31 janvier 2009
ELLE - Matador

La foule doucement s'écoule par les huis grand-ouverts.
Un flot continu et bigarré semble vomi par les portes des arènes de la Real Maestranza de Caballería de Séville. Douze mille spectateurs échauffés quittent les lieux. La corrida a été magnifique. Le taureau a été brave et le torero et lui ont lutté à égalité. Des olé ont fusé tout au long des tercios pour finir en un viva assourdissant lors de la mise à mort. La poussière est retombée sur le cirque ensanglanté. Manuel (Manolo) Fernandez et José (Pepe) Marquez ont célébré ça dans les vestiaires avec leurs copains de la quadrilla. Manolo s'est déjà douché et relance sans cesse Pepe sur la bravoure du taureau à qui il a donné par trois fois la puya. Dans sa carrière, il en a vu des taureaux, mais un volontaire comme celui-là, rarement. Pepe rigole "pff, qu'est-ce que tu connais, toi, de la valeur d'un taureau ? Deux ans picador et tu as déjà tout vu !" Les deux hommes sont toujours en compétition. Pourtant Pepe est incontestablement meilleur dans son rôle de puntillero, même s'il est considéré par Manolo comme "boucher" ! La corrida, oui, faire souffrir par une agonie lente le taureau, non.
Leurs joues brûlent sous l'effet de l'alcool trop vite ingurgité et ils se dirigent, passablement égayés vers la Bodeguita de Tonio, à trois cents mètres de là. "Ce soir" dit Pepe "je planterai bien ma banderille, moi !" Ils se coudoient et rigolent du bon mot de l'aîné. Le bar est enfumé et un halo rougeoyant semble enflammer la pièce. Ca sent le chorizo et le tabac bon marché. Les abat-jours rouge sang diffusent si peu de lumière qu'il est presqu'impossible de distinguer les silhouettes. Ils rejoignent quelques peones du groupe déjà au comptoir. Le verbe est haut, tout le monde s'interpelle et refait en boucle les meilleurs moments de la corrida. Les hommes comme les femmes rient fort. La joie est bouillonnante et les regards égrillards.
"Dis Manolo, Esperanza, tu la vois toujours ?" Manolo se renfrogne un peu. Cela fait deux semaines qu'il n'a pas eu de ses nouvelles. Ils se sont fâchés toujours pour la même raison. "T'es pas sérieux, elle est bien Esperanza, elle est sérieuse. Tu devrais pas la traiter comme ça !" "Ben, et toi alors, hein !" lui réplique Manolo "t'as pas fait un beau gâchis avec Pilar ?" Pepe se renfrogne à son tour "Fais pas chier !". Ils plongent tous les deux les yeux dans leur verre. "Bon, allez, on s'en fout, y'en a des milliers comme elles" propose Manolo en choquant son verre contre celui de Pepe. Pepe le regarde franchement "T'as raison jeunot, ce soir c'est nous les matadors. Reste à trouver la génisse bien gaulée à qui on va enseigner les différentes techniques d'estocade !" Manolo éclate de rire. Il lève les yeux et alors qu'il scrute la salle, il coudoie Pépé "Eh quand on parle de la génisse, on voit les cornes, vise un peu là-bas !" Pépé regarde dans la même direction. Devant la porte d'entrée, hiératique, une femme splendide moulée dans une robe rouge vermillon se déhanche sur de hauts talons impossibles. Elle chaloupe entre les groupes et vient se poster sur le tabouret resté libre à côté de Pépé. "Una cerveza" demande-t-elle sans faire attention aux deux hommes qui la scrutent sans vergogne, comme hypnotisés.
Elle est sculpturale, un visage émacié, étrangement androgyne. De très longs cheveux ondulés aux reflets noir bleuté sont réunis en un chignon négligé retenu par une pique d'ébène ornée d'arabesques. Des boucles échappées tombent sur sa nuque gracile. La toile de sa robe révèle le serre-taille qui l'affine comme une liane et la lisière des bas qui gainent de soie noire ses jambes interminables. Pépé ne peut la quitter des yeux, fasciné par le vermillon de ses lèvres. "Et bien, c'est comme cela que vous agissez avec les dames, vous les dévisagez ?". Elle a planté ses yeux noirs dans les siens. Pépé est désarmé. "Ben, vous savez, on ne voit pas beaucoup de dames comme vous passer ici !" est tout ce qu'il peut articuler. "Et bien, pour vous faire pardonner, offrez-moi donc une tequila !"
Elle n'est pas farouche se dit Pépé qui cligne des yeux en direction de Manolo. Le coup de coude complice a failli jaillir, mais il s'est retenu in extremis. "Nous étions en train de parler de la corrida !" Evidemment, de quoi peut-on parler chez Tonio après une corrida ? "Vous y étiez peut-être ?" Dolores se tourne vers lui. Elle lui fait face et il dévore des yeux ses lignes de sablier. Comme il aimerait plonger son nez, là, entre ses seins et plaquer ses mains sur ses fesses rondes. "Bien sûr, je suis une aficionada. Pour rien au monde je ne manquerais une prestation de Pascualito !" lui répond-elle le regard enfiévré. "Comment ne pas succomber à cette énergie quasi sexuelle qui se dégage de la foule en rut qui crie "mata, mata" ?" Pépé se trouble. Elle n'a cessé de le regarder avec comme un défi dans le regard. Elle flamboie dans sa robe et ses yeux noirs bizarrement semblent de braise. "C'est moi qui est achevé le taureau, vous ne me remettez pas ? " dit-il fièrement, pour retenir son attention. "Ah, c'était vous le puntillero ce soir ?"
Cette information semble transformer son visage. Ses traits se creusent, sa bouche s'entrouvre, elle respire un peu plus précipitamment. L'excitation que ces quelques mots provoquent est évidente et Pépé se dit "c'est gagné !" "Vous savez ce qui me fascine dans votre rôle, c'est votre habileté ou plutôt l'obligation d'habilité qui repose sur vos épaules. D'un coup, d'un seul, bien appliqué, le taureau s'il résistait à l'estocade, par vous doit tomber, mort..." Elle palpite, c'est évident. Chaque mot prononcé semble la galvaniser. Manolo et Pépé ne parlent plus et la contemplent. "Saviez-vous qu'en glissant la lame exactement entre la base du crâne et la colonne vertébrale, un homme mourrait avec une érection comme le pendu ?" "Non !" Pépé est incrédule "On a jamais vu un taureau bander !" Dolores sourit "Si, si. Il parait que la lame glissée d'un coup aurait le même effet que la corde. Oh, ce n'est que de la théorie mais je la trouve fascinante. Dommage pour le taureau. Partir en éjaculant serait une mort plus douce, comme une récompense après un vaillant combat..."
Les deux hommes sont mal à l'aise et Dolores le voit. "Allez, salud" dit-elle. Ils trinquent et le feu de la téquila efface le souvenir de la macabre conversation. Dolores se fait câline et plus ils boivent, plus elle se rapproche de Pépé. Il se dit que ça y est, c'est emballé. "Vous me raccompagnez ?" lui susurre-t-elle.
Les marches de bois qui mènent à son appartement craquent dans le silence de la nuit. L'immeuble a l'air désert. Pépé regarde les fesses de Dolores se dandiner sous ses yeux et l'excitation le saisit déjà. Il sent son sexe tendu contre la toile de son jeans. Il retient une envie animale de soulever sa jupe, d'agripper ses hanches et la dévorer, là, sur place. Il anticipe sa chaleur, sa douceur, ses saveurs, il n'y tient plus. La porte grince sur ses gonds. Elle l'entraine dans le salon. Ils sont debout devant la cheminée qui crépite comme par miracle, illuminant la pièce de lueurs infernales. Elle l'attrape par les épaules et plaque son corps contre lui. Elle sent sa verge contre son ventre et lui sourit. "T’as envie ?" demande-t-elle par jeu. "Oui, oh oui !" Elle a littéralement arraché sa robe qui vole sur le canapé. Elle est plantée devant lui, les seins nus et ronds comme des fruits dorés. Sa guêpière de dentelles noires et rouges sculpte sa taille et cambre ses reins. Aucune dentelle ne cache sa toison noir corbeau en triangle parfait.
Sans ménagement, elle le fait mettre à genoux et lui intime "mange-moi" et il se précipite. Il se noie entre ses cuisses, il grogne de plaisir et elle gémit et elle halète. Il sait y faire pour un puntillero et ses caresses ne sont pas frustres qui l'amènent déjà au bord de la rupture. "Arrête !" Elle se précipite sur sa bouche et l'embrasse violemment. Elle déchire sa chemise et le bascule sur le canapé. Elle ne prend même pas le temps de le déshabiller et il aime cette urgence qu'elle y met. Elle aime ça. Ca l'excite plus encore. Elle le regarde droit dans les yeux alors qu'elle le chevauche et s'empale sur son sexe luisant. Elle devient amazone et se démène sur sa queue alors qu'il se redresse pour embrasser ses seins. Il geint, elle gémit plus encore "Je vais jouir" souffle-t-il. "Non, pas encore..." elle continue son ballet et maintient sa tête contre ses seins qu'il tète avec frénésie. Et alors qu'il la cajole, lentement, de sa main droite, elle ôte la pique qui retient ses cheveux et s'en saisit comme d'une dague. Il râle, il est au bord de la jouissance. "Non, pas encore !" crie-t-elle. Et avant que la déferlante blanche ne l'emporte elle plante la dague à la base du crâne de son amant. Il devient pantin sans vie entre ses bras alors qu'au creux de son ventre elle sent gonfler et se raidir plus encore ce sexe qui, dans quelques instants, lui arrachera sa jouissance.
Fiction librement inspirée par le film "Matador" de Pedro Almodovar.
05:35 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pedro almodovar, corrida, bull fighting, jouissance
28 janvier 2009
ELLE - Vive la crise !
Je sors du bureau d'un pas agacé.
Le futur jeune cadre dynamique aux dents longues à du mal à me suivre et je ne fais aucun effort pour ralentir ma cadence. Mes hauts talons écrasent la moquette et je m'imagine en train de le piétiner, non mais !
L'entretien avait pourtant débuté sur un ton agréable. Le Curriculum Vitae du candidat sous les yeux, je le scrutais en lui posant les questions habituelles sur ses motivations. Il racontait ses études dans cette grande école de commerce de Rouen, son stage de six mois en entreprise à Singapour, son bénévolat dans une association estudiantine promouvant le commerce équitable. Le profil idéal. A priori.
Il me fixait d'un regard inquisiteur, sûr de lui. Parfois, une esquisse de sourire condescendant remontait le coin de ses lèvres à la suite d'une de mes questions. Je ne me laissais pas déstabiliser mais je décidais d'être moins bienveillante et de le mettre un peu sur le grill. Voir ce qu'il a dans les tripes. Il ne se déballonne pas et me fait la scène du 4. Un excès d'assurance peut-être et le voilà qui entame sa vision du management. A vingt-quatre ans, il connait déjà tout sur tout. Et d'un entretien d'embauche, j'ai l'impression qu'il veut maintenant faire un cours ex cathedra sur ma fonction. Il continue sur ses motivations et sur ses prétentions salariales, exorbitantes, bien sûr. Je le regarde doucement s'enfoncer dans les sables mouvants de sa présomption vaniteuse. Il ne remontera pas.
Je mets fin à l'entretien convaincue du fait qu'il ne saura intégrer l'équipe avec l'humilité du débutant indispensable à une bonne intégration et surtout à un apprentissage de son travail. Je viens de classer dans la case "on vous rappellera" le CV d'un jeune issu de ces écoles exécrables qui instillent chaque jour dans les veines de ces futurs battants le poison de leur prétention. Oh, mais ils commencent à m'échauffer les sangs !
C'était en juillet 2008, mais depuis la crise est arrivée. Ah, quelle trouvaille la crise pour rabattre les ego surdimensionnés, les langues trop bien pendues. La crise est arrivée avec ses inquiétudes, sapeurs de certitudes, même chez les plus baraqués. La crise avec son cortège de mises à pied, d'usines fermées, de demandeurs d'emploi désespérés. C'est que les perspectives ont changé et les jeunes des grandes écoles vont devoir intégrer dans leur démarche un paramètre nouveau qu'on ne leur a pas enseigné à gérer : la crise !
La donne a changé et tous les as ne sont plus également répartis. Non, dorénavant ils sont tous dans ma manche et croyez-moi je vais en user. Enfin, je vais pouvoir exercer mes talents de recruteuse sans considération d'humanité, sans me soucier de prendre des gants. Je perds un candidat ? Et alors ! Dehors, des milliers en file serrée par le froid attendent, qui ne seront pas aussi regardants et sur les conditions d'emploi et sur le management.
A moi le management viril, enfin ! Plus de psychologie de comptoir, plus de management romantique, non ! Au feu l'intuition et l'empathie. Faisons du petit bois de la part humaine de l'employé et réchauffons-nous par ces temps de frimas. Plus de cœur, plus de compassion qui annihile la volonté et inhibe l'action ! Vive le management musclé qui fait du travailleur un instrument pour atteindre les objectifs et non plus un élément participatif aussi important que le but visé. Ces visions jubilatoires font monter le rouge à mes joues et une excitation vorace m'envahit alors que je contemple le vide de mon bureau en attendant le prochain candidat. Les yeux brillants par la fièvre qui me prend, je sens un sourire carnivore retrousser mes lèvres carmin. Mes dents aiguisées sont prêtes, par des propos mordants, à ne faire qu'une bouchée de l'impétrant. J'ai revue ma copie à la lumière de la précarité. Enfin, donner libre cours à ma personnalité dominatrice. Ah, c'en est trop, je n'y tiens plus. La crise comme un puissant aphrodisiaque ? Hum, que de jouissances à espérer....
Vive la crise !
05:33 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, subprimes, chômage, précarité
25 janvier 2009
ELLE - Diane ou la bonté
Impossible de faire un créneau décent, je suis si altérée.
L'après-midi d'entretiens, je le sens bien sans vouloir l'accepter, m'a laissée démunie, comme épuisée. Des entretiens parfois comme des duels. Faire valoir les arguments, faire contrepoids sur leur balance faussée. Convaincre ou, du moins, tenter de faire voir que par ces temps de crise, un peu d'objectivité serait de mise.
Je suis à cran. Mais je fais face, parce qu'il le faut, parce que la moindre faiblesse pourrait être reconnue comme une concession faite à leurs arguments. Non. Je reste forte mais à l'intérieur tout s'effrite, je suis sonnée. J'ai joué 26 rounds. Certains furent de simples formalités car le challenger n'en était pas un. Mais six d'entres eux furent particulièrement résistants et j'encaissai les coups sans pouvoir les rendre avec la même énergie, forcément. Montrer l'exemple toujours. Montrer la voie alternative, celle de la construction dans le vrai avec l'ego boursoufflé, mauvais conseillé grimaçant, pourrissant dans le bas-côté. Guider sans faille, patiemment, et tant pis si pour moi aussi le chemin est ardu.
Ce soir, mes ressources sont amenuisées et je suis déboussolée. Me suis-je perdue en chemin ? Je ne trouve pas ma voie, sauf celle de Diane.
Elle m'attend, souriante, et comme d'habitude me tend sa main rassurante à la poigne ferme. Elle ramène rapidement ses longs cheveux bruns en un chignon bâclé pour être libre de ses mouvements. C'est un Ange en blanc qui à partir de maintenant va s'occuper de moi. Diane c'est la bonté désintéressée, c'est la bienveillance incarnée. Le souci de son prochain l'anime et rien chez elle ne semble feint. Elle fait partie de ces êtres rares qui donnent sans compter et surtout sans attendre en retour. De ceux qui vivent mus par la croyance que l'autre est aussi important que soi.
Nous nous sommes rencontrées par hasard un soir de 2006 alors que j'essayais en vain de rassembler les morceaux éparpillés qui me constituaient. Il avait tout laminé. Je n'étais plus rien, je n'étais plus moi. Et Diane, de ses mains puissantes et aimantes, doucement ce soir là, rassembla les morceaux et à force de caresses et de soins appliqués, elle me réunit à nouveau. Sur le lit d'éponge douce, ses manipulations savantes dénouèrent un à un les nœuds qui faisaient de mon être un macramé informe et douloureux. Elle tritura mes chairs pour les faire revivre. Elle réactiva le sang dans mes veines pour oxygéner à nouveau mon cœur. Depuis, elle veille sur moi comme un Gardien bienveillant. Pleine de sollicitude, elle s'inquiète de mes silences et se réjouit toujours de me voir sourire par ses soins.
Et ce soir, je la retrouve comme un indigeant revoit sa bienfaitrice. Allongée sur le dos, les yeux fermés à double-tours comme volets pour empêcher le maelstrom de m'emporter, je me laisse bercer par sa musique hypnotique qui égrène des mantras. A peine a-t-elle posé ses mains sur moi que la marée, retenue par les frêles digues de ma dignité, se fissurent, s'effondrent et laissent monter le flot. Ses mains comme une apposition magique sur ma chair qui lui disent "aller, laisse-toi aller. Elle, elle ne sait pas lâcher. Elle contrôle tout, elle est bien trop forte pour céder. Alors, toi, lâche, lâche pour elle, laisse-toi aller à mes mains. Je vais te soulager." Et la bonté de Diane passe par ses mains pour irradier mes chairs endolories du boxeur épuisé. Elle malaxe, elle dénoue, elle caresse tour à tour avec douceur ou fermeté. "Laissez pleurer, c'est magnifique !" me dit-elle et je laisse pleurer.
Mes désespoirs mélangés qui ne savent plus se nommer sourdent avec mes larmes, et plus elle s'active, plus je me sens soulagée. Je n'ai plus d'âge, je n'ai plus de rôle à tenir, je ne suis plus que moi, juste un corps étouffé par une côte de maille de souffrances qu'elle détricote avec patience. Une maille à l'envers, une maille à l'endroit. Les pleurs lentement s'assèchent et Diane continue son œuvre apaisante. Silencieuse, elle officie avec efficacité. La musique se joint à ses efforts et les deux associées opèrent le miracle de me relaxer. Je m'enfonce dans un bien-être sans patrie d'où les sparring partners agressifs ont disparu et je ne rêve qu'aux gens magnifiques qui m'entourent et qui enrichissent ma vie.
Et grâce à Diane, je sombre enfin dans l'oubli tant convoité.
Pour Diane.
09:05 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonté, massage thérapeutique, bienfaisance
22 janvier 2009
ELLE - Les promesses de l'ombre

Je ne savais pas ce qui m'attendait.
J'avais choisi de le voir sans savoir que je succomberais irrémédiablement. Avez-vous jamais ressenti cette agitation qui fait disparaitre en un souffle votre capacité de concentration. Vous n'avez présent à l'esprit qu'une seule chose. Cette chose vous occupe subitement avec une telle puissance qu'à l'intérieur de vous il n'y a plus la place pour la distanciation. Pour la réflexion ou toute autre chose d'ailleurs. La pauvre réflexion qui s'arc-boute et de ses épaules arrondies comme une tête de bélier tente de repousser l'intruse, gonflée tel l'airbag en résistance, mais rien n'y fait. Les cellules grises signent leur reddition et suintent par tous les interstices laissant l'idée fixe seule en la place. Vautrée et impudique, elle respire enfin à son aise les poumons dilatés à bloc et le sourire goguenard de celle qui a gagné.
Imaginez la glamoureuse Gicerilla transformée en génisse au regard affolé dont les grands cils papillotent prête à tomber en pamoison. Les sens bouleversés, le cœur en phase de palpitations avancée, le rouge au front, se tordant les mains en priant "Maman, c'est luiiiii !". Je me retiens d'aller frotter le poil luisant de ma toison comme chatte ronronnante contre l'écran LCD car un reste de lucidité me rappelle que cela lui serait fatal. Viggo sur l'écran géant me fascine. L'idée fixe, c'est Lui. Lui, qui depuis bientôt deux heures tour à tour me divertit, me séduit, m'inquiète, m'énerve et me fait frémir. Je ne suis plus la cadre responsable et compétente que je suis habituellement, froide et professionnelle. Non, je suis devenue brune décérébrée, chaude et liquide comme le métal en fusion et je n'attends plus que les coups donnés avec application par le forgeron qui va me modeler. C'est bien connu, les Scandinaves sont réputés pour leur maîtrise des alliages et du forgeage. Et s'il le faut, je veux bien lui tailler son tablier de cuir pour passer avec moi à l'action !
Oh, bien sûr, nombre d'entre vous vont se gausser en se disant in petto "Mais elle est incroyable cette femme ! Elle fait un article sur un acteur archi-connu comme s'il venait de naitre. Mais c'est qui cette illettrée ?" ou pire encore en se gaussant bien fort "c'est maintenant seulement qu'elle le découvre ? Mais elle vient de quelle planète cette gonzesse ?". Et vous aurez raison. Comment un homme fait pour moi exactement a-t-il pu, jusqu'à ce soir, passé inaperçu à mes yeux ? Car enfin, Viggo Mortensen est l'archétype de l'homme pour qui je pourrais balayer mes idées d'amour romantique et basculer dans la luxure !
Le DVD "Les Promesses de l'Ombre" déroule son scénario inquiétant et Viggo y incarne Nicolaï, l'énigmatique homme à tout faire d'un fils de la mafia russe à Londres. Factotum, meilleur ami, garde du corps, souffre-douleur, bouc émissaire ou chauffeur, homme de mains aux mains à se damner, il évolue dans un milieu qui lui est étranger mais qui est devenu son seul monde. L'histoire m'aspire rapidement dans ses
méandres sombres et la présence de cet acteur n'y est pas pour rien. Il n'est pas beau mais son visage m'hypnotise. Il est coiffé comme un plouc de banlieue mais sapé comme un prince. Il parle russe et résonnent en moi des réminiscences d'une vie où slave j'aurais été. J'ai envie de l'entendre me susurrer des vers de Semonov ou de Pouchkine.
Et plus je le regarde évoluer, et plus je me convaincs du fait que mon homme sera comme lui. Réaction de midinette que je ne fustige pas comme étant en dessous de moi. Au contraire, je me laisse envahir sans censure intello par ce bonheur simple de vibrer comme un mélodieux alto. Je me donne le droit de jubiler en imaginant que peut-être demain, au détour d'une rue de Saint-Germain, je vais le rencontrer. Et puis son corps tatoué dans tous les sens, remuent les miens au point que bientôt je ne me maîtrise plus. C'est fou l'effet érotisant qu'à sur moi cette peau portant les traces de son passé, sous forme d'étoiles lui conférant le titre convoité de вор в законе "vor v zakoné".
Et doucement, irrésistiblement se dessine le portrait de l'Homme.
Bon, alors, reprenons. Vous êtes célibataire, vous mesurez 1,85 m, la cinquantaine bien balancée. Vous avez une (belle) gueule de viking, de grandes mains faites pour caresser. Vous parlez russe et votre corps est tatoué comme celui d'un malfrat dont la vie se lit, au lit ou pas, sur sa peau ? Alors, je vous en prie contactez-moi.
Et si par hasard votre prénom est Viggo ou Nicolaï, surtout, n'hésitez pas !
05:18 Ecrit par Gicerilla dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les promesses de l'ombre, eastern promises, viggo mortensen, david cronenberg
19 janvier 2009
ELLE - Lettre à ma Mère

Il est des douleurs qui ne peuvent pas s'exprimer.
Il est des êtres qui préfèrent en eux tout garder de peur que l'édifice ne s'écroule à tout jamais. Ma Mère, comme une puissante citadelle, a résisté à toutes les attaques de la vie. Marche ou crève, car on ne montre pas ses sentiments, on ne révèle pas ses faiblesses. Parce que ces faiblesses inavouées sont le seul ciment qui la fait tenir encore, quand tout se fissure, prêt à exploser. Ma Mère, cette amazone qui a gagné toutes les batailles et qui en gagnera encore, qui maintenant dans le noir de sa chambre rapetisse et se fragilise. Elle a sept ans. Elle a besoin d'être protégée, soutenue, mais elle refuse ma main qui se tend, mes bras qui s'ouvrent pour l'accueillir comme elle m'accueillait petit enfant.
Ma Mère, mon héroïne, ma foi, ma force. Qu'héberges-tu donc qui te fait tant souffrir ? Quels sont ces démons que tu tais qui te tuent à petit feu ? Que ne me parles-tu avec confiance pour qu'en retour je tente de te donner le réconfort dont tu as besoin. Je vois tes larmes acides couler sur tes joues douces. Je vois une tristesse plus puissante qu'une vive douleur déformer tes beaux yeux et ton sourire espiègle. Je suis devant toi, impuissante et à mon tour je m'effrite. Je sens monter en moi les mêmes eaux et pourtant je ne dois pas. Je dois être forte pour deux, pour faire semblant, pour tromper tes mauvaises pensées.
Tu ne laisses approcher personne quand tu es ainsi et surtout pas mon Père. Mon Père, comme ton ennemi intime, celui que maintenant tu haïs ? Comment l'amour peut-il devenir si étranger ? Il est là, agacé par tes silences, attristé par ces larmes sans rime ni raison que tu ne lui expliques pas. Destruction silencieuse d'un édifice d'amour de bientôt cinquante ans.
Je dois m'échapper, fuir la cuisine où je la laisse éplorée. Je pleure aussi. L'archet de sa peine me frôle et je vibre à l'unisson de sa douleur sans en connaitre la cause. Empathie millénaire de la mère vers la fille, de la fille vers la mère. Oh, pourquoi donc l'amour doit-il se transformer au point qu'il ne reste parfois de ses plus beaux moments que des cendres amères qui grisaillent les visages comme celui des pleureuses de l'antiquité ? Il faut grandir, pourtant, et je ne sais pas grandir face à mes parents. Je les voudrais aimants et forts comme avant. Comme ultime rempart à mes doutes que dans ce monde aucun amour ne dure.
Tout se corrode, même les sentiments les plus inaltérables du début. Moi, la rêveuse, je vois que mes rêves d'amour inoxydable et éternel ne sont que des chimères de petite fille. J'ai trop bu aux mamelles des contes de fées. Quelle connerie, les contes de fées qui façonnent les femmes et les laissent désarmées quand la vie leur prouve que ce ne sont que des contes, justement. Bien sûr, la plupart des femmes s'en défendront mais pourtant, en ai-je connu une seule qui ne cultive pas dans le secret de son cœur une parcelle de terre fertile qui n'attend que la graine de la passion ? Aucune. Toutes celles qui ne l'ont pas l'attendent. Et les sites de rencontre fleurissent à bon compte comme autant de pépiniéristes qui fourniront la fameuse graine, car un miracle, ça peut arriver.
Pleure-t-elle son amour défunt ? Pleure-t-elle sur l'incompréhension qui au long des ans s'est installée entre eux deux ? Alors devant ma mère désemparée, je ne sais que faire. On reste toujours, je le crains, l'enfant de ses parents et nos expériences d'adultes ne nous servent de rien, car pour nos parents nous restons aussi et toujours leurs enfants. Elle ne s'autorise pas à être faible devant moi et à laisser parler la femme qu'avant tout elle est. Elle n'ose pas nommer ce qui l'ébranle et pourtant, bien que sa fille, je suis femme aussi et dès lors ne pourrais-je pas la soulager ?
Cette lettre à ma mère, qu'elle ne lira sûrement pas, est une lettre à toutes les mères qui par hasard passent par là.
Comme un hommage à la difficulté d'être mère et de rester femme.
05:25 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16 janvier 2009
ELLE - Société délétère ou jeunesse prodigue ?
Délétère : A.− Qui attaque, détruit la santé, qui met la vie en danger. Plantes délétères, sucs délétères (Ac. 1798-1932). Synon. nocif, nuisible, toxique. Qui cause la corruption
Prodigue : A. −Qui dilapide son bien en dépenses excessives. Synon. dépensier, dissipateur, gaspilleur, panier-percé
Je sirote mon café vissée sur un tabouret du wagon-bar.
Les paysages défilent à 320 km/h, vitesse maximale. Le monde se floute derrière les vitres sales et j'aime me perdre dans ces visions confuses d'un monde différent à rêver pour mieux supporter celui dans lequel je suis née.
Comme souvent, une envie d'écrire m'a amenée ici, car ici je suis en embuscade, planquée derrière mon Lavazza et j'observe ceux qui m'entourent avec toujours plus de curiosité. Et la socio-anthropologue de comptoir prend des notes, dessine des profils, tente de déchiffrer ses congénères. En fait, je les observe mais je m'observe aussi et ce que je perçois de moi ne me convient pas toujours. Car je me surprends à me dépouiller trop souvent du costume de scientifique dénué de jugements que je prétends être. Je m'aperçois au fil du temps que je suis bardée d'apriori qui biaise ma perception. Une véritable caille en habit de fête blanc, version culinaire d'Hervé Léger, dont les ficelles aux nœuds savants du boucher me lient les pensées et m'empêchent d'user de l'objectivité dont j'ai absolument besoin pour faire ma chronique et ma galerie de portraits façon La Bruyère.
En face de moi, qui attablé, qui debout, un groupe de sept jeunes gens bruyants. Deux filles et cinq garçons. Les deux filles trônent comme deux reines jumelles sur les tabourets gentiment cédés par des garçons qui se comportent comme des galants de cour. Des idées de basse-cour me viennent plutôt que des images de celle d'Elizabeth, car ils font tous de nombreux efforts et se pavanent devant elles comme jars devant oies. Il ne manquerait plus qu'ils cacardent et fassent gonfler leurs pectoraux pour les impressionner. Elles sont fortement maquillées mais elles ont l'avantage de la jeunesse qui leur permet de supporter sans être défigurées ces maquillages appuyés. Elles sont habillées à la mode, celle près du corps qui colle aux formes, toutes leurs formes au plus près de leur anatomie. On pourrait sans problème dessiner la ligne de chacune de leurs courbes sans besoin de les dénuder car aucun relief de leur intimité n'est laissé à l'imagination. C'est fou les textiles de nos jours, véritable seconde peau...
Les cinq garçons restent debout à se dandiner au rythme des secousses du train. Ils égaient le groupe de leurs plaisanteries vaseuses. Ils s'y enlisent et perdent pied parfois mais se rattrapent in extremis au bord de la table. Fils à papa genevois, riches d'êtres nés dans les bons draps. Ils se donnent du courage en buvant du beaujolais G. Duboeuf vendu sans vergogne au prix d'un grand cru. Une séance de prébiture au picrate en l'honneur du grand blond qui fête ses vingt-cinq ans. Je les regarde faire les beaux devant les femelles, cambrés dans leur pantalon Boss ou Diesel, leur chemise monogrammée, leurs chaussures de marque, leur jeunesse insouciante gominée que la crise ambiante n'effleure même pas. Je les regarde et contre ma volonté je ne peux m'empêcher de les juger sur leurs apparences.
Ils s'amusent comme des adolescents. Ils associent à leur joie éthylique les autres passagers qui passent à leur hauteur dans le wagon, prêts à leur offrir un verre du moment qu'ils participent à leur liesse. "Non, je n'a jamais fait l'amour avec deux femmes !" confie le brun au cachemire mauve. Et le chœur des vierges de déclarer comme une seule femme "Ah non ? Mais c'est génial !" Elles ont la voix haut perchée et tout le monde autour en profite. Génial ? De ne pas l'avoir fait encore ou plutôt, génial comme le constat enthousiaste de qui y a goûté ?
La messe est dite. Comment appâter le jeune mâle ? Comment mettre en ébullition son imagination et ses sangs ? Comme une promesse de ce qu'elles leur offriront ce soir. L'ont-elles jamais fait ou n'est-ce pas plutôt, et je me prends à l'espérer, une technique de drague ? Le porno chic à la mode jusque dans l'alcôve qui fait de femmes débutantes des expertes déjà blasées que seuls la variété et les chemins de traverse peuvent encore exciter ? Il est 16h00 et ils continuent au whiskey. A eux seuls ils représentent la jeunesse privilégiée et désœuvrée et, par extension, les errances de la jeunesse telle que la façonne notre société.
Sexe, alcool, argent facile. Nouvelle Trinité sur l'autel de laquelle ils sacrifient chaque jour leurs rêves, leurs illusions, leur santé sans même le savoir. Ils parlent fort, ils rient toujours plus fort comme pour affirmer l'authenticité de leur gaité. Une gaité élégante ne serait pas de mise. L'élégance c'est bon pour les vêtements qu'ils arborent. Non, il leur faut une gaité de troupier qui résonne dans tout le wagon, preuve qu'ils sont en vie et qu'ils sont heureux. Des effluves d'alcool viennent à mon nez et me révulsent. Dans quel état seront-ils ce soir lorsque le grand blond soufflera ses bougies ? Je crains soudain un incendie. Un explosion ? Et puis je me demande si dans le noir solitaire de leur chambre, ils chérissent encore quelque rêve, s'ils veulent participer à la construction d'un monde meilleur, si le SDF qui dort sur la grille de métro devant leur hôtel de luxe leur donne des envies de changer notre société. Sauront-ils s'engager corps et âme, avec le portefeuille en sus, pour défendre une cause ?
Je me rassure en me disant qu'ils ne sont pas une majorité mais, immédiatement après, le doute s'immisce qui me rappelle que cette jeunesse là, qu'elle dorme dans des draps Lidl ou dans des draps de soie, se réveille sur les mêmes matins. Peu importe le milieu où ils naissent, leur seule loi est celle de la facilité. Hédonistes jouisseurs ne veulent-ils pas tout, tout de suite, sans faire le moindre effort ? Ces considérations pessimistes rendent un peu plus amer le café que je n'arrive pas à finir. Je repousse la tasse sur le comptoir avec l'idée désagréable que ça y est, je suis passée sans m'en apercevoir, je le crains, dans la catégorie "vieux con", celle des aigris qui deviennent papys xénophobes, adeptes de Le Pen en vieillissant.
Lucidité extrême ou noirceur de mon âme ?
05:10 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : porno chic, tgv, sexe, argent, jeunes et alcool
13 janvier 2009
ELLE - Gicerillo et les femmes
Gicerillo est né à 23h45 le vendredi 3 janvier 2009.
Pour contrebalancer les opinions exprimées par certains sur mon article Adopteunmec.com, j'ai mené à bien mon projet de donner naissance à mon moi masculin. Je voulais voir l'autre côté du miroir. Savoir si les femmes étaient juste des matérialistes de bas étage intéressées par le porte-monnaie de Monsieur comme le prétendent certains hommes, clients du site. Si elles étaient véritablement les mante-religieuses assoiffées de sexe qui passent en courant dans les rayons au moment des soldes, chargeant frénétiquement leur caddy.
Cela débuta comme un jeu innocent. Je me suis crée un adresse MSN, un compte sur Adopteun mec. J'ai 45 ans, je suis métrosexuel, sportif, belle gueule, veuf depuis 3 ans avec 3 enfants à charge. Je suis commercial et je travaille à distance de mon domicile à cause des enfants. Je n'ai eu qu'une seule aventure début septembre 2008 à la suite d'une soirée arrosée. Je m'en suis détesté. Fiasco. Envie de revivre.
Aïe, il me restait le plus dur. Rédiger une annonce. Ne sachant pas, je décidai sans malice de copier l'annonce d'un homme que j'ai bien aimé sur Meetic. Cela donna :"L'idée douce du fumet délicieux d'un gratin dauphinois partagé avec amour au coin du feu, m'entraîne sur les traces de l'Amour Perdu. Ce qu'il cherche chez une femme : Elle sera élégante, intelligente, sensible, cultivée, hédoniste et épicurienne."
J'étais comme une journaliste envoyée dans un milieu dangereux under-cover. Je plongeais dans l'aquarium avec les écailles chatoyantes de l'homme à pécher absolument. Le produit parfait, bien sous tous rapports et avec un côté féminin non refoulé qui plait aux dames. Les piranhas femmes allaient sûrement ne faire de moi qu'une bouchée mais j'y allais en Calypso super caréné. Pas fou le Gicerillo, vu le danger annoncé.
Le soir même j'ai utilisé ma baguette magique pour distribuer quelques charmes. Des femmes entre 40 et 50 ans. Le lendemain matin, j'étais dans le panier de 3 femmes. Quelques emails m'attendaient. Tout en douceur. Des bonjours, des "bonne année", des "jolie la photo de magazine, c'est bien vous ?" Je ne doute pas un instant que ma bonne mine les a attirées mais certaines ne sont pas des écervelées gobe-mouches et me mettent au défi de prouver que je suis bien celui que je veux montrer. Ma belle gueule est à priori trop belle pour être honnête. J'ai commencé à correspondre avec quelques unes plutôt jolies à en croire les photos. Toutes saines dans leur désir. Rien d'agressif, loin de là. Elles avancent toutes sur la pointe des pieds car comme l'une d'elle me l'a confié "Oh, je me méfie. Ici les hommes pensent être sur Sexadonf.com. Dès la deuxième phrase ils me demandent mon tour de poitrine !"...
Tiens, donc ! J'ai souri. Un arrière goût de déjà vu. Oui, les femmes en témoignent, ce qui mène les hommes sur ce site c'est trop souvent leur sexe, n'en déplaise aux mecs réglo qui le hantent. Ils risquent de payer pour les vilains. A moins qu'au contraire ils n'en fassent leur profit ?
Aucune ne m'a jamais sorti le grand jeu, les mots salaces, les propositions indécentes que j'anticipais. J'en éprouvais presque de la déception car enfin mon enquête allait finir par ressembler à une relation de première communion. Une seule femme qui mentait de manière évidente sur son âge m'a proposé "la ligne est ouverte, avec beaucoup de plaisir dans mon panier. Je suis dans ma maison près d'Avignon.... serai ravie d'aller plus loin pas de tabous ni de limites, soumise et docile pour relations de qualité. Bisous chauds."
Une jolie brune de 40 ans, séparée, un enfant, entame avec moi une correspondance régulière et MSN remplace rapidement les emails. Elle est simple, sur ses gardes mais elle souhaite rapidement me rencontrer pour boire un café car "le virtuel c'est dangereux." Elle est si charmante, si spontanée. Je la respecte comme je voudrais qu'un homme le fasse. Je reste toujours distant. Je ne fais aucune allusion au sexe ni au fait qu'elle est désirable. Elle l'est pourtant. Manquerait plus que je vire lesbienne. Elle me touche, cette femme fragile, figurez-vous ! Sensible, aimable, je ne veux surtout pas lui faire du mal. Je vois que petit à petit elle se laisse aller à croire au rêve que, peut-être, je suis pour de vrai. Je mets dans la bouche de Gicerillo les mots que j'aimerais qu'un homme me dise en réponse aux questions de Labrunette. Mais rapidement, de plus en plus d'allusions dans ses emails me laissent entrevoir qu'elle apprécie mes mots. Pourtant, plus je la décourage avec mes hésitations et mes peurs avouées, plus elle semble s'accrocher. Alors, immédiatement je décide d'arrêter sous le prétexte que je ne suis pas prêt à aimer. Je tente de ne pas lui laisser de regrets car rien entre nous n'était possible.
Cela se reproduit avec Venus et quelques autres mais je reste sur la réserve. Je ne suis pas là pour manipuler. Je ne suis pas là pour jouer. Je ne suis pas là pour briser des cœurs ni anéantir les espoirs de renaissance que nourrissent ces femmes respectables. Je suis là pour enquêter. Oui, le virtuel est dangereux, dangereux pour nous les femmes car, maintenant que je peux comparer les deux côtés, les femmes sont "nature". Elles ne tournent pas autour du pot, elles révèlent plus facilement leur fragilité avec ce que cela comporte de risques et surtout elles veulent y croire. Elles y croient encore. Elles y croient toujours. L'espoir d'un nouvel amour vissé au corps, elles sont prêtes à s'y dédier si par bonheur elles le croisent.
Ce que je retire de cette expérience incroyable, à la limite du supportable pour moi par les efforts de dissimulation qu'elle m'a coûtée, c'est que parmi mes semblables il y a de véritables joyaux. La marge de manoeuvre est faible pour ne pas basculer dans la manipulation et je me suis interdit d'abuser de la confiance de ces contacts dans le but de pouvoir juger vraiment. J'ai veillé à ne jamais les manipuler au profit de mon investigation. Marivaux, Molière et tant d'autres ont eu recours à des travestissements pour connaitre la vérité. Le procédé ici n'est pas différent.
Je me suis émue tant de fois de leur simplicité, de leur authenticité. J'ai eu tant de fois l'envie d'être cet homme pour les rassurer et les bercer dans mes bras. Il y a un tel manque d'amour dans ce fichu monde. Alors, oui, je maintiens que trop d'hommes sur ce site ne savent pas se positionner autrement qu'en queutards et c'est dommage car il y a tant d'amour authentique à donner et à recevoir. Et je m'incline, chapeau bas, devant les femmes formidables que j'ai croisées. Je décroche en étant intimement convaincue du fait que les femmes sont des êtres d'exception par leur générosité naturelle et par leur faculté de vouloir vivre à tout prix leurs rêves !
Vive les femmes !
PS : il est évident que ce changement de sexe ne me fut qu'un prétexte à faire une note légère, absolument parti-pris et biaisée, et qu'elle ne doit jamais être lue comme une véritable enquête de fond, future référence sur le comportement sociologico-érotico-éthologique des femmes sur les sites de rencontre. Elle n'en a pas la prétention...
Crédit photo Agence Ford
05:45 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : adopte un mec, site de rencontre internet, meetic
10 janvier 2009
ELLE - La Milliaire
J'aime les hommes qui me surprennent.
Et ce lecteur, en m'offrant récemment un livre, a réussi cet exploit. Me surprendre. M'étonner par une attention inattendue, m'offrir un livre sans me connaitre pourtant. Il a ciblé juste, droit au cœur de ma curiosité car le roman "La preuve par le miel" de Salwa Al Neimi, et par son auteur, et par son titre, ont immédiatement éveillé mon envie de savoir. Savoir l'amour dans les pays arabes. Savoir l'amour dans l'Islam de nos jours, entre désinformation et secrets d'alcôve aux coussins de soie chamarrée. Le lecture en fut rapide car tant l'histoire que le style se laissaient boire comme vin jeune, tout juste tiré, sans susciter à la dégustation, hélas, les sensations ineffables que j'en attendais. Un seul des personnages est resté dans ma mémoire au point de m'inspirer cette note. "La Milliaire".
"Les paroles d'El-Alfya ne nous sont parvenues que par leurs traductions en arabe (...) la légende commence par son nom : El-Alfya, "la Milliaire" ainsi appelée pour avoir dormi avec milles hommes. "Dormir" est un mot trompeur... Comme Si El-Alfya avait passé mille nuits à dormir. Elle ne dormait pas et n'aurait pas laissé un seul des mille hommes dormir. Les livres disent exactement : elle a baisé mille hommes. Les mots étaient précis, chez les Arabes anciens. Nul ne dort et nul ne s'éveille. Baiser est le terme."
La première réaction des esprits étriqués seraient de dire ou, pire encore, de penser en silence n'ayant pas le courage de s'affirmer "quelle salope !" Evidemment, de nos jours encore, une femme qui consomme les hommes comme une denrée périssable qu'il faut, pour la fraîcheur, constamment renouveler ne saurait emporter le suffrage des bien-pensants. En effet, il est toujours communément admis, voire même recommandé, qu'une femme digne de ce nom et de respect ne se donne charnellement que par amour.
Si, si, avouez-le, vous autres mâles, n'avez-vous jamais traité dans votre for intérieur une petite amie ou la femme convoitée de fille facile "bonne-à-baiser" lorsque celle-ci se pliait, en hésitant un peu, au jeu dangereux de la vérité "et toi, allez, dis-moi, combien d'amants as-tu eu avant moi ?" en espérant au fond ne recevoir que quelques maigres confessions. Car un mâle, ça doute. Un homme ça doit être unique et s'il ne l'est pas, alors il devra être le meilleur, hein ma chérie...
Ma mine se réjouit devant la scène qui s'ébauche sous mes yeux, j'imagine votre tête à l'écoute horrifiée de l'énumération que peut-être elle a faite telle Carrie (Andie mc Dowell) à Charles (Hugh Grant). "D'accord, je joue le jeu si, après moi, tu le joues aussi, sans tricher, hein !" "Oui, promis !" Mise en confiance, la voilà qui énumère Anthony, Franck, Fabrice, Jean-Claude, Daniel, Laurent, Olivier, François, Denis, Paul, Jean-Luc, Fabrice, David, Antoine, Fabien, Bertrand...
Un à un, elle égrène les prénoms comme les perles de nacre de son collier. La liste ne semble plus finir. Les traits de votre visage semblent fondre comme cire sous la mèche, ils s'affaissent un peu plus à chaque nom. Un à un, les sentiments qui vous envahissent passent en une longue caravane au fond de votre rétine. On y lit l'incrédulité, l'irritation, la colère, la déconfiture et puis la trahison. Comme une litanie blasphématoire, elle continue, soumise aux règles de votre jeu, parce qu'une femme lorsqu'elle donne, elle donne sans calcul, elle donne avec honnêteté. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'à ce moment précis, dans votre for son jugement s'opère. Vous y siégez en tenue d'apparat, poudré, et vous frappez avec violence votre maillet pour prononcer sa sentence "salope, pute, coureuse..." Et celle qui, quelques minutes auparavant, vous inspirait des élans palpitants dignes de l'amour courtois passe irrémédiablement dans le camp des filles de joie, et vous, vous ne payez pas ! Alors vous demandez en toute hâte l'addition et pour toujours vous fuyez.
Que de conventions sentencieuses qui empêchent une femme de mener sa quête en toute liberté. Et bien que les temps changent, ces diktats existent toujours qui emprisonnent celle qui par le plaisir veut vivre et mourir. Les Grecs ont pourtant érigé en philosophie la recherche du plaisir et se dire hédoniste n'est pas s'avouer sans morale. Hélas, une femme vit en hédoniste et la voilà clouée au pilori, le carcan blessant ses épaules, exposée comme vile créature à la morgue publique. Ainsi donc, les Arabes anciens auraient eu plus de tolérance que nous autres Européens, défenseur des droits de l'Homme ?
Et bien moi je vous le dis, la Milliaire, je l'envie. Elle a vécu libre de toute contrainte mais pas sans respect. Et comme le dit justement Salwa Al Neimi "Si El-Alfya était aujourd'hui parmi nous, elle aurait publié le récit de ses aventures sexuelles et posé nue pour la couverture (...) El-Alfya pouvait-elle soupçonner que ses lointaines émules disséminées sur les cinq continents ignoreraient son nom, elle, la pionnière ?"
Au panier les Catherine Millet et Christine Angot, elles n'ont rien inventé, elles n'ont rien innové. Au feu Virginie Despentes et ses "baise-moi" galvaudé ! El-Alfya les coiffe toutes au poteau car aucun esprit de lucre n'a jamais motivé sa quête. Juste une quête de l'amour qui exprimait aussi son envie de jouir. Alors, si le bonheur se niche dans une alcôve quelque part, je veux bien le chercher.
Et si en Milliaire je dois mourir, c'est heureuse que je mourrai !
Merci P.
05:28 Ecrit par Gicerilla dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : salwa al neimi, la preuve par le miel, mille et une nuits
07 janvier 2009
ELLE - Everland ou la nuit infinie
Nous atterrissons à l'heure prévue.
Il semblerait que les Dieux soient avec nous. Easyjet décolle à la minute près et l’A320 fend sans encombre des cieux d'un bleu d'aigue-marine. Il est trop tôt pour ressentir encore l'excitation à venir. Nous arrivons au Seez, magnifique hôtel qui assure la prestation. Un cocktail nous est offert qui donne le ton à ce qui va suivre. A partir de ce moment, tout sera teinté de plaisir. Le plaisir en dégradé de verts comme la chambre Everland (*) qui nous attend.
L'Austin-mini estampillée Sezz contient difficilement les deux bagages qui renferment nos fanfreluches pour la soirée. L'événement est exceptionnel, alors à nous les tenues de gala pour honorer la Tour Eiffel. Elle nous dépose au Palais de Tokyo. Il est fermé ce jeudi 1er janvier. Nous entrons par la porte latérale. Nous y pénétrons comme dans un sanctuaire silencieux. Le temple de l'art moderne. Imaginez un peu : un musée parisien ouvert pour nous toutes seules ! Je vous le dis, tout ne sera qu'exceptionnel.
L'excitation nous gagne pas à pas, et les premiers pas que nous faisons dans le hall d'entrée, accompagnées du garde de la sécurité, nous transportent dans un autre monde. Nous avons quitté pour la soirée la réalité morne, la crise, le marasme ambiant. Nous entrons dans un monde féérique et les petites filles en nous se réveillent avec leurs yeux émerveillés. Les cœurs battent plus vite, les jambes s'amollissent un peu alors que nous gravissons les marches qui nous mènent à la terrasse du Palais. Sur le toit, le froid nous saisit, violent, tranchant comme la bise qui souffle sur Paris. En guise de tapis rouge, un escalier en échafaudage nous conduit à la chambre. Elle se tient tel un funambule en équilibre au bout de l'aile droite. Nous entrons dans la bulle où l'air chaud nous accueille douillettement. La porte se ferme électroniquement et nous voilà enfermées dans la bulle que nous ne quitterons plus jusqu'au lendemain.
Tout est irréel. Le mur de droite est une baie vitrée qui surplombe le vide et son approche donne le vertige. La Tour Eiffel drapée de doré nous fait face, fière sur ses quatre pieds, la tête rayonnante. A gauche, le lit géant nous promet une nuit sans sommeil. Tous les hublots sont ouverts sur la ville. Seule la salle de bain en retrait nous offrira un peu d'intimité, alors qu'ailleurs, devenues œuvres d'art par absorption, nous nous offrirons au monde en bas. Nous sommes submergées d'émotions. Des enfants, je vous dis. Nous avons oublié toutes nos responsabilités, tous nos tracas. Un sourire ébahi ne quitte plus nos lèvres et nous gloussons comme des dindes en état d'ébriété.
Nous déballons nos atours. Rapidement, le salon ressemble à une loge du Moulin rouge et trainent dans tous les sens les robes, les parfums, les bijoux, les bas, les hauts talons. Le rire s'est invité et un rien nous fait rigoler. Nos rires entremêlés ricochent sur les murs illuminés par les bateaux mouche qui défilent sur la Seine en contrebas et nous inondent de lumière éclatante.
La soirée passe au rythme des bouchons de champagne qui sautent avec gaité. Les personnes réunies sont de bonne compagnie et goûtent sans tricherie le bonheur qu'ils ont de partager avec nous ce moment. Jamais plus nous ne vivrons un instant comme celui-là. D'autres sûrement, peut-être aussi exceptionnels, mais Paris à nos pieds, perchées sur un musée, jamais !
Et lorsque la nuit a éteint les lumières clignotantes de la Tour Eiffel, lorsque les bouteilles ont versé leur dernière goutte de bonheur, les Alice s'en vont au pays des merveilles, allongées sur le lit, les yeux rivés aux cieux de Paris avec, pour gardien de leur sommeil, la Tour Eiffel. Personnellement, je n'ai pas dormi. J'ai écouté les bruits de la ville étouffés par la hauteur. J'ai contemplé la Tour Eiffel à portée de mes doigts. J'ai remercié la vie pour ce cadeau-là et j'ai salué Nicolas de m'avoir aidée à concrétiser ce rêve.
Cela vous tente ? Alors foncez, vous ne le regretterez pas !
(*) Pour ceux qui n'auraient pas lu la note de départ, c'est ici.


N'hésitez pas à commenter mais, au vu de la malveillance dont je fais l'objet récemment, les commentaires sont modérés.
Aucune censure, je vous assure, mais les commentaires malveillants ne seront pas publiés.
Désolée mais contre la connerie, il faut lutter !
05:50 Ecrit par Gicerilla dans Epopériple | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : everland, projet arti, sabina lang, daniel baumann, palais de tokyo
04 janvier 2009
ELLE - Courtisane ou chômeuse ?
Je n'avais jamais réussi à le lire au-delà de la cinquantaine de pages.
Il faut dire que l'ouvrage est pesant à bout de bras et le style XVIIIe ampoulé de l'écriture m'avait, dans les premiers temps, rebutée. Une forme de snobisme m'irritait et rendait la lecture fastidieuse. Mais les temps changent ou serait-ce moi car snob ne suis-je pas ? Ainsi, depuis un mois je découvre enfin les œuvres complètes qui ont fait la renommée de Madame de Lafayette. Non, elle n'est pas l'ascendante des Galeries du même nom, je vous en prie, pas de dissipation.
Après avoir ingurgité à petites bouchées La Princesse de Montpensier et Zaïde pour préparer mon estomac à des mets plus roboratifs, La Princesse de Clèves me dévoile maintenant tous les secrets de cour. La vie de cette Princesse de fiction est un prétexte pour décrire des personnages qui ont fait l'histoire de France. Sorte de docu-fiction avant l'heure ou roman réaliste, comme vous voudrez. Et parmi les gens influents, je découvre Madame de Valentinois bien plus connue sous le nom de Diane de Poitiers.
Ah, Diane de Poitiers ! Fameuse courtisane qui débuta dans le lit du père de quarante ans son ainé pour finir dans le lit du second fils de vingt ans son cadet. Voilà une femme remarquable qui, par ses amants et la force de son poignet, s'est élevée dans la société. Et, fait encore plus marquant qui ne laisse pas de m'étonner, n'a-t-elle pas aussi trouvé l'amour ? Car Henri II l'aima indéfectiblement jusqu'à sa mort tragique en dépit de Catherine et des ans qui les séparaient.
Etendue sur le canapé, mes yeux partent dans le vague et je me prends à rêver. Car enfin, voilà bien une situation avantageuse pour une femme de peu que de gouverner les sens d'un homme jeune et son royaume, lorsque le naïf pense en rester le maître alors qu'il n'est d'elle que l'instrument trop docile de ses visées politiques et de ses croyances homicides. Et parce que dans ces temps là on avait l'élégance dispendieuse et des moyens, forcément, n'a-t-elle pas amassé puissance et fortune, sans abandonner pour autant sa gourmandise qu'elle satisfaisait avec de nombreux amants.
Mais que faut-il donc de qualités pour mener à bien pareille carrière ? Car carriériste avant l'heure elle était assurément pour accumuler prestige et richesses, bijoux et châteaux, enterrer deux rois et finir duchesse ! Soyons pragmatique. L'amour m'est refusé, alors pourquoi ne prendrais-je pas le pouvoir et l'argent ? Et je l'avoue sans façon, une carrière comme celle-là ne me dérangerait pas. Quitte à ne plus aimer, autant régner. Et si pour régner il faut se prostituer, car n'oublions pas que courtisane est le mot savant de la prostitution, je préfère ce sort là à celui réservé à Dacha, Katia et autres Mariam ou Fatou qui doivent errer tous les soirs dans l'air sale des boulevards extérieurs en quête de camionneurs qui paient la pipe de quelques euros méprisants quand ce n'est pas à coups de poing.
Reprenons. On la dit belle. Comme moi. On la dit intelligente. Comme moi. Elle a un sens aigu du pouvoir. Comme moi. On la dit douée en affaires. Comme moi. Mais nom de nom, que me manque-t-il donc ? Un roi, ma foi. Argh, j'enrage contre Carla. Que faire alors ? M'exporter, me décentraliser ? J'en étais là de ma réflexion lorsque ma bonne amie, excitée comme une enfant qui rapporte un 20/20 me dit "Ah, Gicerilla, tu es là. Viens, viens vite, il faut que je te montre ses photos !" "Ses photos ? Mais de qui ?" "Mais de mon amoureux..." Et la voilà qui pianote, proche de l'orgasme, le nom de son amant sur Face book. "Quoi tu es de nouveau amoureuse ?" Un ouiiiii vibrant dans les aigus jaillit de sa gorge palpitante et elle fait défiler devant mes yeux écarquillés les photos de son bel amant. "Mais il est jeune !" m'écriai-je un peu jalouse "où l'as-tu donc rencontré ?" Elle sourit, béate, les yeux humides de bonheur "A un stage ANPE !"....
Je m'assois, sonnée. Quoi, un si beau mec à un stage ANPE ? Mais alors, le chômage, c'est porteur ? Et ce qui hier était pour elle une malédiction s'est révélé une bénédiction. "No hay bien que por mal no venga" me sussure Gloria. Je fredonne, elle jubile. Elle rosit de faire défiler devant moi qui gamberge un diaporama digne de Gala. Et si en fait de cour, il me fallait un cours ? Un cours de rattrapage, un cours de recyclage. Le chômage propice à l'amour ? En voilà un rebondissement. Ah, j'hésite. Car la première option est certainement prometteuse mais la seconde n'est-elle pas plus tentante et si facile à réaliser. Courtisane ambitieuse ou chômeuse amoureuse ?
J'ai toujours eu un problème de choix...
N'hésitez pas à commenter mais, au vu de la malveillance dont je fais l'objet récemment, les commentaires sont modérés.
Aucune censure, je vous assure, mais les commentaires malveillants ne seront pas publiés.
Désolée mais contre la connerie, il faut lutter !
06:10 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chômage, assedic, amour
