30 juillet 2009

ELLE - The Big Lebowski

 
big_lebowski.jpgLa pluie qui tombe drue rend le pavé glissant.

Véronique marche vite sur ses hauts talons mais son pas est hésitant, elle a peur de se tordre les chevilles, ce serait un comble. Elle froisse dans la poche de son trench l'enveloppe qu'elle a reçue hier. Un bristol accompagnait un billet de concert. Sur le bristol, trois mots énigmatiques "The Big Lebowsky". Elle a bien vu le film homonyme des frères Cohen mais elle ne voyait pas le lien entre cette invitation muette et celui qui l'avait lancée. Et puis cet Y qui, peut-être, faisait toute la différence !

Elle le connaissait sans jamais l'avoir rencontré. Elle avait hésité à venir car elle craignait plus que tout la déception. Pas la sienne mais celle qu'il pourrait ressentir en la voyant. Ils sont si différents. Elle se rassure en se disant qu'elle ne peut pas se tromper à ce point. Invitation illicite. Elle aimait l'idée qu'il la cherche des yeux, scrutant la salle sans la repérer, attristé peut-être. Puis, comme une lumière de reconnaissance dans ses yeux en la devinant dans un coin noir de la salle, pas très loin de la scène. Leurs regards qui s'arriment, qui s'animent en une nano seconde avant qu'il ne détourne le sien et se concentre à nouveau sur son instrument...

Elle trottine en levant bien les genoux, histoire ne de pas éculer le cuir de ses talons. Ca donne à son allure le factice élégant des chevaux de concours. Elle rigole toute seule de se voir de profil dans les vitrines sombres, droite comme un i, avec sa démarche de dressage. Elle s'en fout, elle sera la plus belle ce soir et son trench de ciré noir luit comme le pelage bleuté des étalons du Cadre. Cette métaphore équine la fait pouffer. Quelle idée saugrenue de se comparer à une pouliche de dressage, mais après tout, n'est-ce pas un étalon qui l'attend, la guitare en bandoulière ? Elle espère bien que oui. Il est beau mec, plutôt typé méditerranée, avec ce profil aquilin qui donne de la majesté à son visage. Les traits comme taillés au burin sans ponçage inutile, une bouche carmin à se demander s'il ne fricote pas avec Chanel ou Lancôme.

Alors qu'elle avance péniblement sur les pavés luisants, elle se remémore sa photo sur le site où ils se sont parlés pour la première fois. Un forum de discutions, alternativement prétexte à des rencontres. Et puis, le dernier email qu'il lui a envoyé qui l'a chauffée à blanc, rendant son âme molle et son corps aussi malléable que le métal en fusion. Il sait lui parler, elle doit bien se l'avouer même si elle prétend être insensible aux poncifs masculins. Il est musicien et ses mots hébergent souvent une mélodie induite, un rythme inné qui confère à ses mots, lus à haute voix, une musique particulière.

"Je vous ouvre les bras, vous vous serrez contre mon torse, tentez de l'enlacer et constatez que vous y parvenez à peine même en vous pressant de toutes vos force vous posez votre joue au creux de mon épaule et je sens votre souffle qui s'apaise en un doux frôlement sur ma peau, mes bras recouvrent votre taille puis vos épaules je vous enserre étroitement tout contre ma poitrine, je vous soulève de terre tout en murmurant à votre oreille combien vous êtes belle, désirable et méritez d'être heureuse ."

The Big Lebowski. Quel drôle de pseudo. Véronique arrive à l'entrée des artistes dont l'accès est barré par une armoire normande qu'on aurait taillée par erreur dans l'ébène. Elle fait son plus beau sourire en tendant le carton d'invitation et le billet "Je suis attendue !" La baraque de service se décoince en lisant le bristol. "Ah, oui, je suis au courant. Suivez-moi !"Il a souri de ses milles dents, blanches à éclipser Email Diamant. Elle croit lire un air de connivence dans son œillade qui la met mal à l'aise. Elle suit le videur tout en secouant son imper dégoulinant de pluie. Elle le secoue autant qu'elle secoue les doutes qui l'ont saisie. Il la fait pénétrer dans la salle et lui propose un siège au premier rang. Elle s'y assoit, frémissant d'impatience de le voir bientôt sur la scène, proche à le toucher.

La salle est comble. Les lumières cèdent rapidement la place au noir alors que le rideau s'écarte pour laisser voir le groupe qui prend place. Sur une petite estrade en hauteur, un gros type qui lui rappelle vaguement John Goodman, version cheveux longs gras et collants, s'installe à la batterie et attaque frénétiquement, immédiatement suivi par le saxo hurlant d'un petit gars habillé de noir, sec et nerveux avec des faux airs de John Turturro. Puis viennent les rejoindre un type grand et maigre, veston de costume sur torse nu, version hybride de Mike Jaeger et Iggy pop, qui se colle debout derrière son synthé, un petit blond dodu la basse de travers qui bondit tel un lapin et deux choristes pulpeuses, noires de Harlem aux girons imposants.

Subitement, son cœur cesse de battre. Il arrive presque en courant. Il est magnifique, immense. La guitare autour du cou, il commence un solo qui galvanise déjà la salle. Ses fans connaissent la musique et anticipent la suite. Il se met à chanter. Sa voix est chaude, grave même, éraillée. Elle est hypnotisée. Parce qu'il est plus beau qu'en photo. Parce qu'il est sur la scène et qu'il l'a invitée. Parce que la foule scande avec lui le refrain. Parce qu'il a l'air célèbre et adulé. Elle ne le quitte pas des yeux, elle suit chacun de ses gestes, chaque mouvement de ses lèvres qu'elle imagine déjà dans le creux de ma nuque. Elle fixe ses mains aux longs doigts fuselés qui s'agitent sur les cordes de l'instrument et imagine vibrer à son tour sous ses caresses. Et l'air manque à ses poumons compressés dans un serre-taille de satin rouge flamboyant qu'elle a acheté pour lui plaire. Et ses dentelles reçoivent déjà le tribut de son excitation, une vraie bête. Elle réprime un éclat de rire alors que son cerveau lui dit "mais ma parole, tu es en rut !" Pourtant, pas un instant il ne l'a regardée, pas un instant n'a-t-il cherché son regard alors qu'il sait sûrement la place on lui a attribuée. Déçue un peu, Véronique se persuade qu'après le concert tout sera différent. Elle décide de se laisser porter par la musique et l'enthousiasme du public.

Le concert est fini. Les bis sont morts petit à petit et la salle se vide laborieusement. Des odeurs de sueur flottent dans l'air surchauffé. Le groupe a fait un tabac. Elle est en train de ramasser ses affaires quand le malabar noir s'approche d'elle. "Big vous attend dans les coulisses, si voulez bien me suivre." Son cœur fait un bond, le moment est trop proche maintenant où ils vont enfin se rencontrer. Elle suit son guide, les jambes vacillantes et elle respire comme une accouchée. Se calmer, Se calmer à tout prix ! Ils arrivent dans une salle de béton située derrière la scène. Là, sous la lumière verdâtre des plafonniers, des fourmis affairées aux looks hétérogènes remballent la sono et les instruments. Il l'entraine au fond et ils empruntent un couloir sombre jusqu'à une porte, noire comme le tableau des classes de son enfance, qu'elle imagine être celle de sa loge. En effet, écrit à la craie "The Big Lebowsky" lui fait savoir qu'elle va enfin le voir en vrai. Le black a frappé à la porte. Son palpitant palpite et la rend presque sourde. "Quoi ?" a-t-elle presque crié. Le videur la regarde avec un sourire en biais "je vous laisse, il vous a dit d'entrer."

Tremblante, Véronique tourne la poignée. Sur le pas de la porte, elle voit John Goodman qui se retourne et qui lui dit "Merci d'être venue. Venez que je vous prenne enfin dans mes bras. Je ne vous ai pas menti, vos petits bras ne pourront pas complètement m'enlacer..." "Mais, mais... Sale tricheur ! " Est tout ce qu'elle peut articuler avant de s'enfuir. Elle n'a pas pris le temps de s'expliquer, elle est partie en courant bousillant ses talons.

Les forums de discutions, elle n'est pas prête d'y retourner !

 

 

27 juillet 2009

ELLE - C'est quoi l'amour ?

amour.jpgMes yeux sont fixés sur l'écran de l'ordinateur.

Une tasse de café fumant à ma droite, je consulte ma boîte aux lettres électronique. Je ne l'ai pas entendu entrer. Seuls ses mots, prononcés avec la lenteur de celui qui en vit chaque syllabe, me font savoir qu'il me regarde. Depuis combien de temps déjà ? "Je te trouve très belle." La pièce est illuminée par le soleil qui se lève sur la ville calme. Il enfile un pull-over alors que je lève mon regard et rencontre le sien, si sérieux. "J'aime ton petit visage..." Mes yeux n'ont pas quitté les siens. J'y lis quelque chose de trouble qui n'est pas seulement de l'admiration. Non, j'y lis tant de tendresse que je me sens fondre.

Fondre ? Non, ce n'est pas l'effet que me font ses mots. Je sens mes tripes se nouer en fait, et mon cerveau qui lutte pour garder la distance nécessaire pour ne pas pleurer. Parce que ses mots me font mal. Ils me caressent mais ils me font mal. Mon garde du corps est planté à quelque pas de moi et je me lève pour aller à sa rencontre. Et alors qu'il me serre contre lui, je me mets à imaginer que peut-être, s'il était autrement, s'il était autre, je pourrais l'aimer. Hypothèse hypothétique car je ne l'aime pas. Le fossé qui nous sépare est toujours le même, et la connaissance de l'autre ne le réduit pas. Je l'avais déjà constaté et, hélas, rien ne semble permettre que les deux bords se rapprochent, qu'un tremblement de terre propice soude enfin les deux bords.

Pourtant, je soupçonne qu'il ressent plus qu'il ne dit mais, pour que la relation reste équilibrée, il n'en dit pas plus qu'il ne faut pour que les plateaux restent au même niveau. Car alors, il y aurait de la souffrance. Ne dit-on pas, comme on affirme des vérités péremptoires au café du Commerce accoudé au comptoir, que dans un couple il y en a un qui aime toujours plus ? Et si cela est vrai, comment un couple peut-il survivre à ce déséquilibre ?

Il vient de partir. Je reste seule avec ses mots et l'effet qu'ils me font. L'amour n'est pas la panacée, ce remède miracle qui enjolive tout et atténue les différences pour toujours. Celui qui croit que l'amour avec un grand A est capable de gommer ce qui sépare fondamentalement est un fou. Non, l'amour ne peut pas naître d'un grand écart permanent qui, à la longue, use les muscles et déchire les ligaments. L'amour doit être simple et sain et non pas le fruit d'une décision lucide prise une fois qu'on a pesé les pour et les contre. Combien d'hommes et de femmes s'associent pourtant en ayant fait leurs comptes ?  Parfois même, le compte est fait sans s'en rendre compte et l'homme nomme amour le bien-être qu'il ressent avec cette femme qui le cajole et s'occupe de lui comme le faisait maman. Et la femme nomme amour le bien-être qu'elle ressent avec cet homme parce qu'il la rassure et veut bien lui faire un enfant.

Pourtant, cet homme là avec ses mots, enjôleurs sans volonté de l'être, perce ma carapace de lucidité. Ses mots pénètrent dans ma chair et m'affaiblissent au point de m'aveugler. Il me fait voir des possibles qui ne sont qu'illusions. Il me fait croire un instant, un instant fugace mais foudroyant, que s'il m'aime je pourrais à mon tour l'aimer. Parce que les différences culturelles, que j'ai pourtant dénoncées comme insurmontables, c'est de la foutaise intellectuelle. Et je sens bien le danger de ces réflexions démentes que les faits démentiraient prochainement si je faisais la bêtise d'y croire.

Et subitement, je saisis l'étendue du pouvoir de l'envie. L'envie qui pare des plus beaux atours la rencontre d'un homme et d'une femme mal assortis, parce que plus forte que tout est l'envie d'aimer et d'être aimé ou, en tout cas, le besoin d'y croire. L'envie qui travestit la réalité. L'envie, à l'instar du commerçant chinois, qui fait glisser fébrilement les boules sur le boulier en espérant que le compte y sera. L'envie qui fait prononcer des mots faux, des mots déguisés pour se leurrer soi-même et atteindre, enfin, cet état tant envié. L'envie qui nous fait croire que l'on choisit de manière éclairée telle histoire alors que dans les faits, on se ment à soi-même. Que ne suis-je frappée moi aussi de cette bienveillante amnésie qui me ferait oublier ce que ma lucidité me fait voir !

Et JLB, mon anthropologue de service, me dirait sans doute que cette envie, vécue comme un besoin vital à satisfaire sous peine d'en mourir, est le fait d'une programmation visant à assurer la reproduction de l'animal pour éviter sa fin. Sans soute aurait-il raison. Mais cela ne va-t-il pas plus loin ? Serait-ce que l'amour de l'autre, perçu comme indispensable pour exister dans nos sociétés en conformité avec le modèle, est en fait l'expression de notre incapacité à s'aimer suffisamment soi-même pour ne plus dépendre de l'autre ? Peut-être. Peut-être pas. Mais je reste convaincue du fait que l'amour ne saurait être cette matière magique qui remplit le vide qu'on a en soi, qui comble au propre comme au figuré. L'amour de l'autre doit être un plus qui vient enjoliver une vie déjà équilibrée et non pas un besoin quasi physiologique à satisfaire quel qu'en soit le prix.

Je reste avec ses mots. Je les accueille finalement pour ce qu'ils sont. L'expression d'un élan pour moi. Je n'ai pas à m'en méfier. Je les prends comme un cadeau. Et si je ne l'aime pas comme dans les contes de fées, j'aime ce qu'il m'offre et je veux croire que ce que je lui offre en retour lui convient, sans forcément devoir coller dessus le mot amour.

Et pour vous, l’amour, c’est quoi ?
 

 

24 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Premier émoi

 

BlankAngelWing.png"Allo ? C'est Candy."

Donatien attendait son appel et pourtant il se sent cloué au parquet par cette petite voix zézayant qu'il n'a plus entendue depuis un mois. Cela lui parait une éternité. Un mois qu'ils ont commencé leur correspondance. Un mois qu'elle a accepté de se plier à ses règles. Il avale sa salive avec difficulté saisi d'une forme de trac. C'est elle l'innocente et pourtant c'est lui qui se sent comme un débutant. Pascal avait-il raison ? "Bonjour Candy, comment vas-tu ?" Banalité d'usage, civile, pour cacher son trouble. "Ca va..." Quelques infimes secondes s'écoulent. Elle ose le silence pour le provoquer. Elle ose le silence pour le faire se dévoiler. Elle ne l'aide pas. Elle attend un pas vers elle, elle en a tant fait vers lui déjà. "Es-tu libre pour diner tout à l'heure ?" lâche-t-il enfin.  "Oui, avec plaisir." Cri du cœur et tant pis s'il imagine quoique ce soit. "A quelle heure ?" "Si tu n'as pas peur, on dinera chez moi, tu veux ?" Il se mord les lèvres, tendu comme le fil du combiné du vieux téléphone en bakélite noire qu'il a dans la main, et si elle ne voulait pas ? "Oh, chez toi..." Candy meurt d'envie de dire oui, mais la trouille lui triture les tripes. Car elle sait que s'ils sont seuls, tous les deux, peut-être tentera-t-il de la séduire et alors elle ne pourra pas lui résister. A-t-elle envie de lui résister d'ailleurs ? Non, bien sûr que non, ce sera lui, pas un autre, mais c'est comment la première fois ? "...d'accord, mais j'espère que tu cuisines bien, je suis gourmande, moi !" finit-elle avec un petit gloussement nerveux. Donatien qui ne respirait plus inspire un grand coup, soulagement, elle a dit oui. Il sourit aux anges. Aux anges, se dit-il, c'est marrant ça, car elle m'appelle l'Ange. "Alors je t'attends à 20h. A tout à l'heure."

Il a entendu ses talons qui martelaient le parquet du palier. Il lui ouvre avant qu'elle n'ait eu le temps de sonner. Elle est plantée sur le paillasson, le doigt en l'air. Pétrifiée dans le mouvement, ses yeux marquent de la stupeur. Il lui sourit. Elle est belle, toute en rondeurs. Un pull au col en V met en valeur son profond décolleté et la jupe droite qu'elle porte drape son corps au plus près sans la boudiner. Elle est ronde mais sculpturale et il se perd déjà dans le creux de son cou qu'elle dévoile à sa vue envieuse, ses cheveux blonds relevés en un chignon négligé. C'est fou l'allure gracile que lui donne sa coiffure de petite madame, se dit-il en lui cédant le passage. "Entre dans mon antre si tu l'oses !" Elle lui sourit, les jambes en guimauve. "Suis-moi que je te montre mon palace." La porte a claqué derrière elle et elle a sursauté. Elle se tance d'être ainsi aux aguets, elle se trouve ridicule. Elle suit Donatien dans le salon et regarde, un sourire en coin, son beau cul musclé qui se dandine sous la toile du jeans. Elle se dit qu'être vierge à son âge, c'est pire qu'être handicapé.

Il s'est arrêté net devant elle et s'est retourné. Ils sont face à face à se toucher. Il la dévisage un court instant et elle soutient son regard. Vierge mais pas effarouchée. "Je ne sais pas si la cuisine sera à la hauteur de ta gourmandise, alors j'ai tout misé sur le vin. Pour commencer un Bollinger Grande Année 1999. Un premier diner, ça se fête, non ?" Il sourit comme un enfant heureux du cadeau qu'il fait. "Tu ne pouvais pas mieux tomber, je raffole du champagne. En fait, un diner au champagne me convient parfaitement. Et puis, je bois peu tu sais, sinon je ne sais plus ce que je fais !" Autant de badinerie que de messages à lire entre les lignes. "Hum, tu ne sais plus ce que tu fais ? J'ai bien fait de prévoir deux bouteilles alors..." Dialogue convenu entre deux êtres troublés déjà par ce qui va se passer. Le diner n'est qu'une formalité. Elle le sait. Il le sait. Mais il faut bien jouer un peu, car dans le jeu le plaisir se niche aussi.

Elle s'est assise sur le canapé. Elle observe la pièce qu'il a décorée avec goût. Elle l'imaginait étudiant brouillon vivant dans un bazar estudiantin. Il n'en est rien et les meubles contemporains qui peuplent le salon lui donnent comme un avant-goût de ce qu'il est. Raffiné, attentif aux détails. Il s'assoit à côté d'elle et lui tend une flûte où le liquide couleur miel d'acacias pétille en bulles fines. Il se rapproche encore plus, et sa cuisse touche la sienne "Trinquons, cuisse to cuisse !" dit-il cabotin alors que Candy sent son cœur faire des bonds incontrôlables dans sa poitrine. Elle boit cul sec. "J'ai des ascendances russes. On boit comme ça chez moi !" Donatien éclate de rire. "Décidément tu es pleine de surprises ! Je t'avoue que tes billets m'ont étonné. Je ne pensais pas que tu jouerais le jeu comme ça. Et puis maintenant, le coup à la slave..." Elle rit, aussi détendue que le jour de son Bac mais elle n'en laisse rien paraître. "Ah, oui, tu pensais quoi ? Que j'allais recopier des Arlequins ?" "Non, mais je t'aurais crue plus timorée. Remarque bien, j'ai adoré que tu me surprennes..." Candy affiche une moue déçue "Je t'ai surpris, c'est tout ? Moi qui croyais te déstabiliser...."

Donatien ne rit plus et la regarde intensément. Elle plonge les yeux dans sa coupe qu'il a remplie à nouveau. "Regarde-moi." Rouge d'émotion, elle lève ses yeux intimidés maintenant. "Oui, tu m'as déstabilisé. D'ailleurs, je te dois la vérité." Et Donatien lui raconte le jeu qu'avec Pascal ils avaient préparé. "Mais tu me plais. Tu me plais vraiment. Je n'ai plus envie de jouer. Enfin, pas ce jeu là..." Il a posé son verre et lui prend la main. Elle se laisse faire, amollie par le champagne et son envie de lui. Il porte sa main potelée à ses lèvres et l'embrasse lentement, très lentement. Il embrasse ses doigts un par un et puis la paume et puis de ses lèvres entrouvertes il baise son poignet, puis remonte le long du bras jusqu'à son coude où il dépose un baiser insistant.

Candy s'est laissé aller contre les coussins, elle a fermé les yeux et sent le souffle chaud de Donatien qui remonte le long de son bras pour arriver enfin au creux de son cou. Son cœur bat plus vite et son propre souffle s'affole à son corps défendant. "Lève-toi" murmure-t-il à son oreille. Son haleine brûlante descend en salve le long de sa colonne et elle reste sans volonté. "Lève-toi, viens t'assoir entre mes jambes." Elle se lève avec peine, la tête lui tourne et elle ne sait plus si c'est le désir ou le champagne. Docile, elle vient s'adosser à son torse. Il glisse ses bras autour de sa taille et plonge son nez dans son cou. Candy frémit.

"Si tu veux jouer à mon jeu. Fais oui de la tête. Ne parle plus, juste un signe de la tête." Elle opine une fois, puis deux, heureuse de ne pas devoir parler tant elle a peur que sa voix trahisse son émoi. "Alors, à partir de maintenant tu me laisses tout faire, n'est-ce pas ?" Elle opine à nouveau. "Et à partir de maintenant, tu feras aussi tout ce que je te dirai ?" Elle opine encore une fois. "Bien. Interdit de revenir en arrière, c'est bien clair ?" Sa voix est douce et enjôleuse, elle n'y résiste pas. Une dernière fois elle fait oui de la tête.

Alors doucement, les mains de Donatien quittent la taille de Candy où elles s'étaient placées et remontent sur ses seins et lentement elles les caressent. Ils sont lourds mais fermes et bientôt  Donatien sent sous la fine dentelle ses mamelons se dresser. Il les attrape et délicatement les pince en lui disant "Tu vas voir quel plaisir ils recèlent quand on sait leur parler." Candy gémit et se laisse aller totalement contre lui. "Ne dis-rien, ne fais rien, n'aies pas peur !" susurre-t-il alors qu'il glisse ses mains sous son pull. Il flatte de ses deux paumes la douceur de sa peau, déchiffre au passage les rondeurs de son ventre et d'un geste adroit fait sauter l'agrafe du soutien-gorge. 

Candy sent son corps se tendre sous les caresses de son amant. Des sensations inédites transpercent ses entrailles alors qu'il malaxe avec précaution ses tétons érigés. Le plaisir qu'elle ressent pour la première fois est intense et elle n'a pas l'intention de s'y soustraire. "Je veux maintenant que tu glisses ta main entre tes cuisses." "Non !" "Chut, souviens-toi, tu ne parles plus, tu as promis de m'obéir. Ne voulais-tu pas que je te guide ?" Candy fait si de la tête. Elle joue le jeu. Elle ira jusqu'au bout, n'importe où du moment que c'est avec lui. "Est-ce que tu mouilles ?" Oui, elle mouille et c'est bon, et c'est doux, et c'est chaud. "Je veux te humer, je veux te goûter. Donne-moi ta main." Et Candy porte à ses lèvres ses doigts humides. Donatien lèche chacun de ses doigts mais ne cesse pas de lui caresser les seins. "Caresse-toi !" Candy s'est redressée. "Mais, je ne peux pas !" Donatien la plaque de nouveau contre lui. "Mais alors, tu ne t'es jamais caressée ?" Elle fait non de la tête. "Je vais te montrer." 

Alors que sa main gauche continue de cajôler ses seins, sa main droite investit avec dextérité le sexe trempé de Candy et lui administre le traitement qu'il voulait qu'elle s'inflige. Il gémit à son tour de sentir la soie de sa peau et sa douce moiteur. Il s'émeut de sa fébrilité alors que son sexe quémande encore plus d'audace, suivant allègrement le rythme de sa main. Et sous les assauts caressants de Donatien, un plaisir  violent l'envahit et pour la première fois Candy jouit !

Allongés sur le canapé, Candy s'est lovée dans ses bras. Les cheveux en bataille, la jupe relevée, le pull roulé sous ses bras elle rit d'aise. "Non mais, as-tu vu dans quel état tu m'as mise !" Le reproche est démenti par le regard enamouré qu'elle lui lance. "Oh, et je devrais te remercier !" Donatien l'interroge du regard. "Oui, quand même, car tu viens de me faire jouir pour la première fois... " Il lui sourit "Tu vois, ce que j'aime avec toi c'est ta simplicité, ta spontanéité. Les autres filles minaudent, pas toi." Il l'embrasse à pleine bouche. "Mais toi, tu n'as pas joui, ce n'est pas de jeu !" lui répond-elle avec malice. "Ne t'inquiètes pas, le plaisir n'est pas que dans la jouissance. Et puis... mon tour viendra." Des points de suspension dans la voix qui la laisse imaginer tout ce qu'elle ne connait pas encore et qu'il lui apprendra.

"Oh, Donatien, j'ai repensé à ton copain Pascal. Puisqu'il voulait jouer lui aussi, que dirais-tu de continuer notre jeu rien que pour lui ? Tu vois, je pourrais écrire des billets et tu feindrais de les avoir reçus de moi. Il fait une thèse sur la manipulation, c'est bien ça ? Et bien si je m'amusais un peu à mon tour ?" Donatien fronce ses sourcils marquant sa réprobation muette. "Et bien, en voilà une idée ! Ce ne serait pas réglo, n'oublie pas que c'est mon pote tout de même..." Candy lui roule des œillades en lui disant "Allez, pas longtemps, juste pour le chauffer un peu tu vois." "Non, pas d'accord. Tu n'as qu'à me chauffer moi si tu l'oses. Et je continuerai à jouer le jeu avec Pascal. A voir qui des deux sauras mieux attiser le désir de l'autre !" Candy l'embrasse à nouveau en susurrant "Chiche !"

Et le soir même, Candy rédigeait pour Donatien le billet suivant.

"Ange, cher Ange,

Tu es assis devant moi et je t'écoute me susurrer combien tu aimerais que je te dévoile sans délais ce que tu ne connais pas de moi. Tu me demandes d'imaginer le pire que tu pourrais me demander, d'imaginer ce que je crois ne pouvoir jamais te donner. Et ton regard, impatient déjà, épie chaque parcelle de moi.

Je me suis mise nue, pour toi mais je ne peux soutenir ton regard qui me brûle plus fort que la vergogne que j'ai de me montrer à toi. J'ai toutes ces préventions de femme pudique qui m'assaillent. Le poids de la religion et de mon éducation qui m'ont maintenue insidieusement dans l'abstinence. J'ai tout cela en moi et comme Justine, je vacille, je titube entre le oui et le non.

Le non que m'impose la décence plus forte que ceinture de chasteté. Le oui qui sinue dans mes veines passablement agacées par mon sang bouillonnant, affolé par tes commandements muets. J'ai froid et j'ai chaud. Je sens mon ventre s'animer à l'approche de mes mains qui glissent le long de mes cuisses. Il anticipe déjà mes caresses, celles que tu m'intimeras. Je sens le désir sourdre doucement.

Je sais que tu le vois. Je sais que tu aimes ça et mon envie de ton envie me fait mouiller plus encore. Je t'en prie, ordonne-moi de me caresser. Dis à mes mains empressées de sinuer autour de mon clitoris bandant comme ta queue en ce moment. Impose-moi de glisser mon majeur lentement le long de la peau si douce de ma fente. D'hypnotiser ton regard au rythme de mon doigt qui me caresse, dessinant des allers-retours luisants. Demande-moi de goûter cette rosée divine qui ne coule que pour toi et de t'en décrire les saveurs et les parfums.

Fais-moi rougir encore en me fixant droit dans les yeux imposant à mes cils de s'abaisser pour cacher et ma honte et mon plaisir sournois. Bouscule-moi de tes mots audacieux pour m'amener plus loin encore. Repousse mes frontières car pour toi je veux devenir ce qui te fait rêver.

Me voudrais-tu salope ? Salope je deviendrai et j'introduirai dans mes orifices palpitants, à la moindre injonction de toi, mes doigts fébriles mais dociles pour te faire bander mieux que Priape ne l'a jamais fait. Tu me veux gourmande libérée ? Je t'en prie dis-moi les mots, lubriques assez, pour m'y amener. Fais-moi découvrir des plaisirs insoupçonnés sous tes yeux enivrés. Je me consume d'envies interdites. Fais-moi devenir qui je suis et que je ne connais pas.

Crois-tu pouvoir m'amener au-delà ?"

 

06:08 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

21 juillet 2009

ELLE - Ma nuit Royale

Suspenders.jpg

Je n'en pouvais plus.

A force de lire les rencontres voluptueuses du Papillon par-ci, les rencontres licencieuses de Waid par-là, je me suis prise au jeu de m'inventer moi aussi des nuits où les chaleurs de l'enfer me soustrairaient un instant aux rigueurs terrestres et me rapprocheraient certainement de Dieu, puisque l'Enfer est l'antichambre du Paradis. Transiter par l'Enfer, y souffrir mille supplices délicieux pour atteindre enfin la rédemption, comment y résister ? Alors je me suis laissée tenter par un Diable au ramage mélodieux et au physique avantageux.

Tout a commencé par un email. Il se disait lecteur assidu de mon blog depuis quelque temps, du genre silencieux qui lit mais ne commente guère. Il aimait particulièrement, me disait-il, la rubrique "Eros" et "Ce qui n'arrivera pas". Il avait précisé que ce n'était pas le genre des textes qui avait retenu son attention, bien sûr que non, évidemment, mais bien ma plume. Il vantait la qualité de mon écriture (sic) et, en fin psychologue de l'âme gicerillienne, il avait compris qu'un petit compliment bien tourné et apparemment authentique était la clé de la porte de ma forteresse.

Il est lui-même blogueur et j'avais pu voir chez lui combien il aimait le sexe féminin, combien il était courtisé par une harde de femmes prêtes à donner leur corps en pâture à sa gourmandise car il semblait avoir acquis auprès des Dames une chaude réputation. Un art certain du maniement de la langue et des mots semblait lui avoir conféré une renommée nationale. Je me sentais flattée mais restais sur la réserve, car moi, voyez-vous, je ne suis pas comme toutes ces donzelles qui ont le sacrifice facile pour peu qu'on leur promette le Ciel.

Nous avons échangé assidûment et j'avoue qu'au fil du temps ses mots ont échauffé mes sens au point que j'accepte de le rencontrer pour que nous nous connaissions, bibliquement s'entend, on n'allait pas se taper une belote ! Enfin, son invitation électronique  arrive "Je vous attendrai à la Villa Royale, 2, Rue Duperré  vendredi prochain à 19h00. Venez nue sous vos vêtements." Je ris de son humour à trois francs CFA mais je tremblai aussi d'excitation car je savais exactement ce que voulait dire ce propos apparemment idiot.

Il m'attend au bar comme prévu. Il s'est levé pour venir à ma rencontre. Grand, aux épaules larges et les yeux clairs, quelques mèches blanches octroient à sa crinière un côté Gere qui me plait. Et puis son sourire éblouissant et ses grandes mains musclées me donnent immédiatement envie de me rapprocher. Il m'embrasse sagement sur la joue et je perçois comme une agression son parfum puissant, plus déodorant de supermarché que jus haut couture. Je retiens une grimace de déception. Heureusement, il est rasé de près et je laisse trainer mes lèvres sur sa peau douce. Nous attaquons une bouteille de Krug Rosé qu'il a commandée. Son goût pour ces bulles ambrées m'est comme un présage des raffinements dont il sera capable. Hélas, le pauvre s'excuse car à tout bout de champ il éternue et se mouche, victime d'un coup de froid inopportun. Le bruit incongru, que son mouchoir n'atténue pas, coupe l'élan de notre conversation et je me demande in petto comment il pourra bien m'embrasser sans étouffer. Et alors qu'il range son mouchoir détrempé dans sa poche, je ravale un hurlement de dégoût. Comment lui dire qu'il a maintenant de la morve au nez !

Je me réfugie aux toilettes, écœurée, et je fais le vœu qu'en mon absence il se rende compte de son état, pitié mon Dieu ! Je me regarde dans la glace en grimaçant, ai-je vraiment envie d'aller plus loin, ses mucosités n'ont-elles pas rompu le charme à jamais ? Je respire un grand coup et imagine ses belles mains errer savamment sur mes fesses, sur mon sexe, et je me décide à remonter. Le miracle a eu lieu, l'intrus verdâtre a disparu et pour me remettre je siffle ma coupe cul-sec lui demandant de me resservir, histoire de provoquer l'amnésie propice au badinage.

Au bout de la quatrième coupe, je me sens échauffée à point. Il a posé sa main sur mon genou gainé de soie et des frissons brûlants remontent vers mes reins. "Viens, j'ai envie de te goûter" me dit-il. Je le suis en m'agrippant à son bras, titubant un peu sur mes talons vertigineux. Il me débite des choses légères qui m'égaient et je m'appuie sur lui plus qu'il ne faut. Il est lui-même un peu grisé et nos rires accompagnent nos pas impatients qui nous amènent à la chambre.

L'hôtel est réputé pour sa décoration détonante. La chambre qu'il a choisie est meublée comme un lupanar très XIXème siècle qui me plait instantanément. Je suis comme une poule de luxe qui va se faire cajoler par un client ! Il m'attire à lui avec fougue et me susurre à l'oreille "es-tu nue sous tes vêtements ?" Oui, je le suis. Aucune dentelle ne couvre mon intimité et depuis le début je me sens fragile, démunie. Seule une paire de bas, attachés à un serre-taille, était autorisée. Nous nous embrassons. J'ai la tête qui tourne à l'instar de sa langue dans ma bouche. Il embrasse bien et je sens monter au creux de mon ventre des envies sauvages. Il se plante devant moi et fait rapidement tomber mes vêtements me laissant quasi nue. Je me sens intimidée alors qu'il me jauge du regard et me sourit. "Tu me plais, je t'enlève" et avec adresse il me soulève et me porte jusqu'au lit à baldaquin.

Subitement, une sonnerie résonne. Il regarde sa montre. "Merde, j'avais oublié, un coup de fil à donner ! Excuse-moi, je n'en ai pas pour longtemps !" Que dire ? J'ai le corps liquéfié, le feu dans les entrailles, des envies de baisers et de baise et lui s'éclipse pour téléphoner ? Je ferme un instant les yeux mais le champagne fait son office et je m'endors sans le vouloir. Combien de temps a passé, je ne sais pas, mais je sens sa main qui me secoue "Ma reine, tu dors ?" A moitié ensuquée, j'ai envie de lui répondre une ânerie "non, j'suis au fond de la mine, j'pousse les wagonnets..." mais je me rappelle subitement pour quoi je suis venue. A moi la nuit Royale, à moi les émois lascifs, à moi les jouissances  divines. Il m'embrasse à nouveau et à nouveau mes sens s'emballent. Il caresse mes seins qui se dressent et joue de sa langue avec dextérité. Dans un souffle il me dit "il va falloir m'aider..." Mon sang se glace. "Quoi ?" Incrédule je scrute son visage. "Ben, oui, j'ai perdu le fil !"

Je me redresse d'un coup de rein énervé. "T'aider, et puis quoi encore ! Ah, vraiment, quel bel amant tu fais." J'ai sauté dans ma jupe et le chemisier à peine boutonné j'ai claqué la porte laissant le goujat allongé, la queue en berne, sur son lit de roi.

Ma nuit royale ? Royale, en effet !

à S.

18 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - L'obéissance

AILES5.jpgLe début de "Dialogue avec un Ange" est  

Cela fait une semaine que Donatien triture dans la poche de sa veste la dernière lettre de Candy.

Le papier est tellement froissé qu'il a acquis la souplesse du chiffon. Sa main, fiévreuse dès qu'il la touche, tente de deviner comme celle de l'aveugle les mots qu'elle a marqués. Il a eu envie d'elle. Envie de la sentir contre lui.  Elle a su le toucher par sa volonté évidente de le satisfaire, de jouer le jeu qu'il a initié. Et ce qui l'étonne le plus, c'est sa capacité à retourner le jeu en sa faveur. Il y a une naïveté en elle qui le bouleverse. Cette naïveté authentique mais pas mièvre de faire plaisir.  Et il se sent perdu et ne veut plus jouer. Pascal l'attend à la bibliothèque. Il va tout lui avouer.

"Alors, as-tu eu des nouvelles ?"

Valérie a glissé son bras sous celui de Candy et du pas militant de celles bien décidées à craquer sur les soldes, elle se serre contre elle comme pour provoquer la confidence. "Non, cela fait une semaine que j'ai remis notre lettre mais je n'ai rien reçu en retour. J'ai cru qu'il était en vacancea mais j'ai vu son vélo, hier, qui trônait devant la porte de son appartement. Il n'a pas dû aimer...." Valérie s'arrête net et lui impose de la regarder. "Mais tu t'en fiches, nom d'une pipe. Ce jeu est dangereux. Tu risques de t'y brûler. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu t'inquiètes, comment tu attends de ses nouvelles. Ce jeu n'est pas sain. Regarde la tête que tu as !" "Mais il me plait" geint Candy "qu'y puis-je ? Je pense à lui sans cesse. Je sens bien que je suis amoureuse. Jamais auparavant je n'ai eu cette envie de subjuguer, au sens propre, vois-tu. Qu'il soit dingue de moi, qu'il n'en dorme plus. Parce que moi, figure-toi, je ne dors plus très bien. Les yeux grands ouverts sur l'ombre de la nuit, j'imagine qu'il entre dans ma chambre, qu'il a envie de moi, qu'il veut m'infliger mille sévices voluptueux... Ah non, ne ris pas, ce n'est pas drôle. Je me languis !"

Il est assis à la table la plus reculée, contre le mur. Il est penché sur des volumes éparpillés et tortille une mèche de cheveux signe de grande concentration. Il n'a pas entendu Donatien approcher. "Alors, tu vois le bout de ta thèse ?" Pascal lève les yeux vers son interlocuteur et un grand sourire fend son visage lorsqu'il aperçoit son ami. "Ah, tu tombes bien, je suis crevé et non, la réponse est non. Le sujet est vaste et je ne m'imaginais pas en commençant que j'y passerais tant de temps. Mais c'est passionnant. La manipulation peut prendre tant de formes et les mécanismes qui se mettent en place entre le manipulateur et le manipulé, d'un point de vue psychologique, sont incroyablement complexes... bref, parlons de notre petit jeu ! Quelles sont les dernières nouvelles ?" Donatien hésite un instant. Quand il est avec Pascal, un part de lui, la part joueuse, se plie à ses lubies, à ses envies et il le suit bien volontiers dans toutes ses folies. Mais là, il n'est pas certain de vouloir faire de Candy le sujet d'étude de deux étudiants fantasques. "Tiens, voilà son dernier billet. Lis."

"Eh, pas mal. Elle a de la ressource. J'ai toujours un peu de mal avec son style mais franchement elle marque un point. La balle est de nouveau dans ton camp. Dans notre camp !" Le sourire de Pascal est devenu carnassier et pour un peu Donatien ne serait pas surpris de le voir se lécher les babines. Et l'envie insidieuse qui illumine le visage de Pascal doucement s'immisce en lui. Oui, elle a de la ressource. "Il faut que tu fasses semblant de lâcher prise, comme si tu cédais à ses mots. Comme si tu la laissais mener la danse. Puisqu'elle ne te suit pas, sois plus direct. Provoque là, sois plus agressif. Tiens, tu devrais tenter quelque chose comme ça "Tu veux que je te guide, ma belle, et tu fais ta timide alors que tes mots sont roués. Mais moi, je te veux obéissante. Et si obéissante tu n'es pas, notre correspondance cessera. Alors comme Justine tu seras docile et comme elle tu vas satisfaire mes caprices. Je te veux nue devant moi. Imagine que je suis assis devant toi et que je t'intime de t'exhiber. Imagine le pire que je pourrais te demander, imagine ce que tu crois ne pouvoir jamais donner. Vas-y, je t'attends, fais-le !"

"Tu pousses un peu là ! C'est à peu de choses ce qu'on lui a demandé la dernière fois !" s'exclame Donatien. "Mais comment veux-tu qu'elle veuille jouer avec moi après des mots pareils. Elle attend qu'à mon tour je me dévoile. Elle veut que je la guide. Elle va croire que je la méprise en ignorant sa main tendue. Tu lui dis d’imaginer le pire. Va savoir ce qu’elle va imaginer de mes envies..." Pascal plante ses yeux noisettes brûlées dans ceux de son ami "Mais ma parole, t'es amoureux. C'est quoi ces timidités ? On n'est pas là pour s'amuser ? Ta donzelle, je te le dis, a des ressources insoupçonnées. Crois-moi, elle va continuer. Et puis, encore une fois, si elle arrête tu n'auras rien perdu, une autre mijaurée qui t'aurait ennuyé au lit !" Le dernier bastion de résistance de Donatien s'effondre alors qu'il articule visiblement rasséréné "Arrêtes tes conneries, je ne suis pas amoureux. C'est toi qui as raison. On continue !"

Mais alors qu'il s'éloigne de la bibliothèque, il caresse du bout des doigts le dernier billet de Candy toujours niché dans sa poche et il se persuade que Pascal est un pervers sans sensibilité. C'est son pote, soit, mais ses visées ne sont pas les siennes et sa capacité de persuasion le rend parfois pusillanime. Il ne le sera plus. Arrivé à la maison, Donatien déchire le billet de Pascal et sur une feuille vierge il écrit simplement :

"Envie de te voir. Appelle-moi ce soir. L'Ange"

A suivre ...

 

 

 

05:43 Ecrit par Gicerilla dans Eros | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

15 juillet 2009

ELLE - Gicerilla ou l'art de décourager le galant

cerises.jpg

Ah, mais vraiment sur quoi m'apitoyé-je ?

Je suis encore regardable, les rides ne défigurent pas encore mes traits, mon sourire éclatant illumine souvent mon visage, ma personnalité gaie et fantasque attire à moi les regards et on recherche ma compagnie évidemment. Dans les cocktails, je n'ai pas à errer pendant des heures une coupe à la main, l'air affairé de celle qui cherche quelqu'un qui ne vient pas, non. Je reste planter là, ma myopie grandissante rendant quasi impossible la reconnaissance de quiconque à distance, et voilà que viennent à moi des tas de gars qui me reconnaissent ou souhaitent me rencontrer. Je sens que je plais, alors, franchement de quoi je me plains ?

Il faut dire que dans les soirées professionnelles je suis souriante, pimpante, avenante et tout plein d'autres adjectifs en « ante » et qui attirent le mâle comme le miel, le bourdon. Il faut dire aussi que dans ces soirées-là je suis en représentation et mon sens aigu du devoir me dicte d'être la plus accorte qui soit car notre société allie évidemment professionnalisme et savoir-vivre. Et oui, pour conserver à notre société la vitrine toujours aussi alléchante que la présence de professionnelles comme moi lui confère, je suis prête à payer de ma personne.  Un rire de gorge par-ci accompagné d'un léger basculement de la tête qui indique que bientôt je vais me pâmer d'aise, un «ah, ce que vous êtes drôle !» par-là, je cacabe comme une pintade et je minaude et je papillote et voilà mon interlocuteur conquis, suspendu à mes lèvres, cherchant à lire dans mes yeux la muette approbation à chacun des bons mots qu'il croit faire.

Avec moi, un homme se sent mis en valeur et secrètement il se voit déjà Di caprio, les bras écartés embrassant l'azur infini, nouvelle figure de proue qui crie que le monde est à lui. En général, le tête à tête entamé se transforme rapidement en agrégat de gens irrésistiblement attirés par la bonne humeur apparente de notre duo, alors que les autres s'ennuient à mourir avec la grosse qui en pense qu'à manger, avec le chauve à l'haleine de chacal ou bien encore avec le jeune-homme zélé dont les regards ne se posent que sur le décolleté. 

Mais me direz-vous, dès lors, pourquoi dans la vraie vie, celle du quotidien de Champion et de Bricorama, je ne fais pas un tel tabac ? Je m'interroge, je m'interpelle et je vais même parfois jusqu'à m'invectiver car c'est à rien n'y comprendre. Quoi, ma compagnie serait recherchée comme une bénédiction dans les soirées professionnelles et ne le serait pas autrement ?

Ce paradoxe me parait tel que depuis quelque temps je m'étudie. Serait-ce parce que je suis dans le privé plus revêche qu'une duègne de Walt Disney ? On ne m'aborde pas facilement et le kamikaze qui le fait est bien vite découragé. Argh, quel drame de se voir agir sans pourtant pouvoir faire autrement. Hier, encore ne me suis-je pas retrouvée plus bête qu'une poule devant un couteau à ne savoir répondre à cet homme qui évidemment tentait d'entamer avec moi une conversation.

Imaginez la scène. Sur le parking du fitness, Gicerilla gare à la hâte sa voiture juste derrière une Seat rouge. Le conducteur, un homme bien balancé habitué du cours de body-pump, vient juste d'en sortir et, tout en se dirigeant vers la salle, vole au passage quelques cerises à l'arbre dont les ramures dépassent au-dessus du grillage de la mitoyenne propriété privée. Je jaillis de la voiture et j'avance du pas énergique de celle qui est toujours en retard. Brusquement, je vois l'homme s'arrêter net et faire volte-face en plein milieu de la voie. Pour un peu je me retournerais, soupçonnant qu'il a peut-être aperçu derrière moi une de ses connaissances. Mon pas se ramollit, je ralentis la cadence, effrayée à l'idée qu'il m'attende. Moi, la fortiche du boniment, me voilà qui pour un peu panique. Mes craintes sont fondées, non seulement il m'attend mais il me sourit comme s'il me connaissait depuis longtemps. Arrivée à sa hauteur il m'informe, sans même me dire bonjour, que les fruits qu'il a volé se nomme #@|¬§°§°#§@ en Allemagne. Ah, ainsi donc il est allemand. Je m'étonne devant ma perspicacité tout en me demandant silencieusement "mais qu'est-ce qui lui prend ? Mais que me veut-il celui-là, on ne se connait pas ?"

Ces bonnes dispositions à l'esprit donnent à ma réponse la froideur du grand nord. Il enchaine avec son léger accent teuton "Alors prête pour le cours ?" Son sens de la répartie, sa conversation palpitante me fascinent au point que pour toute réponse j'articule, troublée,  "oui !" prouvant à mon tour la vivacité de mon esprit...

Dans le vestiaire et tout au long du cours, je me dis que je suis une pimbêche froide et professionnelle. N'avais-je pas là l'occasion idéale de faire une rencontre ? Il est petit, soit, mais il n'est pas mal et rien dans ma religion ne m'empêche de fricoter avec le teuton. Alors ? Serait-ce que les hommages que je reçois me gênent par ce qu'ils peuvent offrir comme possibles infinis dont je me languis mais que je suis incapable de vivre ? Ah, dilemme ! Ah, contradiction ! Comment peut-on vouloir quelque chose et la redouter en même temps ?

Hein, je vous le demande ?

Un grand Merci enthousiaste à IMAGO pour cette illustration sur mesure :-)

12 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Torture divine

accroupie.jpg

Le début de "Dialogue avec un Ange" est  

Il faut que je te parle. Vite. Rendez-vous à la cafétéria. Maintenant !

Le cartouche du chat clignote sur l'écran de Valérie qui lit le message instantané de Candy en y sentant une urgence, une vraie. Elle quitte son bureau et retrouve Candy qui ne lui laisse même pas le temps d'entrer. "Tu te souviens quand tu me parlais de Nicolas et que je te disais que je m'en fichais ? La raison est simple, j'ai rencontré un homme !" Valérie lève les sourcils et une expression d'incrédulité amusée illumine son regard. "tiens, tiens, voyez-vous ça. Raconte..." "En fait, c'est mon voisin. Il a un prénom aussi impossible que le mien, Donatien. Si, je t'assure. Bref..." Et Candy raconte à son amie le drôle de jeu qu'ils ont commencé à jouer. "Mais je viens de recevoir ce message de lui. A la première lecture, je t'assure, j'ai cru en pleurer. Il m'a fait me sentir nulle, déjà que je ne me sens pas fortiche sur le sujet. J'hésite à continuer, d'ailleurs je ne suis pas la hauteur. Mais pourtant il me plait tant, j'ai peur de le décevoir, j'ai peur de..."

Candy ne finit pas sa phrase. Elle ne sait pas où il veut l'emmener et les phrases de son billet reviennent lui rappeler qu'il n'est peut-être pas si bienveillant que cela à son égard. "Mais pour que tu comprennes, il faut que tu lises ce que je lui ai écrit et sa réponse. J'ai gardé des copies, tu comprends, pour ne pas perdre le fil. Après tout, c'est un jeu de rôles, comme si nous écrivions le scénario au fil de nos échanges."

"Mais quel salaud !" s'exclame Valérie. "Ce n'est pas du tout convenu ce que tu lui a écrit. D'abord, il est idiot. Oui, tout est convenu si on y réfléchit, car depuis que l'homme est homme, sur le sexe on a certainement tout écrit. Mais franchement, tu m'épates. C'est vraiment toi qui a écrit ça ?" Candy rougit et répond en zozotant plus que d'habitude "Arrêtes, j'ai honte !" "Mais honte de quoi ? Tu me prends pour une communiante ? Je te rappelle que ce n'est pas moi qui ai coiffé les Catherinette ?" rétorque Valérie en rigolant "Je t'assure, je suis drôlement surprise et épatée. Je ne pourrais jamais écrire un truc comme ça. Et puis, il croit quoi ton Donatien ? Si tu te défiles, tu auras perdu la face et lui, tout aussi sûrement. Il faut le surprendre, être où il ne t'attend pas. Fais le rêver ce type. Attends, on va s'y mettre à deux. Je te donne les idées et toi tu peaufineras le style !" "T'es sûre ?" "Oui, je suis sûre. Il veut s'amuser avec toi, tu ne vas pas le décevoir !"

Quelques jours plus tard, Donatien dépliait ce billet.

"Mais, l'Ange, tu me tortures !

Bien sûr que je veux te dire non et refuser de te confier ce qui me ferait reculer ! Bien sûr que je rougis de honte à l'idée de devoir devant toi exhiber et mon âme et mon corps. Ta verve tente de me provoquer pour me faire basculer. Tes intentions sont diaboliques et la Dame en moi s'effarouche de tant d'audace. Pourtant, ma peau frémit déjà à l'évocation des désirs que je pourrais faire naitre en toi. Me montrer à toi bel Ange, mais quel défi ! Moi qui jamais ne me suis montrée à quiconque.

Oter un à un tous mes vêtements et prendre position comme une idole pour être par tes yeux dévorée ? Libérer à ta vue mon coquillage luisant et mon puits de délices le pourrais-je jamais ?  Entendre tes mots soufflés comme des prières m'intimer de me caresser ? Accepter que mes mains t'obéissent pour satisfaire ta curiosité ? Oh, je doute tant d'en être jamais capable. Il faudra que tu trouves les mots pour obtenir, par tes cajoleries ou tes commandements, l'oubli de moi indispensable pour te satisfaire.

Trouve les mots, je t'en prie, car je veux devenir l'objet de ton délire pour mieux en jouir. Suivre mot à mot le chemin que tu m'indiqueras et que mes mains deviennent tes sbires dociles. Qu'elles s'associent comme des malfaiteurs à ton envie. Que tes mots et mes mains révèlent la diablesse qui sommeille en moi et que tes envies deviennent miennes. Je serai toute à toi. Je me plierai devant tes lubies comme la pénitente devant son maitre. Fais de moi ce que tu veux, je te suivrai. Je languis de jouir par tes injonctions.

Guide-moi."

A suivre ici.

09 juillet 2009

ELLE - Faire renaître le plaisir

 

Tag_plaisir.jpg"Oh, tu me fatigues à la fin !

J'en ai marre, je pars courir, je vais penser à autre chose... "
Denis attrape ses trainings à la hâte et s'enfuit littéralement. Lui si patient, lui si aimant, il commence à se lasser. Elle ne fait plus aucun effort. Jamais. Il part, lentement d'abord, il sent la chaleur de l'échauffement monter petit à petit dans ses jambes. Son souffle s'accorde au rythme de ses pas. La colère du désespoir l'envahit et sa foulée se fait de plus en plus puissante, de plus en plus rapide. Il veut courir à en crever, faire imploser son cœur dans sa poitrine et que les milles fragments plus tranchants que du verre le laisse en charpies, incapable de ressentir quoique ce soit. Pourquoi l'aimer elle qui ne veut plus vivre ? Ses enjambées avalent l'asphalte alors que des larmes viennent brûler ses yeux. Caroline, sa Caroline qui ne veut plus rien, qui vit parce qu'il le faut bien.

Ses poumons incandescents n'assurent plus leur fonction, il étouffe. Il cesse, net, perdu sur la route qui traverse la propriété de Monsieur Charmant. Des hectares nus à perte de vue. Les arbres ont disparus des étendues de culture disproportionnées et la bise glace sa sueur sur son front. Il tente de reprendre son souffle et de calmer ses pensées, plié en deux, les mains posées sur ces genoux. Non, il n'abandonnera pas. C'est ce qu'elle veut, le repousser, se rendre si épuisante qu'il fermera une fois pour toute la porte de leur maison sur leurs adieux.

Il la retrouve dans la salle de bain. Elle est, nue entièrement, debout devant la vasque blanche maculée de taches noires. Le rimmel en long filets dégoulinent le long de ses joues, le long des zygomatiques qui ne servent plus qu'à faire la moue et achèvent leur course sur la faïence souillée. Caroline hoquète comme une petite fille. Elle se regarde droit dans les yeux et le miroir lui renvoie son propre désespoir. Elle semble plus petite, plus frêle aussi, elle qui courait il n'y a pas si longtemps encore des marathons avec lui. Denis voit le regard de sa femme descendre le long de son cou pour s'arrêter, effaré, au niveau de son cœur. Là qui palpite comme si elle était vivante la cicatrice qui pour toujours déséquilibre sa silhouette. Une balafre rosée comme une bouche anachronique cousue par la censure, comme une infibulation de sa féminité, ses chairs refermées sur le néant que fut son sein gauche. Elle est vivante pourtant, elle l'a vaincu le salaud. Mais il l'a défigurée et elle n'arrive pas à s'accepter.

"Chérie !" Caroline a sursauté dans un cri. Un non inhumain a jailli "je t'avais interdis de me voir" Elle a attrapé une serviette au hasard mais son émotion l'empêche d'avoir des mouvements coordonnés pour cacher à Denis son infirmité. Elle finit avec la serviette en boule sur sa poitrine et s'effondre en glissant le long du mur, bousculée par des sanglots profonds. Denis s'est saisi de son peignoir et s'approche d'elle comme d'une victime apeurée. "Mon amour, oh, mon amour. Je t'aime. Ta cicatrice je ne la vois pas, c'est toi que je vois. Ma vie, mon souffle, je t'en supplie ne pleure plus, tu l'as vaincu. Il faut revivre, tu entends, tu dois revivre. Je veux être avec toi tout le temps. Avec moi tu vas réapprendre à aimer la vie, tu vas réapprendre à vivre...."

Il s'est accroupi, le peignoir grand ouvert comme une cape pour l'y envelopper. Elle est sans volonté, juste une chose fragile secouée de sanglots. Il l'enveloppe avec la douceur d'une mère et la soulève dans ses bras. Elle s'y blottit et lentement il la soutient jusqu'à la chambre. Elle n'a pas rouvert les yeux et elle le suit comme une aveugle qui ne veut plus voir. "Je ne voulais pas que tu me voies, tu as rompu ta promesse..." renifle-t-elle. "Mais je n'ai pas voulu t'épier, je suis arrivé sans que tu m'entendes. Ma vie, ma princesse, ne m'en veux pas !"

Il l'a couchée sur la couette et cale les oreillers sous sa tête. Il s'allonge derrière elle et emboite son grand corps contre son dos pour la protéger. Il a glissé ses bras autour d'elle et le tient serrée. Il lui murmure "Bientôt, tu te retrouveras, bientôt, tu oublieras. Il faut que tu le veuilles mais tout ça est possible." Elle secoue la tête en signe de dénégation et sanglote toujours "Non, c'est fini, je ne serai plus jamais la même. Comment peux- tu dire que tu m'aimes, je ne suis plus celle que tu as épousée !"

Il a envie de lui hurler que c'est des conneries, que ce n'est pas son corps dont il est épris mais il contient sa véhémence et continue doucement. "Tu sais que ce n'est pas vrai. C'est toi, toi tu entends. Tu vas vieillir et ton corps aussi, comme le mien, et alors ? On ne s'aimera plus à cause de ça, parce qu'on change physiquement ?" Elle fait toujours non alors il continue "Ah, ma chérie, rappelle-toi  quand nous avons emménagé, qu'aimais-tu faire avant, qu'aimais-tu tant ?"

Elle renifle un grand coup, et s'essuie le nez d'un revers de la manche. Il sent son corps blessé retrouver un souffle normal, elle se détend "Oui, je me souviens !" Il croit même déceler une esquisse de sourire dans sa voix. "Oui, je me souviens. Au début, je ne pouvais pas dormir avec toi alors on faisait chambre à part, et le matin, très tôt alors que le soleil pointait à peine, je venais te rejoindre sur le canapé. J'étais vilaine. Le canapé pour toi, le lit pour moi. J'adorais ce moment-là. Je me couchais en y pensant déjà : me lover contre ton corps musclé, endormi et respirer ton corps chaud... " Denis déglutis avec difficulté. Il se souvient comme si c'était hier. Il réprime un sanglot car l'émotion intense qu'elle lui donne en jouant le jeu le noie. Elle joue le jeu. Alors il continue "ah, tiens donc. Dis plutôt que tu adorais me réveiller alors que tu savais que je me couchais très tard !" Elle rit. Un tout petit rire. Il imagine une souris qui rit. Il avance sur la pointe des mots. "Et quoi encore, qu'aimais-tu avant ce salaud ?"

Elle se retourne vers lui, elle a les yeux toujours fermés et enfouit son visage dans son cou. Son souffle le fait frissonner. "J'aimais dévorer une tarte au sucre bien dorée avec des petits cratères de sucre cristallisé creusés par les noisettes de beurre fondu, comme la faisait Maman. Sentir l'odeur de la levure qui enfle la pâte cachée sous un torchon et me brûler la langue d'impatience en la dégustant chaude encore, à peine sortie du four!"

Denis scrute son visage d'où la tristesse a disparu. "Ouvre les yeux, ma chérie, regarde-moi !" elle grogne, il insiste "regarde-moi je t'en prie !" Elle ouvre timidement ses yeux barbouillés de noir. Leurs regards se rencontrent et s'enlacent. Elle enchaine "Ah, oui aussi, j'adorais quitter la maison sans bruit alors que vous dormiez encore, pour déambuler dans les rues du quartier jusqu'à ce que la boulangerie L'Epi d'or ouvre enfin les porte à 7 heures. Ces moments chantés par Dutronc, tu sais. Les rues de Paris vides, les trottoirs en cours de nettoyage, le silence des voitures endormies. La ville à moi, sans fard, nue, sale, grise mais à moi ... " "Tu vois mon amour, la vie c'est toujours tout ça et tant de choses encore. Serre-moi mon amour, serre-moi. Demain, tout recommence."

 

Ceci est ma libre interprétation du tag de Mouillette (OVNI). Et même si JE n'a pas parlé, il se peut que sous les plaisir d'une Caroline se cachent ceux d'une Gicerilla.

 « Si Amélie Poulain aime briser la croûte d'une crème brûlée avec la pointe de la petite cuillère, faire des ricochets sur le canal Saint Martin et plonger la main dans un sac de grains, nous avons tous et toutes des petits plaisirs qui n'appartiennent qu'à nous et nous redonnent du baume au cœur ♥.Quels sont, comme Amélie, les trois petits plaisirs qui vous redonnent le baume au cœur ? »

 

tarte_au_sucre.jpg

06 juillet 2009

ELLE - Minou y es-tu ?

gynéco.jpg"Veuillez passer dans la salle d'attente, le docteur vous verra dans quelques instants."

Je suis arrivée au rendez-vous à l'heure mais pas sans heurt. Une priorité à droite grillée dans un crissement de pneus qui sentait le brûlé et un créneau façon "Taxi" sans la dextérité, ma suspension ne s'en remettra pas.  Mais j'aime la ponctualité et ne tente toujours de l'être car n'est-ce pas la forme de politesse la plus élémentaire et pourtant la plus souvent méprisée ?  Et comme je suis une reine, je passe la porte avec l'exactitude qui caractérise les rois*. Rendez-vous annuel avec mon généraliste puisque, dans mon coin perdu, les spécialistes se font rares. Rendez-vous intime que j'aborde en toute simplicité mais non sans un peu d'anxiété.

"Alors, Madame G., qu'est-ce qui vous amène chez moi !" "Ah, docteur ne croyez pas que je le fais exprès mais cela fait déjà un an et il est temps de refaire le test ! Je suis désolée, mais il semble que je ne vienne que pour vous montrer mes fesses !" Il sourit de son sourire en biais  et lance sur un ton espiègle "Ne nous plaignons pas, chère Madame, c'est que vous êtes en bonne santé !" Je ne le crois pas habitué à avoir dans son cabinet des femmes qui, sans vulgarité, appellent un chat, un chat. Enfin, oserais-je préciser qu'en l'occurrence  il s'agit plutôt de chatte.  Oh, je vous en prie, ne faites pas la fine-bouche, car le mot n'est pas de moi, mais de ces Messieurs sans doute ! A ce propos, qui pourra m'expliquer d'où peut venir une telle analogie avec ce félidé car enfin, à bien y regarder je vous assure, rien ne semble les apparenter. Serait-ce le plaisir et le bien-être qu'on en retire de les caresser qui fit venir cette métaphore zoologique à la bouche de l'amateur ? Le mystère reste entier.

Bref, je disais donc que depuis des années que je fréquente sa pratique, il m'accueille toujours avec un petit sourire énigmatique que je ne sais pas m'expliquer. J'ai maintes fois redouté qu'il soupçonne, ô dieu faites qu'il n'en soit rien, que je le fais exprès car il a certainement  moins souvent vu de moi le haut que le bas ! Il faut dire que dans mes contrées les spécialistes de notre canal musculo-muqueux et de tout ce qui va avec, ne sont pas nombreux, je crois bien qu'on les compte sur les doigts d'une main. Il est donc médecin à tout faire, généraliste, pédiatre et gynécologue. Je le soupçonne même d'être à ses heures vétérinaire...

Le moment redouté est proche quand il me dira "je vous en prie Madame G. vous pouvez vous allonger et glisser les pieds dans les étriers." Alors qu'il tapote sur son ordinateur, je repasse mentalement comme pour me rassurer chaque étape préparatoire de cette visite mais l'inquiétude me saisit quand des mots fourbes viennent me susurrer "Es-tu bien sûre d'être nette et fraîche ?" Car une femme délicate et bien née, comme moi, ne saurait s'exhiber sans craindre d'être trahie par quelques effluves malséants. Ts, ts, pas de quoi rire devant ces timidités, mettez-vous donc à ma place un instant ! Ces pensées triviales me tétanisent quand enfin il me dit "Allez-y, je vous en prie !"

"Voyons-voir !" Je redresse un peu la tête pour voir la sienne dans l'axe, le regard vissé sur mon anatomie. "Je suis prêt !" Ah, voici donc le moment arrivé et je ne peux plus me défiler mais mes jambes semblent vouloir rester absolument scellées. Seraient-elles mues par leur propre volonté ? "Allons, Madame, détendez-vous et écartez les cuisses !" Subitement, un fou rire né au creux de mon ventre monte en rafale et je tente de le réprimer. N'est-ce pas incongru qu'un inconnu m'intime de m'ouvrir à lui ? Mais la concentration professionnelle qu'il affiche gomme le malaise que je ressentais d'être ainsi sous la lampe écartelée comme un poulet, sans taire pourtant mon rire de gamine.

Mes pensées divaguent promptement et, alors qu'il m'ausculte, je me demande ce qui a mené cet homme à choisir cette spécialité car enfin, il aurait pu décider d'être dentiste ou podologue. Et je me demande comment l'homme en lui peut encore, le soir dans l'alcôve, désirer sa compagne et lui distiller des caresses qui lui remettent sous le nez ce qu'il voit défiler toute la journée ! Car enfin, n'y a-t-il pas la un risque de se blaser ou de se dégoûter ? Ne faut-il pas aimer la femme au plus près pour scruter ce qu'elle cache au monde sans s'en lasser ? Je ne sais pas, je ne suis pas un homme alors il va bien falloir vous interroger.

Alors Messieurs, qu'en dites-vous ? 

 Euh, les dames aussi peuvent se prononcer :-)

UN GRAND MERCI A IMAGO POUR SA CONTRIBUTION

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03 juillet 2009

ELLE - Dialogue avec un Ange - Les règles du jeu

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Le début de "Dialogue avec un Ange" est  

Donatien replie avec lenteur la lettre de Candy.

Le trouble l'a envahit et pour le canaliser il appuie de ses ongles sur les pliures comme vous enfermer les mots qu'il vient de lire. Quoi, cette fille apparemment si timide, avec son zézaiement qui donne à ses paroles un je-ne-sais-quoi d'enfantin, est capable de lui écrire ça ? Le style lui a paru suranné voire ampoulé mais au-delà des mots ce qui lui reste, gravé au ventre, c'est l'audace dont elle a fait preuve dès le départ. Il la voulait timide, presque effarouchée. La voilà qui lui ressert une partie de ses lectures. Enfin, c'est ce qu'il pense tant sa lettre l'a ébranlé.

Il a rendez-vous avec Pascal à 13h00 pour déjeuner, alors il se dépêche de glisser les deux lettres qu'il a reçues de Candy dans la poche de sa veste et file au Saint Jean. L'église sonne les 13 coups alors qu'il ficèle son vélo au poteau de signalisation devant la terrasse. Bien en vu, on ne le lui volera pas. Pascal est déjà là, souriant. Ils sont comme deux malfrats qui trament un mauvais coup. Leur complicité est née sur les bancs de l'école, bientôt douze ans qu'ils se connaissent. "Alors, t'en es où ?" l'interroge Pascal alors qu'il finit tout juste de s'asseoir. Donatien attrape les deux lettres qui semblent palpiter dans sa main mais c'est la sienne qui tremble. "Je te laisse juge, lis un peu !" Pascal parcourt les deux billets l'air concentré. Aucune émotion ne transparait. Donatien, lui, tente de les lire de nouveau par dessus son épaule. Et en surimpression viennent des visions de Candy, avec ses rondeurs et son sourire, avec ses yeux clairs et sa timidité. Il l'imagine nue, charnue mais ferme. Il l'imagine callipyge. Il ferme les yeux un instant et voit la scène qu'elle lui a décrit. Il bande.

"Et bien, ne la croyais-tu pas débutante ?" lui dit Pascal avec un petit sourire en biais. "Qu'est-ce que tu veux dire ?" "Ce que je veux dire" répond Pascal "c'est que ce n'est pas une perdrix de la dernière couvée et que d'initiation à ta façon il n'y aura pas ! As-tu vu comme elle attaque, sûre d'elle. D'ailleurs, oui, je la trouve un peu présomptueuse ton élève. Elle pense qu'il t'en faut peu pour te tournebouler. Elle a peut-être raison..." Donatien fait la moue et regarde son ami dans les yeux "Mais tu as raison, je n'avais pas lu le texte sous cet angle-là. En fait, j'avoue elle m'a donné envie la coquine alors que c'est moi qui devrais l'amener au désir. Présomptueuse, dis-tu ?" "Oui, quand même. Si j'étais à ta place je rabattrais gentiment sa superbe, histoire de lui faire sentir que ce n'est pas elle qui tient les rênes, non mais ! Si tu la laisses maîtresse du jeu, autant arrêter maintenant. L'expérience ne vaudra rien ni pour toi ni pour moi !" conclut Pascal qui tend les billets à Donatien. "Tu crois qu'elle l'a inventé ce texte ou ne crois-tu pas, comme moi, qu'elle aura piqué ses idées à droite et à gauche dans ses lectures ?" enchaine Donatien, "parce que je ne peux pas m'être trompé à ce point sur son compte !" "Non, je ne crois pas. Mais qu'elle s'en soit inspirée, pourquoi pas. Après tout, nos lectures comme les films ou les faits divers alimentent nos fantasmes, non ? De toute façon, plagiat masqué ou pas, il faut que tu reprennes l'ascendant. Tu dictes la danse, tu règles les pas. T'as amené du papier, de quoi écrire ?"

Donatien fouille dans son sac à dos pour en extraire un nécessaire d'écriture. "A ton avis, je lui dis quoi ?" Pascal se tait mais réfléchit intensément. "Tu veux que j'écrive à ta place ?" Donatien lui tend le stylo.

"Mais, jolie Dame, qui te dit que je te veux déjà. Qui te dit que tu peux éveiller si vite mon désir. Ce que tu me sers là manque sacrément d'audace. Si tu veux me rejoindre au jardin, il faudra que tu te montres à moi, sans pudeur, et que tes yeux jamais ne cillent quand je te demanderai de te mettre nue, de te mettre à nu, de tout me révéler. Tu m'appelles l'Ange, mais Ange je ne suis pas.  Et d'abord, naïve, que ferais-tu d'un ange et qu'est-ce qu'un ange ferait de toi ? Tu apprendras bien vite à me connaitre si tu suis les règles du jeu et alors tu découvriras ma part d'ombre et la tienne. Le plaisir se niche où on ne l'attend pas et ce ne sont pas tes clichés convenus qui le révèleront. Alors pour me montrer ton obéissance, tu vas recommencer. Je t'ordonne de t'exhiber, raconte-moi ce que tu redoutes que je te demande, raconte-moi tes appréhensions et tout ce que tu ne ferais pas devant un homme. Fais monter en moi le désir, si tu en es capable...." 

Pascal repose le crayon, un air de satisfaction plisse ses yeux moqueurs. Donatien relit le billet tout en le commentant "Tu y vas fort. Elle va s'enfuir, tu paries, elle va abandonner..." "Laisse donc faire, tu verras bien. Encore une fois, parti comme c'est parti, le jeu ne vaut rien, crois-moi. Tu vas la piquer au vif ou la décourager, et alors tu sauras de quel bois elle est faite. !"

Donatien cachète nerveusement la lettre, inquiet que le jeu en effet ne s'arrête. Il ne le dit pas à Pascal mais ce qu'il a lu d'elle l'a remué. Il y avait de la recherche dans la mise en scène, comme un avant-goût de ce dont elle pourrait être capable. Peut-être. Et c'est avec hésitation qu'il glisse sa lettre dans la boite de Candy.

Répondra-t-elle ?

 A suivre...

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