30 juin 2009
ELLE - Noirceur de l'âme ou censure hypocrite

"Gicerilla, lâchez-vous" !
Il y a quelque temps, un de mes lecteurs me dit ces mots-là, comme une injonction qui contenait une vérité.
Cette demande instante, comme le commandement de celui qui sait, m'a occupée régulièrement depuis. Il prétendait ainsi, à mots couverts, que mon écriture était trop étriquée, sans vie peut-être, ou trop académique, comme un marbre irréprochable mais glacé ? En tout cas, c'est comme cela que je reçu le commentaire. Il n'avait pas tort. A bien y regarder, je me contraints parfois parce que mon goût du beau et mon amour immodéré de la langue doublés d'une éducation bien comme il faut retiennent souvent les rênes de mon imagination. Pourtant, n'y-aurait-il pas une certaine jouissance à se laisser aller, à ne pas se brider telle une dinde bien proprette que l'on sert dans un grand plat, jolie à voir mais insipide au fond ?
Immédiatement, la Gicerilla sombre, celle qui se cache au plus profond de moi pour ne pas rougir en plein jour des idées qu'elle héberge, s'est mise à me parler en des termes outragés qui disaient "Mais que croient-ils donc ? Que je suis bien élevée comme Nadine, incapable de dépasser les bornes de mon éducation ? Bien sûr que je peux me "lâcher". Bien sûr que je peux aller au bout de mon écriture en abordant des reliefs à pic et flirter sur la crête au risque de tomber dans des abîmes de noirceur sans fond. Vas-y, montre leur !" Cette voix était belliqueuse et voulait en découdre et les mots pour égratigner mon challenger venait en foules nombreuses et désordonnées.
J'ai longtemps hésité à rédiger un texte qui aille au-delà de ma propre morale, car mon lecteur avait raison, je contrôlais chacun de mes mots et mon imagination. Avais-je peur de me confronter à ma propre noirceur ou avais-je peur tout simplement de votre jugement ? De ce jour, sa sommation est venue me chanter son refrain chaque jour, tenace et enjôleur. Enfin, elle sentait que je faiblissais face à ses envies de s'exprimer. Et plus elle me parlait, plus je réfléchissais sur les fantasmes que je pouvais nourrir et sur les histoires que je pouvais créer sans me censurer. Un monde inconnu, ou plutôt un monde connu depuis longtemps mais refoulé dans une oubliette puante et humide remontait doucement à la surface de ma conscience.
Comme un défi, ma part d'ombre me lançait le gant. "Même pas chiche !" ricanait-elle. Et pourquoi pas ? Pourquoi ai-je peur de ma capacité à créer au-delà de la morale bien pensante ? Pourquoi ai-je peur de laisser naitre sous ma plume les histoires terribles que je peux imaginer quand la vie elle-même nous montre chaque jour que l'homme est le prédateur le plus malsain que la terre ait jamais porté ? L'humain peut tuer par stratégie. L'humain peut blesser par plaisir. L'humain peut humilier pour s'exciter. L'humain peut oublier sous la chape d'une amnésie totale les notions de bien et de mal inculquées par des parents soucieux de faire de leur enfant un être civilisé. Quelqu'un de bien. Et la liste est longue, que je pourrais réciter comme un chapelet, de tous les méfaits que l'homme a commis depuis que la Justice des hommes les juge et les condamne.
Alors, que craignais-je en refusant de mettre en scène mes pires scenarii ? Et en les qualifiant de pires, ne me jugé-je pas déjà moi-même à l'aune de ce que la société a déterminé comme acceptable ou inacceptable ? Serait-ce la crainte de montrer une part de moi qui pourrait être prise pour Moi par des lecteurs hâtifs qui confondent création et réalité ? En effet, ce n'est pas parce que je suis capable d'inventer des histoires sordides, crues voire violentes que je suis sordide, crue ou violente. N'ai-je pas affirmé chez Magda récemment que les contes de fées, représentation fabuleuse et horrible à l'adresse des enfants, avaient été inventés pour leur enseigner les notions de bien et de mal tout en verbalisant leurs propres fantasmes pour mieux les qualifier comme autorisés ou prohibés ? Dès lors, n'apprendrais-je pas sur moi-même en laissant parler sans censure bien-pensante mes idées noires ou grises, si tant est que le blanc soit la seule couleur acceptable ?
J'ai donc décidé d'accepter ce que je suis dans toute mes dimensions, même celle qui me raconte des histoires que la morale réprouve car accepter de reconnaitre que j'héberge de tels contes fantasmatiques ne signifie pas que je veux les vivre ou que je les considère comme une part de moi-même ni même que j'adhère aux aventures que je fais vivre aux personnages dans mes fictions. Et à l'instigation involontaire de JL Bec, "Dent pour dent" a lentement germé dans mon cerveau d'auteur.
Hélas, ce que je craignais arriva, l'on me jugea. On me jugea en aparté de manière lapidaire, laissant entendre que ce que j'avais créé était intolérable, effarant, et faisait de moi implicitement un être ignoble et haïssable. Le suis-je vraiment ? Vous qui passez par là et qui me lisez maintenant, aurez-vous le courage de confesser que, dans le plus secret de votre âme, habitent aussi des histoires pas très avouables ?
Quoiqu'il en soit, je ne me renie pas et je continuerai sur la voie de la création sans censure étriquée et hypocrite, avorteuse de débats.
Au feu les moralisateurs !
"Il y a en chacun de nous [...] des désirs terribles, sauvages, déréglés,
et cela est mis en évidence par les songes." Platon, La République
05:56 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27 juin 2009
ELLE - Dialogue avec un Ange - Baise-moi
Le début de "Dialogue avec un Ange" est là
Samedi 27 juin
Candy s'est enfermée dans sa chambre. Elle vit seule mais pourtant, elle sent le besoin de se calfeutrer comme dans un cocon pour que restent enfermés dans le secret de l'alcôve les mots qu'elle va lui écrire. Elle a relu la lettre de Donatien et la crainte est sa compagne. Peur que ses mots ne suintent des murs et que tous, autour, sachent qui elle est, au fond. La peur l'étreint au ventre et une douleur délicieuse l'envahit, envie d'être à la hauteur du défi mêlée à celle de lui plaire.
Que veut-il donc lire ? Quel rêve veut-il donc rêver ? Sous ses mains, le vélin le plus fin qu'elle ait trouvé. Elle le caresse les yeux fermés et elle imagine son grain de peau. Petit à petit, alors que ses mains insufflent au papier la chaleur de vie qui lui manque, montent en elles des paroles inconnues. Alors, dévissant lentement le capuchon de son stylo, elle se laisse dicter sa première lettre. Et l'encre noire trace de son écriture ronde ce qui suit.
"Bel Ange, quelle question !
Vivre avec toi un rêve où ensemble nous serions chairs et âmes emmêlées en un être nouveau, comment le refuser ? Mais ne t'y trompes pas, ce sera moi l'amante et alors tu devras te soumettre sans tricher à ma guise despote ? Mais bel Ange ou devrais-je dire beau Démon, la Dame que je suis ne rêve que d'une chose. Que nos peaux aimantées se touchent à se brûler. Que ma langue gourmande découvre tes saveurs, celles qui te font rougir, celles qui te font gémir. Que mes mains élégantes de Dame à la peau douce frôlent et griffent et caressent ton cou, ta queue, tes fesses. Que sans pudeur entre mes lèvres, tu t'abandonnes sans pourtant jouir encore, voulant me conserver la vigueur de ton dard pour des jeux malicieux à me faire oublier la fraicheur de l'air dans ce jardin d'été où tu as cultivé, dis-tu, d'infinis délices.
Oui, bel Ange, oui, mille fois mais il faudra sans lutter accepter toutes mes conditions. Le pourras-tu ? Le voudras-tu ? Un seul mot de toi et je continue."
Elle relit la lettre, étonnée de la fluidité de ces mots nés d'elle. Elle s'étonne d'elle-même et sourit, satisfaite. Elle ne sait pas encore que ce n'est que le début, et pour elle, et pour lui. De la pointe de la langue, elle humecte la gomme qui scellera l'enveloppe comme un cachet de cire sur un décret. Elle dévale les escaliers et glisse la lettre dans la boîte à l'autocollant Donatien TUSSIN.
"Allo, Pascal ?" La voix de Donation sautille, visiblement excitée. "Oui, Donatien, qu'est-ce qui se passe, t’as l'air énervé !" "Tu te souviens la fille au prénom impossible, Candy, oui, c'est ça. Elle l'a fait. Si, je te jure. Elle a commencé à m'écrire, je n'y croyais plus !" Pascal s'anime à son tour "Et alors c'est prometteur ou bien... " "Ben, figure-toi que pour un BEP l'entrée en matière n'est pas si mal, je dirais presque littéraire. A se demander si... Bref, je te montrerai ce qu'elle a écrit. C'est dingue, inespéré, elle m'appelle "Bel Ange". Elle y croit, évidemment, tu imagines le bol ?" Pascal s'enthousiasme à son tour, car l'idée de Donatien, inédite et amorale, vaudra certainement à elle seule un objet d'étude. N'a-t-il pas choisi comme sujet de thèse "La manipulation ou l'asservissement volontaire : quand la victime inconsciemment choisit son bourreau." Il enchaîne "Bon, alors on se voit toujours la semaine prochaine, pour que tu me racontes la suite de vive voix ?" "Bien sûr !" rétorque Donatien qui raccroche, fébrile.
Le lendemain, un seul mot tracé d'une main énergique en lettres capitales, un mot irréversible écrit par Donatien "OUI" occupe l'espace blanc immaculé de la page. Il ne l'a pas commentée, il ne l'a pas repoussée non plus. Elle en déduit qu'elle n'a pas encore failli. Elle replie le billet avec soin, le glisse dans son enveloppe d'origine et le range soigneusement dans une boite qu'elle a choisie à cet effet. Se mordillant les lèvres, elle reprend.
"Cher Ange,
Puisque tu acceptes toutes mes conditions, je vais te raconter, telle Shéhérazade, ce que pendant des nuits entières tu vas subir comme sévices voluptueux, et je vais dévoiler à tes yeux étonnés toutes ces envies qui peuplent mon désir, sans jamais avoir osé s'exprimer de peur de la censure, de peur de la réprobation.
Ce soir, mon Ange, mon Désiré, mon péché silencieux, je vais te raconter comment à la découverte de ton corps je vais aller. Tu arriveras bientôt et tu ne sais pas encore que lorsque tu auras franchi le seuil de la porte, ta volonté sera ma volonté et tes désirs seront les miens, ceux que sur ta peau je vais susciter.
Evidemment, pour rendre l'expérience plus savoureuse il faudra que je te bande les yeux. Tu connais déjà les frissons de l'attente mais connais-tu ceux décuplés par la cécité ? Tu rentreras les yeux fermés, car tu seras docile à mes injonctions. Je couvrirai tes yeux d'une écharpe et guiderai tes pas vers ma chambre. Il y fait chaud. Je n'aime pas les frimas de l'hiver et les amours glacées me rebutent. Je t'allongerai sur des draps frais de coton égyptien dont la douceur fera frissonner ta peau. Tu ne bougeras pas. Je viendrai te chevaucher, nue déjà, ne faisant que frôler ton entre-jambes et un à un je ferai sauter les boutons de ta chemise. Mes mains en décaleront les pans et mes paumes brûlantes imprimeront sur ta peau des caresses esquissées.
J'ôterai ta chemise, t'imposant des contorsions qui feront que ton ventre, sans le vouloir, effleurera la toison ébène ornant mon ventre, ou bien le ferai-je exprès ? Et ce contact fugace t'assènera un choc de désir, car sans rien toucher, sans rien voir, tu devineras que je suis nue. Et tes sens aiguisés chercheront mon parfum, et tes mains impuissantes voudront s'imprégner du toucher de ma peau mais en vain, je te le refuserai. Et des effluves de mon sexe comme une terre mouillée par la rosée viendront titiller tes narines, feront palpiter plus fort ton cœur dans ta poitrine. Et puis je glisserai le long de tes jambes et de nouveau mes mains frôleront ton ventre et le velours sombre dessinant comme un chemin divin me guidant vers ton sexe. Je suivrai le chemin indiqué, ôtant prestement au passage et la ceinture et la fermeture. Ton sexe alors brandira en rougissant de son désir car ne rien savoir, ne rien voir t'excitera plus que tout. Imaginer te fera bander comme un faune en rut. Il empêchera le pantalon de glisser le long de tes jambes et je devrai de mes lèvres posées sur lui, imposer son repli pour te déshabiller tout entier.
Tu seras nu. Tu auras chaud pourtant de sentir mes regards te toiser. J'aurais envie de manger ton sexe comme une gourmandise. Le lécher, le faire rougir plus encore, éveiller de mes lèvres savantes une envie écarlate. Sentir battre le sang dans les veines qui l'irriguent et doucement sucer comme un bonbon succulent la tête magnifique, sculpture aussi lisse qu'un marbre de Carrare. Tu sentiras tout cela, le réclamant au tréfonds de toi sans le dire puisque silencieux je te voudrai. Ton souffle étouffera dans ta poitrine tant tu le réclameras.
Alors enfin, après de longues minutes d'attente agonisante, je prendrai entre mes lèvres ta queue dressée. Ma langue goûtera sa douceur et goulûment effacera ces perles de ton envie qui déjà ornent ton vit. Je lècherai assidûment, en bonne élève, en va et vient appliqués joignant à mon ouvrage mes mains sur ta hampe et sur tes couilles tendues. Mes mains seront partout, mes lèvres seront partout, et ma langue dévote t'excitera au point de rompre... Mais satisfaction tu n'auras. Je ne ferai que jouer avec ton envie, juste faire durcir ce sexe magnifique sur lequel je voudrai m'empaler sans le faire et je sentirai ma corolle s'ouvrir et se mouiller. Dans un souffle tu me diras "baise-moi" et je te punirai d'avoir rompu le silence.
Veux- tu savoir la suite ?"
06:08 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : donatien sade, manipulation
24 juin 2009
ELLE - Quand le superlatif n'est plus désirable

Comme un leitmotiv, certaines questions reviennent, lancinantes.
Elles reviennent me chanter leur refrain car je leur trouve rarement de réponses. L'être humain dans sa variété et dans sa complexité m'interpelle à chaque instant et laisse rarement mes méninges en paix. En paix, au repos ? Tiens, tiens. De bien drôles d'expression pour signifier tour à tour la quiétude ou la mort ! Et si ces questions ne me laissent pas quiète, elles ne m'inquiètent pas pour autant, tout au contraire, elles me rendent par la pensée, vivante. "Cogito ergo sum".
Bref, revenons au sujet qui m'occupe maintenant. Le nommerai-je "l'acceptation de soi" ou bien plutôt "la négation de soi ou l'autodestruction" ? Car il me semble bien que dans le cas considéré, il s'agit de se renier en tant qu'être humain et de se transformer, consciemment ou inconsciemment, en une forme de vie hybride entre l'homme, cette magnifique machine aux rouages remarquables de précision et de sophistication, et le mollusque (du latin mollis, mou) inamovible pour toujours échoué sur le rocher qu'il a élu.
Manuel Uribe Garza est, à mes yeux, cet être hybride, homme comme dieu nous a fait et pourtant semblant né sous la mine inventive d'un dessinateur de science fiction. Héros, que j'imagine involontaire, d'un documentaire qui avait retenu mon attention mais que je n'avais pas pu regarder. Internet a pallié la carence. "Manuel Uribe Garza, l'homme le plus gros du monde" *. S'il est vrai que tout homme héberge en lui comme je l'ai dit ici l'envie de se surpasser, et plus encore peut-être, l'envie de dépasser ses semblables en excellant dans un domaine pour y être couronné, il est peu probable que ce mexicain ait souhaité se rendre célèbre en détenant le record peu convoité de l'homme le plus gros que la planète ait jamais porté. Aussi, le titre du documentaire m'apparut non pas comme une revendication pleine de gloire d'un être en quête de renommée mais bien le constat effrayant d'une dérive inhumaine à dénoncer au monde.
En effet, ici, aucun dépassement de soi par la performance, aucun accomplissement admirable suscitant chez les foules émerveillées la révérence de l'exploit. Non, ici prévaut la négation de soi comme une mort lente affligée à son corps. Manger à en crever ? Manger pour étouffer les voix en soi qui nous disent qu'une vie n'est pas faite pour ça ? Manger pour combler la vacuité d'une vie perçue comme inutile ? Tenter de se remplir car le vide en soi est infini et ne saurait finir qu'avec la fin de la vie justement ? Autant d'hypothèses qui me bousculent et me peinent profondément, car il ne faut pas croire que je m'érige en juge dans mon petit tribunal. Non ! J'aime trop l'humanité pour la condamner mais je m'attriste vraiment de voir cet homme-là ravalé à l'état de tas informe sur son lit, devenu infirme par sa propre volonté et non par accident.
Et n'interjectez pas, je vous en prie, l'argument prévisible qu'il s'agit certainement d'une maladie (**), car alors j'aurais la témérité de citer M. Castelli, neuropsychiatre de son état, qui répétait à l'envi "A Auschwitz, il n'y avait pas d'obèses..." Argument choquant de prime abord car il fait référence à un pan de notre histoire exécrée, exécrable, mais argument de poids car cela n'est-il pas cruellement vrai ?
Alors je m'interroge encore sur l'acceptation de soi qui me semble la seule piste à explorer pour tenter de comprendre son cas. Ne sont-ce pas là, mis en place sournoisement, des mécanismes destructeurs comme le sont à leur tour, mais autrement, l'anorexie, la boulimie et autres troubles du comportement alimentaire ? Quelles peuvent être les véritables motivations qui meuvent ces êtres au point de les mener à court terme à leur propre destruction ?
Une opinion ?
05:53 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : manuel uribe garza, dr. barry sears, creator of the zone diet
21 juin 2009
ELLE - Dialogue avec un Ange

L'INITIATION
Elle l'appelait l'Ange.
Elle, c'est Candy. Oh, elle n'avoue pas facilement son prénom car assurément les quolibets fusent. Déjà dans la cours d'école on la traitait de Mère Denis où bien on lui chantait en ricanant "au pays de Candy, comme dans tous les pays..." Elle avait eu sa dose de sarcasmes et elle voyait que, même en vieillissant, un sourire narquois montait souvent aux lèvres de ses interlocuteurs la première fois. Il faut dire qu'elle le portait bien ce prénom sucré. A se demander si le prénom avait marqué l'enfant dès le berceau de son empreinte Voltairienne ou si le hasard avait bien fait les choses, car candide elle était. Elle ne voyait le mal nulle part et ne percevait pas la convoitise des hommes dans leur regard.
Ronde de partout, elle savait mettre en avant et son devant et son derrière. Blonde aux cheveux longs et lisses comme des fils de soie, elle montrait constamment son sourire radieux que d'aucuns méchants n’auraient qualifié de niais. Elle ne marchait pas, elle ondulait et immanquablement les hommes sur son passage se retournaient. Elle savait qu'elle plaisait mais quand sa meilleure amie Valérie lui demandait "Alors, pour Nicolas, tu t'es décidée ?" Elle répondait invariablement, en zozotant "T'es folle, sortir avec Nicolas, je ne pourrais pas, il est bien trop laid !" "Il va bien falloir que tu t'inities aux choses de l'amour ma cocote, j'te rappelle que t'as passé 25 ans. Et Nicolas n'est pas laid, dis plutôt que t'as la pétoche !"
Ce que Candy ne lui disait pas, c'est que depuis quelque temps elle était en train de tomber amoureuse de son voisin du 1er, l'Ange, qu'elle l'avait baptisé. Lui ne le savait pas. Il s'appelait Donatien. Donatien Tussin. Il portait, paraît-il, le prénom d'un ancêtre très lointain. Il le lui avait raconté quand elle s'était étonnée qu'un homme aussi jeune porte un prénom aussi ancien. Il était étudiant en lettre à Paris 8 et préparait sa thèse de Doctorat en psychanalyse.
Le hasard avait voulu qu'ils se croisent au cinéma du quartier, à la sortie de la projection de "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pasolini. Cela pouvait-il être un hasard vraiment ? Au café du coin où il l'avait invitée à boire un verre, il lui avait raconté sa passion pour le psychisme et la littérature du XVIIIème, sujets dont il essayait de tirer une émulsion sous forme de thèse. Elle était impressionnée par son savoir, elle qui n'avait eu que son BEP de secrétariat. Elle n'avait pas compris un traitre mot du sujet de sa thèse "Un Rêve du Marquis de Sade - psychanalytique du reflet sur le trauma narcissique, la décompensation et la reconstitution du Moi fantasque."
Depuis leur rencontre, il l'initiait à Sade. Candy n'avait jamais beaucoup lu, et certainement pas de tels ouvrages. "J'ai lu Justine ou les malheurs de la vertu. Euh, c'est ... comment dire. C'est érotique et culotté. Enfin, je devrais dire déculotté. Je n'y connais rien bien sûr mais écrire des trucs pareils il y a 200 ans." Donatien sourit "Et ça t'a troublée ?" Candy n'ose pas lui dire que certains passages l'ont révoltée mais qu'à son corps défendant, elle sentait qu'elle avait été excitée par les images qui s'imposaient au-delà de toute morale. "Je te dis la vérité ?" Une question inutile comme pour se rassurer, se donner le courage, alors que la réponse est évidente. "Bien sûr. Au contraire, n'édulcore pas. Je suis très curieux de savoir ce que tu penses de ce premier livre, toi qui ne connait pas cette littérature !" "Je crois que ça m'a plu. Mais je sens bien que c'est mal. Tu sais, je n'ai pas beaucoup d'instruction ni de culture générale, mais le blasphème était interdit dans notre famille et je vois bien que là, c'est du blasphème déguisé non ?"
Donatien sourit toujours avec une forme de curiosité attendrie car, si elle n'a pas d'érudition, elle est loin d'être bête. "Non, tu as raison. Tu sais, il n'est pas besoin pour une première lecture, de connaitre l'encyclopédie. Alors, ça t'a choquée ?" "Oui, surtout l'épisode avec les moines et en même temps..." Elle rougit. "...Et en même temps j'ai aimé. C'est horrible hein ? Je ne devrais pas te dire tout ça. C'est bizarre, d'ailleurs, d'habitude je ne parle pas autant de moi. Ca t'intéresse vraiment ce que je pense ?" Donatien ne peut pas lui dire la décision qu'il a prise il y a quelques jours de l'initier aux choses de l'amour. Il s'imagine déjà nouveau Valmont séduisant la prude Madame de Tourvelle, mais non pas mu par la volonté de la faire déchoir, mais plutôt motivé par la volonté de l'éduquer.
"Je te propose un jeu. Un jeu de rôles en quelque sorte. Je vais t'écrire un billet et tu devras me répondre. Je donnerai le ton et tu devras impérativement me donner la réplique en laissant parler celle qui s'est manifestée à la lecture de Sade. Tu mettras de côté ton éducation, ta pudeur pour ne laisser parler que celle qui te souffle tes envies. Aucune limite dans le propos, le style sera celui qui te convient. Entamons une correspondance, ça te dit ?" Donatien a leur cœur qui bat, il ne veut pas qu'elle dise non. Candy le regarde de ses grands yeux clairs et un voile d'incompréhension ternit un instant leur éclat. Et puis un sourire enjôleur point, affleure alors que sur un ton joueur elle lui répond "Hum, je crois que je t'ai compris. Tu veux une correspondance à la Choderlos de Laclos, mais version Henry Miller !" "Quoi, tu connais cet auteur ?" "Ah, mais qui te dis que je n'ai rien lu de toute ma vie. Oui, je l'ai lu ainsi que d'autres classiques. Je veux bien essayer mais je t'aurai prévenu, je ne suis pas un auteur née."
Quelques jours plus tard, Candy découvrait dans sa boite aux lettres une enveloppe manuscrite qui contenait ce billet.
"Candy, ma Muse, je t'attendrai ce soir aux jardins des délices. J'y ai cultivé pour toi quelques étreintes aux parfums enivrants mais j'en garderai les secrets, si tu ne les mérites pas. Alors, si tu veux partager avec moi ces enchantements, si tu veux qu'ensemble nous connaissions la folie des passions qui saoule les corps et annihile l'âme, il faudra que tu me racontes comment tu me circonviendras. L'oseras-tu ? Le voudras-tu ?"
Candy referme le billet, intriguée. Mais déjà comme un poison, les mots de Donatien circulent dans ses veines et elle déjà s'élève en elle une voix qu'elle ne connaissait pas, celle de son désir jamais exprimé.
Oui, elle osera.

BAISE-MOI
Samedi 27 juin
Candy s'est enfermée dans sa chambre. Elle vit seule mais pourtant, elle sent le besoin de se calfeutrer comme dans un cocon pour que restent enfermés dans le secret de l'alcôve les mots qu'elle va lui écrire. Elle a relu la lettre de Donatien et la crainte est sa compagne. Peur que ses mots ne suintent des murs et que tous, autour, sachent qui elle est, au fond. La peur l'étreint au ventre et une douleur délicieuse l'envahit, envie d'être à la hauteur du défi mêlée à celle de lui plaire.
Que veut-il donc lire ? Quel rêve veut-il donc rêver ? Sous ses mains, le vélin le plus fin qu'elle ait trouvé. Elle le caresse les yeux fermés et elle imagine son grain de peau. Petit à petit, alors que ses mains insufflent au papier la chaleur de vie qui lui manque, montent en elles des paroles inconnues. Alors, dévissant lentement le capuchon de son stylo, elle se laisse dicter sa première lettre. Et l'encre noire trace de son écriture ronde ce qui suit.
"Bel Ange, quelle question !
Vivre avec toi un rêve où ensemble nous serions chairs et âmes emmêlées en un être nouveau, comment le refuser ? Mais ne t'y trompes pas, ce sera moi l'amante et alors tu devras te soumettre sans tricher à ma guise despote ? Mais bel Ange ou devrais-je dire beau Démon, la Dame que je suis ne rêve que d'une chose. Que nos peaux aimantées se touchent à se brûler. Que ma langue gourmande découvre tes saveurs, celles qui te font rougir, celles qui te font gémir. Que mes mains élégantes de Dame à la peau douce frôlent et griffent et caressent ton cou, ta queue, tes fesses. Que sans pudeur entre mes lèvres, tu t'abandonnes sans pourtant jouir encore, voulant me conserver la vigueur de ton dard pour des jeux malicieux à me faire oublier la fraicheur de l'air dans ce jardin d'été où tu as cultivé, dis-tu, d'infinis délices.
Oui, bel Ange, oui, mille fois mais il faudra sans lutter accepter toutes mes conditions. Le pourras-tu ? Le voudras-tu ? Un seul mot de toi et je continue."
Elle relit la lettre, étonnée de la fluidité de ces mots nés d'elle. Elle s'étonne d'elle-même et sourit, satisfaite. Elle ne sait pas encore que ce n'est que le début, et pour elle, et pour lui. De la pointe de la langue, elle humecte la gomme qui scellera l'enveloppe comme un cachet de cire sur un décret. Elle dévale les escaliers et glisse la lettre dans la boîte à l'autocollant Donatien TUSSIN.
"Allo, Pascal ?" La voix de Donation sautille, visiblement excitée. "Oui, Donatien, qu'est-ce qui se passe, t’as l'air énervé !" "Tu te souviens la fille au prénom impossible, Candy, oui, c'est ça. Elle l'a fait. Si, je te jure. Elle a commencé à m'écrire, je n'y croyais plus !" Pascal s'anime à son tour "Et alors c'est prometteur ou bien... " "Ben, figure-toi que pour un BEP l'entrée en matière n'est pas si mal, je dirais presque littéraire. A se demander si... Bref, je te montrerai ce qu'elle a écrit. C'est dingue, inespéré, elle m'appelle "Bel Ange". Tu imagines le bol ?" Pascal s'enthousiasme à son tour, car l'idée de Donatien, inédite et amorale, vaudra certainement à elle seule un objet d'étude. N'a-t-il pas choisi comme sujet de thèse "La manipulation ou l'asservissement volontaire : quand la victime inconsciemment choisit son bourreau." Il enchaîne "Bon, alors on se voit toujours la semaine prochaine, pour que tu me racontes la suite de vive voix ?" "Bien sûr !" rétorque Donatien qui raccroche, fébrile.
Le lendemain, un seul mot tracé d'une main énergique en lettres capitales, un mot irréversible écrit par Donatien "OUI" occupe l'espace blanc immaculé de la page. Il ne l'a pas commentée, il ne l'a pas repoussée non plus. Elle en déduit qu'elle n'a pas encore failli. Elle replie le billet avec soin, le glisse dans son enveloppe d'origine et le range soigneusement dans une boite qu'elle a choisie à cet effet. Se mordillant les lèvres, elle reprend.
"Cher Ange,
Puisque tu acceptes toutes mes conditions, je vais te raconter, telle Shéhérazade, ce que pendant des nuits entières tu vas subir comme sévices voluptueux, et je vais dévoiler à tes yeux étonnés toutes ces envies qui peuplent mon désir, sans jamais avoir osé s'exprimer de peur de la censure, de peur de la réprobation.
Ce soir, mon Ange, mon Désiré, mon péché silencieux, je vais te raconter comment à la découverte de ton corps je vais aller. Tu arriveras bientôt et tu ne sais pas encore que lorsque tu auras franchi le seuil de la porte, ta volonté sera ma volonté et tes désirs seront les miens, ceux que sur ta peau je vais susciter.
Evidemment, pour rendre l'expérience plus savoureuse il faudra que je te bande les yeux. Tu connais déjà les frissons de l'attente mais connais-tu ceux décuplés par la cécité ? Tu rentreras les yeux fermés, car tu seras docile à mes injonctions. Je couvrirai tes yeux d'une écharpe et guiderai tes pas vers ma chambre. Il y fait chaud. Je n'aime pas les frimas de l'hiver et les amours glacées me rebutent. Je t'allongerai sur des draps frais de coton égyptien dont la douceur fera frissonner ta peau. Tu ne bougeras pas. Je viendrai te chevaucher, nue déjà, ne faisant que frôler ton entre-jambes et un à un je ferai sauter les boutons de ta chemise. Mes mains en décaleront les pans et mes paumes brûlantes imprimeront sur ta peau des caresses esquissées.
J'ôterai ta chemise, t'imposant des contorsions qui feront que ton ventre, sans le vouloir, effleurera la toison ébène ornant mon ventre, ou bien le ferai-je exprès ? Et ce contact fugace t'assènera un choc de désir, car sans rien toucher, sans rien voir, tu devineras que je suis nue. Et tes sens aiguisés chercheront mon parfum, et tes mains impuissantes voudront s'imprégner du toucher de ma peau mais en vain, je te le refuserai. Et des effluves de mon sexe comme une terre mouillée par la rosée viendront titiller tes narines, feront palpiter plus fort ton cœur dans ta poitrine. Et puis je glisserai le long de tes jambes et de nouveau mes mains frôleront ton ventre et le velours sombre dessinant comme un chemin divin me guidant vers ton sexe. Je suivrai le chemin indiqué, ôtant prestement au passage et la ceinture et la fermeture. Ton sexe alors brandira en rougissant de son désir car ne rien savoir, ne rien voir t'excitera plus que tout. Imaginer te fera bander comme un faune en rut. Il empêchera le pantalon de glisser le long de tes jambes et je devrai de mes lèvres posées sur lui, imposer son repli pour te déshabiller tout entier.
Tu seras nu. Tu auras chaud pourtant de sentir mes regards te toiser. J'aurais envie de manger ton sexe comme une gourmandise. Le lécher, le faire rougir plus encore, éveiller de mes lèvres savantes une envie écarlate. Sentir battre le sang dans les veines qui l'irriguent et doucement sucer comme un bonbon succulent la tête magnifique, sculpture aussi lisse qu'un marbre de Carrare. Tu sentiras tout cela, le réclamant au tréfonds de toi sans le dire puisque silencieux je te voudrai. Ton souffle étouffera dans ta poitrine tant tu le réclameras.
Alors enfin, après de longues minutes d'attente agonisante, je prendrai entre mes lèvres ta queue dressée. Ma langue goûtera sa douceur et goulûment effacera ces perles de ton envie qui déjà ornent ton vit. Je lècherai assidûment, en bonne élève, en va et vient appliqués joignant à mon ouvrage mes mains sur ta hampe et sur tes couilles tendues. Mes mains seront partout, mes lèvres seront partout, et ma langue dévote t'excitera au point de rompre... Mais satisfaction tu n'auras. Je ne ferai que jouer avec ton envie, juste faire durcir ce sexe magnifique sur lequel je voudrai m'empaler sans le faire et je sentirai ma corolle s'ouvrir et se mouiller. Dans un souffle tu me diras "baise-moi" et je te punirai d'avoir rompu le silence.
Veux- tu savoir la suite ?"
LES REGLES DU JEU
Donatien replie avec lenteur la lettre de Candy.
Le trouble l'a envahit et pour le canaliser il appuie de ses ongles sur les pliures comme vous enfermer les mots qu'il vient de lire. Quoi, cette fille apparemment si timide, avec son zézaiement qui donne à ses paroles un je-ne-sais-quoi d'enfantin, est capable de lui écrire ça ? Le style lui a paru suranné voire ampoulé mais au-delà des mots ce qui lui reste, gravé au ventre, c'est l'audace dont elle a fait preuve dès le départ. Il la voulait timide, presque effarouchée. La voilà qui lui ressert une partie de ses lectures. Enfin, c'est ce qu'il pense tant sa lettre l'a ébranlé.
Il a rendez-vous avec Pascal à 13h00 pour déjeuner, alors il se dépêche de glisser les deux lettres qu'il a reçues de Candy dans la poche de sa veste et file au Saint Jean. L'église sonne les 13 coups alors qu'il ficèle son vélo au poteau de signalisation devant la terrasse. Bien en vu, on ne le lui volera pas. Pascal est déjà là, souriant. Ils sont comme deux malfrats qui trament un mauvais coup. Leur complicité est née sur les bancs de l'école, bientôt douze ans qu'ils se connaissent. "Alors, t'en es où ?" l'interroge Pascal alors qu'il finit tout juste de s'asseoir. Donatien attrape les deux lettres qui semblent palpiter dans sa main mais c'est la sienne qui tremble. "Je te laisse juge, lis un peu !" Pascal parcourt les deux billets l'air concentré. Aucune émotion ne transparait. Donatien, lui, tente de les lire de nouveau par dessus son épaule. Et en surimpression viennent des visions de Candy, avec ses rondeurs et son sourire, avec ses yeux clairs et sa timidité. Il l'imagine nue, charnue mais ferme. Il l'imagine callipyge. Il ferme les yeux un instant et voit la scène qu'elle lui a décrit. Il bande.
"Et bien, ne la croyais-tu pas débutante ?" lui dit Pascal avec un petit sourire en biais. "Qu'est-ce que tu veux dire ?" "Ce que je veux dire" répond Pascal "c'est que ce n'est pas une perdrix de la dernière couvée et que d'initiation à ta façon il n'y aura pas ! As-tu vu comme elle attaque, sûre d'elle. D'ailleurs, oui, je la trouve un peu présomptueuse ton élève. Elle pense qu'il t'en faut peu pour te tournebouler. Elle a peut-être raison..." Donatien fait la moue et regarde son ami dans les yeux "Mais tu as raison, je n'avais pas lu le texte sous cet angle-là. En fait, j'avoue elle m'a donné envie la coquine alors que c'est moi qui devrais l'amener au désir. Présomptueuse, dis-tu ?" "Oui, quand même. Si j'étais à ta place je rabattrais gentiment sa superbe, histoire de lui faire sentir que ce n'est pas elle qui tient les rênes, non mais ! Si tu la laisses maîtresse du jeu, autant arrêter maintenant. L'expérience ne vaudra rien ni pour toi ni pour moi !" conclut Pascal qui tend les billets à Donatien. "Tu crois qu'elle l'a inventé ce texte ou ne crois-tu pas, comme moi, qu'elle aura piqué ses idées à droite et à gauche dans ses lectures ?" enchaine Donatien, "parce que je ne peux pas m'être trompé à ce point sur son compte !" "Non, je ne crois pas. Mais qu'elle s'en soit inspirée, pourquoi pas. Après tout, nos lectures comme les films ou les faits divers alimentent nos fantasmes, non ? De toute façon, plagiat masqué ou pas, il faut que tu reprennes l'ascendant. Tu dictes la danse, tu règles les pas. T'as amené du papier, de quoi écrire ?"
Donatien fouille dans son sac à dos pour en extraire un nécessaire d'écriture. "A ton avis, je lui dis quoi ?" Pascal se tait mais réfléchit intensément. "Tu veux que j'écrive à ta place ?" Donatien lui tend le stylo.
"Mais, jolie Dame, qui te dit que je te veux déjà. Qui te dit que tu peux éveiller si vite mon désir. Ce que tu me sers là manque sacrément d'audace. Si tu veux me rejoindre au jardin, il faudra que tu te montres à moi, sans pudeur, et que tes yeux jamais ne cillent quand je te demanderai de te mettre nue, de te mettre à nu, de tout me révéler. Tu m'appelles l'Ange, mais Ange je ne suis pas. Et d'abord, naïve, que ferais-tu d'un ange et qu'est-ce qu'un ange ferait de toi ? Tu apprendras bien vite à me connaitre si tu suis les règles du jeu et alors tu découvriras ma part d'ombre et la tienne. Le plaisir se niche où on ne l'attend pas et ce ne sont pas tes clichés convenus qui le révèleront. Alors pour me montrer ton obéissance, tu vas recommencer. Je t'ordonne de t'exhiber, raconte-moi ce que tu redoutes que je te demande, raconte-moi tes appréhensions et tout ce que tu ne ferais pas devant un homme. Fais monter en moi le désir, si tu en es capable...."
Pascal repose le crayon, un air de satisfaction plisse ses yeux moqueurs. Donatien relit le billet tout en le commentant "Tu y vas fort. Elle va s'enfuir, tu paries, elle va abandonner..." "Laisse donc faire, tu verras bien. Encore une fois, parti comme c'est parti, le jeu ne vaut rien, crois-moi. Tu vas la piquer au vif ou la décourager, et alors tu sauras de quel bois elle est faite. !"
Donatien cachète nerveusement la lettre, inquiet que le jeu en effet ne s'arrête. Il ne le dit pas à Pascal mais ce qu'il a lu d'elle l'a remué. Il y avait de la recherche dans la mise en scène, comme un avant-goût de ce dont elle pourrait être capable. Peut-être. Et c'est avec hésitation qu'il glisse sa lettre dans la boite de Candy.
Répondra-t-elle ?

TORTURE DIVINE
Il faut que je te parle. Vite. Rendez-vous à la cafétéria. Maintenant !
Le cartouche du chat clignote sur l'écran de Valérie qui lit le message instantané de Candy en y sentant une urgence, une vraie. Elle quitte son bureau et retrouve Candy qui ne lui laisse même pas le temps d'entrer. "Tu te souviens quand tu me parlais de Nicolas et que je te disais que je m'en fichais ? La raison est simple, j'ai rencontré un homme !" Valérie lève les sourcils et une expression d'incrédulité amusée illumine son regard. "tiens, tiens, voyez-vous ça. Raconte..." "En fait, c'est mon voisin. Il a un prénom aussi impossible que le mien, Donatien. Si, je t'assure. Bref..." Et Candy raconte à son amie le drôle de jeu qu'ils ont commencé à jouer. "Mais je viens de recevoir ce message de lui. A la première lecture, je t'assure, j'ai cru en pleurer. Il m'a fait me sentir nulle, déjà que je ne me sens pas fortiche sur le sujet. J'hésite à continuer, d'ailleurs je ne suis pas la hauteur. Mais pourtant il me plait tant, j'ai peur de le décevoir, j'ai peur de..."
Candy ne finit pas sa phrase. Elle ne sait pas où il veut l'emmener et les phrases de son billet reviennent lui rappeler qu'il n'est peut-être pas si bienveillant que cela à son égard. "Mais pour que tu comprennes, il faut que tu lises ce que je lui ai écrit et sa réponse. J'ai gardé des copies, tu comprends, pour ne pas perdre le fil. Après tout, c'est un jeu de rôles, comme si nous écrivions le scénario au fil de nos échanges."
"Mais quel salaud !" s'exclame Valérie. "Ce n'est pas du tout convenu ce que tu lui a écrit. D'abord, il est idiot. Oui, tout est convenu si on y réfléchit, car depuis que l'homme est homme, sur le sexe on a certainement tout écrit. Mais franchement, tu m'épates. C'est vraiment toi qui a écrit ça ?" Candy rougit et répond en zozotant plus que d'habitude "Arrêtes, j'ai honte !" "Mais honte de quoi ? Tu me prends pour une communiante ? Je te rappelle que ce n'est pas moi qui ai coiffé les Catherinette ?" rétorque Valérie en rigolant "Je t'assure, je suis drôlement surprise et épatée. Je ne pourrais jamais écrire un truc comme ça. Et puis, il croit quoi ton Donatien ? Si tu te défiles, tu auras perdu la face et lui, tout aussi sûrement. Il faut le surprendre, être où il ne t'attend pas. Fais le rêver ce type. Attends, on va s'y mettre à deux. Je te donne les idées et toi tu peaufineras le style !" "T'es sûre ?" "Oui, je suis sûre. Il veut s'amuser avec toi, tu ne vas pas le décevoir !"
Quelques jours plus tard, Donatien dépliait ce billet.
"Mais, l'Ange, tu me tortures !
Bien sûr que je veux te dire non et refuser de te confier ce qui me ferait reculer ! Bien sûr que je rougis de honte à l'idée de devoir devant toi exhiber et mon âme et mon corps. Ta verve tente de me provoquer pour me faire basculer. Tes intentions sont diaboliques et la Dame en moi s'effarouche de tant d'audace. Pourtant, ma peau frémit déjà à l'évocation des désirs que je pourrais faire naitre en toi. Me montrer à toi bel Ange, mais quel défi ! Moi qui jamais ne me suis montrée à quiconque.
Oter un à un tous mes vêtements et prendre position comme une idole pour être par tes yeux dévorée ? Libérer à ta vue mon coquillage luisant et mon puits de délices le pourrais-je jamais ? Entendre tes mots soufflés comme des prières m'intimer de me caresser ? Accepter que mes mains t'obéissent pour satisfaire ta curiosité ? Oh, je doute tant d'en être jamais capable. Il faudra que tu trouves les mots pour obtenir, par tes cajoleries ou tes commandements, l'oubli de moi indispensable pour te satisfaire.
Trouve les mots, je t'en prie, car je veux devenir l'objet de ton délire pour mieux en jouir. Suivre mot à mot le chemin que tu m'indiqueras et que mes mains deviennent tes sbires dociles. Qu'elles s'associent comme des malfaiteurs à ton envie. Que tes mots et mes mains révèlent la diablesse qui sommeille en moi et que tes envies deviennent miennes. Je serai toute à toi. Je me plierai devant tes lubies comme la pénitente devant son maitre. Fais de moi ce que tu veux, je te suivrai. Je languis de jouir par tes injonctions.
Guide-moi."
L'OBEISSANCE
Cela fait une semaine que Donatien triture dans la poche de sa veste la dernière lettre de Candy.
Le papier est tellement froissé qu'il a acquis la souplesse du chiffon. Sa main, fiévreuse dès qu'il la touche, tente de deviner comme celle de l'aveugle les mots qu'elle a marqués. Il a eu envie d'elle. Envie de la sentir contre lui. Elle a su le toucher par sa volonté évidente de le satisfaire, de jouer le jeu qu'il a initié. Et ce qui l'étonne le plus, c'est sa capacité à retourner le jeu en sa faveur. Il y a une naïveté en elle qui le bouleverse. Cette naïveté authentique mais pas mièvre de faire plaisir. Et il se sent perdu et ne veut plus jouer. Pascal l'attend à la bibliothèque. Il va tout lui avouer.
"Alors, as-tu eu des nouvelles ?"
Valérie a glissé son bras sous celui de Candy et du pas militant de celles bien décidées à craquer sur les soldes, elle se serre contre elle comme pour provoquer la confidence. "Non, cela fait une semaine que j'ai remis notre lettre mais je n'ai rien reçu en retour. J'ai cru qu'il était en vacancea mais j'ai vu son vélo, hier, qui trônait devant la porte de son appartement. Il n'a pas dû aimer...." Valérie s'arrête net et lui impose de la regarder. "Mais tu t'en fiches, nom d'une pipe. Ce jeu est dangereux. Tu risques de t'y brûler. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu t'inquiètes, comment tu attends de ses nouvelles. Ce jeu n'est pas sain. Regarde la tête que tu as !" "Mais il me plait" geint Candy "qu'y puis-je ? Je pense à lui sans cesse. Je sens bien que je suis amoureuse. Jamais auparavant je n'ai eu cette envie de subjuguer, au sens propre, vois-tu. Qu'il soit dingue de moi, qu'il n'en dorme plus. Parce que moi, figure-toi, je ne dors plus très bien. Les yeux grands ouverts sur l'ombre de la nuit, j'imagine qu'il entre dans ma chambre, qu'il a envie de moi, qu'il veut m'infliger mille sévices voluptueux... Ah non, ne ris pas, ce n'est pas drôle. Je me languis !"
Il est assis à la table la plus reculée, contre le mur. Il est penché sur des volumes éparpillés et tortille une mèche de cheveux signe de grande concentration. Il n'a pas entendu Donatien approcher. "Alors, tu vois le bout de ta thèse ?" Pascal lève les yeux vers son interlocuteur et un grand sourire fend son visage lorsqu'il aperçoit son ami. "Ah, tu tombes bien, je suis crevé et non, la réponse est non. Le sujet est vaste et je ne m'imaginais pas en commençant que j'y passerais tant de temps. Mais c'est passionnant. La manipulation peut prendre tant de formes et les mécanismes qui se mettent en place entre le manipulateur et le manipulé, d'un point de vue psychologique, sont incroyablement complexes... bref, parlons de notre petit jeu ! Quelles sont les dernières nouvelles ?" Donatien hésite un instant. Quand il est avec Pascal, un part de lui, la part joueuse, se plie à ses lubies, à ses envies et il le suit bien volontiers dans toutes ses folies. Mais là, il n'est pas certain de vouloir faire de Candy le sujet d'étude de deux étudiants fantasques. "Tiens, voilà son dernier billet. Lis."
"Eh, pas mal. Elle a de la ressource. J'ai toujours un peu de mal avec son style mais franchement elle marque un point. La balle est de nouveau dans ton camp. Dans notre camp !" Le sourire de Pascal est devenu carnassier et pour un peu Donatien ne serait pas surpris de le voir se lécher les babines. Et l'envie insidieuse qui illumine le visage de Pascal doucement s'immisce en lui. Oui, elle a de la ressource. "Il faut que tu fasses semblant de lâcher prise, comme si tu cédais à ses mots. Comme si tu la laissais mener la danse. Puisqu'elle ne te suit pas, sois plus direct. Provoque là, sois plus agressif. Tiens, tu devrais tenter quelque chose comme ça "Tu veux que je te guide, ma belle, et tu fais ta timide alors que tes mots sont roués. Mais moi, je te veux obéissante. Et si obéissante tu n'es pas, notre correspondance cessera. Alors comme Justine tu seras docile et comme elle tu vas satisfaire mes caprices. Je te veux nue devant moi. Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire que je pourrais te demander, imagine ce que tu crois ne pouvoir jamais donner. Vas-y, je t'attends, fais-le !"
"Tu pousses un peu là ! C'est à peu de choses ce qu'on lui a demandé la dernière fois !" s'exclame Donatien. "Mais comment veux-tu qu'elle veuille jouer avec moi après des mots pareils. Elle attend qu'à mon tour je me dévoile. Elle veut que je la guide. Elle va croire que je la méprise en ignorant sa main tendue. Tu lui dis d’imaginer le pire. Va savoir ce qu’elle va imaginer de mes envies..." Pascal plante ses yeux noisettes brûlées dans ceux de son ami "Mais ma parole, t'es amoureux. C'est quoi ces timidités ? On n'est pas là pour s'amuser ? Ta donzelle, je te le dis, a des ressources insoupçonnées. Crois-moi, elle va continuer. Et puis, encore une fois, si elle arrête tu n'auras rien perdu, une autre mijaurée qui t'aurait ennuyé au lit !" Le dernier bastion de résistance de Donatien s'effondre alors qu'il articule visiblement rasséréné "Arrêtes tes conneries, je ne suis pas amoureux. C'est toi qui as raison. On continue !"
Mais alors qu'il s'éloigne de la bibliothèque, il caresse du bout des doigts le dernier billet de Candy toujours niché dans sa poche et il se persuade que Pascal est un pervers sans sensibilité. C'est son pote, soit, mais ses visées ne sont pas les siennes et sa capacité de persuasion le rend parfois pusillanime. Il ne le sera plus. Arrivé à la maison, Donatien déchire le billet de Pascal et sur une feuille vierge il écrit simplement :
"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir. L'Ange"

PREMIERS EMOIS
"Allo ? C'est Candy."
Donatien attendait son appel et pourtant il se sent cloué au parquet par cette petite voix zézayant qu'il n'a plus entendue depuis un mois. Cela lui parait une éternité. Un mois qu'ils ont commencé leur correspondance. Un mois qu'elle a accepté de se plier à ses règles. Il avale sa salive avec difficulté saisi d'une forme de trac. C'est elle l'innocente et pourtant c'est lui qui se sent comme un débutant. Pascal avait-il raison ? "Bonjour Candy, comment vas-tu ?" Banalité d'usage, civile, pour cacher son trouble. "Ca va..." Quelques infimes secondes s'écoulent. Elle ose le silence pour le provoquer. Elle ose le silence pour le faire se dévoiler. Elle ne l'aide pas. Elle attend un pas vers elle, elle en a tant fait vers lui déjà. "Es-tu libre pour diner tout à l'heure ?" lâche-t-il enfin. "Oui, avec plaisir." Cri du cœur et tant pis s'il imagine quoique ce soit. "A quelle heure ?" "Si tu n'as pas peur, on dinera chez moi, tu veux ?" Il se mord les lèvres, tendu comme le fil du combiné du vieux téléphone en bakélite noire qu'il a dans la main, et si elle ne voulait pas ? "Oh, chez toi..." Candy meurt d'envie de dire oui, mais la trouille lui triture les tripes. Car elle sait que s'ils sont seuls, tous les deux, peut-être tentera-t-il de la séduire et alors elle ne pourra pas lui résister. A-t-elle envie de lui résister d'ailleurs ? Non, bien sûr que non, ce sera lui, pas un autre, mais c'est comment la première fois ? "...d'accord, mais j'espère que tu cuisines bien, je suis gourmande, moi !" finit-elle avec un petit gloussement nerveux. Donatien qui ne respirait plus inspire un grand coup, soulagement, elle a dit oui. Il sourit aux anges. Aux anges, se dit-il, c'est marrant ça, car elle m'appelle l'Ange. "Alors je t'attends à 20h. A tout à l'heure."
Il a entendu ses talons qui martelaient le parquet du palier. Il lui ouvre avant qu'elle n'ait eu le temps de sonner. Elle est plantée sur le paillasson, le doigt en l'air. Pétrifiée dans le mouvement, ses yeux marquent de la stupeur. Il lui sourit. Elle est belle, toute en rondeurs. Un pull au col en V met en valeur son profond décolleté et la jupe droite qu'elle porte drape son corps au plus près sans la boudiner. Elle est ronde mais sculpturale et il se perd déjà dans le creux de son cou qu'elle dévoile à sa vue envieuse, ses cheveux blonds relevés en un chignon négligé. C'est fou l'allure gracile que lui donne sa coiffure de petite madame, se dit-il en lui cédant le passage. "Entre dans mon antre si tu l'oses !" Elle lui sourit, les jambes en guimauve. "Suis-moi que je te montre mon palace." La porte a claqué derrière elle et elle a sursauté. Elle se tance d'être ainsi aux aguets, elle se trouve ridicule. Elle suit Donatien dans le salon et regarde, un sourire en coin, son beau cul musclé qui se dandine sous la toile du jeans. Elle se dit qu'être vierge à son âge, c'est pire qu'être handicapé.
Il s'est arrêté net devant elle et s'est retourné. Ils sont face à face à se toucher. Il la dévisage un court instant et elle soutient son regard. Vierge mais pas effarouchée. "Je ne sais pas si la cuisine sera à la hauteur de ta gourmandise, alors j'ai tout misé sur le vin. Pour commencer un Bollinger Grande Année 1999. Un premier diner, ça se fête, non ?" Il sourit comme un enfant heureux du cadeau qu'il fait. "Tu ne pouvais pas mieux tomber, je raffole du champagne. En fait, un diner au champagne me convient parfaitement. Et puis, je bois peu tu sais, sinon je ne sais plus ce que je fais !" Autant de badinerie que de messages à lire entre les lignes. "Hum, tu ne sais plus ce que tu fais ? J'ai bien fait de prévoir deux bouteilles alors..." Dialogue convenu entre deux êtres troublés déjà par ce qui va se passer. Le diner n'est qu'une formalité. Elle le sait. Il le sait. Mais il faut bien jouer un peu, car dans le jeu le plaisir se niche aussi.
Elle s'est assise sur le canapé. Elle observe la pièce qu'il a décorée avec goût. Elle l'imaginait étudiant brouillon vivant dans un bazar estudiantin. Il n'en est rien et les meubles contemporains qui peuplent le salon lui donnent comme un avant-goût de ce qu'il est. Raffiné, attentif aux détails. Il s'assoit à côté d'elle et lui tend une flûte où le liquide couleur miel d'acacias pétille en bulles fines. Il se rapproche encore plus, et sa cuisse touche la sienne "Trinquons, cuisse to cuisse !" dit-il cabotin alors que Candy sent son cœur faire des bonds incontrôlables dans sa poitrine. Elle boit cul sec. "J'ai des ascendances russes. On boit comme ça chez moi !" Donatien éclate de rire. "Décidément tu es pleine de surprises ! Je t'avoue que tes billets m'ont étonné. Je ne pensais pas que tu jouerais le jeu comme ça. Et puis maintenant, le coup à la slave..." Elle rit, aussi détendue que le jour de son Bac mais elle n'en laisse rien paraître. "Ah, oui, tu pensais quoi ? Que j'allais recopier des Arlequins ?" "Non, mais je t'aurais crue plus timorée. Remarque bien, j'ai adoré que tu me surprennes..." Candy affiche une moue déçue "Je t'ai surpris, c'est tout ? Moi qui croyais te déstabiliser...."
Donatien ne rit plus et la regarde intensément. Elle plonge les yeux dans sa coupe qu'il a remplie à nouveau. "Regarde-moi." Rouge d'émotion, elle lève ses yeux intimidés maintenant. "Oui, tu m'as déstabilisé. D'ailleurs, je te dois la vérité." Et Donatien lui raconte le jeu qu'avec Pascal ils avaient préparé. "Mais tu me plais. Tu me plais vraiment. Je n'ai plus envie de jouer. Enfin, pas ce jeu là..." Il a posé son verre et lui prend la main. Elle se laisse faire, amollie par le champagne et son envie de lui. Il porte sa main potelée à ses lèvres et l'embrasse lentement, très lentement. Il embrasse ses doigts un par un et puis la paume et puis de ses lèvres entrouvertes il baise son poignet, puis remonte le long du bras jusqu'à son coude où il dépose un baiser insistant.
Candy s'est laissé aller contre les coussins, elle a fermé les yeux et sent le souffle chaud de Donatien qui remonte le long de son bras pour arriver enfin au creux de son cou. Son cœur bat plus vite et son propre souffle s'affole à son corps défendant. "Lève-toi" murmure-t-il à son oreille. Son haleine brûlante descend en salve le long de sa colonne et elle reste sans volonté. "Lève-toi, viens t'assoir entre mes jambes." Elle se lève avec peine, la tête lui tourne et elle ne sait plus si c'est le désir ou le champagne. Docile, elle vient s'adosser à son torse. Il glisse ses bras autour de sa taille et plonge son nez dans son cou. Candy frémit.
"Si tu veux jouer à mon jeu. Fais oui de la tête. Ne parle plus, juste un signe de la tête." Elle opine une fois, puis deux, heureuse de ne pas devoir parler tant elle a peur que sa voix trahisse son émoi. "Alors, à partir de maintenant tu me laisses tout faire, n'est-ce pas ?" Elle opine à nouveau. "Et à partir de maintenant, tu feras aussi tout ce que je te dirai ?" Elle opine encore une fois. "Bien. Interdit de revenir en arrière, c'est bien clair ?" Sa voix est douce et enjôleuse, elle n'y résiste pas. Une dernière fois elle fait oui de la tête.
Alors doucement, les mains de Donatien quittent la taille de Candy où elles s'étaient placées et remontent sur ses seins et lentement elles les caressent. Ils sont lourds mais fermes et bientôt Donatien sent sous la fine dentelle ses mamelons se dresser. Il les attrape et délicatement les pince en lui disant "Tu vas voir quel plaisir ils recèlent quand on sait leur parler." Candy gémit et se laisse aller totalement contre lui. "Ne dis-rien, ne fais rien, n'aies pas peur !" susurre-t-il alors qu'il glisse ses mains sous son pull. Il flatte de ses deux paumes la douceur de sa peau, déchiffre au passage les rondeurs de son ventre et d'un geste adroit fait sauter l'agrafe du soutien-gorge.
Candy sent son corps se tendre sous les caresses de son amant. Des sensations inédites transpercent ses entrailles alors qu'il malaxe avec précaution ses tétons érigés. Le plaisir qu'elle ressent pour la première fois est intense et elle n'a pas l'intention de s'y soustraire. "Je veux maintenant que tu glisses ta main entre tes cuisses." "Non !" "Chut, souviens-toi, tu ne parles plus, tu as promis de m'obéir. Ne voulais-tu pas que je te guide ?" Candy fait si de la tête. Elle joue le jeu. Elle ira jusqu'au bout, n'importe où du moment que c'est avec lui. "Est-ce que tu mouilles ?" Oui, elle mouille et c'est bon, et c'est doux, et c'est chaud. "Je veux te humer, je veux te goûter. Donne-moi ta main." Et Candy porte à ses lèvres ses doigts humides. Donatien lèche chacun de ses doigts mais ne cesse pas de lui caresser les seins. "Caresse-toi !" Candy s'est redressée. "Mais, je ne peux pas !" Donatien la plaque de nouveau contre lui. "Mais alors, tu ne t'es jamais caressée ?" Elle fait non de la tête. "Je vais te montrer."
Alors que sa main gauche continue de cajôler ses seins, sa main droite investit avec dextérité le sexe trempé de Candy et lui administre le traitement qu'il voulait qu'elle s'inflige. Il gémit à son tour de sentir la soie de sa peau et sa douce moiteur. Il s'émeut de sa fébrilité alors que son sexe quémande encore plus d'audace, suivant allègrement le rythme de sa main. Et sous les assauts caressants de Donatien, un plaisir violent l'envahit et pour la première fois Candy jouit !
Allongés sur le canapé, Candy s'est lovée dans ses bras. Les cheveux en bataille, la jupe relevée, le pull roulé sous ses bras elle rit d'aise. "Non mais, as-tu vu dans quel état tu m'as mise !" Le reproche est démenti par le regard enamouré qu'elle lui lance. "Oh, et je devrais te remercier !" Donatien l'interroge du regard. "Oui, quand même, car tu viens de me faire jouir pour la première fois... " Il lui sourit "Tu vois, ce que j'aime avec toi c'est ta simplicité, ta spontanéité. Les autres filles minaudent, pas toi." Il l'embrasse à pleine bouche. "Mais toi, tu n'as pas joui, ce n'est pas de jeu !" lui répond-elle avec malice. "Ne t'inquiètes pas, le plaisir n'est pas que dans la jouissance. Et puis... mon tour viendra." Des points de suspension dans la voix qui la laisse imaginer tout ce qu'elle ne connait pas encore et qu'il lui apprendra.
"Oh, Donatien, j'ai repensé à ton copain Pascal. Puisqu'il voulait jouer lui aussi, que dirais-tu de continuer notre jeu rien que pour lui ? Tu vois, je pourrais écrire des billets et tu feindrais de les avoir reçus de moi. Il fait une thèse sur la manipulation, c'est bien ça ? Et bien si je m'amusais un peu à mon tour ?" Donatien fronce ses sourcils marquant sa réprobation muette. "Et bien, en voilà une idée ! Ce ne serait pas réglo, n'oublie pas que c'est mon pote tout de même..." Candy lui roule des œillades en lui disant "Allez, pas longtemps, juste pour le chauffer un peu tu vois." "Non, pas d'accord. Tu n'as qu'à me chauffer moi si tu l'oses. Et je continuerai à jouer le jeu avec Pascal. A voir qui des deux sauras mieux attiser le désir de l'autre !" Candy l'embrasse à nouveau en susurrant "Chiche !"
Et le soir même, Candy rédigeait pour Donatien le billet suivant.
"Ange, cher Ange,
Tu es assis devant moi et je t'écoute me susurrer combien tu aimerais que je te dévoile sans délais ce que tu ne connais pas de moi. Tu me demandes d'imaginer le pire que tu pourrais me demander, d'imaginer ce que je crois ne pouvoir jamais te donner. Et ton regard, impatient déjà, épie chaque parcelle de moi.
Je me suis mise nue, pour toi mais je ne peux soutenir ton regard qui me brûle plus fort que la vergogne que j'ai de me montrer à toi. J'ai toutes ces préventions de femme pudique qui m'assaillent. Le poids de la religion et de mon éducation qui m'ont maintenue insidieusement dans l'abstinence. J'ai tout cela en moi et comme Justine, je vacille, je titube entre le oui et le non.
Le non que m'impose la décence plus forte que ceinture de chasteté. Le oui qui sinue dans mes veines passablement agacées par mon sang bouillonnant, affolé par tes commandements muets. J'ai froid et j'ai chaud. Je sens mon ventre s'animer à l'approche de mes mains qui glissent le long de mes cuisses. Il anticipe déjà mes caresses, celles que tu m'intimeras. Je sens le désir sourdre doucement.
Je sais que tu le vois. Je sais que tu aimes ça et mon envie de ton envie me fait mouiller plus encore. Je t'en prie, ordonne-moi de me caresser. Dis à mes mains empressées de sinuer autour de mon clitoris bandant comme ta queue en ce moment. Impose-moi de glisser mon majeur lentement le long de la peau si douce de ma fente. D'hypnotiser ton regard au rythme de mon doigt qui me caresse, dessinant des allers-retours luisants. Demande-moi de goûter cette rosée divine qui ne coule que pour toi et de t'en décrire les saveurs et les parfums.
Fais-moi rougir encore en me fixant droit dans les yeux imposant à mes cils de s'abaisser pour cacher et ma honte et mon plaisir sournois. Bouscule-moi de tes mots audacieux pour m'amener plus loin encore. Repousse mes frontières car pour toi je veux devenir ce qui te fait rêver.
Me voudrais-tu salope ? Salope je deviendrai et j'introduirai dans mes orifices palpitants, à la moindre injonction de toi, mes doigts fébriles mais dociles pour te faire bander mieux que Priape ne l'a jamais fait. Tu me veux gourmande libérée ? Je t'en prie dis-moi les mots, lubriques assez, pour m'y amener. Fais-moi découvrir des plaisirs insoupçonnés sous tes yeux enivrés. Je me consume d'envies interdites. Fais-moi devenir qui je suis et que je ne connais pas.
Crois-tu pouvoir m'amener au-delà ?"
A suivre ...
05:46 Ecrit par Gicerilla dans Dialogue avec un ange | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
ELLE - Dialogue avec un Ange - L'initiation
Elle l'appelait l'Ange.
Elle, c'est Candy. Oh, elle n'avoue pas facilement son prénom car assurément les quolibets fusent. Déjà dans la cours d'école on la traitait de Mère Denis où bien on lui chantait en ricanant "au pays de Candy, comme dans tous les pays..." Elle avait eu sa dose de sarcasmes et elle voyait que, même en vieillissant, un sourire narquois montait souvent aux lèvres de ses interlocuteurs la première fois. Il faut dire qu'elle le portait bien ce prénom sucré. A se demander si le prénom avait marqué l'enfant dès le berceau de son empreinte Voltairienne ou si le hasard avait bien fait les choses, car candide elle était. Elle ne voyait le mal nulle part et ne percevait pas la convoitise des hommes dans leur regard.
Ronde de partout, elle savait mettre en avant et son devant et son derrière. Blonde aux cheveux longs et lisses comme des fils de soie, elle montrait constamment son sourire radieux que d'aucuns méchants auraient qualifié de niais. Elle ne marchait pas, elle ondulait et immanquablement les hommes sur son passage se retournaient. Elle savait qu'elle plaisait mais quand sa meilleure amie Valérie lui demandait "Alors, pour Nicolas, tu t'es décidée ?" Elle répondait invariablement, en zozotant "T'es folle, sortir avec Nicolas, je ne pourrais pas, il est bien trop laid !" "Il va bien falloir que tu t'inities aux choses de l'amour ma cocote, j'te rappelle que t'as passé 25 ans. Et Nicolas n'est pas laid, dis plutôt que t'as la pétoche !"
Ce que Candy ne lui disait pas, c'est que depuis quelque temps elle était en train de tomber amoureuse de son voisin du 1er, l'Ange, qu'elle l'avait baptisé. Lui ne le savait pas. Il s'appelait Donatien. Donatien Tussin. Il portait, paraît-il, le prénom d'un ancêtre très lointain. Il le lui avait raconté quand elle s'était étonnée qu'un homme aussi jeune porte un prénom aussi ancien. Il était étudiant en lettre à Paris 8 et préparait sa thèse de Doctorat en psychanalyse.
Le hasard avait voulu qu'ils se croisent au cinéma du quartier, à la sortie de la projection de "Salo ou les 120 journées de Sodome" de Pasolini. Cela pouvait-il être un hasard vraiment ? Au café du coin où il l'avait invitée à boire un verre, il lui avait raconté sa passion pour le psychisme et la littérature du XVIIIème, sujets dont il essayait de tirer une émulsion sous forme de thèse. Elle était impressionnée par son savoir, elle qui n'avait eu que son BEP de secrétariat. Elle n'avait pas compris un traitre mot du sujet de sa thèse "Un Rêve du Marquis de Sade - psychanalytique du reflet sur le trauma narcissique, la décompensation et la reconstitution du Moi fantasque."
Depuis leur rencontre, il l'initiait à Sade. Candy n'avait jamais beaucoup lu, et certainement pas de tels ouvrages. "J'ai lu Justine ou les malheurs de la vertu. Euh, c'est ... comment dire. C'est érotique et culotté. Enfin, je devrais dire déculotté. Je n'y connais rien bien sûr mais écrire des trucs pareils il y a 200 ans." Donatien sourit "Et ça t'a troublée ?" Candy n'ose pas lui dire que certains passages l'ont révoltée mais qu'à son corps défendant, elle sentait qu'elle avait été excitée par les images qui s'imposaient au-delà de toute morale. "Je te dis la vérité ?" Une question inutile comme pour se rassurer, se donner le courage, alors que la réponse est évidente. "Bien sûr. Au contraire, n'édulcore pas. Je suis très curieux de savoir ce que tu penses de ce premier livre, toi qui ne connait pas cette littérature !" "Je crois que ça m'a plu. Mais je sens bien que c'est mal. Tu sais, je n'ai pas beaucoup d'instruction ni de culture générale, mais le blasphème était interdit dans notre famille et je vois bien que là, c'est du blasphème déguisé, non ?"
Donatien sourit toujours avec une forme de curiosité attendrie car, si elle n'a pas d'érudition, elle est loin d'être bête. "Non, tu as raison. Tu sais, il n'est pas besoin pour une première lecture, de connaitre l'encyclopédie. Alors, ça t'a choquée ?" "Oui, surtout l'épisode avec les moines et en même temps..." Elle rougit. "...Et en même temps j'ai aimé. C'est horrible hein ? Je ne devrais pas te dire tout ça. C'est bizarre, d'ailleurs, d'habitude je ne parle pas autant de moi. Ca t'intéresse vraiment ce que je pense ?" Donatien ne peut pas lui dire la décision qu'il a prise il y a quelques jours de l'initier aux choses de l'amour. Il s'imagine déjà nouveau Valmont séduisant la prude Madame de Tourvelle, mais non pas mu par la volonté de la faire déchoir, mais plutôt motivé par la volonté de l'éduquer.
"Je te propose un jeu. Un jeu de rôles en quelque sorte. Je vais t'écrire un billet et tu devras me répondre. Je donnerai le ton et tu devras impérativement me donner la réplique en laissant parler celle qui s'est manifestée à la lecture de Sade. Tu mettras de côté ton éducation, ta pudeur pour ne laisser parler que celle qui te souffle tes envies. Aucune limite dans le propos, le style sera celui qui te convient. Entamons une correspondance, ça te dit ?" Donatien a leur cœur qui bat, il ne veut pas qu'elle dise non. Candy le regarde de ses grands yeux clairs et un voile d'incompréhension ternit un instant leur éclat. Et puis un sourire enjôleur point, affleure alors que sur un ton joueur elle lui répond "Hum, je crois que je t'ai compris. Tu veux une correspondance à la Choderlos de Laclos, mais version Henry Miller !" "Quoi, tu connais cet auteur ?" "Ah, mais qui te dit que je n'ai rien lu de toute ma vie. Oui, je l'ai lu ainsi que d'autres classiques. Je veux bien essayer mais je t'aurai prévenu, je ne suis pas un auteur née."
Quelques jours plus tard, Candy découvrait dans sa boite aux lettres une enveloppe manuscrite qui contenait ce billet.
"Candy, ma Muse, je t'attendrai ce soir aux jardins des délices. J'y ai cultivé pour toi quelques étreintes aux parfums enivrants mais j'en garderai les secrets, si tu ne les mérites pas. Alors, si tu veux partager avec moi ces enchantements, si tu veux qu'ensemble nous connaissions la folie des passions qui saoule les corps et annihile l'âme, il faudra que tu me racontes comment tu me circonviendras. L'oseras-tu ? Le voudras-tu ?"
Candy referme le billet, intriguée. Mais déjà comme un poison, les mots de Donatien circulent dans ses veines et en elle déjà s'élève une voix qu'elle ne connaissait pas, celle de son désir jamais exprimé.
Oui, elle osera.
A suivre ici
05:31 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : choderlos de laclos, donatien sade
18 juin 2009
ELLE - Escapade ibère

"Dis, tu m'emmèneras à Bilbao ?"
J'ai prononcé ces mots comme une enfant implorant un "oui" sans condition. Pas besoin de le prier car il est déjà d'accord. Il sera mon chauffeur, mon confident, mon souffre-douleur, mon réconfort le temps d'une virée en voiture. Je serai Thelma, il sera Louise au volant. Je ne le lui ai pas dit car, même si la comparaison avec Susan Sarandon est flatteuse, il n'a rien de cette rousse pulpeuse. Pourtant c'est avec cette idée de road-movie en tête que je lui ai proposé de devenir mon guide.
Le musée Guggenheim de Bilbao est notre destination. Découvrir enfin cette architecture incroyable qui défie les lois de l'équilibre tout en les respectant pourtant. Gerhy et ses audacieuses courbes faites de calcaire, verre et titane qui surplombent un plan d'eau transformant le bâtiment en un OFNI (objet flottant non identifié) aux yeux du rêveur qui le contemple au soleil couchant.
Passé l'émerveillement né de l'architecture étonnante, nous entrons dans ce temple de l'art moderne. Il est ici représenté en force et je crains en y entrant de ressortir dépitée comme c'est le cas souvent. J'ai en effet de l'art contemporain une bien piètre image comme j'ai l'ai déjà confié là. En effet, je suis une instinctive, une émotive, une sensitive et devoir développer toute une thèse aux concepts pompeux devant une œuvre pour enfin lui trouver, au-delà de ses formes, du sens voire une forme de grâce est un exercice masturbatoire que je me refuse à faire. L'art doit enrichir ma vie, la rendre plus dense en apportant sa superfluité qui ne doit pas être dénuée de sens. L'art doit aussi flatter mes sens, ce que souvent l'art moderne ne fait pas. Bref, nous pénétrons dans le ventre de la bête pour découvrir les collections permanentes mêlées aux temporaires.

L'intérieur est vaste, lumineux. L'agencement donne de l'espace aux œuvres exposées. Elles semblent respirer et le visiteur aussi. La lumière est partout, qui illumine le parcours sans aveugler. Un invité de passage en Takashi Murakami me permet enfin de mettre un nom sur des compositions florales de moi connues sans être reconnues. Je m'étonne qu'on appelle cela de l'art. Délire enfantin d'un adulte grandi trop vite qui façonne dans ses ateliers des personnages mi-comics trip, mi-mythologiques. Incrédule encore une fois devant des pièces qui se vendent des millions de dollars, je m'arrête un moment devant deux de ses créations à taille humaine qui me semblent un sacré concentré de fantasmes.
Fantasmes du japonais moyen ? Je m'interroge. Oui, le japonais comme tout homme nourrit bien des fantasmes mais il ne peut librement les exprimer dans une société qui doit garder la face. Murakami fantasme aussi, mais au grand jour lui, et il se donne le droit de se montrer tout en encaissant des dollars. Qui osera me dire en effet, que "My Lonesome Cowboy" n'est pas la représentation d'un fantasme, pour moi, indéchiffrable ? Voilà une représentation très "manga" d'un jeune-homme de type caucasien, blond échevelé qui éjacule en souriant avec enthousiasme, alors que le rictus de la jouissance devrait déformer son visage. Il tient son sexe dressé fièrement dans sa main et son sperme qui jaillit en un jet infini décrit des volutes improbables. Et cette pièce c'est de l'Art ? De l'art qui vaut 15 millions de $ ?

Je délaisse Murakami, persuadée plus encore qu'il y a une forme de foutage de gueule dans l'art moderne. Non pas de la part de l'artiste qui crée ce qui lui plait, sous la forme qui lui plait, mais de la part des "spécialistes" qui décrètent que l'homme a du génie. Au fond, cette création me fait plaisir à voir, elle me réjouit même car elle a de la fantaisie. Mais cette fantaisie, je décide de la prendre au premier degré sans chercher à en faire une dissertation intello quand d'autres se torturent le cerveau pour y voir justement le génie auquel on crie. L'ériger en œuvre d'art et lui donner droit de cité dans un musée, c'est à mon avis une forme de mépris pour le visiteur, c'est lui faire croire, comme à moi, qu'il n'a pas la capacité de comprendre cet art qui le dépasse. Bullshit !
Toujours plus perplexe, certainement pas encore convertie, je passe dans l'autre section qui accueille l'artiste chinois Cai Quo-Giang (concepteur des feux d’artifice de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques). Si ses peintures à la poudre (explosive) me laissent indifférente, je suis subjuguée par son œuvre "Head on".
Imaginez, si cela se peut, une meute de 99 loups (construits à partir d’une armature en fer, du foin et des peaux de moutons) lancés dans une course folle, un peu comme Phaéton sur le chariot volé, qui décollent dans un envol mal contrôlé et se fracassent avec la violence de leur inertie contre un mur de verre. Une détermination aveugle les anime et ils ne voient pas l'obstacle transparent et donc incontournable. Ils suivent sans réfléchir le leader de la horde et foncent tête la première dans cette transparence contre laquelle ils s'écrasent, sans périr pour autant. Et ils repartent et recommencent n'ayant tiré aucune leçon de ce fracas.
J'y vois évidemment plusieurs messages et pour une fois s'impose une réflexion intello qui me fait aimer cette œuvre au-delà de l'image. Une allégorie de l'aveuglement des masses, du manque de réflexion individuelle et du pouvoir donné au charisme ou à l'autorité. Un fatalisme bouleversant qui s'exprime dans cette construction. Homo homini lupus vient me chatouiller les méninges même si cette sentence ne vient pas tout à fait à propos. Quoiqu'il en soit, j'ai aimé cette mise en scène remarquable.
Aurais-je fait un pas en avant dans mon acceptation de l'Art moderne ?



05:53 Ecrit par Gicerilla dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : takashi murakami, guggenheim museum, frank gehry, cai guo-qiang, richard serra
15 juin 2009
ELLE - Dent pour dent
"Allo, ma chérie, c'est maman !"
Elle aime bien quand sa mère l'appelle, ça la rassure. Elle est loin d'elle mais sa voix simule sa présence et le temps de leurs conversations elle se sent protégée. "Sophie, tu m'entends ?" "Oui, maman, pardon, je réfléchissais. Tu as oublié de me dire quelque chose ?" "Oui. Tu sais demain il y a le vide-grenier annuel et je pensais qu'enfin je pourrais peut-être vider la grande malle qui prend les toiles d'araignée. Figure-toi que j'y ai retrouvé Taupinette, tu te souviens ? La vieille poupée en porcelaine de ta grand-mère que tu ne quittais pas jusqu'à... Enfin, je pensais nous en débarrasser !" "Pas de problème, au contraire, il est temps..."
Sophie est inspecteur. Elle dirige une équipe de cinq flics, alors évidemment sa présence détonne à la tête de son équipe. Un mètre quatre-vingt, elle est taillée comme une athlète, plus Barber que Radcliffe, mais elle a gardé son visage d'ange. Bien qu'elle porte les cheveux très courts, un peu trop mec au goût de sa mère qui trouve que c'est du gâchis, les traits de son joli visage rappellent à chaque instant que sa mère rêvait pour elle d'une carrière de mannequin international. Mais elle a refusé les fanfreluches et les fards depuis si longtemps. Elle a toujours préféré Zorro à Candy et c'est à la Brigade des Mœurs qu'elle a décidé de travailler. Mettre ses qualités au profit de la veuve et de l'opprimée.
Il est 13h00. Son amie l'attend déjà. Sophie arrive essoufflée, l'embrasse sur la bouche, furtivement, elle n'aime pas exposer leur amour en public. Son amour à elle c'est Aurélie. Elles se sont connues à l'école. Elles ont suivi le même cursus mais Aurélie a raté le concours, alors elle est devenue simple policière. "Viens, c'est à deux pas". Elles entrent dans la boutique après avoir passé un sas de rideaux de velours rose fuchsia, décor ô combien prévisible. Le vendeur derrière le comptoir est un homme jeune, pâle aux yeux cernés de bistre. Il regarde une vidéo sur un petit écran à moitié caché par le comptoir, un air blasé sur le visage. Seuls des han, et des ah laissent imaginer la nature du DVD.
Sophie va se planter devant le mur au fond de la boutique zébré par une série de rayonnages décorés de trophées de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Aurélie ne peut réprimer un gloussement incrédule "Je n'en ai jamais vu autant, et surtout... t'as vu les tailles ?" Justement, oui, Sophie s'est rapprochée sciemment de l'étagère qui porte les plus impressionnants modèles. Une grimace carnassière déforme sa bouche alors qu'elle prend le plus grand dans ses mains, une taille à effrayer Priape. "Ce sera celui-là !" Aurélie a vu son expression. Elle ne rit plus. Non, elle ne rit plus et une inquiétude point sur ses traits "Tu es sûre que c'est ce que tu veux ?" "Oui, cela fait trop longtemps que j'attends. Mais, toi, tu peux toujours dire non." "Jamais, ce sera avec moi ou ça ne sera pas. C'est dit. Ne m'en reparles plus."
Il a les bras chargé de sacs de supermarché. Avec difficulté, il ouvre la porte de l'immeuble. Deux femmes lui emboitent le pas et l'aident à tenir la porte pouverte. Il se dirige vers la cage d'escalier, son sport quotidien, trois étages à pied. À trente-neuf ans, il refait doucement sa vie, trois mois qu'il est sorti, enfin. La clé de sécurité tourne avec peine et libère l'accès aux escaliers. Il n'a pas entendu qu'il était suivi. Subitement, il sent quelque chose de dur dans son dos. "Maintenant, tu ne bouges plus." Une voix de femme, haut perchée. "T'as un Sig Sauer 9 millimètres dans la colonne. Tu bouges, je tire." "Mais c'est quoi c'est conneries. Qu'est-ce que vous voulez ?" "T'inquiètes, tu vas vite le savoir."
C'est Sophie qui parle. Sa voix est glaciale, presque déshumanisée, aussi métallique que le pistolet qu'elle pointe dans le dos du salaud. "Lentement, très lentement, fais pas le finaud, tu poses tes paquets et tu mets les mains dans le dos. Ne te retourne pas. Si tu ne me crois pas écoute un peu." Dans le silence de la cage d'escalier, le déclic du cran de sécurité tombe avec l'effroi d'une guillotine. Julien pose ses paquets et Aurélie lui attache promptement les mains avec du scotch extra-fort. "Mets-toi à genoux maintenant." "Arrêtez, merde, c'est du fric que vous voulez ?" "Ferme-la. A genoux j'ai dit !" Il s'exécute et la dureté du béton brut cogne méchamment ses genoux sous le jeans. Aurélie est rapide et ligote fermement les chevilles de Julien qui branle un instant, quasi en déséquilibre sur ses genoux. "Maintenant, on va te bâillonner, bien solidement et tu pourras crier tout ton saoul. On va s'amuser" "Déconnez pas. Vous voulez quoi, dites moi au moins ce que vous voulez." "Ta gueule !" répond Sophie qui s'énerve. "Bâillonne-le, qu'il la ferme. Je ne supporte plus sa voix." Il est réduit au silence. La panique s'empare de lui. Il a le cœur qui bat et des perles de sueur humectent son front. Il a peur.
"Prends le flingue" intime-t-elle à Aurélie. "S’il tente quoi que ce soit, tu l'assommes !" Sophie a sortie un couteau plus effilé qu'un katana et d'un geste assuré découpe le fond du pantalon. Julien se redresse et tente de se retourner mais Sophie le bouscule, il bascule en avant et sa joue gauche se cogne au béton de la marche sur laquelle sa tête porte. "Bouges plus, tu entends, sinon je t'éventre tout de suite." Aurélie la regarde, apeurée. Son amie est méconnaissable. Sa gueule d'ange est devenue démoniaque. Ses traits sont tirés et la haine se lit dans ses yeux. Elle déchire le boxer de sa victime d'un coup sec, libérant un joli cul musclé. Elle a déjà sorti le gode géant. A-t-on idée de s'en servir pour le plaisir, vraiment ? Il est noir. Noir comme l'âme de Sophie depuis vingt ans. Noir comme le dégoût qui lui fait refouler maintenant un haut le cœur.
Aura-t-elle le courage de le faire ? Faire mal. Comme il lui a fait mal il y a vingt ans. Le salaud. Julien, le fils du voisin, son baby-sitter. Ce salopard qui l'a tripotée en l'absence de ses parents. Ce vicieux qui l'a forcée à lui sucer la queue. "Vas-y, n'aie pas peur, imagine que c'est une sucette..." Et puis ses doigts qui se sont glissés dans son intimité, avec brusquerie, avec violence. Elle savait que c'était mal, sa maman l'avait bien avertie, on ne touche pas une petite fille là. Elle avait dit non, en vain. Et puis son sexe dressé, immense. Et puis...
Elle hurle "Tu vas voir ce que ça fait de se faire baiser de force. Tu vas voir la douleur. Tu vas sentir l'humiliation. Tu te souviens, Sophie, 6 ans, la fille de Monsieur Durand. Tu te souviens. Vingt ans de prison, c'est trop doux. Si seulement tu t'y étais fait baiser à mort là-bas. Il n'est pas trop tard..." Elle s'est saisi du gode comme d'un poignard, elle a craché dessus pour qu'il trouve le chemin plus facilement. Elle l'a planté avec toute la hargne du désespoir, la rage de la douleur enfouie depuis trop longtemps. Il a hurlé. Il a grogné encore alors qu'elle le défonçait. Il l'a suppliée alors que le sang commençait à couler le long de ses cuisses en un mince filet. Sophie n'a pas entendu Aurélie lui dire "ca suffit, arrêtes, je t'en prie, ça suffit..." Sophie ne s'est pas entendue crier "Une petite fille de 6 ans c'est intouchable. Une petite fille de 6 ans c'est un bijou à protéger. Une petite fille de 6 ans c'est fragile, ça ne se touche pas, salopard." Et alors que le dard géant, noir comme le sang coagulé de l'immolé, git planté telle une bougie de sabbat, Sophie arrache le revolver des mains tremblantes d'Aurélie et achève Julien qui pleure, d'une balle dans la nuque.
"Tu le savais pourtant, éviter de toucher, fragile..."
Décidément, les photos en noir&blanc de JL Bec m'inspirent de tristes histoires. J'espère que vous ne m'en voulez pas, Jean-Louis, mais il y avait du désespoir, il me semble, dans cette poupée-là ! Merci de me l'avoir confiée.

05:43 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie jean-louis bec, défi
12 juin 2009
ELLE - Envie ludique

"Ah oui, tu es blasé, voyez-vous ça !"
Comment ne pas sourire en entendant une telle affirmation. Même Casanova ne fut jamais blasé. Alors je souris et je le regarde droit dans les yeux. L'avantage de l'âge, l'assurance du savoir. Lui, c'est François. Avouerai-je que je lui cours après depuis des mois mais à distance, avec légèreté. Je rêve de lui souvent, éveillée ou pas mais il ne le sait pas. Pourquoi le lui dirais-je puisqu'il me dit que plus rien ne lui fait rien, que l'amour pour lui, c'est fini. "Je t'assure, moi qui frémissais à la seule idée d'une jolie bouche sur mon membre, maintenant ça ne me fait ni chaud, ni froid !" Je ne crois pas un seul instant à son impuissance. Assis face à face, je le sonde de mes yeux noirs, il ne baisse pas les siens. Son air blasé cache-t-il un jeu ou est-il véritablement revenu pour de bon des étreintes de l'amour ? Il l'a aimée comme un fou il y a quelques années et depuis, tout lui semble fade. Une part de moi, celle qui ressemble au Saint Bernard sauveur des désespérés, se dit "avec moi, ce ne sera pas pareil", forcément il me plait et j'ai envie de lui. L'autre part de moi me murmure "n'insiste pas, une fille comme toi ça se désire, ça ne se boude pas !"
"Jouons veux-tu ?" Il me demande à quel jeu ? "Tu n'aimes plus l'amour, il t'ennuie. Tu n'as plus d'envie. Je vois bien que tu ne me désires pas. C'est vexant d'ailleurs, soit dit en passant. Bref, jouons un jeu ensemble. Je ne connais pas encore toutes les règles mais tu les suivras aveuglément. Alors ?" François me répond qu'il est d'accord. Je note un éclair de gaité de son regard et, peut-être, un air goguenard qui étire à peine ses lèvres qui me disent silencieusement "cause toujours !" Il ne m'en faut pas plus pour me mettre au défi. "Viens."
Il me suit docilement jusqu'à sa voiture. Il est garé à l'écart, au bout du parking sous un grand chêne. La télécommande ouvre les portes. Je l'attire sur la banquette arrière. Toucher sa main me chavire. Je redeviens adolescente, frémissante, débutante. Quelle sensation étrange de se sentir émue par le simple contact d'une main. "Assieds-toi à côté de moi et ne bouge plus. A partir de maintenant laisse-moi te guider. Promets-moi de jouer le jeu, promets-moi de ne rien vouloir contrôler." Comme à son habitude, il joue le rebelle "Je ne te promets rien, mais je veux bien voir où tu veux en venir !"
Il me regarde et un sourire curieux m'encourage à continuer. Je soulève à peine ma jupe et fais lentement glisser mon string. Je ne lui laisse rien voir, trop facile, trop prévisible et ça ce n'est pas moi. Les pans de ma jupe découvrent à peine mes cuisses. "Ferme les yeux". Il s'exécute et je glisse mes dentelles sous son nez. "Respire-moi !" Il me respire mais ne trahit aucune surprise, aucune émotion. J'approche ma bouche de son oreille et lui murmure "garde les yeux fermés, François. Ferme-les en sachant que je vais te baiser. D'abord le cou, puis le menton, puis les lèvres. Et puis, je vais te sucer. Tu crois que tu n'aimes plus ça, je vais te prouver le contraire. Mais je ne vais pas te faire jouir, non puisque tu ne sais plus jouir, je vais juste te faire bander, un peu, pour que tu te souviennes comme c'est bon. Parce que c'est bon, tu verras. Gardes les yeux fermés et suis moi..."
Je me suis mise à genoux sur la banquette et, assise sur mes talons, je me penche pour nicher mon visage dans son cou. Mon souffle chaud parcourt en petits va et vient sa jugulaire, glisse sur sa nuque où je l'embrasse légèrement. Il frissonne et je sais que la salve descend le long de ses reins. "Tourne toi vers moi, offre-moi ton visage, offre-moi ta bouche mais garde les yeux fermés" Il n'obéit pas, évidemment, et me regarde dans les yeux avec son sourire de Joconde alors que sa main gauche tient toujours serré mon string blanc sous son nez qu'il s'amuse à respirer bruyamment. "Chut, ferme tes yeux, concentre-toi sur tes sensations, même si tu n'en as pas." Doucement, j'effleure à peine ses lèvres qu'il tient serrées. Pire qu'une vierge effarouchée, mais n'ai-je pas entendu son souffle un peu plus rapide que tout à l'heure. Ma langue goûte ses lèvres, en dessine le contour et tente de s'immiscer mais elles restent scellées. "Tu ne veux pas m'embrasser, très bien je vais les violer." Il sursaute. J'ai plaqué ma main droite sur son sexe. Je sens bien qu'il ne ressent rien. Serait-ce vrai, il ne sait plus aimer ? L'idée me rend dingue car, moi, je bande pour deux. Je force le barrage de ses lèvres et lui donne un baiser qu'il me rend enfin. Je prends son visage dans mes mains et le caresse alors que je dévore sa bouche. Le souffle court, je descends le long de son cou et déboutonne avec empressement sa chemise pour en écarter les pans. "Laisse-toi faire, tu entends, ne fais rien".
J'embrasse son torse puis son ventre et suis la ligne sombre qui sombre sous la ceinture de son jean. Je plonge mon visage entre ses jambes et indécente, je caresse son sexe qui git là. Il ne bande pas, je suis en transe. J'ouvre brusquement la braguette de son pantalon et je frotte mon visage comme une chienne son museau au coton du boxer qui me cache encore sa queue. Je relève la tête en souriant "Tu vois, tu bandes..." Sans préavis, j'attrape dans ma main son sexe qui durcit. Je le caresse à peine, je veux en sentir la dureté sous ma main comme le témoin silencieux de son excitation. Je le regarde dans les yeux en le masturbant. Il le soutient comme si tout cela le laissait indifférent.
Alors mes yeux rivés aux siens, je passe ma langue sur mes lèvres pour les rendre luisantes "regarde ma bouche. Elle est douce, elle est chaude et lisse. Regarde ma langue. Imagine-les sur ta queue. Regarde ma bouche s'approcher..." Il soupire. Je gobe son sexe d'un seul coup, affamée. Il soupire plus encore et referme les yeux. Son sexe est dur sous ma langue, lisse comme du marbre mais bouillant pourtant. Ma langue dessine consciencieusement le contour de son gland. Ma bouche humectée va et vient lentement, elle reste en surface alors que de ma main je caresse sa hampe. Les soupirs qu'il expire m'indiquent que je suis sur la bonne voie. Je regarde un instant l'animal tendu dans ma main. Un œuvre d'art. Que c'est beau le sexe d'un homme qui bande ! Je le gobe à nouveau, je le lèche et le lâche alternativement. Ma langue descend et remonte suivie de ma main qui doucement l'enserre. "Imagine mon sexe autour du tient, François. Imagine la chaleur infernale qui te brûle et t'inonde au rythme de mes mouvements. Imagine..."
Il soupire plus encore alors que je reprends mon ballet sur sa queue, sur ses couilles. J'ai envie de lui, qu'il me pourfende là, qu'il me baise et m'achève de son coutelas. Je deviens effrénée, ma bouche l'aspire, le mordille, le serre de plus en plus fort. Son gland violacé maintenant me dit qu'il est proche de la jouissance et pleure déjà quelques gouttes de son plaisir prêt à sourdre. Je le suce goulument, comme une gourmandise. Je m'applique comme une débutante. Il est à bout, il murmure "oui". Je réponds "Non ! Non, tu ne jouiras pas, rappelle-toi, tu ne ressens plus rien, l'amour, c'est plus pour toi." Je repose délicatement son sexe tendu comme un mât de cocagne sur son ventre qui se soulève rapidement. Je me redresse et viens plaquer ma bouche sur ses lèvres pour l'embrasser avec fougue.
"Alors, finalement, veux-tu aimer encore ?"
05:29 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fellation, pipe, flûte
09 juin 2009
ELLE - Je ne vis pas ma vie...

Je glisse ma clé dans la serrure.
J'ouvre la porte de mon appartement. Un bel appartement très lumineux, inondé de lumières, triple exposition, s'il vous plait. Les bras chargés de sacs du supermarché, je pense. Oui, je pense. Je pense à cette phrase qu'il m'a dite il y a quelque temps. Une phrase qui m'avait fait mal sans intention de le faire pourtant. Il parlait de lui. J'étais son miroir. Il me parlait mais se parlait à lui-même en fait. Et ses mots se plantaient tout droit dans ma peine. "Je ne vis pas ma vie, je la rêve."
Constat insupportable que j'aurais dû conjurer en disant "mais non, que me dites vous là..." Je n'en fis rien car une voix en moi criait, alors que je tentais de l'étouffer comme on veut oublier un cauchemar "oh, comme je vous comprends... J'ai la même impression !"
La clé tourne sans peine dans la serrure. Le pene coulisse et je rentre dans mon appartement. Il est vide. Joli, mais vide. Je ne suis pas triste. J'aime ma solitude. Je suis une solitaire. Je ne le savais pas. Adolescente, la solitude me faisait peur. Plus maintenant. Je l'ai apprivoisée. Deviendrais-je vieille louve, errant sans meute, mourant sans meute pour me pleurer ? Plus le temps passe, et plus je me suffis à moi-même. Plus le temps passe et plus ma vie me parait éthérée. Ethérée ? Non, finalement, car ma vie est ancrée dans la matière grâce au toit qui m'abrite et au travail qui me permet de vivre dignement. Ethérée pourtant, car ce qui me fait vibrer bien souvent ne sont que des mirages issus de mon imagination désirante, des rêves de ce que pourrait être ma vie si seulement... Je projette ce que je pourrais faire mais pourtant ne le fais pas. L'acceptation comme on tend la joue droite.
Bientôt, le lit ne m'apparaitra plus si grand, plus si froid. Bientôt, je dormirai en plein milieu, ne laissant aucune place à de nouveaux possibles. Bientôt, être "une" me semblera un état parfait, alors que le Club Med me rappellera toujours que je ne suis pas dans la norme et qu'il est juste d'en être pénalisée. Occupation double, moitié du prix, vous y comprenez quelque chose ?
Et puis, est-ce que cela compte après tout ? Bientôt, je serai fatiguée de partir seule, de voyager seule, de sortir seule. Bientôt, tout me sera indifférent. Je resterai seule à rêver.
Déjà, je sens que les caresses de l'amant ne me manquent plus. La Nature est bien faite. Elle s'adapte. Elle accepte le vide mais le remplit immédiatement par autre chose. Moi, ce sont les rêves. Déjà, le sexe ou plutôt son absence me laisse indifférente. Je rêve. Je repense à celui qui un jour articula cette phrase "Je ne vis pas ma vie, je la rêve." Il lit beaucoup, il connait tant de choses. Nous somme si différents et pourtant cette petite phrase, anodine, nous rassemble. Est-il malheureux, est-il heureux ? Je crois que, lui, sait être heureux. Qui a dit que l'homme ne pouvait pas être heureux sans illusions ? Quelles sont les miennes. En ai-je encore ?
Et vous, vivez-vous ou rêvez-vous ?
A JMZ.
05:41 Ecrit par Gicerilla dans Rubrique à brac | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
06 juin 2009
ELLE - La faute aux hormones ?
Jusqu'à ce jour, je n'avais qu'une trouille en vieillissant !
Non, ce n'était pas des rides au coin des yeux, non. Quoique... Non, ce n'était pas des rhumatismes, ni du rachis qui tique, ni des varices sur mes jambes de danseuse, non. Quoique... Ce qui m'effrayait plus que tout c'était de croiser sur mon chemin le spectre de la Mémérisation et que de son sceptre tout puissant il me jette un sort irréversible. Il s'acoquine souvent avec le Ridicule et, tous les deux associés, ils sont bien plus dangereux que la Grande Faucheuse car, hélas, ils ne tuent pas. Parfois, pourtant, cela ne serait-il pas préférable ?
Il frappe quand il veut et ses victimes consentantes ne se rendent pas toujours compte de ce qui leur arrive. Je veux parler des mémères embijoutées, qui déambulent dans les rues de Megève, Nice ou Paris au rythme des petites pattes de leur chihuahua encapuchonné de Burberry. Elles promènent leur clebs et leur morgue, la bouche plissée comme un soleil dont le rouge file en un réseau de rides l'apparentant ainsi à un autre orifice. Elles portent du Max Mara en cachemire couleur poil de chameau, car n'est ce pas ce qu'elles sont devenues pour la plupart, et cachent leurs oignons dans des souliers coûteux. Elles exsudent l'argent, celui qui, égoïste, ne donne pas aux nécessiteux.
Combien de fois ne me suis-je pas surprise les jugeant et m'effrayant à l'idée qu'un jour comme elles je devienne.
Mais ces derniers temps, ce spectre là me parait presque sympathique comparé à celui qui visiblement m'a déjà prise dans ses filets. Je me débats et tente de lui résister comme le naufragé tente de garder la tête hors de l'eau. Figurez-vous qu'en vieillissant je me testostéronise ! Si, je vous l'assure. Plus le temps passe et plus les gênes de la féminité chez moi deviennent récessifs au profit de ceux, plus hargneux, typiques du chef d'entreprise. J'avais déjà noté avec effroi comment quelques propos virils s'étaient échappés de ma bouche alors que je discutais avec mon N+1. J'y vis dès lors, sans doute possible, les signes annonciateurs de mon épouvantable mutation "Ah, je suis fatiguée de ces nanas qui ont toujours un pet de travers ! Unetelle est encore malade ce matin, cela fait trois fois dans le mois..."
Combien de fois un médisant soupçon ne m'a-t-il pas caressée de ses mots sournois "ne crois-tu pas qu’elles confondent opportunément envie de rester au lit et gastroentérite ?". Et me voilà de m'étonner de la propension qu'elles ont à se tromper de diagnostic quand les hommes répondent toujours présents, même accablés d'une fièvre de cheval. Pourtant, ne dit-on pas des femmes qu'elles sont plus résistantes et que les hommes se laissent facilement terrasser par le plus petit microbe ? S'il est vrai qu'ils sont des malades grincheux et douillets, ils sont étonnament plus fidèles au poste, quel paradoxe ! Non, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les statistiques.
Bref, je me surprends, disais-je à tenir des propos machistes et à écarter volontiers de la liste des postulants toute femme de moins de 40 ans n'ayant pas eu d'enfants au profit de fringants jeunes gens pleins de potentiel et de charme qui proposent spontanément de travailler dans mon équipe. N'ai-je pas pesté l'autre fois lorsque la jolie blonde, embauchée il y a trois ans, m'a dit, émue et presque au bord des larmes "Gicerilla, je suis enceinte !" Avouerai-je ici que ma première réaction fut de crier silencieusement "Merde..." tout en articulant avec un sourire grimaçant "Ah, quelle chance. Je suis contente pour toi !" Etais-je vraiment contente ? Oui, bien sûr, car pour une femme amoureuse et désireuse d'avoir des enfants, la nouvelle était de poids. Mais moi, hein, dans tout ça ?
Ah, j'ai honte. Voyez le discours que je vous tiens là. Je me testostéronise, vous dis-je, et à l'américaine encore. Sous la douche, nue et sans défenses, des pensées radicales m'assaillent "n'embauche plus de femmes. Les mecs n'ont pas de règles, ils ne tombent pas enceints. Prends les jeunes, ils sont plus vigoureux et endurants." Evidemment, je me hais immédiatement pour ces pensées indignes et un dialogue de démente s'engage entre moi et moi. Je scrute mes joues toujours glabres craignant d'y voir bientôt pousser le début d'une barbe. Je mange du soja à outrance tentant d'endiguer la fuite évidente de mes œstrogènes. Je me goinfre de gélules d'hormone en me disant "Argh, c'est sûrement un coup de cette salope, la ménopause ! "
Rien n'y fait. Ces pensées insidieuses reviennent toujours plus fortes lorsqu'une collaboratrice m'appelle pour me signifier encore une fois son absence "mais qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui ?" "Ah, je n’ai pas dormi de la nuit, le petit avait de la fièvre, il faut que je la garde à la maison, la crèche refuse de la prendre..." J'affiche l'empathie de circonstance quand la voix mâle en moi me chante "marre de cette nana, marre de cette nana..." Hélas, hélas, comment faire pour renverser la tendance et penser à nouveau en femme, responsable mais compatissante ?
Promettez-moi une chose : si prochainement vous me voyez me réajuster l'entre-jambe, tuez-moi !
Illustration "le chienchien à sa mémère" par Thorn
05:35 Ecrit par Gicerilla dans Billet d'humour | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
