31 mai 2009

ELLE - Chasse à la Baleine

baleine.gifNe vous disais-je pas encore récemment comment ma vie s'enluminait de choses simples ?

Ma vie, à l'instar d'un ouvrage de parchemin patiemment écrit par moi et ouvragé de petits plaisirs comme des enluminures qui, au sens propre, éclairent ma vie. Après la découverte de la Diterzi. Oui, LA Diterzi comme on disait la Pompadour ou la Montespan. La Diterzi avec un article défini qui souligne la renommée de la belle sans volonté de déprécier. Bref, après découverte de la Diterzi, ne voilà pas que France Inter m'offre de nouveau de quoi me réjouir et jubiler.

"Eclectik" samedi matin et je découvre l'existence du Baleinié. D'ailleurs, maintenant que je sais, je me demande comment j'ai pu vivre dans une telle ignorance. Car cette publication mérite au moins une renommée égale à celle du Bescherelle ou de l'Almanach Vermot. D'ailleurs, ne devrait-on pas dire, à l'instar des dames précédemment citées, LE Balénié car sa futilité non sans utilité risque à coup sûr un jour de nous sauver la face ? J'me comprends mais vous pas, forcément, faut être initié.

"Le Balénié, dictionnaire des tracas". Des tracas ? Ah, évidemment, il nous faut bien un dictionnaire des synonymes pour comprendre de quoi traite celui-là. Des tracas ? Des soucis, des ennuis mais surtout des embarras quotidiens. Enfin un dictionnaire nous permettant de nommer l'innommable, de nommer l'innommé sans plus jamais pratiquer la métaphore pour éviter de dire ce qu'une bouche bien née ne saurait articuler. Car enfin, je vous le demande, comment dire sans rigoler à un beau mec qui vous drague, sans l'effaroucher pour autant, "Ah, mais Monsieur, vous avez du persil coincé entre les dents !". Quelle délicatesse il y aurait à lui dire en souriant, espérant à notre tour ne pas être sujet au même tracas "Ah, Monsieur, scellez votre bouche sans tarder car une saspigoule s'y est glissée ?" Cela aurait de la classe assurément et le Monsieur pourrait, d'un coup de langue leste, débarrasser son beau sourire de cette vilaine tâche verte révélatrice du contenu de son diner tout en laissant la dame rêveuse devant tant de dextérité !

De la même façon, quel soulagement de s'éviter la déplaisante rencontre avec un cabinet d'aisance encombré si la personne qui en sort nous signale, évidemment gênée, qu'un terrible troosme-vova y sévit et qu'il faut mieux ne pas l'utiliser ! Vous quitterez le lieu bien heureux d'être initié tout en constatant que, décidément, le pio-pla de la dame défigure, façon saucisse fumée, sa silhouette potelée.

Dans un autre registre, ne vous êtes-vous jamais tancé de cette manie que vous avez de vertiglier à tort et à travers. J'en viendrais presque à comprendre ma mère qui ne jette rien et encombre ses tiroirs et ses placards de bouts de ficelle, selles de cheval, cheval de course...

Mais pourquoi, me questionné-je, ces mots-là n'existent pas encore et pourquoi les auteurs ont-ils dû palier la carence évidente de l'Académie Française ? Car enfin, l'Académie n'assure-t-elle pas l'évolution de notre langue et pour ce faire ne détient-elle pas la science du grec et du latin permettant de créer, en conservant une forme de filiation avec nos racines, des mots nouveaux ? Elle se torture pourtant les neurones pour adapter de manière arbitraire des mots étrangers mais elle ne saurait enfanter des substantifs inoffensifs qui éviteraient à notre bouche de se blesser en expliquant avec force circonlocutions la nature crue d'une situation ? Serait-ce que ces Immortels manquent de fantaisie et d'imagination ou est-ce que le monde dans lequel ils vivents est exempt de trivialités ?

Bref, évidemment ces néologismes resteront confidentiels et n'amuseront que quelques amateurs de curiosités dont je suis, c'est dit ! Dommage ! J'ai souvent souri à la lecture de tous ces mots, non pas à cause de leur créativité mais à cause des réalités qu'ils recouvraient, même si certaines situations scatologiques me faisaient rire comme une gamine à la récré !

Qui osera encore dire de moi que je suis sophistiquée ?

Pour le plaisir :

- Pégaudie : longue attente avec musique "Grand Siècle" dans l'écouteur du téléphone.

- Plute : l'étiquette du prix oubliée sur un cadeau.

Pio-pla : l'élastique du slip ou de la socquette qui blesse et qui boudine.

- Priadour : durée d'apnée nécessaire au changement de la litière du chat.

- Saspigoule : découverte tardive d'un bout de verdure coincé entre vos dents.

- Troosme-retro : feuille de PQ de texture papier calque.

- Troosme-vova : chasse d'eau inopérante après grosse commission et pas chez soi.

- Vertiglier : jeter quelque chose qui ne sert à rien depuis toujours et en avoir justement besoin le lendemain.

- Xiévreau : distance entre le bout des doigts tendus et le ticket de péage (environ 3,5cm.)

28 mai 2009

ELLE - Misère métropolitaine

adriana.jpg

Un vendredi fatigué dans le métro parisien.

Les gens rentrent chez eux, le visage éreinté, les yeux perdus dans le vide, qui évitent le regard. Tout le monde m'ignore. Seule parmi des centaines, je prends place sur une banquette côté fenêtre, les lunettes vissées sur le bout  de mon nez. Incognito voulu qui cache mes yeux cernés par trop de soucis accumulés. Je vois sans être vue, j'observe et commente silencieusement ce théâtre sous-terrain.

Subitement, une voix suraiguë, tel un couperet, tranche le silence bruyant de la rame en mouvement. ''Vous pouvez m'aider s'il vous plait ? Vous pouvez m'aider ?'' Petites phrases lancinantes, répétées à l'envi, selon un rituel secret. Demande qui sinue entre les gens assis, entre les gens debout, lassés. Une silhouette se faufile. Elle est là, devant nous plantée. Femme sans âge, petite tête enchâssée dans un corps bien trop gros, cheveux noirs tirés en une tresse de petite fille, visage aux traits durs contrastants avec un regard inquisiteur mais tendre pourtant. ''Vous pouvez m'aider s'il vous plait ? Vous pouvez m'aider ?''

Elle ne dit rien d'autre et tend vers les passagers une boite en plastique où se bousculent quelques rares pièces de monnaie. Je suis saisie de sentiments contradictoires, mal à l'aise au plus haut point. Et mon cerveau paniqué de tenter de rationnaliser. Des questions idiotes m'assaillent et un monologue muet s'instaure ''vous aider, mais comment, mais pour quoi ? Etes-vous à la rue, êtes-vous sans emploi ? Avez- vous faim, besoin d'un toit ?'' Psychologie de comptoir, se distancier de l'événement qui dérange. Et le monologue intérieur continue, toujours aussi inepte. ''Tiens, sa question n'est pas sous forme interrogative ! Volonté inconsciente de la formulation affirmative ?'' Je suis en décalage avec la réalité. Je veux lui donner une obole mais je n'ai que des billets. Qu'est-ce qui me retient de donner, de donner sans penser à ce que l'autre va penser, de donner et tant pis si l'obole est bien trop élevée ! Y a-t-il une juste taille au don qui me retient de dégainer un billet de 10 ou de 20 €uros ? Non, bien sûr que non, c'est un refus de donner qui ne dit pas son nom. Un sentiment diffus de honte se répand insidieusement alors que je refuse de la voir, car reconnaître que j'ai honte serait m'avouer que je me sens coupable de ne pas donner spontanément, quelque soit le montant !

Mais je ne fais rien. Je n'ose la regarder. Quelques mains se tendent vers la petite boite mais les miennes restent crispées sur les poignées de mon sac de voyage ! Un débat violent s'empare de moi. Donne-t-on pour se débarrasser d'un sentiment de culpabilité ou parce qu'on a la volonté vraie de soulager ? Et d'abord, doit-on ressentir de la culpabilité si nous avons la chance de jouir d'un emploi et si ce que l'on a est le fruit d'un travail constant et acharné ? On parle d'égalité des chances dans notre société. Chance, s'agit-il vraiment de chance ou bien plutôt de circonstances que la vie crée ?

Je m'interroge encore. Comment notre société a-t-elle fait de nous des êtres aussi indifférents, des êtres qui ne savent plus pratiquer en toute simplicité la solidarité ou qui la pratiquent au gré de leurs humeurs, à la tête du client ! Car ne me dites pas que vous donnez systématiquement. Ne me dites pas que jamais vous n'avez remarqué qu'à telle personne vous donnez et qu'à telle autre pas, sans vous êtes jamais interrogés sur le pourquoi de votre charité sélective. Comme s'il existait une forme de hiérarchie implicite et silencieuse, peut-être même pas élaborée en une échelle bien précise, qui vous fait élire celui-ci au détriment de celui-là. Charité sélective selon des critères personnels et inconscients.

Oui, la charité, puisqu'il faut bien accepter d'utiliser enfin son nom et non plus des synonymes édulcorants qui paraissent plus nobles ou moins humiliants, la charité disais-je s'exprime bizarrement. Un jour on donne, un jour on ne donne pas et aucun élément rationnel ne vient expliquer ce constat. Les voies de la charité sont impénétrables.

Ne sommes-nous pas remplis de contradictions ?

+ + + + + 

Donnerai-je ou ne donnerai-je pas ? C'est la question que je me suis posée le week-end dernier. Suivrai-je leur proposition d'adopter le blond lorsque le brun me va si bien ? Quelle allure pourrais-je bien avoir les cheveux blond platine comme Adriana Karembeu ? Et oui, le week-end dernier, à grand renfort de publicité, Adriana ressortait sa toison d'or, sa jolie tenue beige, une croix rouge sang brodée sur son cœur et nous proposait encore une fois de participer au mieux-être des plus démunis.

France Inter assurait le relais sur "Ecletik"  à 10h10 avec une interview pleine d'espièglerie des Acteurs de la Solidarité. Outre le fait que le sujet abordé, le don, était traité avec humour, il me rappela ce billet que vous venez de lire et que personne n'avait lu.  La campagne de la Croix Rouge n'était-elle pas le prétexte tout trouvé pour la rééditer ? En effet, les questions qu'elle me posait, qu'elle vous posait, restent hélas d'une cruelle actualité. Rien ne change ?

Et pour ceux qui ne donnent pas, pour ceux qui ne donnent jamais, c'est que certainement sans le savoir vous hébergez en vous un Gauthier. Si c'est le cas, et même si ça ne l'est pas car on peut rigoler de tout n'est-ce pas, faites vite un tour sur le site "J'aime pas donner" (ici). Si, j'insiste, allez faire un tour et il se peut que les réponses aux sept bonnes excuses de Gauthier vous transforment radicalement. Pour le meilleur...  

 

25 mai 2009

ELLE - Fucking pigeon

Inde-Shiva.jpgJe claque la porte de l'entrée et dépose mes paquets, éreintée.

Une journée de courses, c'est épuisant mais ça, les hommes ne peuvent pas le savoir. Je devrais dire shopping, d'ailleurs, c'est bien plus "in" ou moins ringard, c'est selon, mais les anglicismes m'agacent alors je tente de leur résister. J'vais quand même pas m' laisser coloniser l'vocabulaire ! Subitement j'entends un bruit léger, une esquisse de bruit même, qui me pétrifie instantanément. Je tends l'oreille et retiens ma respiration. Instinctivement, j'avance sur la pointe des pieds jusqu'au salon.

Rien, la porte-fenêtre qui ouvre sur le balcon est ouverte, mais trop peu pour qu'un intrus ait pu entrer en mon absence. Pourtant, ce n'était pas une hallucination auditive, non, j'ai bien entendu un bruit. Je fouille du regard la pièce mais ne note rien qui justifie plus longtemps mon inquiétude. Je passe à la cuisine ranger les provisions mais le malaise ressenti me laisse sur le qui-vive.

Premier véritable jour de printemps ici, il fait chaud. Je décide de passer une tenue plus légère et me dirige vers la salle de bain. Un autre bruit, cette fois venu du dressing (zut, j'ai cédé !) m'immobilise, culotte Petit Bateau à la main. Je n'ose plus bouger. Je ne suis plus qu'une paire d'oreilles, concentrée sur le silence revenu. Je me couvre les fesses à la hâte, inspire un grand coup et sans courage, le coeur prêt à rompre, j'avance vers le dressing.

Aaah ! J'ai hurlé. Mon cri a raisonné dans toute la maison et son ampleur a enchéri sur ma propre frayeur. Un pigeon me fonce dessus, bec pointé, affolé. Mon hurlement l'a effrayé et le voilà qui volète dans tous les sens et obstinément se cogne la tête dans la vitre de la fenêtre fermée. Cette fois-ci, il plonge vers moi. Je note ses yeux injectés de sang et crois voir un peu de bave au coin du bec, c'est un méchant ! J'esquive le vol en pliant les genoux et la pointe de son bec me frôle la tête. Je lève les bras en criant à nouveau, me croyant dans la peau de Tipi Hendren. Il fait un demi-tour et recommence sa danse hypnotisée vers le carreau. Je libère mon angoisse en le traitant de tous les noms d'oiseau. Quand enfin il s'éloigne, je me jette tétons en avant comme une figure de proue et ouvre grand les deux battants. Je ne peux pas l'approcher pour le chasser car ma vue le fait paniquer et chaque nouvel affolement projette des duvets et des chiures partout.

Et oui, le bougre vole et conchie tout en même temps. Il n'y a pas que les femmes qui peuvent faire deux choses à la fois. "Nom de dieu, Gicerilla, calme-toi, ce n'est qu'un pigeon..." m'intimé-je. Mon calme revenu, mes yeux se dessillent et embrassent l'étendue des dégâts. La moquette est maculée de matière verdâtre et blanche, des trainées de la même couleur, comme une peinture abstraite, strient la tapisserie à plusieurs endroits et les étagères du placard et de la penderie, hélas restée ouverte, sont emmerdées. La centrale vapeur lui a servi de perchoir et la planche à repasser est à jamais souillée de ses ordures. Oh, non, le jeans blanc immaculé que je venais de repasser gît lui aussi profané d'auréoles écœurantes. Je reprends de plus belle mes insultes au volatile qui mérite bien le dégoût et le dédain des parisiens. Enfin, il s'enfuit et je reste plantée là, abattue.

"Allons, G., resaisis-toi !" D'un pas décidé, je fonce vers la cuisine. J'enfile mes Mapa rose à longues manchettes de pro des gros travaux, une éponge dans une main, la javel dans l'autre, le K2R moquette dans la troisième. Me voilà devenue Shiva aux seins nus, prête à exterminer les fientes. Argh, mais c'est infâme. C'est à la fois liquide et sec, indécollable. Plus je nettoie et plus je découvre d'endroits maculés par ses projections. Me direz-vous comment un animal dont le poids moyen est de 300 grammes peut-il produire autant de déjections ? Et nom d'une pipe, que mange-t-il, c'est indécrottable !

Harassée, en sueur, le cul posé sur la moquette, complètement ahurie, je regarde le résultat. Les étagères sont propres mais la moquette ne s'en remettra pas. A cause d'un pigeon, je vais sûrement perdre la caution, ce n'est pas croyable. La morale de cette histoire ?

Ben, je n'en vois pas !

 

 

22 mai 2009

ELLE - Ronde à croquer

dinde.jpg Le téléphone sonne au milieu de la nuit.

 

Jacques sursaute. Son cœur bringuebale dans sa poitrine, incapable de reprendre le rythme régulier du pendule. Les yeux grand-ouverts sur l'obscurité, la sonnerie lui vrille le cerveau. Seule la sixième sonnerie crée enfin du sens, c'est le téléphone qu'il tente d'attraper en tâtonnant, renversant sur la moquette le verre d'eau qui trône toujours sur sa table de nuit. Un juron accompagne le décrochage du combiné. "A l'huile !" dit-il d'une voix rouillée. Il n'a même pas réfléchis. Tic téléphonique qu'il a attrapé il y a si longtemps avec sa frangine !

"Quoi ?" répond la voix, visiblement agacée. C'est une voix trouble, grave, voilée, inclassable. Une voix étouffée. Jacques se reprend et répond "Allo ? Qui est à l'appareil ?" Son interlocuteur ne prend pas la peine de répondre et l'interroge "Quelle heure est-il chez toi ?" Marc se frotte les yeux comme si de voir plus clair allait donner plus de sens à cette drôle de conversation. "Euh, 3h24" dit-il du tac au tac, se surprenant de sa docilité. "Mais qui est à l'appareil ?" L'importun semble ignorer sa question encore une fois. "Ne pose plus de questions, réponds aux miennes si tu veux la revoir !" Jacques ne comprends rien. De quoi veut parler ce type qui le tutoie. La revoir ? "C'est quoi cette plaisanterie ?" La voix assourdie reprend sans commenter "Je te parle de ta femme. Si tu veux la revoir, réponds à mes questions sans discuter."

Jacques est maintenant parfaitement réveillé. Il s'est redressé sur les oreillers et a allumé la lampe de chevet. Un sentiment d'angoisse irraisonnée lui tricote les entrailles. Cela n'a pas de sens et pourtant, comme une intuition que les fils d'un drame sont en train de se tisser. Par réflexe, il regarde la place vide à côté de lui. Charlotte est partie en voyage, comme elle le fait une fois par mois depuis quatre ans.

Quatre ans déjà qu'ils se sont rencontrés. Il s'en souvient de manière vive et son inquiétude semble ressusciter toutes les images de cette rencontre digne d'un conte de fée. Elle, assise à la table du petit café sur la place à côté l'église. Il était midi exactement. Il s'en souvient encore car les douze coups sonnaient en sol. A ses pieds, un panier plein de denrées fraiches achetées au marché. Il avait lui aussi un panier chargé de victuailles et cherchait une table libre à la terrasse pour déguster, comme elle, son petit noir dominical. Plus de place. Elle lui avait offert la chaise libre à côté d'elle. Tout avait commencé là, le 5 mai 2005. Récurrence de 5 comme une prophétie. Il était fait pour elle, elle était faite pour lui. Le mois de mai rimait pour lui avec la rencontre du bonheur. Le muguet y avait-il été pour quelque chose ?


Pourtant, ces derniers temps il trouvait qu'elle se laissait aller. Elle n'était plus aussi attentive à sa ligne, à sa mise, et bien qu'il l'aimât toujours une partie de lui se désolait de ses rondeurs excessives. Il avait tenté gentiment d'y faire allusion mais elle l'avait mal pris. Alors il se disait qu'en mai, après la pluie, le beau temps et qu'elle ferait sûrement de nouveau des efforts pour lui plaire dans ses petites robes légères.

 

"Tu te fous de moi ?" Jacques revient à la réalité et le combiné contre son oreille semble le brûler. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Ma femme est en voyage d'affaire". "Ah oui, tu en es bien sûr ? Et depuis combien de temps elle ne t'a pas appelé ?" Jacques ne sait plus. Ah si, il le sait. Hier soir. Tiens, c'est vrai qu'elle ne l'a pas appelé ce soir. "Vous dites n'importe quoi, je ne vous crois pas. D'ailleurs pourquoi serait-elle avec vous ? " "On s'en fout de ce que tu crois, je te dis que t'as intérêt à me prendre au sérieux, sinon...." Jacques sent les tenailles de sa peur lui triturer le ventre de plus belle. Il lui faut une preuve. "Si vous détenez ma femme, qu'elle vous dise le titre du dernier film que nous avons vu au cinéma ?" "Ta gueule, c'est moi qui pose les questions !" Le bip monotone répété à l'infini lui indique que l'interlocuteur a raccroché. La panique l'étreint mais que peut-il faire ? Appeler la police avec aucune information. Ils vont lui rire au nez, n'est-ce pas là une plaisanterie de gamins ?

 

Le téléphone sonne à nouveau. Il décroche avec fébrilité "Gran Torino. C'est votre film ! Et si tu doutes encore, il parait que j'ai qu'à te demande "As-tu embrassé ton canari ce matin ?"  et tu n'auras plus aucun doute qu'elle est avec moi !" Jacques est effondré, des larmes lui piquent les yeux mais il les ravale, il ne doit pas trahir son désarroi. Son canari, elle seule peut savoir ça. Sa passion des oiseaux et son amour idiot pour la petite chose jaune qui lui dit bonjour le matin quand il entre dans la cuisine. Il doit se calmer, essayer de comprendre de qui lui arrive "Si vous la détenez contre son gré, prouvez-moi qu'elle va bien. Et bon dieu, que voulez-vous à la fin ?" Il ne voulait pas crier mais c'est plus fort que lui, les mots ont jailli.
- "Tu l'aimes ta femme ?"
- "Oui ! Oui je l'aime, merde !"
- "Elle te plait toujours ta femme, parce qu'à moi, elle plait bien. Ses rondeurs, sa douceur. Ah, la douceur de sa peau...."
- "Connard, tu touches pas à ma femme sinon..."
Jacques hurle maintenant. Le tu, aigu comme une dague, a remplacé le vous bien propret. Il sent monter en lui la rage ancestrale de celui qui défend sa tribu. 
- "Sinon, quoi ? Petit malin, tu ne sais même pas qui je suis, tu ne sais même pas où elle est et mon numéro de téléphone est irrepérable !" Jacques perd son sang-froid totalement.
- "Ne touches pas à elle, t'entends, tu ne t'en sortiras pas comme ça !" Les mots sortent de sa bouche, automatiques, comme dans un mauvais polar, réflexe sans réflexion, désespoir de l'impuissance, impuissance des mots. L'autre continue, et Jacques sent un pointe de sarcasme dans la voix.
- "Moi, tu sais, des girondes comme ta femme, je les aime bien juteuses, tu vois, comme une dinde que j'embroche et qui mouille sous la chaleur de mes assauts. Tiens, ta femme c'est comme un ortolan. Interdite, à la chaire persillée qu'il faut dévorer à pleine bouche, le jus qui dégouline à la commissure des lèvres sans rien essuyer, sans retenue, la tête planquée sous le drap à l'instar d'une serviette. C'est ça ! Tu vois, j'ai la métaphore ornithologique. T'aimes les oiseaux n'est-ce pas ? Et bien ta femme, c'est le met interdit, attrapé en lousdé à la barbe des gardes-chasses. Ah, ses rondeurs ! En ce moment elle est ficelée sur le lit comme une poularde prêt à l'enfournage. Les mains dans le dos, les chevilles liées, un rôt à savourer. Humm tiens, rien que d'y penser...."

Jacques vocifère "Tais-toi, salaud !"
La voix reprend "Ah, tu veux que je me taise ? Tu l'auras cherché. Un, deux trois, c'est terminé..." et le déclic dans le combiné lui dit que la voix a raccroché.

"Noooonnnnn !" résonne désespérement dans la chambre vide.

 

Jacques se redresse d'un bond, le front inondé de sueur et des extrasystoles qui lui donnent mal au coeur. Dans le noir intense de la chambre, il ne voit rien. Instinctivement, il tend la main sur sa gauche pour vérifier que c'était bien un cauchemar et il sent le corps chaud de sa femme sous sa paume. Il allume la liseuse pour se rassurer, pour s'assurer qu'elle est bien là. Charlotte dort paisiblement, le corps à moitié découvert laissant voir à Jacques ses seins généreux et son ventre rond. Des larmes lui viennent aux yeux alors que, soulagé, il se penche vers sa nuque et dans le souffle d'un baiser il lui dit

"Je t'aime, mon amour. Je t'aime, avec tes rondeurs, comme tu es, ne change rien !"

  

+ + + +

 

Et oui, je me suis fait taguée encore une fois. Luthécia est la coquine à blâmer. J'ai, comme à mon habitude, détourné le tag et presque tout y est.

Le tag original chez Anne-Laure  et se présentait sous forme d'un questionnaire repris ci-dessous. Je ne tague personne, celle ou celui qui le voudra reprendra la flambeau !

 

 

Quelle heure est-il chez toi ?

Mai rime avec ?

As-tu embrassé ton canari ce matin ?
Où vas-tu tout à l'heure ?
Ecris cette phrase sur le blog de la dernière personne qui t'a laissé un message : "En Mai, après la pluie le beau temps" ! 
Que faisais-tu le 05/05/05 ?
Au prochain coup de téléphone, tu réponds par "à l'huile".

Le dernier film que tu as vu au cinéma ?
Dessine moi une fleur ou sors et prends en photo la 1ère fleur que tu vois.

Compte jusqu'à trois et fais ce qu'il te plait !
Donne-nous le lien n°5 de tes favoris.
C'est terminé. 

 

fleur.jpg

 

 

05:10 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tag

19 mai 2009

ELLE - Quand l'élite se délite

croissant.jpgTous les jours je me répète comme un mantra, "ah, quelle chance n'ai-je pas là !"

Oui, comme une formule magique, je psalmodie ce constat pour que cela dure le plus longtemps possible, parce que la chance, n'est-ce pas, c'est fugace, ça ne dure pas. Et la lame 10 du Tarot ne s'y est pas trompée qui nous rappelle que lorsque la roue tourne nous pouvons tour à tour étouffer dans la boue ou jubiler à l'air pur des sommets. Ainsi donc, disais-je, ne suis-je pas heureuse de côtoyer chaque jour l'élite de notre société ? La crème de la crème, vous dis-je.

Imaginez un peu ma chance. Mon bureau, du dernier cri ergonomique, fait face à d'immenses baies vitrées qui me dévoilent le Mont Blanc parfois brumeux, parfois dégagé avec des reflets mentholés. Je travaille avec des personnes à l'instruction poussée, beaucoup issues de milieux bourgeois plutôt aisés. Elles sont de toutes nationalités, polyglottes, et rares sont celles qui ne parlent que deux langues étrangères. Elles s'habillent avec goût, enfin le goût du moment, et le cavalier de Ralph Lauren s'affiche volontiers à gauche sur leur sein. Polos et autres chemises achetés directement à l'usine de Port Louis, car bien que grassement rémunérés, ces hommes exceptionnels sont comme vous et moi, à l'affût de la bonne affaire car la réussite tient aussi à cette qualité-là. C'est tout de même d'une classe extraordinaire de dire, sur un ton faussement détaché,  "Mon cachemire ? Ah, mais je l'ai payé trois fois rien, une misère pour un six fils. Nous sommes allés directement à l'usine..." Bon, ça, c'était quand l'entreprise n'avait pas encore plié bagages et permettait aux visiteurs de remplir les leurs à peu de frais.

Les yeux rêveurs, perdus bien au-delà de la machine à café devant laquelle j'étais plantée, je pensais à cela "ah, quelle chance n'ai-je pas là !" Soudain, alors que le distributeur aux entrailles mal huilées crachouille avec force éclaboussures un infâme jus marronnâtre, un des book-leader (en français "dirigeant de livre") se colle derrière moi, certain ainsi de ne pas perdre son tour dans la file qui à tout instant grossit. Je me retourne, aussi gracieuse que la Duègne qui jamais ne fut culbutée, et je lui lance un  "bonjour !" sans le penser. Je l'observe un instant, beau gosse toujours hâlé aux yeux bleus si clairs qu'ils donnent envie de s'y baigner. Il attaque déjà à belles dents un des croissants bien beurrés livrés chaque matin aux frais de la princesse. Ah, je ne vous l'ai pas encore dit ! Figurez-vous que pour assurer à ces cerveaux les sucres indispensables à leur génial fonctionnement, notre société offre tous les matins des viennoiseries variées qui régalent les employés. "Ah, quelle chance n'ai-je pas là !"

Il commence à mâcher son croissant avec l'élégance d'un vieux qui perd son dentier et, alors qu'il me débite des plaisanteries, il offre à ma vue effarée tous les stades de la mastication de son croissant. Je le rabroue tel sa maman du temps où il avait encore des boutons "pitié, ne parle pas la bouche pleine, ça me dégoûte !" Croyez-vous qu'il s'exécute, un peu vexé, et serre les lèvres afin de déglutir ? Que nenni. Comme il rit de bon cœur devant ma mauvaise humeur, voilà qu'il me montre le fond de sa gorge et sa luette qui frétille sous le souffle de son ris plein de bouillie. Ca a beau être des croissants au beurre, la bouillie qui macule son sourire me fait fuir en me disant "Ah, quelle chance n'ai-je pas là !" 

Le café à la main, je me dirige vers mon bureau quand Stéphane m'interpelle au passage. Je m'arrête un instant, maudissant l'impudent qui retarde le moment où enfin, je vais pouvoir déguster le jus amer qui tangue dans mon gobelet. Il m'expose son problème. De toute évidence, les enjeux sont importants et se lit bien sur son visage la concentration que lui impose la situation. Et alors qu'il continue à s'expliquer ne voyé-je pas sa main droite descendre sans façon vers sa braguette pour remettre en place, ou serait-ce pour le gratouiller, son service trois pièces ! Mes yeux tentent de rester river sur les siens mais inexorablement ils sont attirés vers le bas, comme pour s'assurer qu'ils ne rêvent pas.  Non, je ne rêve pas ! Absorbé qu'il est par ses soucis, il ne réalise même pas qu'il est devant moi en train de se réajuster. Je le plante là, lui promettant une réponse pour plus tard, et fonce comme une hallucinée vers mon bureau me murmurant "Ah, quelle chance n'ai-je pas là !"

Sur le chemin, je croise Goran, les journaux du jour dans la main, qui se dirige allègrement vers les WC. Non ! Je crois à une hallucination. Ma parole, il se croit à la maison et sans même s'en cacher, il va siéger avec la presse du matin ? Décidément, quelle joie de travailler avec l'élite de notre société. Le nec plus ultra, vous dis-je. J'arrive finalement à mon bureau et m'assois, affligée, en répétant comme pour m'en persuader.

"Ah, quelle chance n'ai-je pas là !"

 

 

16 mai 2009

ELLE - Le jeu des 7 erreurs

josh_vincent.jpg

Il n'y a pas si longtemps encore quel était le rêve du français moyen ?

Ne rêvait-il pas simplement de fonder une famille, d'acheter sa maison, d'élever ses enfants et par son travail trouver une place digne dans la société, dans sa ville, dans son quartier puis mourir en paix ? Ne rêvait-il pas d'acquérir une voiture, un réfrigérateur, une télévision peut-être, ambition de luxe extrême, un coin de jardin où cultiver ses radis ? Ne rêvait-il pas de vacances dans un camping en bord de mer pour y boire le pastis et jouer avec les copains à la pétanque. Le français moyen, il n'y a pas si longtemps, avait des rêves simples et sa vision de la vie n'en était pas moins saine. Jusqu'à ce que le développement de toutes les technologies vienne bouleverser ses ambitions.

En quelques décades, tous les codes ont été bouleversés et ce qui fait maintenant rêver mon voisin de palier n'est plus l'idée d'un bonheur simple mais bien des envies exorbitantes, source de frustrations et parfois même d'exactions. Oh, bien sûr, cette introduction est lapidaire mais elle n'a pas vocation de synthétiser toutes les études sociologiques faites sur le sujet par des spécialistes dont je ne suis pas. Non, ce préambule pour tenter de resituer rapidement combien nos codes et nos valeurs ont changé. A se demander, à ce propos, si l'évolution de notre société en est bien une à la lumière de nos nouvelles ambitions ou si elle n'est pas plutôt une régression sous la forme d'une utopie dangereuse promue par notre société de consommation ?

Société de consommation ! Comme un mot vulgaire que ma bouche crache avec dédain. Société de consommation qui suscite des désirs inaccessibles et inassouvis qui laissent le chaland frustré et bandant comme le pauvre hère devant une vitrine du Red District. Comme dit le proverbe "si tu restes en bandaison, assurément tu finiras en prison !". Pas bon, ça.

Mais quels sont donc ces nouveaux codes que je crucifie ici comme vils brigands ? Analysons deux exemples, un américain et un français, dont le message, au-delà de nos différences culturelles, est étrangement semblable. A croire que l'image de l'idéal qu'il véhicule a un caractère universel qui efface dès lors toutes nos particularités. Car les messages publicitaires, comme le reflet de ce à quoi l'homme doit aspirer, traduisent la même vacuité. Voyons voir.

L'homme doit être socialement reconnu, "avoir réussi", voiture de luxe, soirée jet-set, tapis rouge... L'homme doit être élégant, smoking de rigueur, coupé sur mesure c'est mieux, chemise blanche immaculée, filmé en noir & blanc... L'homme doit être sexy, pectoraux en béton, carrure d'Apollon, visage rasé de près, regard sombre... L'homme doit être sûr de lui, port de tête fier, expression de distance ravageuse "regarde-moi, convoite-moi, je suis inatteignable !"... L'homme doit être sexuellement attirant voire même irrésistible, femmes au sourire excité, concupiscence à fleur de peau, effleurements furtifs de l'idole, succès assuré au lit ou ailleurs...  Et tout cela grâce à quoi ? Grâce à une ou deux pulvérisations de fragrance miraculeuse. Le bonimenteur a changé, il n'est plus camelot, il a pignon sur rue mais l'illusion qu'il vend fort cher est la même. Il vend du rêve, il vend du miracle, il vend de la séduction en flacon aux plus crédules. Aux plus désespérés ? Décidément, le parfum, je ne m'en sors pas.

Voilà donc nos codes, voilà donc nos rêves préfabriqués, voilà donc notre nouvelle religion sur l'autel de laquelle nous sommes prêts à tout sacrifier, y compris nos valeurs morales et notre intégrité. Déplorable ! Une chose pourtant me réconforte un peu. La vision française de cet idéal est certainement plus "glamoureuse" que la version américaine mais, hélas, pas moins racoleuse.

A vous de juger !

 

 

 

13 mai 2009

ELLE - Incompatibilité de milieu

Adélaïde.jpg

Elle m'avait asséné son argument comme une vérité incontestable.

Il y avait quelques années déjà mais je ne l'avais jamais oublié et ce que je vivais maintenant rendait comme un devoir le fait de lui écrire pour le lui dire. Le facteur allait passer à 10h00. Il me restait une heure pour rédiger ma lettre. Le facteur l'emporterait et, dans deux ou trois jours, elle la recevrait. Je pris le plus riche vélin dont je disposais et je m'attablais à mon écritoire.

"Très chère Adelaïde,

Tu te souviendras sûrement de cette soirée de juillet, il y a trois ans alors que tu passais l'été chez nous, et de cette discussion enflammée que nous avions eue. Avec la condescendance de celle qui croit que son expérience lui confère une supériorité, j'avais contesté cette affirmation qui me choquait. Je mettais sur le compte de ta jeunesse cette sentence, d'autant que tu n'avais alors guère plus de 22 ans. "Je te le dis, il est impossible de construire une relation durable avec un homme qui n'est pas de son milieu !" Tu avais lancé le mot avec une forme de défi dans la voix "essaie un peu de me dire le contraire si tu l'oses !"

Ton assurance juvénile et péremptoire m'avait agacée tout autant que le propos avancé. Quoi, nous étions issu d'un milieu dont il ne fallait surtout pas s'émanciper au risque de courir à l'échec ? Ne pas fréquenter hors d'un périmètre socioculturel bien défini faute de quoi nous serions assurément mal appareillés et la relation alors ne saurait durer ?

L'idée que tu avais évoquée m'avait été instantanément abjecte et je l'avais combattue pas à pas. Toi, la petite "morveuse" pensais-je tout bas, prétendait que n'importe quel amour, quelles que soient sa puissance et son authenticité, ne saurait dépasser les différences sociales et autoriser deux êtres mus par ce sentiment de s'associer pour la vie, sans déconvenues. Tu avais mis ainsi en avant le fait que nous étions indissociables du milieu où nous avions été élevés, où nous avions été éduqués, milieu qui nous avait irrémédiablement formatés. Ce propos avait offensé ma conception de la valeur humaine intrinsèque qui me disait qu'un individu ne valait pas uniquement pas son instruction mais surtout par son éducation et son adhésion à des valeurs partagées. A l'époque, je croyais encore que l'homme, terme générique, avait en lui cette richesse humaine qui le rendait forcément intéressant et fréquentable par n'importe quel autre être humain, qu'ils fussent issus ou non du même milieu social. Je le croyais et je tentais de te prôner, mécréante, afin que tu t'ouvres à des idées d'égalité humanitaire et non d'égalité sociale. Je n'avais pas réussis pas à te convaincre, tu avais tenu bon le cap, et j'étais restée seule à divaguer sur une mer d'idéalisme.

Hélas, Adélaïde, voilà que récemment, la vérité de ta vérité m'est apparue, bien réelle, trop réelle et trop cruelle. Voilà cet homme qui me plait. Je l'appelle mon garde du corps et il le garde en effet, il en prend soin avec délicatesse et assiduité. Il n'est pas né sous la même étoile que la mienne et alors que mon parcours fut doux, sans être toutefois dénué d'efforts, d'échecs et de victoires, le sien fut rude. Nous partageons beaucoup de principes de vie et de valeurs, y compris celle que le travail quel qu'il soit, s'il n'est pas vil, rend l'homme digne. Pourtant, au fil du temps, je constate avec une forme de dépit que nous ne saurions rien construire ensemble. Oui, avec dépit car notre association me fait maintenant mentir a posteriori et renier ce que je pensais sur le sujet.

Nous sommes mal assortis, quoi qu'il m'en coûte de le reconnaitre. Les conversations que nous partageons sont pauvres car nous n'avons en commun aucun centre d'intérêt. Je sens dans mes tripes, et je m'en horrifie, que jamais rien de durable ne pourra être par nous construit car surgira toujours, tel un spectre effrayant, son sentiment d'infériorité devant moi. Il m'a mise sur un piédestal que je ne mérite pas et me regarde d'en bas, les yeux émerveillés qu'une femme "comme moi" accepte de le fréquenter. Le poids de la société pèse sur ses épaules, qui dit que l'instruction que l'on n'a pas est un handicap à vie et qu'il empêche, comme le boulet de fonte au pied du condamné, de prétendre un jour à s'élever. Et au fond de moi, même si je lutte contre cet a priori, je sais qu'il a raison. Bientôt je m'ennuierai et le bien être ressenti dans ses bras n'y suffira pas.

Pourtant, au mitan de ses bras je suis si bien. Le désir puissant qu'il a de moi est comme un antidote au poison qu'est le doute qui m'étouffe parfois. Sa lucidité et la mienne viennent quelque fois ternir le repos de nos ébats car lui et moi savons, sans nous le dire, que demain ne sera pas. Nous vivons sans réfléchir, tentant d'oublier le fossé qui, hélas, existe et que l'on franchit le temps d'une nuit mais qui ne saurait l'être le temps d'une vie. L'autre fois ne m'a-t-il pas dit "tu vois, entre ces draps, là, nous sommes à égalité !"

Tout a été dit. Aveu de son impuissance devant un fait que je ne peux plus nier. Oui, on vient bien d'un milieu socioculturel et c'est un leurre de croire que l'on peut aisément s'en éloigner. Il est difficile de trouver un terrain neutre où se rejoindre pour construire à deux, en mélangeant harmonieusement nos individualités, si ce qui nous compose est par trop différent. La reconnaissance de cet état de fait m'est insupportable mais elle s'impose à moi et je ne sais pas si je possède les ressources nécessaires pour tout à fait m'en affranchir.

Je suis esclave de cette société, mais avant tout, je suis esclave du milieu où je suis née et je sais maintenant qu'il est inutile de frayer dans des eaux qui sont, par nature, contraires à mon épanouissement. Il en va de même pour lui, évidemment. Une relation doit apporter du bien être au-delà des draps et non pas des interrogations dont les réponses blessent et apparaissent comme une muraille infranchissable.
Ce constat m'afflige mais tu avais raison et, aujourd'hui, je voulais par cette lettre t'en faire part. J'aurais pourtant aimé que la vie te fasse mentir.

Je t'embrasse.

Colette. "

 

 

10 mai 2009

ELLE - Quand la libido joue aux charades

Scheurer.jpgComme chaque fois, le hammam est pour moi un ressourcement.

Je m'y ressource, je me renouvelle, et étonnamment je m'y cultive aussi. Il ne faut pas croire qu'au hammam on ne fait que suer et gommer les miasmes qui nous encrassent la peau. Non, le hammam alimente aussi le cerveau. La preuve. Me voilà allongée nonchalamment sur le transat chauffant, le visage cramoisi de celle qui vient de s'étriller comme une jument après le trait. Incapable plus longtemps d'efforts, je laisse mon corps épouser mollement les formes du transat accueillant. Là, à portée de main, un exemplaire d'Edelweiss, magazine autochtone sans grande valeur. Je m'en saisie et commence à feuilleter l'édition du mois de mars 2009. Mes pensées errent et mon attention n'arrive  pas à se focaliser sur les articles survolés. Subitement, un mot suffit à éveiller mon intérêt. Petit mot de trois syllabes qui suscite chez moi une curiosité toujours aussi vive. Il fait partie des mots clés de notre société à l'instar de sexe, argent, pouvoir. J'ai nommé LI-BI-DO !

Je découvre un article dont le sous-titre est si explicite qu'instantanément je retrouve l'énergie qui me manquait "Meredith Chivers a découvert qu'une femme peut s'exciter pour tout et qu'un mec, non. Ah bon ?"

Je commence avec enthousiasme la lecture de l'étude qu'a fait cette femme à la lumière de la question "Que veulent les femmes, au rayon cul et câlins ?" Et pour tenter de trouver la réponse à cette question cruciale, cette professeur en psychologie à l'Université de Kingston, Ontario a mis au point une étude à la démarche scientifique tant dans son élaboration que par les outils utilisés. Elle a fait appel à 36 personnes, hommes et femmes, homos et hétéros. Elle les a allongés à tour de rôle dans un fauteuil équipé d'un "plethysmographe" dont les capteurs étaient directement branchés aux parties excitables. Les volontaires ont été aussi équipés d'un ordinateur portable et ont dû décerner via le clavier numérique le degré d'excitation déclenché par chacune des séquences qui leur ont été proposées.

Et bien, les messieurs sont comme on les aime, prévisibles, et je trouve cela très rassurant. Ils bandent devant une femme nue s'ils sont hétéros et devant un homme nu s'ils sont gays. En revanche et c'est là l'intéressant de la chose, les femmes restent de bois devant un homme qui déambule nu sur une plage alors qu'elles s'avouent excitées par une scène de pornographie bonobo ! M. Chivers se retrouve maintenant à la tête d'une série de résultats qu'il va lui falloir interpréter et ériger en hypothèses. Pionnière dans le domaine, elle va devoir les évaluer seule, sans pouvoir s'appuyer sur d'autres travaux puisque les siens sont nouveaux.

L'article, au-delà de l'aspect croustillant qu'il offre de prime abord à cause du sujet, est passionnant parce qu'il ouvre différents champs d'exploration. Ce qui m'a paru le plus étonnant, je vous le confie ci-dessous. Etonnant en cela qu'il offre un argument majeur à ne pas ignorer dans les cas de violeurs  "Mais votre Honneur, elle mouillait j'vous dis, elle était consentante ! J'vous l'jure votre Honneur, c'est sûr qu'elle a aimé..."

"L'hypothèse de l'australopithèque :
Assez encombrante, celle-là. Elle dit, en résumé, que le corps des femmes répond à toute situation perçue comme potentiellement sexuelle en se préparant à une éventuelle intrusion mâle, parce que ainsi en a voulu l'évolution. La "femme préhistorique" dotée de ce trait était en mesure de "réduire l'inconfort et le risque d'être blessée" au cas où un mâle lui sauterait dessus. Elle avait ainsi plus de chances de rester en bonne santé et, par conséquent, "de transmettre cette caractéristique à sa descendance", écrit Meredith Chivers dans les Archives of Sexual Behavior (...) voilà la preuve que "l'excitation physique n'indique pas un consentement", ni même un désir (...) le corps d'une femme peut mouiller mécaniquement, oui, même si elle n'a pas la moindre envie..."

Alors, un conseil aux messieurs sûrs de leur pouvoir de séduction et autres Dom Juan, ne vous fiez plus aux apparences. Et avant de passer aux choses sérieuses, assurez-vous donc qu'en plus d'être consentante la Dame est aussi désirante

Et si l'article dans son entier vous intéresse, il est dessous !

 Article par Nic Ulmi.doc

 

 

07 mai 2009

ELLE - L'art d'être responsable

broken-vase-wooden_~766095.jpgRESPONSABILITÉ, subst. fém.

A. − 1. Obligation faite à une personne de répondre de ses actes du fait du rôle, des charges qu'elle doit assumer et d'en supporter toutes les conséquences.

Évidemment, nous avons tous prononcé ce mot, en général pour le renvoyer en boomerang à la face de l'autre. "Il faudrait que tu apprennes à assumer tes responsabilités !". Parfois aussi, indigné, pour signifier à l'adversaire que nous sommes des êtres responsables, justement "Et bien moi, je te signale, je n'esquive pas mes responsabilités !" Combien de fois le mot au quotidien et dans la vie privée ne revient-il pas comme rappel de l'importance de faire face à cette obligation ? De sa récurrence à tout moment, on pourrait en inférer que cette attente est bien ancrée dans notre société voire même dans notre éducation, alors comment se fait-il qu'on en trouve si peu qui réellement assume ?

Car il est question de répondre de ses actes et d'en supporter les conséquences, quelles qu'elles soient. Et lesdites conséquences sont rarement des événements agréables. À se demander pourquoi, en effet, être responsable c'est assurément être en butte à un moment donné à des situations où il faudra essuyer des réprimandes ou des vexations, essuyer des attaques multiples et riposter en tentant de prouver que nous avions raison. À croire qu'implicitement avoir des responsabilités c'est prendre le risque d'être uniquement sujet à la critique. À croire que le mot responsabilité contient à lui seul un pléonasme pour devoir, culpabilité, obligation... À ce compte là, on ne pourrait reprocher à quiconque de vouloir échapper à ce terme plus contraignant qu'une incarcération. Mais on n’y échappe pas et, dès lors que des responsabilités nous incombent ou que nous avons accepté d'en assumer, nous avons un engagement irrévocable de répondre.

Qu'y a-t-il de si difficile dans l'acte de justifier une décision ? Si elle est de circonstance, rien n'est plus facile que d'exposer les éléments de la réflexion qui nous ont menés à telle résolution. Et si au cours du temps, ladite décision s'est révélée inefficace ou mal à propos voire catastrophique, n'y a-t-il pas du courage de reconnaitre que l'on s'est trompé ? Et pourquoi alors si peu de décisionnaires assument totalement les conséquences des décisions qu'ils prennent, des actions qu'ils engagent ? La peur de la sanction ? Soit, mais n'est-ce pas ce qu'il en coûte lorsque l'on prend à sa charge des responsabilités, acte qui ne devrait  être pris qu'en connaissance de cause ? La peine de mort n'est plus en cours, alors que craindre si ce n'est la disgrâce dont on se relève assurément si, bien sûr, notre ego par son poids ne nous cloue pas au sol. Un responsable se doit de donner l'explication idoine, même si le constat d'incompétence est la sentence récoltée par celui devenu par le même coup irresponsable mais toujours redevable aux yeux de la loi.

Ah, un mot a été lâché, l'ego. Serait-ce de celui-là dont il s'agit ? Ou ne serait-ce pas aussi, plus souvent, la couardise et la peur qui motivent les multiples tentatives d'esquive, transformant soudainement le coupable en délateur qui pointe du doigt les carences de l'autre, les faiblesses d'un système qu'il a pourtant contribué à promouvoir ou toute autre cause qui le rendrait exempt de responsabilités. Et les pires excuses ont été entendues ne négligeant pas le temps qu'il fait, la conjoncture, le hasard, le mauvais sort, que sais-je ...

Pourtant, il y a du panache à assumer. A regarder le challenger droit dans les yeux, sans ciller, et s'expliquer sans rougir, sans trembler, sans bégayer même si le constat qu'on fait démontre la faute de jugement, la faute de raisonnement, la faute tout court. La grandeur d'un homme se mesure à ce moment-là, à condition qu'une forme d'orgueil ne vienne pas entacher tout mea culpa qu'on ferait. Mais si cela n'est pas, il s'agit de savoir si la personne peut "répondre". Et pour cela, il faut être apte juridiquement et peut-être psychologiquement à répondre de ses actes. La première condition est la nécessité d'une volonté saine et la seconde est la nécessité d'une volonté libre. Si les deux cas sont réunis, l'accusé doit assumer sans tergiverser ou chercher à trouver une échappatoire.

 

Mais que faire devant ça :

La femme de ménage : Madame G., je suis désolée, j'ai brûlé avec un fer trop chaud ta robe de soirée et j'ai cassé le vase d'opale.

 

Madame G. : Passe encore pour la robe, elle n'était pas récente et je ne pourrai jamais la remplacer, mais le vase, j'y tenais beaucoup. Il faudra le remplacer ou le rembourser.

 

La femme de ménage : Madame G. t'inquiète pas, je vais t'acheter un autre vase. Mais ne te préoccupe pas, seuls les vivants font des bêtises !

 

 

Presque toujours, la responsabilité confère à l'homme de la grandeur.

Stefan Zweig

 

04 mai 2009

ELLE - Naturellement pulpeuse

cosmopolitan.jpgAïcha se frotte les yeux devant l'écran qui l'aveugle maintenant.

Cela fait trois heures qu'elle relit les slides de sa présentation. Elle a peur de laisser passer une faute d'orthographe et qui serait impardonnable. Zarah, assise en face d'elle, l'observe un instant puis lui dit "Allez, viens, on va boire un café. Repose tes yeux cinq minutes." "Tu as raison, de toute façon, je ne vois plus rien, ma vue se bouille !" Elles se dirigent vers la cuisine. Cela fait cinq ans qu'elles travaillent ensemble. Aïcha s'est rapprochée rapidement de Zarah. Elle était déjà dans la place et leurs origines communes rendaient le rapprochement naturel. Toutes deux sont nées au Maroc. Hasard du recrutement. Deux biches aux yeux noirs égarées à Paris, mais il fallait bien qu'elles trouvent du travail et à Casablanca, il n'y en avait pas.

Aïcha ronchonne en entrant dans la cuisine "Qu'y a-t-il ?" l'interroge Zarah. "Ben regarde devant toi. Il y a ce balourd de Bruno. D'ailleurs, c'est Baloo qu'il aurait du s'appeler, pas Bruno. Il me fait toujours les mêmes compliments, il est trop rentre-dedans !" Zarah sourit car Bruno est drôlement bien balancé et s'il la draguait, elle ne dirait pas non. "Arrêtes un peu de râler. As-tu échangé avec lui autre chose que bonjour, bonsoir ? Il est très intéressant, crois-moi. Tu devrais lui donner une chance !" Aïcha lève les yeux au ciel "soit, mais as-tu déjà vu une biche avec un ours, toi ? C'est pas un peu contre nature ça ?" Zarah part d'un éclat de rire en vocalise qui ricoche comme un écho sur les murs de la cuisine. Aïcha se laisse aussi emporter par le rire de son amie, irrésistible.

De retour à son bureau, elle voit une fenêtre clignoter sur l'écran de l'ordinateur. Bruno tente de la contacter par chat. "Veux-tu sortir ce soir ?". Aïcha repense à ce que lui à dit Zarah. C'est vrai qu'il est plutôt bel homme si on aime le genre brun, velu et gaulé comme un débardeur... Elle réprime un sourire car tout ce qu'elle vient d'énumérer, elle aime. "Ok mais pas trop tard, je suis fatiguée."

Ils sont assis côte à côte sur la banquette capitonnée d'un café à l'américaine. Le Happy Hour attire beaucoup de monde et le café est bondé. L'espace contre le mur qu'ils occupent est étroit et l'épaule large de Bruno s'appuie fortement contre celle d'Aïcha qui se surprend à aimer la chaleur et la fermeté de cette promiscuité. Il n'est pas bête du tout et elle découvre que sous ces airs bourrus se niche un homme à la personnalité douce. "Il fait trop chaud ici, non ? Et puis j'ai la tête qui tourne" dit-elle après avoir léché la dernière goutte de son deuxième cosmopolitan "tu ne veux pas qu'on sorte un peu ?" Il la regarde, goguenard "t'es pas prête pour Sex and the City, toi ! Deux cosmopolitan et tu n’es plus bonne à rien..." Elle lui assène un coup de coude dans les côtes et il fait semblant de suffoquer.

La nuit est déjà tombée. Le printemps tiédit la nuit mais l'air est encore assez frais. Aïcha est légèrement éméchée et ne marche pas droit. Pour cacher son embarras, elle prend le bras de Bruno qui lui dit "Viens, le square Montholon est ouvert, on pourra s'asseoir un instant dans la fraicheur !" Le jardin est désert. Bruno choisit un banc à l'écart et sort de sa poche un étui à cigare. "Ah, non, pas le cigare, je ne supporte pas l'odeur !" râle Aïcha toute amollie sur le banc de bois. "Ts, ts, ce n'est pas un cigare, regarde !" et Bruno de sortir un joint soigneusement préparé. Il inspire une grande  bouffée qu'il garde longtemps au fond de ses poumons. Elle tend la main vers lui. Sans lui céder le joint, il l'amène à sa bouche, frôle ses lèvres puis lui offre de fumer. Une fois, deux fois elle aspire. Le monde autour d'elle tourne encore plus et un rire sans raison monte à ses lèvres. "Doucement, elle est puissante..." Elle s'est penché vers lui et lui vole un baiser. Il n'ose pas faire un geste, c'est tellement inespéré. Elle l'embrasse vraiment maintenant de sa bouche sucrée et il  la laisse faire, tenté pourtant de la serrer très fort contre lui. Il y a si longtemps qu'il en a envie.

Subitement, elle s'est levée en rigolant, et la voilà qui fonce de son pas mal assuré vers le jardin d'enfant. Il éteint le joint précipitamment et la suit. Vu son état, elle pourrait se faire mal. Il arrive alors qu'elle a déjà sauté sur la balançoire et se jette dans les airs. Elle sait y faire et utilise ses jambes tour à tour pliées, dépliées comme des propulseurs. Elle rigole toujours, un rire d'enfant, libre, clair. Il passe devant elle pour la taquiner. Elle hurle. Là, devant elle un ours brun dressé sur ses pattes arrières.

Elle tente de repartir en arrière, de rester pour toujours en hauteur à l'opposé de lui mais la balançoire constamment la renvoie dans sa direction. "Ne crie pas, ce n'est que moi !" Elle s'agrippe de plus belle aux cordes de la balançoire et aperçoit avec effroi ses propres bras. Ils sont couverts de poils. Elle regarde les jambes qui dépasse de sa jupe en jeans et s'affole de les voirs couvertes de poils brun grisés. Elle voudrait crier mais ne le peut pas, seule une plainte passe ses lèvres. "Ma biche..." lui susurre-t-il et sa voix rauque et calme la rassure. Il attrape au vol les cordes et l'attire à lui. Instinctivement, elle a écarté les jambes et les a entourées autour de sa taille. Il la renifle, elle sent son museau froid et humide fouiller le creux de son cou, elle sent son souffle chaud qui la fait frissonner et qui la trouble. Elle ne peut rien faire d'autre que rester les mains soudées aux cordes. Il a glissé les siennes autour de sa taille et le tient serrer fortement contre lui tout en cherchant sa bouche pour un baiser."Mais un ours ça n'embrasse pas une biche" s'exclame-t-elle. Cette affirmation le déstabilise un instant, qu'est-ce qu'elle raconte-là, elle est vraiment partie. Frustré, il décide que ça a assez duré.

Il la prend dans ses bras et l'arrache à la balançoire. Elle lui parait si légère. Il l'allonge sur le banc puis s'assoit à côté d'elle glissant ses genoux sous sa tête en guise de coussin. Les yeux fermés, elle dit en rigolant "Ca tourrrne ! C'est dingue, y'a une de ces faunes ici. Et puis toutes ces fleurs...." Bruno s'amuse de ses divagations "Et y'a pas aussi des éléphants roses ?" Elle éclate de rire. "Non, mais des biches, et puis des autruches. Oh, il y a aussi des girafes et des zèbres sacrément sexy. Wouah ! C'est mieux qu'au Crazy, c'est dingue..." "Arrêtes tes âneries" répond-il vaguement, obsédé par ses lèvres pulpeuses, ses seins pulpeux, ses hanches pulpeuses. Toutes ces rondeurs à porter de ses mains, ça le rend fou. Il a une envie irrésistible de la caresser, de la palper. Il imagine la douceur de sa peau, le parfum de son sexe, son goût ! Ah, non, il bande. Et alors qu'il regarde le ciel pour ne plus penser à elle, il réalise qu'elle a cessé de parler et que son visage à rouler sur le côté, inondant son ventre de son souffle chaud. Il contemple son visage serein et sourit priant que sous sa joue elle ne sente pas son désir tendu...

Quand la publicité Orangina m'inspire des histoires !

Pour une approche sérieuse et critique de cette publicité, vous pouvez lire ça : "Orangina et la femme animal"

Sinon pour le plaisir, la pub et le making-of (incroyable). 

Toutes les notes