30 mars 2009

ELLE - De la difficulté d'accepter la différence

duquesne1.jpgLorsque je l'ai vue pour la première fois, je savais que sur elle j'écrirai.

Et comme à chaque fois que le sujet me touche, l'accouchement m'est difficile. Il y a toujours comme une gestation de la réflexion. Parfois même, la grossesse réflexive se prolongeant bien trop, je dois donner le jour aux forceps ou au bistouri avec ce que cela suppose de difficultés et de déception. Je suis souvent inquiète de ne pouvoir traduire en des mots accessibles à tous ce que je ressens, laissant la plus petite place possible à l'interprétation. Traduire, interprétation, autant de vocables de linguiste pour signifier que, même parlant français, nous n'entendons pas toujours la même langue. J'allais donc écrire sur elle. Elle, cette publicité pour de la téléphonie mobile mettant en scène Pascal Duquenne.

"Je n'aime pas cette publicité !" fut ma première réaction. Mais ne l'aimais-je pas, vraiment ? Et si oui, pourquoi ne me plaisait-elle pas ? En réponse à cette interrogation, fusèrent alors des réflexions en feux de Bengale désordonnés qui m'aveuglaient. Je n'arrivais plus à discerner ma réflexion de mes émotions. Qui a dit encore récemment que nous vivions dans une époque où la tyrannie de l'émotion guide nos dirigeants ? Je ne sais pas et peu importe. Ce qui importe c'est qu'effectivement, si je laissais parler mes émotions, je tuais dans l'œuf toute forme de réflexion qui me permettrait de publier ce billet.

Je me souviens de mon incrédulité face au grand écran de ma télévision. Les "Ils n'ont pas honte, c'est de l'exploitation, c'est de la démagogie, c'est dégueulasse, c'est mercantile... " Affrontaient de pleine face des "C'est audacieux, c'est courageux, c'est un message fort de tolérance, c'est une mise en scène éducative de la différence..." Tous ces mots contradictoires jaillissaient toujours plus nombreux sans que fermement un camp partisan ne gagne sur l'autre.

Alors, je les ai tous laissé couver en moi espérant qu'une conviction en naîtrait bientôt. En attendant, je m’interrogeais. D'abord, pourquoi donc ce haut-le-cœur qui m'aurait presque fait détourner la tête du petit écran ? Cela venait assurément de son image. De sa façon de parler embarrassée. Je réalisais combien il m'était difficile de soutenir l'image déformée de cet homme, image qui sort des normes. Pourtant, son physique n'est pas immonde loin de là, et rien dans son visage n'est suffisamment hideux pour déranger.

Alors quoi ? Ses yeux de Mongol à peine fendus sur la lumière du monde, sa drôle de bouche lippue et sa face plate et ronde ? Tout, en fait, et surtout son comportement emprunté comme une sensation d'un Culbutos en équilibre précaire. Toutes ces pensées vont très vite et je m'oblige enfin à dépasser mes a priori et à soutenir sa vue. La conclusion arrive comme une évidence. On ne nous enseigne jamais, jeune, à appréhender les différences. Différence physique ici s'entend. Ainsi, pour accepter spontanément ce type de différence, il faudrait une forme d'entrainement ? Est-ce à dire que nous sommes formatés au point que nous ne sommes plus capables d'exercer naturellement notre capacité d'adaptation face à un élément différent de ce qui compose notre univers quotidien ? Et ai-je le droit d'espérer que si je l'avais côtoyé dès sa naissance, je ne serais pas là à m'interroger car sa différence aurait fait partie intégrante de mon environnement ? Et si je le rencontrais maintenant, serais-je capable de m'adresser à lui comme à un de mes semblables, sans malaise, sans la condescendance de celui qui articule excessivement croyant avoir à faire à un idiot ?

Admettre que mes interrogations sont fondées, n'est-ce pas concéder que l'humain, aussi talentueux soit-il pour s'adapter à son environnement parfois hostile, n'a que peu de ressources spontanées face à une petite différence physique ? L'homme imagine les créations les plus folles, défie la nature et même Dieu et il ne saurait pas appréhender simplement cet aspect-là ? Je n'aime pas l'idée que mon étroitesse d'esprit apparente m'empêche de déterminer si utiliser un être au retard mental avéré est un crime ou un exploit. Cela dépend évidemment de sa capacité à lui de comprendre ce à quoi il participe et l'impact de son intervention sur la population. S'il se rend compte de son handicap et qu'en connaissance de cause il en joue, s'il est acteur volontaire sans manipulation, alors je peux voir dans cette publicité une revendication et non pas un acte de démagogie. Si, en revanche, il ne mesure pas l'étendue de cette collaboration, alors nous devons nous insurger devant l'utilisation bassement mercantile de son image et de ce qu'elle contient comme messages implicites.

Tout ça pour ça. Je n'arrive à conclure à rien.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

27 mars 2009

ELLE - Insupportable Madeleine !

Marcel_Proust_1900.jpgIl est des ouvrages comme celui-là que je n'ai jamais pu me résoudre à lire.

Pourtant il faisait partie des classiques à étudier mais dans la liste du bac français je l'ai soigneusement évité. Ainsi, l'utilisation que je fais de l'expression qu'on en a tirée est galvaudée. Elle n'est fondée sur aucune connaissance personnelle acquise par une lecture assidue et intelligente. Non, si elle vit parfois par ma bouche c'est dû au fait, comme pour beaucoup d'entre nous je crois, qu'elle est utilisée couramment et son origine souvent est ignorée. La fameuse Madeleine de Proust. "Le gâteau, trempé dans une tasse de thé au tilleul, devient brusquement déclencheur non du simple souvenir, mais du fait de revivre quelques instants une scène de son enfance..."

Et tous, nous avons notre Madeleine, voire même nos Madeleines. Autant d'odeurs qui nous constituent car imprimées sur des souvenirs qui ne sont qu'à nous. Souvenir unique comme un morceau de notre ADN. Oui, unique car un même souvenir partagé par une fratrie ne sera pas conservé émotionnellement de la même façon par tous ceux qui la composent. Trace unique qui pour toujours évoquera à celui qui la rencontrera à nouveau une tranche de vie passée mais à jamais gravée, inoubliable.

Tant pis pour Proust, mais moi aussi j'ai de ces Madeleines dont je me passerais bien car avec certaines d'entre elles aucune nostalgie joyeuse ou attendrie ne me vient. Tenez, l'autre fois dans le parking. Une odeur flottait enroulée dans l'air en volutes épaisses. A peine sortie de la voiture le parfum m'agressa. Violence faite à mes narines qui ne voulaient plus jamais l'apercevoir mais qui cédaient à leur fonction bien rôdée et reniflaient l'air, le laissaient entrer en moi par effraction pour faire battre mon cœur et embrouiller mon cerveau. Un effluve de mon ex trainait dans ce parking et me rappelait combien maintenant je le honnissais.

Les fragrances me ramenaient trois ans en arrière et un instant je ne pus plus bouger. J'étais rivée au sol, un poids gigantesque pesait sur mes épaules et ma volonté annihilée ne pouvait me faire fuir ce parking maudit. Gauthier et Le Mâle ! "Tu parles d'un homme !"  Me riaient au nez mes cellules olfactives, alliées farouches pour me le faire oublier. Sucré comme un bonbon, j'aurais dû me méfier. Le sucre qui enrobe la cigüe que j'ai bue jusqu'à la lie. Je m'appuie un instant contre la carrosserie car les émotions que le parfum fait naître me déstabilisent, j'en perdrais l'équilibre. Poisseux comme du miel, il colle à ma peau les souvenirs qu'il a fait resurgir. Je voudrais m'affranchir de ce pouvoir qu'il a de me mettre dans un tel état. Mémoire émotionnelle qui sait recréer comme si c'était hier sa proximité. Impalpable pourtant, absent, il est là encore plus présent qui réveille les douleurs ensevelies avec peine.

Je m'ébroue un instant et tente de me dépouiller de ce sort jeté par les molécules de synthèse sorties tout droit de chez Givaudan ou Firmenich. Car je sais bien que Le Mâle et Lui, à l'instar de ces fragrances, ne sont qu'illusions bon marché, reproduction fallacieuse de la réalité. Aucune essence vraie ne les habite. Création factice de l'homme, celui qui le porte n'est-il pas à son tour contaminé ? La colère de me sentir faible fait jaillir toutes ces pensées désordonnées. Si au moins mon tourment provenait d'un philtre concocté avec des fleurs authentiques ! Même pas. Tout n'est que jeu de dupes. Imposture !

Récemment, une relation m'a dit que seule la voix ne pouvait être reproduite par la mémoire. Je ne le savais pas. Il faut dire, je ne m'étais jamais posée la question. Comment sommes-nous donc fait qui mémorisons contre notre volonté ce qui plus tard peut nous blesser ? Moi qui, à mon plus grand regret, oublie tout tout le temps, même les souvenirs qui me sont chers, voilà que je n'ai pas su oublier cette odeur qui maintenant m'écœure ? A quoi sert donc cette programmation du corps humain qui a omis dans ses options l'oubli de senteurs détestées ? Parce qu'il est important de mémoriser une odeur pour se repérer, se protéger ? Parce que le gaz, parce que les phéromones... Pourquoi ?

En attendant, je hais Le Mâle...

 

24 mars 2009

ELLE - Fumerie turque

Narguilé.jpgIstanbul - Août 1877

"On ira à la nuit tombée, tu verras, tout ira bien !"

Saït la fixe de ses yeux noirs. Il y lit tout l'attente anxieuse de sa sœur. Ozgun le regarde incrédule mais elle a tellement envie d'y croire. Si longtemps qu'elle attend et qu'elle meure d'envie de vivre ça. Parce que petite fille déjà, sa cousine Jale lui racontait les histoires d'elle et son frère à la fumerie turque. De six ans plus âgée qu'elle, Jale adolescente se déguisait en garçon à l'âge où les corps de transforment à peine et où les silhouettes se fondent dans les tissus amples ne révélant rien de leur secret et elle allait fumer déguisée en garçon.

"Viens vers 18h00 à la maison" lui dit Sait "je te prêterai les vêtements dont tu as besoin. Ne t'inquiète pas, tu vas aimer, tu verras. Et puis il sera là !" Ses yeux brillent. Etre un instant un garçon parmi les hommes. Transgresser l'interdit et s'allonger à côté de lui. Connaitre enfin les lumières de l'arrière-salle enfumée, plus secrète qu'un gynécée où seuls les hommes ont le droit de pénétrer. Connaitre les parfums saoulant des fumées mélangées et respirer son odeur à lui.

Elle part le pas léger, elle a de nouveau sept ans sautillant dans les rues d'Izmir. Elle se souvient comme d'hier de ses courses folles avec Jale dans les rues de la ville à inspirer très fort l'air humide de fin de journée, avec le goût salée de la mer sur les lèvres et les odeurs puissantes des algues qui pourrissent le long de la jetée. Il y a onze ans déjà. Jale est devenue femme et s'est mariée mais elle, femme elle devient qui ne pense qu'à lui. Abdulkadir, le meilleur ami de Saït avec qui elle a pratiquement grandit. Lui qui, enfin, est revenu en permission.

Il n'est pas encore 18h00 que déjà elle avale à grandes enjambées les marches qui mènent à l'appartement de Saït. Sur le lit de sa chambre qu'il lui cède le temps de sa préparation elle découvre un pantalon souple serré aux chevilles, une grande chemise large aux manches bouffants, un gilet sans manche, rouge, avec des broderies de soie dorée et une longue écharpe rayée.  Elle ôte sa robe et réajuste la bande de tissu qui bande ses seins pour les escamoter et enfile en hâte les vêtements. Avec l'écharpe, elle fait un turban savant cachant sa masse de cheveux noirs et finissant enroulée autour de son coup, dissimulant au passage la finesse de ses traits. Un trait de khôl en guise de moustache et le tour est joué. Enfin, elle chausse les babouches de cuir rouge. A la lumière de la lampe à huile, elle ne se reconnait plus et déjà son cœur s'emballe de s'imaginer assise à côté de lui.

Ils marchent côte à côte dans les rues de la ville déjà sombres. Plus personne ne traine, il fait trop noir. Seuls devant quelques maisons, des hommes fument en échangeant des mots rares comme les sages. Ils arrivent déjà devant la fumerie aux moucharabiehs de bois foncé. "Chut, tu ne dis rien. Le patron me connait. Je lui ai dit que je viendrai accompagné d'un lointain cousin d'Iğdır qui ne parle que laze. Il ne te questionnera pas..." Saït, en habitué, écarte de la main plusieurs tentures de coton rayé qui bouchent la vue de la rue. La pénombre règne dans la salle et Ozgun détecte les yeux froncés des silhouettes d'hommes assis le long des murs, en train de tirer sur les narguilés. Elle porte la tête basse pour ne pas se faire remarquer et suit silencieusement Saït qui a saisi sa main pour la guider en se dirigeant vers le fond.

De nouveau, des tapis épais pendent du plafond servant de sas. La pièce qui se découvre à elle est plongée dans l'obscurité et seule la lumière de petites lampes ici et là permet de se déplacer sans rien bousculer. Il y règne une touffeur épaisse mélangée à des fumées acres qui la feraient presque tousser. Le long des murs, organisés par deux, des couches parallèles jonchent la terre battue. Quelques une sont déjà occupées et les fumeurs tirent sur des sortes de pipes dont la forme lui est inconnue. Elle sait qu'elle va elle aussi goûté pour la première fois à cette herbe qui rend bienheureux. Saït la  pousse doucement vers le coin gauche au fond. Une ombre les guette et subitement elle le reconnait. Allongé, sur le côté il les regarde arriver. Saït se penche à son oreille et lui murmure quelques mots. Ozgun prie les yeux fermés que Saït ne révèle pas son secret, même s'il connait la tricherie de ce soir et qu'il s'en est fait joyeusement complice.

Il lui fait signe de s'asseoir prêt de lui, se redresse assis en tailleur et lui tend sa pipe. La main d'Ozgun tremble un peu quand la sienne effleure se doigts.  Elle inspire lentement et manque de suffoquer. Elle réprime une toux violente qui lui brûle la gorge et halète en quête d'air frais. L'herbe est puissante. Abdul lui souffle à l'oreille "aspire d'abord un tout petit peu et garde l'air dans tes poumons le plus longtemps possible...". Son haleine chaude a déclenché une salve de frissons qui ruissellent le long de son cou jusqu'à ses reins qui se cambrent. Elle recommence. Elle sent la fumée descendre maintenant dans ses poumons sans l'étouffer. Elle aspire à nouveau et le monde autour d'elle commence à tourner. A la troisième bouffée, une faiblesse la saisit et Abdul doit la soutenir lorsqu'elle devient poupée molle, la tête rejetée en arrière. Elle ne sait plus très bien où elle se trouve mais peu importe si tout se trouble, enfin, elle sent l'odeur de sa peau le visage enfoui dans son cou. Il la redresse et elle fume à nouveau. Parce que ça bouleverse ses sens, parce qu'elle devient faible et qu'il la prend dans ses bras. Parce que plus elle fume, plus ses sensations sont exacerbées alors que son cerveau s'embrume. Son dos est complètement appuyé contre le torse de celui qu'elle aime et elle sent ses mains fermes sur sa taille, et puis une main qui glisse sur son ventre et qui le fait frémir. Des sensations nouvelles qui l'embrasent, montent en elle. Il l'allonge sur le côté et lui tend la pipe à nouveau. "Allez, inspire une dernière fois !" Elle inspire, docile, alors qu'il s'allonge à son tour tout contre elle. Et alors que son imagination s'en va dans un pays inconnu, elle sent pour la première fois le désir pour son amant inonder le creux de ses cuisses...

Divagation ottomane. Quand Serge Lutens m'envoûte avec "Fumerie Turque" sur ma peau !

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21 mars 2009

ELLE - Ras le cul !

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Aujourd'hui, je n'en peux plus !

Je crois que je fais une crise. Peut-être même est-ce une overdose ? Crise de quoi ? Crise de foie, de foi ... Ou serait-ce plutôt une indigestion ou un ulcère à l'estomac ? Mes yeux sont saturés d'images et de mots qui finissent par agresser mon goût pour le raffiné et  ma conception du beau. Un refrain ancien vient chatouiller mes oreilles en écho à la litanie de mes maux. "J'ai le ventre qui se rentre, j'ai l'pylore qui s'colore, j'ai l'gésier anémié, l'estomac bien trop bas et les côtes bien trop hautes." Ah, si seulement les nausées qui m'envahissent ces derniers temps étaient aussi divertissantes que les mots de Gaston ! Mais non, pas de quoi rigoler. Cet écœurement qui m'habite ne semble plus vouloir me quitter. Je me tance et me dis que cela va passer mais voilà bientôt deux mois que ça ne passe pas. Allez, je vous l'avoue, je n'en peux plus du cul !

Je cherche à m'en émanciper à tout prix. Je cherche dans toutes les directions espérant le semer. Je vagabonde de liens en liens pour retrouver la liberté. Je choisis les blogs hébergés par Le Monde et Libération. Je cherche les blogs de pure création. Je tente de m'intellectualiser, de développer ma capacité de penser, celle justement qui me fait défaut quand il s'agit d'avoir une opinion bien tranchée chez NikoBo, ou simplement une opinion tout court chez Jef, Dominique ou Martin... Car enfin, le net devrait me servir aussi à ça, à me cultiver, sans que les trois premières lettres de ce verbe ne s'imposent à moi contre ma volonté.

Lorsqu'enfin je trouve un blog où l'on pense sans arrière-pensées, je m'y accroche comme une désespérée au dernier esquif pour ne pas sombrer. J'investis la place et je fouille dans les liens, mue par la croyance folle qu'enfin, ça y est, une nouvelle blogosphère s'offre à moi et je vais pouvoir respirer l'air frais de billets divertissants, d'idées bien torchées, de fictions créatives, de réflexions réflexionnantes qui vont assurément développer mon Q.I. ou simplement m'émerveiller.

Et paf ! Voilà qu'immanquablement je suis rattrapée par le cul. Il est là, partout, dans toutes les sphères. Il est féminin, parfois masculin. Il mouille, il bande, il éjacule, il s'écartèle en chairs rosées à m'écœurer. Où que j'aille, il semble qu'il me suive, qu'il me poursuive de ses assiduités. Il s'expose, il se raconte, il phagocyte et colonise tous ceux qui le rencontrent. Attrayant les premiers temps, excitant même certaines fois, rapidement il s'incruste comme des métastases et gangrène sur son passage la capacité de réfléchir de celui qui innocemment le fréquente.

Mais que m'arrive-t-il donc ? Je ne suis pas un cul béni qui grenouille à l'église tous les dimanches et les choses de l'amour m'ont de tout temps fascinée. Alors que sont-ce ces nausées insupportables qui me saisissent ces derniers temps quand, par hasard, mes yeux croisent encore un blog où le seul héros de la place est le cul ? Overdose qui m'étonne, comme une intolérance. A l'instar du gluten, il me nuit, il m'ennuie, il exprime à quel point à mes yeux il est pauvre. Toujours renouvelé mais toujours pareil finalement, les fantasmes qu'il fait naître sous la plume de certains me donnent envie de l'oublier. Je m'inquiète sur mon sort, pourquoi une telle lassitude ? Finirai-je la bouche cernée de rides comme les vieilles au salon de thé buvant les lèvres serrées, critiquant au passage le balconnet de l'accorte serveuse ? Que devrais-je me diagnostiquer et croyez-vous que l'on puisse en guérir ?

Je vous en prie, rassurez-moi, dites-moi qu'à vous aussi ce ras-le-bol arrive parfois !

 Et parce qu'il faut mieux en rire qu'en pleurer, je vous ai trouvé ça. J'ai rigolé.

Dans le cul de Justine...

18 mars 2009

ELLE - 500 € et 500 secondes par Gicerilla

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 Lundi après-midi, le 10

 "Allo, c'est moi !"

La voix d'Hélène est pâteuse comme celle qui se réveille d'une biture. "Je sais que c'est toi !" répond la voix gravement méliodieuse de Marc, un sourire en esquisse sur les lèvres. Il reconnait la voix d'Hélène entre toutes et c'est si rare qu'elle l'appelle. C'est tellement rare qu'une intuition point qui lui fait dire "Dis, Hélène, ça va ?" Elle est allongée dans la baignoire et se laisse abrutir par les vapeurs bouillantes qui engourdissent son corps.  Elle regarde fixement le réveil qu'elle a placé sur le rebord et dont les chiffres bleu tracent 17H04. Son rimmel coule en rivières noires qui charrient les dernières émotions qu'elle ressentira. Elle se demande si elle ira tout droit au paradis à l'instar d'une sainte ayant subi sur terre son martyre ou si elle devra quand même faire étape au purgatoire. Elle n'est pas croyante. Figure de rhétorique qui lui fait oublier une seconde ce qu'elle a choisi. "Non, ça ne va pas. Marc, tu m'aimes toujours, tu m'aimes comme avant ?" Avant. Avant qu'elle ne tombe amoureuse de son homme marié. Avant, quand dans la pénombre de sa chambre elle le laissait la caresser et l'amener à la jouissance.

Un instant bien trop long le silence s'impose, lourd, et elle sent la peur grignoter ses tripes priant Dieu ou le Diable qu'il ne dise pas non. Il se méfie. Il ne sait pas si pour la énième fois il doit lui redire sa vérité. "Oui, évidemment. Ca ne te ressemble pas de vouloir parler de mon amour pour toi. Ca t'importune habituellement. Qu'est-ce qui ne va pas ?"  Un sanglot refoulé envahit sa gorge et elle ne peut que hoqueter. "Ca y est, il m'a craché le morceau. Il ne divorcera pas !" arrive-t-elle enfin à articuler. Elle renifle bruyamment et lui, à l'autre bout de la ligne, il sent une colère virulente lui faire serrer les poings. Ne le lui a-t-il pas cent fois dit comme une prophétie qu'elle refusait d'entendre ?

"Après trois ans. Tu te rends compte"
hoquète-t-elle "Pourtant, il avait promis. Mais sa femme l'a fait chanter, "si tu la choisis tu ne reverras pas les enfants !" Le salaud, il a pas eu les couilles. Il a préféré mettre fin à notre histoire !" Elle sanglote franchement alors que son corps se dilue dans l'eau rosissant au passage la mousse qui l'entoure.
- "Savais-tu qu'une fille de mon gabarit a environ 5 litres de sang dans les veines et qu'au rythme de 65 battements par minutes, il..." 
- "Quoi ?"
Il a hurlé. "C'est quoi ces conneries. Qu'est-ce que tu me racontes ?"
- "Je vais partir. Il m'a trop fait souffrir. Sans lui je ne suis rien..."


Marc panique. Il tremble de rage et ose à peine la questionner de peur de s'entendre confirmer ce qu'il sait.
- "Mais quel connard, je vais le tuer, ce mec, tu entends ! J'arrive."
- "Non, Marc, c'est trop tard, il me reste exactement 8 minutes 33, 500 petites secondes si mes calculs sont exacts. Dans 500 secondes il sera trop tard, et même en moto tu n'y arriveras pas. Mais tu m'aimes hein, dis ? Toi, tu m'aimes ?"
Des larmes brûlantes montent aux yeux de Marc. Elle n'a rien dit mais il a tout compris.
- "Mais oui, je t'aime. Je t'aime merde ! Qu'est que tu fous. Arrêtes tes bêtises, dis-moi que t'es bourrée ! J'appelle une ambulance."
- "Non, Marc, il est trop tard. Mais redis-moi combien tu m'aimes. Redis-moi que tu ferais n'importe quoi pour moi, j'ai besoin de l'entendre."
-
"Ah, mon amour, ma folie. Mais tu le sais. Bien sûr, je ferais n'importe quoi pour toi ! Depuis le temps..." 

Hélène recueille sa réponse les yeux fermés. Ses mâchoires pèsent bien trop lourd pour continuer à parler, mais pourtant dans un souffle elle arrive à lui glisser :
-
"Tue-le !"
- "Allo ? Allo ?"

Marc hurle, les larmes jaillissent de ses yeux alors que comme un dément il hurle encore plus fort dans le combiné,
- "Réponds, Hélène, je t'en supplie, Hélèèène  !!!"

Mercredi matin, le 12

Marc ouvre sa boite aux lettres. Son cœur fait un salto sous ses côtes et ses jambes s'amollissent alors qu'il reconnait l'écriture d'Hélène sur l'enveloppe blanche qu'il trouve dans le courrier. Il regarde le tampon de la poste. Lundi 10. Il déchire fébrilement le rabat pour faire sortir le billet plié en deux. Alors qu'il l'ouvre, un papier violet tombe à ses pieds en virevoltant. Il le ramasse, incrédule. C'est un billet de 500 €. Il regarde enfin la feuille de papier. "Marc, va au Bar du Terminus, à côté de la gare et demande Paulo. Un Sig Sauer et un chargeur t'attendent. 500 €. Pour le salaud, le jeudi il ne travaille pas. Va au 6, allée des Myosotis. Marc, si tu m'aimes, tue le !" 

+ + + + +

Une histoire pour un tag. Et oui, je me suis fait taguée. Si, taguée ! Avec un "g" et un "u", pas moins, pas plus, je me suis renseignée ! Et vous devinez combien cela a dû m'ennuyer car je n'aime pas suivre les modes, en particulier celles qui sévissent dans la blogosphère. Cette fois-ci, pourtant, le défi me paraissait d'importance : imaginer un billet en respectant quelques consignes contraignantes à souhait. Et puis surtout, j'ai été invitée par Muse qui s'amuse et à qui je ne veux rien refuser.

J'avoue que, pour faciliter la création, j'ai un peu changé la règle du jeu puisque ce n'est pas de moi qu'il s'agit.

Les règles ?

1.Écrire un article relatant ce que vous feriez s’il vous restait 500 euros et 500 secondes à vivre. Vous avez carte blanche, que ce soit en 3 mots ou en 500 lignes, laissez libre court à votre imagination.
2. Relancer la chaîne en invitant 5 de vos amis à répondre à leur tour à la question.
3. Faire référence à cet article et à ces mini-règles afin que l’on puisse tracer tous les participants.
4. Intituler votre article “500 euros et 500 secondes par [votre nom]."

Les heureux nominés sont donc : Philo, Bougrenette, M (30), M. et Lynx.

15 mars 2009

ELLE - Sondage

sondage.gifIl en est des questionnements comme des saisons.

Mais leur rythme n'est pas régulé comme l'est le temps. Ce matin encore, sous la douche brûlante, j'écoutais la radio et l'interview de cet écrivain perse Atiq Rahimi dont je n'ai rien lu mais dont la voix à l'accent oriental berçait les mouvements de la mousse sur mon corps. Il a cette voix chaude que j'imagine être la marque de l'Orient cultivé, celui des poètes et des intellectuels qui ont fait avancer les sciences et la pensée. Un citation qu'il fait de Roland Barthes vient à point me donner la trame de cette note qui se tissait depuis quelque temps dans le silence de mon cerveau mais qui pourtant n'arrivait jamais à lui donner une trame.

" Je ressens toujours d'une manière poignante que souvent j'écris pour être aimé, parfois de tel ou tel, et en même temps je sais que cela ne se produit jamais, qu'on est jamais aimé pour son écriture."

En effet, à lire ici et là des interrogations de blogueurs sur le sujet, je me suis mise à cogiter sur le pourquoi et le comment de ce que je fais. Ce que j'écris ici plait-il et pourquoi ? Et si cela ne plait pas, pourquoi ? Et pourquoi, comme s'interrogeait récemment NikoBo, tant de gens restent muets sur des sujets qui devraient susciter des réactions, des réflexions, des envies de partage ou de contestation. Hélas, le plus souvent, le silence prévaut et dès lors je m'attèle à sonder vos cerveaux.

Le sondage fait partie en quelque sorte de ma profession, même s'il s'agit plus souvent de liquide profond que d'âmes. Cela me donne-t-il une autorité quelconque pour vous sonder aussi comme on le ferait d'un puits creusé dans le Golfe de Guinée pour voir si y abonde le nectar noir qui fera notre fortune ? Non, bien sûr. Alors, avec ou sans autorité, j'ai quand même l'envie de vous interroger. Et avant de ce faire, ne devrais-je pas discerner les éléments qui participent à ma présence ici ?

Est-ce que j'écris pour me faire aimer ? La question de Roland Barthes ne me laisse pas indifférente car quelle est, au fond, ma véritable motivation ? Et puis est-elle unique ou multiple ? Est-ce une recherche de reconnaissance, la confirmation que par mes mots j'existe ? Est-ce une tribune que je me donne comme écrivaillon trop médiocre ou trop peu doué pour être publié ? Est-ce seulement un espace de création où mon imagination sans limites s'exprime et se donne en pâture aux yeux carnassiers du monde ? Ou bien encore est-ce une forme d'exhibition qui me fait croire que je suis en vie dans cette retraite sage que je n'ai pas choisie ? Est-ce l'envie de faire envie en suscitant chez le lecteur et la lectrice des images d'une moi que je ne suis peut-être pas tout à fait ? A toutes ces questions, je ne peux répondre ni oui, ni non de façon tranchée. Et si plus simplement, j'écris parce que j'aime ça ?

Alors, partant du postulat que tout ce qui précède est intimement mêlé et ne fait qu'un, c'est à dire Moi, à mon tour de vous interroger. Que faites-vous donc chez moi ? Pourriez-vous me dire, vous les parleux comme les taiseux, ce qui fait que vous me lisez ? Et pour tous ceux qui habituellement se taisent pourquoi, justement, restez-vous donc muets ? Et si j'écris aussi pour vous plaire, qu'aimez-vous donc le plus chez moi ? Une rubrique, le ton, les thèmes...  Et, pour le plaisir de la polémique, me direz-vous aussi ce que vous n'aimez pas ? Etes-vous des lecteurs de passage ou des lecteurs réguliers ?

Allez, faites-moi plaisir, étanchez ma curiosité en vous mettant à vos claviers. Pour une fois, ne faites pas partie de la majorité silencieuse. Exprimez-vous car tout est bon à dire, et de censure point, si toujours prévaut le respect. Faites de ce sondage un véritable baromètre de mon lectorat. 

Et surtout, je vous en prie, faites mieux que chez Nicolas !

 

 

 

12 mars 2009

ELLE - Vous avez dit parité ?

Papessa_tiara.jpgJe parle souvent toute seule dans ma voiture.

C'est inquiétant, j'en conviens, mais combien de fois ne me suis-je pas entendue invectiver en termes châtiés un butor au volant lui promettant les pires sévices dont la castration n'est souvent pas exclue. Quitte à châtier, autant le faire bien. Il m'arrive aussi de donner la réplique au journaliste qui s'exprime ou d'interpeller l'invité qui débite en un flot continu des vérités à donner l'envie à un sourd de ne plus rien entendre, car il est bien connu qu'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas attendre !

Bref, ce midi alors que je conduisais mon bolide de six chevaux, j'écoutais les informations de France Info. Le flash de 13h égrenait ses mauvaises nouvelles habituelles, litanie du quotidien à laquelle pourtant je n'arrive toujours pas à être indifférente. Entre la chute du CAC 40 et la radio trottoir des clients du Resto du Cœur, rien de bien réjouissant et mon écoute se fait dilettante alors que mes pensées s'égarent dans un monde meilleur.

Soudain, quelques mots prononcés par la journaliste attirent mon attention. "Les Chiennes de Garde ont remis le Prix du Macho de l'année !" Elles qui, habituellement, élisent la publicité la plus machiste à l'occasion de la journée internationale de la femme, elles ont décidé cette année de désigner à l'opprobre publique celui qui a su par des propos sexistes se distinguer. Le "lauréat" est le Cardinal André Vingt-Trois, qui a affirmé le 6 novembre 2008 à l'antenne de Radio Notre-Dame : "Le plus difficile est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête".

Oui, Mesdames, vous avez bien lu ! Et même si la dispute n'est pas avérée, il a fallu, parait-il, un Concile (celui de Mâcon ou de Trente tout cela est bien flou) pour que les femmes aient enfin une âme, mais de là à nous donner une tête bien faite (mens sana)... C'est certainement pourquoi, au fond, dans le clergé catholique il n'y a pas de femme. Et qu'on ne me dise pas, comme certains ecclésiastiques le pensent, que c'est suivre la recommandation implicite du Christ qui n'a choisit que des hommes pour apôtres ! Ainsi, la femme ne saurait être ordonnée prêtre. A ce propos d'ailleurs, en ces temps de féminisation arbitraire du vocabulaire, prêtresse serait le terme ad hoc mais cela aurait un petit relent païen qui ne siérait pas à l'Eglise de Rome. Donc de prêtresse ou de femme prêtre point, car non contente de porter la jupe, quand eux portent la robe, elle a la tête aussi creuse qu'une calebasse séchée.

Le sang de féministe qui irrigue mes veines coagule d'effroi. Je me dis qu'ils ont la mémoire courte. Ou, au contraire, rancuniers ils sont quand le pardon est l'un des piliers de leur religion, et n'ont jamais oublié l'usurpation d'identité de la Papesse Jeanne. Et même si le clergé a pris soin de ne laisser aucune trace dans les textes de l'existence de la Papesse, il se peut bien que par réaction il ait décidé que jamais une femme ne serait ordonnée. Evidemment, ces divagations expriment plus sûrement mon dépit en la matière que le positionnement de l'Eglise Catholique, car elles s'appuient sur des faits mythologiques plutôt qu'historiques. 

Pourtant, à bien y réfléchir, le Cardinal André Vingt-Trois n'est pas un imbécile et une telle déclaration sur les ondes, il aurait dû s'en douter, déclencherait assurément un tsunami d'indignation parmi la gent féminine. Alors pourquoi avoir pris un tel risque ? Je cherche sur Google dans l'espoir de trouver des explications qui atténueraient le mal fait, car comment rester fidèle à l'Eglise Catholique quand on est croyante et femme après de tels propos discriminatoires ?

Sur Radio Notre Dame, une intervention loin d'être divine, de Marie Baudoin, Déléguée à la communication, Archevêché de Paris, éclaire les mal-entendant et le malentendu de cette façon "Mgr Vingt-Trois est vraiment désolé que l’expression qu’il a employée dans l’émission face aux chrétiens  ait pu vous attrister ou vous blesser, comme un certain nombre d’auditeurs et d’auditrices.  La pointe de son propos n’était pas de réveiller l’animosité mais d’exprimer par une formule simple, que la condition pour recevoir une mission d’annonce de la Parole de Dieu n’est pas le sexe mais la formation, c’est-à-dire la capacité à annoncer cette Parole. Mgr Vingt-Trois est, comme vous, trop connaisseur de la place de la femme dans le plan du salut et la mission de l’Eglise, pour vouloir décourager qui que ce soit. Dans l’Eglise qui est à Paris, comme partout en France, des responsabilités sont confiés à des hommes, des femmes, des jeunes ou des moins jeunes, qui les assument avec talent." Ainsi, en plus d'être misogyne, l'Archevêque de Paris fait dans la démagogie machiavélique qui emploie une femme pour excuser par sa voix son faux pas.

Après cela, comment s'étonner qu'il faille une loi pour qu'en nombre (in)égal au gouvernement la femme soit présente ?

 

09 mars 2009

ELLE - Envie de soumission

m-Fine_bouche15.jpg Il l'a invitée à le rejoindre au restaurant.....

Elle est arrivée en même temps que lui et ils se sont dévisagés un court instant sur le seuil de l'entrée, avec le regard de ceux qui se reconnaissent sans jamais s'être vus auparavant. Il la précède vers la table qu'il a choisie exprès dans l'angle le plus reculé du restaurant. Ils s'assoient chacun sur la banquette en angle. Elle rigole toute seule de se remémorer ses propres mots "je vous montrerai mon meilleur profil !" Ce qu'elle fait. Il sourit aussi en la contemplant car, lui aussi, il sait. Elle scrute son visage pour y découvrir tout ce qu'ils se sont dit à distance. Elle tente de voir au travers de ses traits l'homme qui l'a attirée sans l'avoir même frôlé de la main. Elle essaie de cacher sa nervosité sous une nonchalance apparente mais elle s'inquiète. Il lui a lancé un défi qu'elle a accepté mais elle a peur.

Il s'est assis à sa droite et s'imprègne de son profil, ce profil qu'il découvre en vrai et qui l'a fait rêver dans ses nuits sans sommeil. Il est nerveux lui aussi mais  il doit être le maître et donc ne rien montrer de son trouble. Car ce soir c'est lui qui va commander. Il ne l'a jamais fait mais elle s'est pliée volontiers à son désir. Le diner n'est qu'une formalité, un préambule à la dissertation qu'ils vont écrire ensemble mot à mot. Ses yeux coulent sans discrétion sur la ligne de son cou, le long de son épaule ronde qui tend la maille de son chandail. Le décolleté en V offre la naissance de ses seins menus et il se demande déjà quel goût ils auront à ses lèvres.

"Je vous plais" l'interroge-t-elle, ses yeux effrontés plantés dans les siens et il décèle un voile de crainte qui floute son regard. "Oui, évidemment. Mais attendez la suite, je vous dirai..." L'addition est vite réglée et déjà ils se lèvent pour aller vers leur destin. Debout, à côté de lui, en dépit de ses hauts talons elle se voit petite et subitement elle sent fondre son assurance de femme. Femme elle est qui doute de ses attraits. "Si jamais..." articule-t-elle en silence. "Si jamais je n'ai pas le courage, si jamais je ne lui plais pas, si jamais..."

Alors qu'il enfile son manteau, il l'observe à la dérobée. Il la toise et se dit qu'il la prendrait bien dans ses bras. Un élan animal le prend un instant qui lui crie "enlève-la, entraine-la dans ta grotte et prend-la, là, sans façon..." Il a préparé le scénario de longue date et chaque minute d'insomnie passée dans le noir solitaire de son lit ajoutait un détail à la mise en scène de ses plaisirs à venir. "Venez, je vous emmène !" et il la prend par le bras et la guide à travers les rues sombres de la ville. Le trajet est court, les rues étonnamment désertes et seul le bruit de leurs talons brise l'air gelé de la nuit. Tous deux sentent la même tension au creux de leur ventre qui les fait taire et chacun frémit à l'anticipation de la suite. La suite, inconnue pour l'une, connue de l'autre et les sensations qui en naissent sont de la peur et du désir mêlés. Chez elle, la peur prédomine. Chez lui, le désir prédomine.  La Femme et l'Homme ainsi faits depuis la nuit des temps. Elle avance blottie contre son épaule et se perd dans ses pensées "pourquoi lui avoir dit que je ne sais pas jouir des mains d'un homme ?"  Il avance serrant son bras autour de son épaule et se perd dans ses pensées "quel mariole je fais. Si elle n'aime pas les hommes, y arriverai-je ?"

Ils sont déjà dans la chambre. Il ôte son manteau et la défait de son imper. La pièce est spacieuse, la moquette épaisse qui absorbe les bruits de pas. Les lumières disposées ça et là illuminent la pièce de halos dorés. Et puis le silence imposant qui exacerbe encore plus leur trouble. Il se poste devant elle, immense comme une sentinelle inquiétante. "A partir de maintenant, tu vas faire tout ce que je te dis !" La surprise se lit dans ses yeux. Il l'a tutoyée. "Alors on se tutoie ?" dit-elle "Oui. Tu es snob, non ? Alors je te tutoie !" Elle sourit car il joue. Et ce tutoiement la trouble plus encore car par le "tu" que ne va-t-il pas lui faire vivre ?

Il se penche et frôle son visage de son nez. Il respire ses cheveux, puis ses joues, puis son cou. Il l'inspire comme s'il voulait s'approprier son odeur. Et une salve de frissons descend de sa nuque à ses reins, émouvant son ventre au passage. Il pose ses deux mains lourdes comme un joug sur ses épaules puis les glissent le long de ses bras pour s'arrêter sur ses hanches qu'il maintient fermement. Au même rythme, son nez descend le long de la faille de ses seins et il la respire toujours. Il descend encore plus bas à se mettre à genoux et la renifle encore au travers de ses vêtements. Ses mains plaquées sur ses fesses, il presse son ventre contre son nez et, comme un chien de son museau, il fait remonter la soie de sa jupe jusqu'à s'en trouver recouvert. Elle tressaille de sentir son haleine brûlante sur la dentelle de son string. Il attire ses fesses à lui comme s'il voulait s'enfouir en elle. Son sang s'affole dans ses veines alors qu'elle perçoit le ballet de ses respirations investir la place et tout ses recoins. Il n'a rien fait que la humer et déjà ses sens sont sens dessus-dessous. Une faiblesse de ses jambes trahit son émotion et il émerge de sa cache, le visage rouge et tendu par l'envie.

"Ne bouge pas. Laisse-moi faire !" Il attrape son écharpe et attache ses mains dans le dos. La voilà entravée. Il la dirige vers le grand fauteuil près du lit. Il s'assoit et lui dit "Maintenant, toi aussi tu vas me humer. Toi aussi, tu vas fermer les yeux et tu vas dénicher toutes mes odeurs !" Elle se penche vers lui, ferme ses yeux et se concentre. Le jeu a commencé. Elle effleure de son nez son visage, lentement. Elle détecte des odeurs de savon frais et celles de sa peau mélangées. Elle glisse à son tour le long de son cou, remonte vers son menton et reçoit sur ses paupières scellées son souffle chaud. Une soif irrésistible de l'embrasser lui fait avancer ses lèvres vers les siennes "Non, je t'ai dit de me respirer. Pas de caresses, pas de baisers..." Elle mime une moue boudeuse mais reprend son investigation olfactive. Elle est obligée de se mettre à genoux pour continuer. La voilà devenue suppliante devant son idole. Elle ouvre les yeux et les lève vers lui. "Continue" souffle-t-il et elle découvre le désir à vif qui crispe ses traits. Doucement, il prend son visage dans ses mains et le dirige vers la toile de son pantalon. Avec un trouble indicible qui noue son ventre, elle caresse de ses joues, de son front, de son nez la toile tendue par le sexe de l'homme qu'elle honore. Elle dessine chaque relief de son vit prisonnier et s'émeut de le sentir palpiter. Il relève son menton. "Regarde !" Elle obéit alors qu'il libère sa queue violacée de désir. "Suce-moi" Ces mots comme un poignard au creux de ses cuisses. Ces mots comme une envie inconnue qu'il la pénètre maintenant. Elle ne reconnait pas cet élan qui la fait se jeter sur le sexe superbe qu'il lui tend et les mains toujours entravées elle satisfait docilement son commandement. Elle s'applique comme une débutante et il saisit sa chevelure bouclée pour lui imposer son rythme. Elle halète d'essoufflement et de désir. Il gémit le plaisir qu'elle lui arrache de sa langue savante. Il jouit de la voir obéissante, soumise à ses moindres caprices.

"Ainsi tu n'as pas de plaisir avec les hommes ? " Elle fait non de la tête mais ses yeux semblent dire le contraire. "Cesse !" lui intime-t-il alors qu'il se redresse et pour la première fois l'embrasse à pleine bouche. Ils sont tous deux à genoux et il soulève son pull pour attraper ses seins entre ses lèvres et les téter violemment. Elle se laisse faire, cambrée, la tête en arrière, abandonnée à sa bouche qui mordille ses tétons déclenchant un plaisir aigu qui l'irradie. Il devient brusque et la pousse vers le fauteuil. "Je vais te prendre maintenant ...comme un homme !" Son buste appuyé contre l'assise moelleuse, les mains attachées dans le dos qui lui tordent les bras, elle sent qu'il relève sa jupe et fait tomber son string au creux de ses genoux. Elle sent son amant s'emboiter contre elle et sa queue qui s'amuse à coulisser le long de sa fente inondée. Elle sent une main s'immiscer entre ses cuisses par devant et titiller savamment la perle cachée. Elle geint sous la caresse comme un animal blessé et il continue de plus belle le ballet de sa main et son vit. Elle gémit "oui !", elle supplie "encore !" elle enfuit sa tête dans le coussin pour étouffer ses gémissements comme une défaite. Il sent ses chairs frémir sous ses caresses et bande plus encore de la voir à sa merci. Seulement alors, il cède enfin à son envie de se perdre en elle, de connaitre enfin la chaleur de son enfer.  Et plus il s'active en elle, plus elle gémit. Et plus il la caresse plus il perçoit le plaisir de la belle resserer son étreinte à le faire jouir. "Alors, comme ça, avec les hommes tu ne jouis pas !" 

"Si !"  

 

 

05:23 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

06 mars 2009

ELLE - J'aime les queues

airport.jpgJ'ai toujours eu un problème avec les files d'attente.

Il faut dire que je ne suis pas de celles qui, instinctivement, savent choisir la bonne. J'ai toujours la prétention de croire que, mieux qu'un autre, je choisirai celle qui s'écoulera le plus rapidement, méprisant au passage les faits arithmétiques, les éléments statistiques ou, simplement, le facteur chance. Ainsi donc, couramment, comme un défi lancé aux lois des queues savamment mises en équation par des génies du chiffre tel Poisson, j'élis la queue la plus longue (since size does matter) persuadée qu'elle se résorbera plus vite que la file d'à côté, pourtant plus courte de moitié. Inévitablement, je ressors perdante de ce choix inconsidéré, me disant in petto "la prochaine fois je prendrai la moins longue..." Et là encore, pied de nez de la loi, celle de Murphy n'est-ce pas, ladite courte queue bloque pour une raison quelconque me laissant dépitée.

Aujourd'hui, le problème ne se pose pas. La queue est unique et d'une longueur infinie au regard du temps qui me reste. Je me dirige vers la fin, policée comme ma mère m'a enseigné à l'être, tentée pourtant de m'introduire illicitement en son milieu pour gagner du temps. Mais enfin, m'introduire dans la queue a quelque chose de contre-nature et du coup docilement je vais au bout.

La queue semble figée dans l'immobilité et je m'inquiète car les minutes filent. Je piétine le stress de mes deux pieds mais rien ne me tranquillise, c'est sûr je vais louper mon vol ! Je tente de détourner mon inquiétude en me focalisant sur l'observation de cette théorie qui ne cesse de se densifier. Que des hommes d'affaire en costumes sombres, les traits tirés en cette fin de journée, comme s'ils sortaient d'un ring. De femmes, très peu. Ce constat devrait m'égayer mais la crainte de ne pouvoir partir gâche mon plaisir. Un flot incessant de voyageurs vient toujours grossir la file.

Soudain, au loin, je vois arriver un type au pas décidé. La cinquantaine bedonnante, les cheveux poivre et sel d'un professeur en chaire,  il se greffe à la procession par le côté, cinq mètres devant moi, avec le naturel du tricheur aguerri. La colère me prend "nan mais, t'es qui toi pour shunter la queue !" Et oui, elle me fait tutoyer silencieusement l'impudent, signe extrême de mon agacement.  Je ravale mes élans de justicier masqué alors qu'un "Zut, je vais le louper !" prononcé à haute voix jaillit de ma bouche. L'homme qui me précède se retourne, un air amusé sur le visage et, plantant ses beaux yeux bleus dans les miens, me dit sur un ton rassurant "Mais non, ne vous inquiétez pas, c'est toujours comme ça. Il ne partiront pas sans nous !" Je le remercie en souriant et me dis que, finalement, être coincée par une queue à du bon.

Enfin, un autre portail de sécurité est mis en fonction. La queue devient bifide, et une nouvelle fois m'assaille le problème du choix. Connaissant ma propension à me tromper, j'interroge mon voisin qui me dit sans ciller "assurément, prenez la voie de gauche. Suivez-moi !" Comment résister à cette invitation ? Je lui emboîte donc le pas en constatant que le tricheur ventru prend celle de droite.

La voie de gauche s'avère la plus expéditive et me voilà en deux temps, trois mouvements confortablement assise dans l'avion, me félicitant pour une fois d'avoir, grâce aux yeux bleus, fait le bon choix. Et alors que je feuillette nonchalamment le magazine Air-France, ne voilà pas que se présente le gros grisonnant visiblement contrarié et stressé ! Je jubile en réprimant un sourire vainqueur. "Ah, t'as voulu tricher ! Ben, bien fait pour toi, t'as pas gagné..."

Finalement, y aurait-il une justice des queues ?

03 mars 2009

ELLE - Miracle ou cauchemar ?

NSuleman.jpg

Il est des sujets dont je ne peux pas parler sur le vif.

"Sur le vif", il s'agit bien de ça. De la vie. De chair vive qui respire naturellement ou avec difficulté, palpitant toujours grâce à l'assistance de machines inhumaines. Paris-Match et elle en gros plan. J'attrape un exemplaire gratuit au salon. Le choc des photos. C'est toujours vrai. Elle est là, en pleine couverture glacée, sa face de Madone retouchée à coup de fards épais, à coup de lèvres siliconées. Quelque chose de factice dans l'aspect de sa peau étrangement cérusée de blanc me perturbe. Le Musée Grévin me vient à l'idée alors que je contemple son visage dans lequel je ne décèle rien de vrai. La fausseté de son sourire à peine esquissé, le noir de ses pupilles entourées de khôl noir et ses sourcils redessinés au charbon donnent à l'ensemble de son expression ce quelque chose de faux qui me dérange. Et puis, à ses poignets, tous ces bracelets de plastique comme autant de trophées décoratifs. Pourtant de bijoux point, ce sont les bracelets de naissance de ses enfants dont un exemplaire fripé et malingre git dans ses bras. Petit être fragile plus proche de la larve chevelue que du petit d'homme, un minuscule tuyau scotché à la lèvre du bas qui trahit la précarité de sa vie.

Je commence à lire l'article. "Nadya Suleman, 33 ans, a donné le jour à des octuplés prématurés." Ah, comme le sous-titre est bien choisi. Le rédacteur ne s'y est pas trompé qui a rédigé cette manchette ambigüe à souhait. Oui, elle leur a donné le jour même s'ils restent encore aveugles, mais leur a-t-elle donné la vie ? Combien d'entres eux vont peut-être périr parce que, à l'instar des chiots d'une couvée dans la vraie vie, les plus faibles partirons ? Il est probable que la Nature, bien plus sage que le scientifique imitateur mégalomane de dieu, aurait décidé que ne soient fécondés que deux voire trois ovules ! Je découvre avec un pincement au cœur la rangée de couveuses transparentes qui révèlent leur contenu recroquevillé. Huit bébés à peine achevés, de 690 grammes à 1,5 kilo, harnachés de couche et de tuyauterie qui me percent le cœur. Combien d'eux jouiront d'une santé physique et mentale normale ? Aux yeux des statistiques, quel est le pourcentage de chances qu'ils se développent tous comme n'importe quel enfant ? Je regarde la photo en gros plan de l'un d'eux qui tient quasiment dans la main de sa maman. Sa peau est comme habillée d'une résille de fils bleus. La peau transparente qui dévoile le sang qui circule dans ses veines. Les larmes me montent aux yeux. Quelle femme faut-il être pour prendre le risque de se faire implanter autant d'embryons d'un coup ? Elle a déjà six enfants, tous issus de fécondation in vitro car mère seule elle est veut être. Quatorze enfants nés de l'égoïsme d'une femme en mal de ponte. Au secours ! Où étaient les psychiatres et autres psychothérapeutes pour mettre un holà à cette course effrénée à la maternité ?

De mes tripes torturées jaillit une douleur inénarrable à la pensée que certaines femmes, comme moi, se sont battues sans succès dans l'espoir fou d'en avoir un, juste un, alors que d'autres mettent au monde des fratries entières comme on rempli un caddy au supermarché. Qu'en est-il de notre société qui autorise de tels excès sans se censurer ? Le fait d'être possible justifie-t-il à lui seul le fait d'essayer ? Ne doit-on pas utiliser notre bon sens à défaut de nos convictions personnelles pour déterminer si telle chose doit se faire ou pas ? Au-delà de toute éthique ou autre croyance religieuse, ne doit-on pas réfléchir calmement et décider que naturellement une femme ne saurait porter 8 enfants en une fois, prenant en considération les risques encourus et par les enfants et par la mère ? Car, merde à la fin, des portées pareilles ne sont pas connues chez l'humain et sans la science, tout cela n'aurait pas eu lieu. Et même si l'on voulait imaginer un hasard maléfique assez pour une fois autoriser ce genre de situation, la Nature ne prendrait-elle pas alors rapidement le relais en évacuant cette grossesse hors norme ? Dans le cas de Nadya rien ne serait arrivé sans la science et la complaisance d'un médecin puisqu'elle souffre dixit "d'un problème de stérilité et qu'elle a bénéficié d'une méthode de stimulation ovarienne."

Ici je veux citer le Pr René Frydman* car son appréciation me parait de bon sens justement "... ce "record" américain relève de la pathologie psychologique. Et sans doute d'une double pathologie : celle d'une femme et de son médecin."

Après un tel excès j'en viendrais presque à comprendre le point de vue excessif de la journaliste Dorothée Werner sur les mères porteuses, point de vue qui m'avait outragée lors de la lecture de l'article paru dans le ELLE et qui avait suscité mon billet d'humeur blessée "En avoir ou pas". Si on ne peut pas compter sur une législation protectrice pour lutter contre une volonté excessive de battre des records ou va-t-on ? Il semblerait que l'intervention du législateur soit indispensable pour être raisonnable là où le citoyen ne sait l'être spontanément, qu'il soit patient ou médecin.

Avoir des enfants, bien sûr. On pourrait presque ériger ce besoin viscéral en droit. Mais avoir des enfants dans ces conditions là ?

Je ne crois pas !

 

 

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