la lucidité l'emporte !

Mais le tableau finalement n'est pas si noir car au bureau, par exemple, c'est une période faste. Les comptes sont faits et s'ils sont bons, la trêve là aussi s'installe. Les faiseurs d'argent contemplent, les yeux repus, la longue liste de chiffres qui arrondiront bientôt sous forme de primes grasses leur compte en banque. Car il est des comptes et des banques que la crise ne frôlent même pas. L'humeur est à la détente et entre deux batailles pour un marché chacun se congratule de ses exploits encaissés. Les cadeaux pleuvent et chacun de mesurer dans sa balance le poids du présent face à l'éthique maison. Je soupçonne bien souvent la tare de n'être pas étalonnée comme il se doit pour rendre acceptables certains cadeaux de choix. Mais il en va des éthiques comme des lois, applicables aux autres mais pas à soi ! Bref, ils reçoivent des cadeaux somptueux et nous, petites mains, fourmis industrieuses de leur gloire, nous recevons au mieux de laids calendriers et des cartes de voeux.

Il est heureux que notre ego, contrairement à celui de ces maîtres du dollar, ne soit pas sur dimensionné car alors que de déboires, puisque pour nous, de pots de vin point !  Alors, à défaut de caisses en bois frappées du sceau de grands châteaux, nous accumulons comme des trophées de papier les cartes de voeux reçues des quatre coins du monde. Hier encore, désabusée, je déchiquetais la énième enveloppe me laissant présager des voeux galvaudés auxquels personne ne croit plus lorsque soudain, le sourire radieux d'Elton, petit sud-africain de 7 ans accueille ma moue dédaigneuse. Il me fixe de ses yeux rieurs portant dans ses mains une petite plante verte. Intriguée, je découvre une lettre qui m'annonce, ô merveilleuse nouvelle, que
"Grow Peace in Africa" vient de planter en mon nom un olivier sur la propriété de Goedgedacht farm située à Malmesbury au nord de Cape Town. Oui, vous avez bien lu "en mon nom" ! Mandatée par un de nos prestataires de service hollandais, cette organisation plante des arbres dont le produit contribuera à leur programme "Path Out of Poverty" des enfants de villages défavorisés.

Mon visage abandonne sa moue dubitative au profit d'un franc sourire qui répond à celui d'Elton car enfin, il existe maintenant un olivier portant le nom de Gicerilla dont les fruits gorgés de soleil nourriront bientôt un projet à but humanitaire ! Et dans quelque année, je me prends à l'imaginer, les branches de cet arbre offriront un ombrage bienveillant au cultivateur fatigué et dans son écorce deux amants débutants graveront avec fébrilité leurs initiales emmêlées comme un pacte d'amour ! Ah, grâce à ces Hollandais, je ne vois plus la fin de cette année de la même façon. On dit le Batave avaricieux mais pour une fois, il nous fait mentir en étant généreux ! Si l'Hollandais l'a fait, à défaut de faire mieux nous nous devons de faire au moins aussi bien.

Et si à votre tour, vous vous mettiez à planter ?

 

 

25 décembre 2008

ELLE - Adopte un mec.com

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"Mais si, je t'assure, Véro trouve ça rigolo !"

Il m'avait fallu aussi peu de mots pour me convaincre. Que voulez-vous, j'ai la fibre expérimentale. A quel sacrifice ne suis-je pas prête pour observer mes semblables. Enfin, surtout ceux du sexe opposé. Opposé ? Voilà bien une tournure consacrée qui dit le contraire de ce qui est. Bref,  si Waid me conseillait de m'inscrire, vu sa profession et son grand sens moral, je ne pouvais que suivre son conseil puisqu'il se portait caution. Je suis allée m'inscrire illico avec beaucoup de curiosité car la promesse marketing ne laissait pas de me faire sourire "Hommes-objets à câliner".

Dès mon arrivée sur le site, je fus charmée par cet esprit de boudoir que donne le satin rose tendu en capiton sur le mur du fond. Comme une douce promesse de sucreries à venir. Et puis ce caddy qu'il suffit de remplir en fonction des élans du moment. Je ne tergiversai pas et m'inscrivis immédiatement, joyeuse comme celle qui anticipe qu'elle va passer un bon moment.

La règle est simple. Les hommes ne peuvent pas contacter les femmes sans leur accord préalable. Ils sont à l'étalage et tentent de faire bonne impression. Alors, pour attirer leur attention et surtout obtenir leur faveur ils leur envoient des charmes. Ils se prennent pour des fées et à coups de baguette magique ils distribuent des pluies d'étoiles. Leurs motivations réelles sont rarement affichées mais c'est souvent de leur baguette dont ils veulent jouer, une fois débarrassée du R qui l'emprisonne.

Certains se cachent derrière des annonces qui flattent chez la chalande des idées de romantisme suranné "je cherche une femme qui saura éveiller en moi tous les sentiments que je souhaite lui exprimer : le désir, la passion, la tendresse, l'attention de chaque instant, l'amour inconditionnel... Aux dires de quelques amis, je possède les qualités me permettant de rendre une femme heureuse." D'autres annonces affichent franco la couleur, âme sensible s'abstenir "un homme de 42 ans, intégralement épilé, annelé au scrotum. Soumis depuis plus de 10 ans, éduqué aussi pour être de plus en plus femelle mais qui doit encore progresser. Pour servir la Femme et les hommes à qui elle me prêterait."

Si l'un d'eux emporte le suffrage de la convoitée, celle-ci peut, au choix, le mettre dans son panier (sic) et accepter ses hommages grâce à quoi il pourra lui parler, ou bien le laisser en rayon. Ensuite, le principe n'est pas différent de Meetic mais il a pour lui cela de divertissant qu'il laisse le choix aux dames.

Hélas, trois fois hélas, au bout de deux semaines déjà j'étais écœurée. Un goût de déjà-vu qui barbouille revenait sans cesse imprégner mes papilles. Car le problème du virtuel reste, quelle que soit l'enveloppe qu'on lui donne, et le rend indigeste. Le problème réside dans le fait, il me semble, que derrière son écran un homme peut s'autoriser n'importe quoi en oubliant bien trop souvent qu'à l'autre bout de la ligne il y a une femme, un vraie qui attend peut-être et mérite certainement un dialogue honnête et de qualité.

Véropapillon a récemment publié sur le sujet et l'illustration qu'elle nous donne à voir n'est pas différente de celle que je veux vous montrer. Le virtuel c'est la vie à l'envers et un homme n'hésitera pas dès la deuxième phrase à vous demander ce que vous préférez au lit. Il oublie que dans la vrai vie, au bar ou à la boulangerie, après avoir parlé du temps qu'il fait, il ne dirait sûrement pas à la cliente qui l'a charmé "moi, j'adore lécher une femme pendant des heures....". Et si on a le malheur de lui répondre qu'il serait pertinent de s'intéresser à autre chose avant, à qui nous sommes par exemple, plutôt que de savoir ce qui fait gémir notre entre-jambes, Monsieur s'emballe, se vexe et le dépit lui fait souvent éructer des grossièretés qui mettent fin irrémédiablement à la discussion, laissant les deux frustrés "quel connard celui-là !" "Pfff, je l'emmerde la pétasse !" Edifiant...

Je crois vraiment que ces sites sont un leurre et ceux qui les pratiquent perdent rapidement leurs repères. La dimension réelle fait défaut à aum.jpgtel point que leurs défauts les joueurs n'ont pas peur de montrer dès la première virgule, dès le premier mot interprété de travers, dès le premier silence involontaire, au détriment d'un dialogue de valeur garant d'une vraie rencontre au bout du compte. Pour ma part, j'abandonne à nouveau le net qui n'est qu'un pourvoyeur de dangereuses illusions.

Je reste pourtant curieuse de savoir si parmi vous il y en a qui ont trouvé leur bonheur.

 

 

22 décembre 2008

ELLE - Mâle main, male mort

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9h10, Siège de la société Métaframe Communication.

Francis va prendre comme chaque matin son café à la cafétéria. Eric est déjà là qui l'accueille avec un sourire franc, de ceux qu'on offre à ceux qu'on aime. Au fil des années, ils sont devenus amis, presque frères siamois. Même tailleur sur mesure, même chemise monogrammée à boutons de manchettes coûteux. Même goût pour les cravates de soie cousues mains. La com., ça paie bien. Eric tend la sienne et saisit celle de Francis pour la serrer d'une poignée confraternelle. Une grimace sur le visage de Francis alerte Eric. Il regarde la main de son ami qu'il n'a pas lâchée. "Mais que t'est-il arrivé ?" lui demande-t-il en regardant les phalanges de sa main droite à vif "Oh, rien mais ça fait un mal de chien. Hier, je suis allé à l'entrainement mais j'avais oublié les bandelettes. J'ai frappé comme un fou sur le sac mais je n'ai rien senti. Je ne te dis pas après..." Eric lui sourit. Toujours le même à se battre avec acharnement comme si une rage ancestrale l'habitait. Quelque chose d'animal qui l'effraie un peu quand la hargne le prend. Francis est un sparring partner hors pair mais quand c'est à son tour de lui résister, parfois il doit l'arrêter tant il peut devenir incontrôlable. C'est comme au boulot, il ne cède sur rien. Certaines réunions finissent en joutes orales d'une rare puissance. Francis est un vrai professionnel mais il a toujours raison. "Je suis désolé, ce soir je ne viendrai pas à l'entrainement, je vais laisser reposer ma main quelques jours". "Ce n'est pas grave, de toutes façons, avec nos dossiers en retard, franchement, nous n'aurions pas eu le temps ! Il y a le projet Révisa à remettre à la fin de la semaine..." Ils font équipe depuis trois ans. Trois ans de charrettes, de situations sur le fil du rasoir qui les ont laissés souvent épuisés, au bord de la rupture nerveuse, mais heureux de travailler ensemble. Créatifs complémentaires, ils s'apprécient, ils se fréquentent souvent en dehors du travail. "Si tu le veux" hasarde Eric, "ce soir on pourra aller boire un coup ?" "Bonne idée, on l'aura bien mérité !" 

15h30, Bernard Becker, dentiste-prothésiste-orthodontiste.

Sophie est sagement assise sur le siège du dentiste. Sa mère lui a promis que cela ne ferait pas mal. Il a collé un à un sur ses dents virginales les brackets par lesquels passera le fil de fer qui assurera le miracle. Elle aussi aura bientôt un sourire aussi joli que celui de maman. "En ce qui vous concerne" dit le spécialiste une fois la pose terminée "il faudra procéder en deux temps. Je ne pourrai poser les couronnes que dans deux semaines, quand la gencive sera complètement cicatrisée." Caroline s'attriste. Elle aurait tellement voulu que cela soit fait rapidement, car maintenant elle n'ose plus sourire et son contrat avec Clarins devra être annulé.

Sophie quitte le cabinet avec sa mère et le dentiste regarde sortir ces deux silhouettes qui l'émerveillent. La fille et la mère, copie conforme. Caroline n'évoque-t-elle pas sa fille en rigolant sous le sobriquet de "mini-me" tant elles se ressemblent ? Il éprouve une forme de fierté sans pour autant n’en avoir aucune part. Fier de soigner depuis des années cette femme magnifique dont les photos ornent régulièrement les pages des magazines, les murs de la ville ou les abris-bus.

23h50, 15 rue Saint-Amand,  Lyon 6ème arrondissement.

Francis a tourné la clé dans la serrure sans ménagement. Il a oublié que Sophie dort sûrement. Il claque la porte et se prend les pieds dans le tapis de l'entrée. Il se rattrape in extremis et lâche un juron de colère. Caroline vient à sa rencontre soufflant un "chut", son index posé sur les lèvres. Il la regarde, les yeux rougis par la fumée et les shots de téquila frappée partagés à outrance avec Eric.

"Quoi !" lance-t-il, la voix rocailleuse, le ton agacé de celui qui cherche un prétexte. Il contemple le visage de sa femme et, un court instant, un trait lui transperce les tripes et lui tord le cœur. Elle est si belle, même si le gloss n'arrive pas à cacher tout à fait la coupure de sa lèvre supérieure encore gonflée. La culpabilité l'envahit et l'étouffe. Il ne peut la supporter. Il détourne un instant les yeux. Son beau visage comme une icône martyrisée qui lui rappelle la part sombre qu'il héberge et qu'il hait.

Elle a senti l'incendie qui couve. Un souffle de trop et la pièce s'enflammera irrémédiablement. Elle bat en retraite. Elle tente une conversation anodine "le Dr Becker a posé les brackets sur les dents de Sophie. Tu verras, elle est un peu mal à l'aise ! Il faudra la rassurer, hein !" Il la toise. Il la fixe toujours, le regard comme perdu au-delà de son image. Elle a mal au ventre. Elle connait chaque rouage de la mécanique et elle sent bien que la première roue à commencer à tourner. Mais elle fait mine de rien. Il l'interpelle "et pour toi, c'est quand ?" "Dans deux semaines." Quoi ?" Il a crié. Elle ne sait pas pourquoi mais elle sent la fureur monter en lui comme de la lave. Il en rougit. "Quoi, tu vas rester encore deux semaines comme ça ?" Elle n'ose plus parler. Surtout plus un mot, le mot de trop qui rompra le barrage. Elle fait oui de la tête. "Tu pourrais au moins me répondre quand je te pose une question !"

Ca y est, c'est trop tard. Il a trouvé le prétexte, son silence comme une faute. "Et ça coûtera combien ces conneries, hein" Non, non, ne pas envenimer la chose, répondre sur un ton détaché. "1,200 €..." "Pardon ? Mais il se fout de ta gueule ce Becker ! 1,200 €uro pour deux couronnes ? Il va te les faire en platine à ce prix-là..." "Mais chéri, ne t'inquiète pas, je les paierai..." "Comment ça tu vas les payer. Non, tu ne paieras rien. Je vais lui parler à Becker, on n’est pas des vaches à lait. Tu ne les feras pas faire chez lui, nan mais !" "Mais c'est le meilleur, chéri, il n'y paraitra plus rien. Tu verras, tout ça sera oublié. Sois patient !" "Comment ça, tout ça sera oublié ? Oublier quoi ? Que c'est de ma faute, hein, c'est ça ?"

La phrase a jailli de sa bouche comme un arrêt de mort. Il n'a pas crié, il a hurlé. Il s'approche d'elle et lève la main. Instinctivement elle protège son visage mais ce n'est pas une claque qui la frappe, c'est un coup de poing au plexus. Elle s'est pliée en deux en criant. Elle est tombée, déséquilibrée. Elle git au sol et il lui hurle "relève-toi !" Ses yeux sont devenu hargneux. Il l'attrape par le bras, il tente de la mettre sur ses pieds mais ne le peut pas. Son impuissance le rend fou "relève-toi, bon sang !" La voir à ses pieds par sa faute le rend dingue. Alors qu'elle se redresse une claque retombe sur sa joue, puis une autre. Elle crie "non !" mais il continue, il s'acharne, il est hors de lui. Il se voit faire mais ne peut s'arrêter. Comme si deux êtres l'habitaient. Les coups pleuvent et font saigner son visage. Elle est défigurée mais tente de lutter, de s'enfuir dans la chambre. Il la rattrape par les cheveux et la jette par terre. Les pieds prennent le relai de ses poings. Elle ne réagit plus, lovée sur elle-même en psalmodiant "arrête, non, non !"

Elle ne bouge plus. "Salope, lève-toi, ça suffit la comédie !" lui crache-t-il mais elle ne réagit pas. Sophie s'est précipitée  "maman !"

"Allo, Eric ? Viens, viens vite, je crois que j'ai fait une connerie !"

5h30 du matin, rue Saint-Amand deux ans plus tard.

Voilà trois jours qu'il est sorti de prison. Homicide involontaire. Il a tout perdu. Même Eric l'a abandonné. Trois jours qu'il ne veut pas retourner chez son père. Trois jours qu'il dort sur ce banc devant l'image de ce qu'il a perdu à tout jamais. C'aurait pu être elle sur la photo, avec sa fille, s'il y a deux ans il n'avait pas laissé parler le diable qui est en lui, pour toujours. 

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Crédit photo Jean-Louis BEC

Jean-Louis, je vous avais promis de vous raconter l'histoire que cachait votre cliché.J'espère que vous ne m'en voudrez pas de l'avoir noirci de mes mots !

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En France, en moyenne, une femme meurt tous les trois jours des suites de violences domestiques.

 

 

 

 

 

19 décembre 2008

ELLE - Tergiversation siliconée

gwyneth-adopting.jpg"Ah, ça y est, tu l'as fait, enfin !"

"Oui. Tu sais, j'ai hésité longtemps. Mais à force d'y penser et puis après t'avoir vue, je l'ai fait..." Ces propos échangés sur le ton de la confidence attirent mon attention évidemment. Tel un radar orientable, mes oreilles se tendent littéralement vers les deux femmes qui se changent sur ma gauche. Il y a la brune, suppléante du prof, assise sur le banc qui enfile ses baskets tout en regardant intensément le visage de la jolie blonde, debout devant elle qui se dévêt.

Je tourne à peine la tête dans leur direction car ma curiosité de commère me donne envie de savoir. Et en un éclair je sais. La jolie blonde, femme sculpturale, sportive de haut niveau, se montre de profil et je vois la transformation. Elle si belle naturellement a cédé aux chants des sirènes de la silicone. Quel chantre celle-là qui sait s'entourer de choristes aux voix irrésistibles. Leur refrain est bien rôdé qui répète en boucle ad nauseam "vive les seins gros et ronds, vive les décolletés pigeonnants, vive les échancrures abyssales, vive les profils d'ogives pour exploser leur résistance et leur libido..." Croyance sociétale qui érige en dieu la quantité au détriment de la qualité. Cette femme aux formes si harmonieuses que je me pris si souvent à envier vient de se faire poser des prothèses mammaires. Il est vrai qu'elle n'était pas mamelue mais ce que la nature lui avait donné allait parfaitement avec le reste de sa silhouette sportive et racée.

Je la reluque du coin de l'œil et des sentiments antagonistes m'assaillent. La voix de ma raison me fait valoir comme il est dommage qu'elle se soit laissée convaincre alors que rien ne justifiait ces implants. Comment une femme si magnifique peut-elle avoir eu envie de remodeler ce qui était déjà merveilleusement dessiné ? Intoxication à la mode, sollicitation de son homme, émulation amicale ? Je ne sais pas, mais ma voix raisonnable continue à me faire valoir la stupidité de l'acte en soulignant les dangers qui la guettent demain et au fil des ans. Pourtant, immédiatement une autre voix se fait entendre qui tente de supplanter de ses arguments envieux celle qui me somme de rester comme je suis. Et je ne sais plus si la voix de la raison est pleutre et si c'est pour cela qu'elle se retranche derrière des arguments raisonnables. Car je dois bien l'avouer,  régulièrement l'envie continue de m'effleurer. Elle se fait douce et caressante "laisse-toi tenter. Imagine un peu. Au feu tous tes push-up. Plus besoin d'artifice, enfin un décolleté, un vrai !" Mais chaque fois je résiste car je ne veux pas devoir quoique ce soit à la chirurgie. Chez moi, que du vrai, du naturel et tant pis si je ne suis pas dans les canons de la beauté promue par des mâles en mal de sein maternel pour les rassurer. Car ne vous y trompez pas, qui crée ces tendances à votre avis ? Des publicitaires sevrés trop tôt pardi, qui rêvent encore de téter aux seins de leur mère et enfouir leur nez dans leur douce chaleur ou bien encore des designers qui ont bien trop joué avec la Barbie de leur sœur, dont on sait maintenant qu'avec ses proportions elle ne tiendrait pas debout, problème de répartition des masses. Le plongeon en avant garanti pour qui voudrait recopier ses proportions disproportionnées   !

Il n'empêche, je le sens bien au fond, quelque chose me manque, quelques centimètres de profondeur de bonnet. J'ai exploité toutes les voies, croyez-moi, mais rien n'y fait, aucun retour sur investissement, aucun miracle au balcon alors que J.Piaubert et consorts ont englouti sans scrupules mes €uros et mes illusions.

Et ne voilà pas qu'en feuilletant mon ELLE je tombe en arrêt, éberluée, sur une photo de Gwyneth Paltrow ! Cette ange de douceur, cet icône de mode affiche en page 103 un profil dans le relief pectoral ne me laisse aucun doute. Elle, la filiforme, elle, la liane éthérée de Shakespeare in love qui sans peine bandait ses seins pour les escamoter dans un pourpoint masculin, la voilà qui affiche deux jolies rotondités. Et surtout ne me dites pas "c'est la maternité !" Ces rotondités là, c'est bien connu, ne font que passer. Un mirage éblouissant pour le mari gourmand qui s'afflige de la débandade passée la période d'allaitement ! Alors elle aussi a cédé ? Argh ! Je la contemple et me lamente. C'est vrai que dans sa robe de soie rose Versace cela a de l'allure. Le galbe nouveau vient tendre avec grâce la soie comme j'aimerais le faire. Je m'imagine dans cette robe échancrée et m'afflige car sur moi, c'est évident, un concert de plis vides viendrait orner mon devant et je devrais abandonner le modèle sous peine d'avoir l'air de porter un tablier !

Misère, si mes idoles s'y mettent aussi, c'est la débâcle de mes convictions. Si l'icône en use, ne devrais-je pas à mon tour surmonter mes préventions et acquérir enfin deux beaux gros seins factices ? Ah, je doute, je lutte. Oui, non ! Non, oui ! Ceux qui me lisent diront que j'abuse car voilà bien la troisième note sur le sujet que je commets et peut-être n'est-ce pas la dernière. Mais comment faire taire enfin mes complexes ? Je ne demanderai surtout pas leur avis aux hommes, je crois que je le connais déjà qui par la bouche d'un mien amant il y a peu de temps encore me disait "Gicerilla, tu devrais, vraiment. Ca t'irait bien et puis ça me plairait beaucoup ..." (sagouin !).  Mais quel dilemme.

La solution parait simple, mais elle n'est pas si simple que cela. Rapport à l'image de soi, rapport aux autres. Alors, si parmi vous lectrices il y en a qui ont sauté le pas, me direz-vous si cela a changé votre vie ?

En attendant, silicone ou pas ?

 + + +

Imago, ou l'art du morphing au crayon. Grâce à lui, je sais enfin à quoi je ressemblerais ! Moi, avant c'est ici.

Moi, après, imaginé par Imago c'est ci-dessous. Hum, c'est tout vu, ce sera non !

 

gicerilla_silicone.JPG

16 décembre 2008

ELLE - La magie du dire

le dire.jpgJe suis pour la parole.

Drôle d'affirmation pour celle qui passe son temps à écrire et pourtant ne vous parlé-je pas avec mes mots par écran interposé ? Je pourrais lire mes notes à haute voix. Je le ferai bientôt. Ma voix est de celles qui plaisent et m'écouter plutôt que de me lire serait peut-être plus plaisant.  Mais il n'est pas encore temps.

La parole est une chose merveilleuse lorsqu'elle parle le vrai. On l'a trop souvent dévoyée pour des raisons plus ou moins obscures. Objet de propagande au lieu de vérité, on se méfie d'elle car elle porte les intentions de celui qui la profère et qui derrière elle se cache pour mieux tromper. Peur d'elle plus forte que tout, qui étouffe les mots qui pourraient libérer. Car dire c'est se révéler. Dire c'est aussi parfois accepter d'être fragilisé. S'autoriser à dire ce que l'on ressent sans déguisement c'est risquer de froisser, d'apparaitre différent de l'image que l'autre s'est construit de vous, à tort ou à raison.

Et tant pis si on se met à nu car sans l'authenticité de la nudité l'autre ne saurait être touché. Dire le bien comme le mal, la critique comme le compliment mais toujours être authentique. Il y a ceux qui parlent pour ne rien dire, pour occuper la conversation, parce qu'ils sont si vides qu'il faut qu'ils se remplissent de mots même s'ils sonnent creux, ça les rassure. Il y a ceux qui ne savent pas discerner leurs émotions et disent le contraire de ce qu'ils voudraient dire comme s'ils étaient programmés pour provoquer l'opposé de l'effet escompté. Parler, non plus pour se sauver, mais pour se saborder. Ils foncent tête baissée tout en se regardant aller droit dans le mur.

Dire les choses avec, à l'esprit, l'envie de dire ce qui nous anime, vraiment, que ce soit grandiose ou médiocre, n'est pas à la portée de tous car cela présuppose qu'on sache se regarder en face et accepter de voir dans le miroir ce qui nous déplait. Voilà ce que je crois de la parole. Je devrais dire ce que je croyais, car récemment j'ai dû accepter de reconnaitre que certains qui, comme moi, prêchent la parole vraie peuvent l'utiliser à des fins stratégiques dignes de Machiavel. Quand l'autre l'utilise comme une arme alors que je l'utilise moi pour faire la paix. La parole vraie comme alibi pour provoquer des tempêtes et non pas des armistices. Se sentir acculer et réaliser que le verbe ne vaut plus rien. Que le verbe vrai est trahi au point de devoir par ma bouche se déguiser et parler le faux pour se protéger.

Imaginez un homme qui prétend se mettre à nu pour mieux vous le demander. Qui se pose en exemple et vous pousse à dire, dans un excès d'impatience, ce que seul le temps peut cultiver. Et me voilà rendue sans armes, sans bouclier. Prise au jeu d'un autre qui n'a pas les mêmes règles que moi. Je croyais vraiment que l'on pouvait tout dire et que tout pouvait être compris par l'autre pour peu qu'on se donne la peine d'expliquer et que l'autre veuille véritablement entendre. Entendre au sens comprendre. Mais non. Il semble que le même jeu ne saurait être joué par les deux genres de la même façon. Pouvoir du verbe détourné au service d'un but machiavélique qui ne serait-pas l'expression du naturel ou de la vérité. Devrais-je alors accepter comme une réalité le postulat que l'homme et la femme ne peuvent pas s'entendre et que l'un et l'autre ne sauraient se rencontrer sans un propice malentendu ?  Etoile des neiges, mon cœur amoureux...

Bref, l'idée que j'ai tant de fois réfutée comme une explication à bon compte des hommes trouillards par le verbe apeurés, vient de nouveaux me faire la danse des sept voiles et décapiter ma pauvre croyance. Y perdrai-je aussi ma tête, ma raison ?  L'homme et la femme seraient génétiquement incapables de se comprendre ? Ainsi, les hommes viendraient vraiment de Mars et les femmes de Vénus ? Deux planètes qui se tournent autour dans un système solaire commun mais qui ne se rencontrent jamais car leurs révolutions à aucun moment ne se superposent.

Alors, devrais-je abandonner mon amour du dire car il est vain ?

 

 

13 décembre 2008

ELLE - Amour et à sang

amour à sang.jpgElle s'est recroquevillée sur elle-même comme un petit enfant.

Elle s'est assise au pied du lit, son dos sans force appuyé contre le sommier. Au début, comme toujours, la douleur a été diffuse. A peine un frémissement dans son ventre. Puis doucement, avec une lenteur de grimpeur à mains nues qui assure la prise, la douleur s'est accrochée à ses entrailles et petit à petit s'est amplifiée. Aïcha a su dès ce moment là qu'elle n'y échapperait pas. Plus la peine de prendre un quelconque cachet, elle allait sentir irrémédiablement les élancements dans sa chair qui iraient crescendo jusqu'au moment où les larmes jailliraient, impuissantes pourtant à la libérer du mal. Elle connait le scénario depuis son enfance. Alors, elle s'enroule sur elle-même comme pour réduire le champ d'action, comme pour concentrer sa souffrance en un point culminant pour mieux la circonvenir. Elle se berce en gémissant. Elle appelle sa mère en silence. Des douleurs dignes de l'enfantement à ce qu'il parait, mais stériles, juste source d'une douleur infinie. Et puis François qui doit venir ce soir. Elle ne le laissera pas entrer. A quoi bon. Il ne faut pas qu'il la voit comme ça. Que pourrait-elle lui dire, ils se connaissent depuis si peu de temps.

Elle prie à mi-voix "faites que ça cesse". Elle ne sait pas qui elle prie. Elle a renié il y a longtemps les croyances de ses parents qui, lorsque ces moments de détresse physique la saisissaient, la déclaraient impure. Impure ! Pire que des superstitions de bonnes femmes, cette croyance l'a tant de fois fait culpabiliser. Si le sang coule, c'est qu'alors elle doit expier quelque faute. Pourquoi parler d'impureté alors qu'il s'agit du cycle de la vie, merveilleux. Douloureux mais merveilleux par ce qu'il contient d'espoir de vies à venir. Elle geint. Ses bras autour des genoux, elle se balance toujours et faiblement se plaint. La douleur est telle que bientôt, elle le sait, elle sera comme hypnotisée, incapable d'autre chose que d'attendre la fin.

Elle sursaute. La sonnette de l'entrée vient de résonner. François ? La douleur qui annihile la notion du temps. Non, elle ne répondra pas. Que dire, ça ne se dit pas ? La sonnette insistante qui vrille l'air. Elle patiente en haletant. Son portable qui vibre sur le lit. Elle décide de lui répondre. "Désolée, je suis malade." Elle a du mal à articuler tant elle retient ses larmes. Il persiste, insiste. Il est inquiet et par ses mots doux tente de l'amadouer. "Je te soignerai. Laisse-moi m'occuper de toi". Elle a si mal. Elle imagine sa tête dans son cou et ses bras forts qui la soutiennent. Elle cède. Elle dit oui.

Sur le seuil de la porte, il la dévisage et voit en trainées noires sur ses joues la douleur qui l'accable. Dans un souffle elle lui avoue "je suis impure". Il a compris. Il referme la porte et la soulève délicatement pour l'emmener comme son épousée jusqu'à sa chambre. Ses larmes mouillent son cou en un flux continu et bouillant à l'instar de celui qui inonde son ventre. Il lui murmure des mots d'amour comme une comptine pour enfant. Il l'allonge sur le lit mais elle se roule en boule. "Il faut que tu te détendes. Mets-toi sur le dos, laisse circuler ta douleur, laisse la se diffuser pour l'affaiblir." "Non, laisse moi, j'ai si mal. Je suis intouchable. Reste là, à côté de moi". Il s'est assis à côté d'elle et lentement il l'attire à lui. Elle se laisse faire. Elle se détend un peu. Il se penche et approche ses lèvres des siennes. Elle souffle à petite gorgée pour calmer ses souffrances. Il les frôle et aspire son haleine brûlante. "Tu n'es pas impure, ce sont des conneries. Je t'aime. Laisse-moi faire. Je vais soulager ta douleur".  Elle dit oui à tout. Elle est sans volonté, chair torturée incapable de contester.

Dans la salle de bain il a pris un large drap d'éponge blanc et il l'aide à l'étendre sous elle sans la brusquer. Un kiné ça sait y faire avec les corps abimés. Il la déshabille lentement, elle ne dit rien. Il dévoile à ses yeux son corps si fin, si harmonieux mais sa beauté ne déclenche pas ce soir l'élan animal qui habituellement le fouaille. Non, seule la tendresse le meut. Et alors qu'il tente de faire glisser sa culotte de coton blanc, elle hoquète désespérée "non !". "Chut !" est tout ce qu'il répond et rompt sa résistance. Elle est complètement nue mais elle ferme les yeux. Debout, au pied du lit, il lui murmure "regarde-moi. Tu es si belle, si désirable. N'aie pas honte, regarde-moi..." Et son regard croise le sien, timide, rougissant entre deux flots de larmes. Son regard descend le long de sa joue droite puis le long des veines de son cou gracile. Il suit la ligne des épaules et de ses petits seins agacés par le froid. Le long du ventre légèrement enflé qui se soulève en rythme saccadé, puis s'arrête un instant sur le triangle noir qui ombre son sexe. Une envie de la prendre malgré tout, malgré son mal, le submerge. Il refoule son envie. Seule elle compte.

Il a saisi son huile de massage préférée et la chevauche délicatement et s'asseyant sur ses cuisses. Elle le fixe intensément et le rimmel qui coule continue à la défigurer. L'huile chauffée dans ses mains, il les applique sur ses épaules et sur ses seins. Lentement il la masse. Il dessine les contours de toutes ses courbes. Il se penche et baise ses lèvres qui s'entrouvrent. Entre deux respirations ils s'embrassent amoureusement alors que ses mains continuent leur œuvre soulageante. Ses mains passent sur ses tétons qui se dressent sous l'effet de la caresse et ses gémissements changent de ton. Il la pétrit en douceur et ses seins sous ses mains se laissent faire, souples et chauds. Il descend le long de la ligne médiane de son ventre qu'il caresse doucement, comme pour l'apaiser. Il la regarde. Elle a fermé les yeux et se laisse aller à ses caresses de thérapeute. Elle ne pleure plus, totalement abandonnée à ses soins.

Il s'est allongé à sa droite mais sa main droite n'a pas cessé son ballet. Il est doux. Il prend son temps. Sa main effleure sa toison. Elle a frémit mais sa douleur n'y est pour rien. Il lui susurre à l'oreille "mon amour, mon bel amour" alors que sa main s'immisce entre ses cuisses. Elle sursaute dans un cri "non !" Sa main est dans un étau. Elle ouvre les yeux, paniquée et scrute ses pupilles. "Mon amour, laisse-toi aller, laisse moi t'enlever ta douleur..." Alors elle desserre son étreinte et écarte imperceptiblement ses cuisses. Il s'y engouffre en douceur et ses doigts sombrent, engloutis par le liquide brûlant, visqueux, qui coule de son calice. Il y plonge et la caresse avec tout l'amour dont il est capable, ému comme le chevalier qui a trouvé son Graal. Son sexe palpite et elle gémit. Il remonte le long de sa fente collante et, avec ses doigts baignés de sang vermillon, il dessine sur son ventre des arabesques comme autant de versets d'amour. Elle frémit et sa plainte n'est plus celle d'une pénitente. Il s'émerveille de voir la beauté qui irradie en rouge sur sa peau blanche. Il est ému par ce miracle. Il l'embrasse à pleine bouche et replonge entre ses cuisses pour dompter sa douleur et la transformer en élancements de désir. Il connait ses secrets, il sait où son plaisir se niche et par sa danse hypnotique de derviche, il va le lui arracher. Elle a jeté ses bras autour de son cou. Elle lui dévore les lèvres, haletante et lui susurre "encore..." et il continue ses caresses savantes qui doucement sur sa douleur prennent le pas. Il sent la tension dans ses jambes, il sent son bassin se soulever cherchant le contact de sa main. Il redouble de douceur "Mon amour, oh, mon amour !" lui souffle-t-il, quand sous sa main le flot de vie bouillonnant jaillit, puissant comme le plaisir qui tait sa douleur, enfin...

L'amour comme remède aux superstitions et diverses conneries ?

Photo corpsaccord 

06:00 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

10 décembre 2008

ELLE - Haut les filles

sarenza.jpgJe suis une sorte de héraut.

Je me fais le porte-voix des événements les plus importants de notre société. C'est un blog hautement bien informé et chacun conviendra du fait qu'ici point de superflu, point d'inutile, que du sérieux, de la référence de haut niveau qui enjoint à la réflexion sur notre monde actuel.

Sans ce blog, me demandé-je parfois, comment ferait la foule de mes lecteurs pour comprendre notre société ? Et c'est toujours mue par la même volonté d'informer que j'attire votre attention sur un haut fait qui est sûrement passé inaperçu à vos yeux. Pourtant, n'est-il pas le reflet du monde dans lequel on vit ? Les femmes, éternelles proies consentantes qui se laissent entraînées dans toutes les inepties qui flattent leur boulimie consommatrice, diront certains aigris. Moi, je serais plutôt tenter de dire, les femmes où l'art de ne pas se prendre au sérieux en exploitant leurs propres faiblesses caricaturées à l'envi.

Alors que faisaient ces dames le 21 novembre dernier ? Cette nouvelle sera pour certains éculée comme les talons qu'elle concerne, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en informer les autres. Et bien le 21 novembre, ces dames veillaient à équilibrer le budget du ménage par ces temps de pouvoir d'achat déprimé et elles se payaient, sans débourser un €uro, une belle tranche de rigolade.

A l'appel de Sarenza, elles ont répondu présentes car que ne ferait pas une femme normalement constituée pour gagner 3000 € de bons d'achat de talons hauts. Rien. La preuve, prêtes à tout, elles ont relevé le défi de courir 60 mètres en une course de relais endiablée sur une piste rose bonbon, déguisées en toutouyoutou et perchées sur 8 centimètres de talon. Vous reconnaitrez qu'il faut au moins le courage d'une femme pour affronter une telle compétition sans hésiter devant le ridicule que d'aucun y trouverait. Et puis, n'était-ce pas allier l'amusement à une forme de thérapie. En effet, n'ai-je pas rappelé ici et combien prendre de la hauteur est salutaire pour celle dont le salut branle sous les coups de semonce de la déprime ou du désespoir. Ainsi, en prenant leurs jambes à leur cou elles pratiquaient un traitement thérapeutique à haute dose.

Evidemment, cette affirmation restera abscure pour ceux qui n'iront pas se cultiver ici ou  afin de comprendre les bénéfices bénéfiques du traitement. En courant sur ces hauteurs dangereusement vertigineuses pour les chevilles et les ligaments, elles se rapprochaient assurément du paradis. L'extase de Soubirous à portée de talons sans l'intercession de la Vierge mais à condition qu'une fois le "i" disparu il leur reste l'outil (*). Quand le désir vous talonne, surtout ne pas y résister, courir vers lui et s'offrir gratuitement un délire orgasmique de boites à chaussures.

Il faut que je signale aussi que cette compétition était sponsorisée, entre autres, par la Croix Rouge. Comme quoi, une fois n'est pas coutume, on peut s'autoriser à jouir d'un consumérisme échevelé tout en faisant une bonne action car les chaussures de la compétition sont allées aux plus démunis. Ah, non, pas d'esprit chagrin je vous en prie, pour murmurer qu'en effet voilà bien un geste généreux que d'offrir des souliers si pratiques pour cultiver la terre, pour tenir chaud l'hiver... 

Bref, je trouve l'événement d'un intérêt majeur à tous les niveaux, et je sais déjà ce que je ferai en novembre 2009. Je me suis inscrite et je recrute volontiers des Dames pour mon équipe.

Alors, êtes-vous prêtes ?

 (*) Pas compris ? Bon, si j'ôte le "i" de la vierge, que reste-t-il ? 

07 décembre 2008

ELLE - Dans un gant de velours

massage.jpgAujourd'hui, je suis pleine d'entrain. 

Je trône sur le rameur, toujours le même, mon poste d'observation préféré et l'air de rien je scrute, je catalogue, je catégorise, je classifie. Les hommes suants sous l'effort de la fonte ne cessent d'apporter à mon moulin-à-réflexions de l'eau plus ou moins fraiche, plus ou moins pure et tournent, tournent mes méninges. Je ne me lasse pas et ramer dans cet air aux relents de cirque me devient plaisir et non plus pensum tant les hommes sont fascinants à étudier. Et alors que je rame, je vois arriver vers moi sur ma droite un homme tout sourire, l'air de quelqu'un qui me reconnait. Réflexe de l'incrédule, je regarde à gauche, au centre, derrière, véritable périscope humain. Personne. C'est bien vers moi qu'il vient.

Il sourit franchement de ses lèvres légèrement ourlées, blancheur virginale de ses dents, crâne rasé, yeux du bleu des calanques, stature moyenne bien découplée. Il pratique le sport en salle ce monsieur, c'est évident, mais sa démarche est élastique et volontaire. Lui ne rejoue pas Balou à chaque pas à l'instar de tous les autres mâles qui occupent la salle. "Bonjour !" C'est tonique et direct. Mon cerveau en ébullition comme les fiches du FBI qui défilent à la vitesse des mégaoctets. Mon dieu c'est qui, zut, c'est qui ? Ma mémoire, cette traitresse, me fait encore défaut. Zut, je vais encore vexer quelqu'un de ne pas le reconnaitre.

"Depuis combien de temps n'avez-vous pas eu de massage ?" La question tombe, tranchante et inattendue "Euh... zêtes qui vous ?" proféré-je en silence dans mon fort intérieur bien gardé. Si, j'ai bien écrit mon "fort" car il n'est pas question ici de mon âme ni même d'un intime tribunal, mais bien de la tour dans laquelle je vis retranchée depuis quelque temps. Prisonnière du château fort que j'ai moi même édifié pour mieux me protéger ! "Euh, et bien quelque temps. Pourquoi ?" Et le voilà de m'expliquer qu'il est masseur thérapeute et qu'il a repris le cabinet installé dans les locaux du club restés depuis longtemps inutilisés.

Immédiatement, un sourire surgit sur mes lèvres, mi-ingénu mi-carnassier, alors que mes yeux dérivent sur ses mains. Elles sont belles, musculeuses, et je les imagine déjà en train de triturer ma chair, fermement, savamment pour faire rendre l'âme à tous les nœuds qui l'habitent illicitement. Il m'offre là, maintenant si je veux, ou demain, enfin quand je peux, 15 minutes de massage gratuit pour découvrir les mérites de son art. De nos jours, et surtout des miens, une telle proposition ne se refuse pas. Imaginez un peu les réflexions gourmandes qui énumèrent en silence tous les avantages de la proposition. Il est charmant, souriant, bien fait, dans ma tranche d'âge. Il est masseur. Il m'offre une séance de relaxation dans le secret de son cabinet moquetté de beige, parfumé par des bougies aromatiques et noyé de musique new-age qui étouffera sûrement mes soupirs de détente et ceux de son effort...

Mon imagination divague au rythme de mes va et vient, car je reste très sportive et je n'ai pas cessé un instant de ramer. Il faut bien feindre l'indifférence pour qu'il ne voie pas le trouble enthousiaste qu'a déclenché par sa proposition. Blasée je suis, qui lui répond un peu boudeuse,  oui, pourquoi pas, pour voir, sans engagement, hein. Après l'entrainement, 13h30 ? Oui, cela me convient.

Il m'accueille toujours souriant. Rien de surfait. Il a l'air authentique. Les muscles de ses bras proportionnés roulent délicatement sous son T-shirt, un avant-goût des réjouissances. Je choisis dans le menu, le dos, car il faut sérieusement le soulager. Allongée sur le ventre, seul le dos mis à nu, je me laisse sombrer doucement dans la chaleur de la couverture chauffante qu'il a ingénieusement glissée sous la serviette éponge. Le bruit de friction de ses paumes qui s'échauffent avant d'attaquer met mes sens en arrêt. Ses mains chaudes sur ma peau. Ca y est, je suis partie. Je gravis une à une les marches qui me rapprochent du paradis. Ses doigts sont fermes qui torturent délicatement mes muscles courbaturés. C'est professionnel, sans fioriture mais efficace. Plus les minutes passent et plus je voudrais rester pâte à modeler prête à toutes ses créations. Le temps s'écoule, forcément, et pourtant j'ai l'impression de flotter dans une dimension d'où cette notion a disparu à jamais. Intemporalité du plaisir. Quand les minutes écoulées semblent tout à la fois des lustres et des nanosecondes.

Quoi, il est presque 14h00 ! Il faut que j'aille travailler et c'est à contre-cœur qu'il doit arrêter. Prendrai-je un forfait de 10 séances ? Je ne sais pas, c'est qu'il est cher le bougre. Cela dit, le bien-être qu'il me dispense a-t-il un prix et puis que ne ferai-je pas pour le revoir ? Hum, je pourrais peut-être trouver un terrain de négociation !

A suivre ...

 S'il avait eu un site internet, j'en aurais fait la promotion car il le vaut bien !

Espace Bien Etre.JPG

04 décembre 2008

ELLE - Stomp

stomp_gross_00.jpg

Enfin, ils passent en ville.

Des années que je ne les avais pas vus. Evidemment, il avait suffi d'une affiche pour déclencher une envie digne d'une affamée. Par deux fois, à Paris, j'avais assisté à ce spectacle ineffable et l'idée de le revoir me mettait déjà en ébullition. J'ai toujours cru à une vie antérieure où j'aurais été danseuse africaine, spécialiste de la danse du ventilateur, résonnant aux percussions comme une réponse à des rites ancestraux. Depuis toujours, le son des percussions me met en transe et haïtienne vaudouïsée je deviens lorsque l'écho de leurs sons s'empare de mes oreilles, de mon cerveau, de mon corps.

Alors bien sûr, quel que soit l'endroit, quel que soit le prix, dès que je les vois se produire, j'y vais. Ce soir, je suis comme une enfant devant le sapin. C'est Noël avant l'heure. Je suis d'autant plus impatiente que j'ai emmenée avec moi ma belle amie.  Elle ne connait pas le spectacle et, assise sur le fauteuil de velours rouge à ses côtés, je suis déjà frémissante. J'anticipe le plaisir que cette représentation choisie par moi va lui donner. Un peu comme lorsque j'avais de mes petites mains fait un collier de nouilles et attendais de voir dans les yeux de ma mère l'émerveillement.

Enfin, les lumières blêmes des plafonniers disparaissent pour laisser place à des halos bleutés, irréels, qui illuminent la scène. Comment décrire ici dans mon petit théâtre ce que vous devriez voir, ce que vous devriez entendre ? Comment retranscrire ces rythmes étonnants et irrésistibles qui font bouger en cadence les pieds du spectateur soudainement envahi par la danse de saint gui. Ils sont huit, jeunes aux physiques variés. Pas d'élitisme de ballet à pointes dans les silhouettes, non, mais pourtant une technique digne des meilleurs acrobates. Un casting hollywoodiennement correct avec des femmes, des hommes et avec son quota de gros, de minces, de noirs, de latino, de blancs évidemment. Ils invitent la musique dans les objets les plus improbables de votre quotidien et font chanter sous la douce torture de leurs mains savantes des lavabos, des poubelles, des casseroles, des chaises pliantes, des tubes flexibles...

Les chorégraphies ont l'air brouillon mais sont calculées au millimètre faute de quoi de musical, le ballet deviendrait chaotique et les mélodies cacophoniques. Comédiens, musiciens, danseurs, ils mélangent leurs arts avec maestria et les spectateurs, galvanisés, rient, applaudissent, sifflent, trépignent car eux aussi veulent participer. Ils insufflent à toute la salle, par les rythmes insoutenables que pourtant ils soutiennent sans faillir, des envies de se trémousser et chacun de se tortiller sur son siège, incapable de contenir la joie physique ressentie par tant d'enthousiasme musical.

Rares sont les spectacles que je vante et celui-là fait partie de ceux qu'il vous faut impérativement voir. Quel dommage ce serait de laisser passer une occasion d'admirer leur performance. Croyez m'en, je vous en prie, offrez-vous ce plaisir. Par les temps qui courent, ce n'est pas si souvent que l'on peut oublier deux heures durant le marasme ambiant.

Un avant-goût pour vous, mais évidemment rien ne vaudra jamais le vrai.

Enjoy !

 

 

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