30 août 2009

ELLE - My name is Bolt, Usain Bolt

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"Si tu savais comme ça m'agace !"

Stéphanie me regarde avec un sourire narquois. Belle brune aux ascendances italiennes, sa plastique est à se damner. Elle n'est pas née comme cela même si, comme certains le feraient justement remarquer, elle avait un bon potentiel. Combien de nous naissent avec un bon potentiel mais ne le potentialisent pas ? Bref, Stéphanie sourit malicieusement ou ne serait-ce pas plutôt un sourire tendrement amical ?

Je m'afflige, reine autoproclamée des geignardes "je n'arrive pas à améliorer mon rythme. J'ai l'impression de reculer. Bientôt les mamies du quartier, pro de la marche forcée, vont me doubler !" Ses yeux noirs pétillent et je la regarde en enviant sa silhouette athlétique, la justesse  et la fermeté de ses courbes. Ses chairs sont toniques alors que les miennes résistent difficilement à la gravité. Oh, comme je hais l'amollissement des chairs et les lignes qui insidieusement se transforment en tôle ondulée. "Tu devrais essayer la course fractionnée. Toutes les minutes, tu augmentes ta vitesse d'un km/heure. Disons que tu commences à 7 km/h et tu montes ainsi jusqu'à 10 km/h, puis tu redescends. Fais ça pendant une demi-heure et je te promets, les mamies tu les plantes là. Les papis aussi !"

Je suis prête à affronter le tapis. Avec 35 degré C dehors et un soleil infernal, le tapis de course est la seule option raisonnable pour transformer mes muscles persillés en muscles secs et bien dessinés. Et puis le tapis va me permettre de maîtriser à la seconde prêt le fractionnement de ma course et donner enfin naissance à l'athlète qui assurément sommeille en moi. Je programme le début de la course à 6 km/h. Le pas est si tranquille, pour un peu je marcherais, qu'une impression de facilité me saisie. Les minutes s'écoulent si vite que me voilà déjà à 8 km/h. Là je commence à déchanter.

Une brûlure vicieuse inonde mes jarrets et chaque foulée étire mes tendons, certainement ils vont claquer. Pourtant il n'est pas dit que je vais me décourager, si Stéphanie le fait, pourquoi pas moi, nan mais ! Je suis à 10 km/h, j'ai l'impression de m'envoler. Les mollets hurlent de m'arrêter, mon cœur commence à s'emballer, mon souffle est pourtant bien placé. Non, je ne lâcherai pas. Je pense au cul rebondi de Naomi, j'invoque les courbes de Tina Turner, les jambes de Zizi. Quand je serai vieille, je serai Tina Turner. Je rentre le ventre, blinde mes abdominaux, redresse le buste tentant de rendre ma silhouette aérodynamique. Hélas, la taille de mes tétons ne m'aide pas à fendre l'air alors je m'aide de mes bras, on dirait un coureur. La sueur inonde mon front mais qu'importe si le rimmel fond, j'entame le deuxième tour.

Au quatrième tour, je m'étonne d'être encore debout. Mon cœur et mon souffle sont synchronisés, mes jambes battent la cadence telles l'aiguille du métronome. Je n'ai plus de pensées au plutôt je n'en ai plus qu'une, continuer. Je m'invente les exploits que je vais accomplir. Bientôt les 20 kms de Paris, à moi le semi de Lausanne et pourquoi pas le marathon de New York, hein, tiens pourquoi pas, rien ne peut m'arrêter. Le monde m'appartient. Bientôt. Une euphorie me saisie alors que mes jambes s'emballent. Je suis devenue une machine à courir. Je souffre mais je poursuis. Je me lance le défi "Monte-donc à  à 11 km/h, tu peux le faire". Un sourire mi-jubilatoire, mi-halluciné éclaire mon visage. La minute passe lente, si lente. "Lève les genoux ma fille, allonge ta foulée." Je pense à Forrest Gump, "cours Gicerilla, cours..." Je me fais rire toute seule alors que mes yeux pleurent sous l'acidité de la sueur.

Subitement, j'attrape mon reflet dans le miroir. Malheur, je grimace comme une gargouille et je suis rouge comme une citrouille. Ma bouche veut se plaindre mais je lui interdis de gémir ou d'ahaner, si mon prince est dans la salle on ne sait jamais. Le tapis s'affole, je deviens folle. J'imagine l'euphorie des cimes qui s'empare des grands alpinistes, arriverai-je à revenir sur terre. 12 km/h ! C'est complètement dingo, je tiens toujours. Oh, mais je le sens, ça ne va pas durer longtemps. Combien de temps, déjà, le record féminin du marathon ? Ah, oui, Paula Radcliffe, 2h 15min 25 s. Quoi ? 42,195 km en à peine plus de deux heures ! Adieu, veau, vache, cochon, dossard et marathon ... Tels ceux de Perette, mes rêves de conquête du pavé vont à vau-l'eau, ce n'est pas à ce rythme-là que j'accomplirai mon exploit !

Allez, cours Gicerilla, cours...

 

27 août 2009

ELLE - Quand la facilité nous enchaìne

chaines.jpg"Tu ne crois pas que la crise a bon dos, non ?

Franchement, invoquer la crise c'est comme invoquer un envoûtement. Imparable. Mais au fond la crise ne nous est-elle pas plutôt un prétexte ? Un prétexte pour ne pas aller de l'avant, pour ne pas se "mettre en danger" comme on dit pompeusement, parce qu'en fait de danger, hein, vraiment... Elle me répond que la crise ajoute à l'affaire, ce n'est pas le bon moment en effet mais plus que tout, il y a l'âge. "Ah, c'est à cause de l'âge tu crois ! L'âge, ah, ça l'âge en effet, là ça devient sérieux. Si tu évoques l'âge, évidemment. Vu sous cet angle là..."

L'alibi tout trouvé. Ma lucidité froussarde négocie avec ma conscience rebelle. Petits arrangements privés. Elle a raison, l'âge, c'est bien de cela dont il est question. Car il me faut bien un alibi, un de ces alibis indéboulonnables, de ces vis sans tête sécurisées par des écrous soudés auxquelles on peut s'accrocher sans peur qu'elles ne nous laissent dévisser. Car voyez-vous, accepter sa propre couardise est quelque chose d'insupportable. Pourtant, accepter sa couardise serait faire preuve de courage. Dès lors, toute raison qui me permet de me justifier à mes propre yeux est bienvenue. Evidemment je saisis celle-là au passage car elle n'est pas sans valeur. Petit bricolage intérieur.

Mais si je m'interroge vraiment et que je fais une réponse honnête, je dois avouer que j'ai juste atteint l'état redouté de bourgeoise qui ne sait plus risquer quoi que ce soit. Bourgeoise embourgeoisée dans son confort matériel. Confort matériel mais aussi confort psychologique de savoir qu'on a un savoir-faire incontestable, incontesté. Ah, quel réconfort dans les moments de doute de pouvoir s'appuyer sur cette compétence reconnue de tous qui fait qu'on est toujours là, et bien payé pour ce que l'on fait. Quel agrément d'être précédée par une réputation de professionnalisme qui fait que l'inconnu qui nous rencontre pour la première fois nous voit déjà avec un regard favorable sans pourtant rien connaître encore de nos performances. Plus rien à prouver, le plus dur a été fait.

Oh, n'allez pas croire que cela fut facile. Non, si j'en suis arrivée là c'est que j'ai travaillé pour de bon et dur bien souvent. S'il n'y a pas de fumée sans feu, alors la fumée qui me précède vient bien d'un feu que j'ai nourri au long des années à force de travail constant, d'efforts et d'investissement, et non le résultat d'un enfumage à l'instar de celui que certains répandent et qui aveugle facilement leur entourage.

Bref, je n'ai plus de défis à relever même si je tiens mon poste avec autant de rigueur et perséverance qu'à mes débuts. Mon enthousiasme bien souvent me regarde en face et me fait un pied-de-nez en me disant, provocateur, "mais où donc m'as-tu perdu ? Ne vois tu pas que tu m'as perdu en chemin ?" Et c'est vrai. L'enthousiasme peu à peu s'est transformé en routine. Une routine bien rôdée, bien huilée, perfectionnée chaque jour un peu plus. Je tends vers la perfection dans mon encadrement. L'humain est mis en avant, la promotion par son apprentissage, l'adhésion à des valeurs communes, à des principes partagés. Le nivellement par le haut assuré par mes soins mais...

Mais je ne m'amuse plus vraiment et seule la transmission de mon savoir m'est encore un plaisir renouvelé. Car je n'aime rien tant que de passer aux jeunes, comme un griot de village, les enseignements de notre métier. Pourtant, oui pourtant ne me levé-je pas trop souvent ces derniers matins avec la sensation puissante qu'aujourd'hui sera pareil qu'hier et que demain ne sera pas différent ? La sensation déprimante que je ne crée plus rien. Je peaufine, c'est tout.  Je lisse, je ponce, j'ajuste les rouages comme une pro de la mécanique. Et la mécanique tourne sans crisser au plus grand bonheur de mon employeur.

Que faire ? Me laisser tenter par les chasseurs de tête et intégrer une autre boîte où je devrais recommencer à zéro au risque de me casser le nez. Bien trop joli nez qu'il serait dommage de gâter. Encore une excuse évidemment, aussi captieuse que l'est la crise environnante. L'échec est-il vraiment un luxe que je peux me payer à mon âge quand le reste du monde dépose le bilan. Je sais ce que je quitte mais que trouverai-je ailleurs ? Et toutes ces questions virevoltent, indécentes, qui s'entremêlent avec les nouvelles du jour qui me rappellent les chiffres du chômage plus virulent que la pandémie redoutée. Ecouterai-je ma raison qui me dit de me satisfaire de ce que j'ai, frustrée mais aisée, ou devrais-je écouter l'insatisfaction qui me pousse à relever d'autres défis, stressée mais à nouveau stimulée ? Petit compromis domestique.

Ah, que je hais ma pusillanimité. Que je hais ce goût inné de la facilité qui m'enchaîne et me rend sourde à mes propres aspirations. Un billet comme un constat, mais qui à part moi tranchera ?

Et vous dans tout ça ?

Comme un écho à P_o_L

 

 

24 août 2009

ELLE - Fugue écossaise

YoungMaryStuart.jpgNous arrivons sous une bruine désagréable.

Je m'emmitoufle dans mon trench-coat de gabardine dont la doublure beige au célèbre motif tartan me fait déjà sentir l'une d'eux. Et même si ce n'est pas Mackintosh qui l'a créé, je me fonds dans la masse grâce à mon Thomas B. Cette grisaille redoutée me fait sourire malgré tout car Edimbourg nous attend. Quatre jours à découvrir la ville, ses vieilles pierres, ses pubs aux jupes plissées, sa bière et autres spécialités.

Le taxi driver en tête de station me fait penser à Peter Mullan. Serions-nous déjà les héroïnes d'un film de Ken Loach ? A peine ouvre-t-il la bouche que j'ouvre grand les yeux et les oreilles. Je ne comprends rien. Et lorsque je dis rien, comprenez-bien rien, goutte, que dalle, que d'chi... Est-ce bien en anglais qu'il parle ? J'éclate de rire malgré moi car je n'avais pas anticipé un problème de cet ordre-la. Le chauffeur ne semble pas s'offusquer et me sourit. Il me parle et s'applique comme un docteur parlerait à un débile. Il parle lentement, articule comme il peut mais hélas il est chauffeur et non pas orthophoniste, rien n'y fait. Du coup, nous lui montrons l'adresse de notre hôtel griffonnée sur un morceau de papier. Comme souvent un dessin vaut mieux qu'un long discours et nous voilà parties, bercées par le rythme de sa conversation dont le sens, pour toujours, restera un mystère.

Nous voilà plongées d'un coup en eau profonde, immersion totale. Toute conversation étant absolument bannie nous adoptons l'anglais du travailleur émigré et parlons par onomatopées. Ca fonctionne. "Nous vouloir aller hôtel. Oui, hôtel pied château, c'est ça..." Le trajet dure trente minutes et je découvre l'Ecosse des contes de fées. Vertes, pluvieuse, maculée de genêts aux crêtes rocailleuses. Je guette les sommets, l'espoir frémissant au ventre de voir jaillir une horde de kilts hurlants menée par William Wallace au coeur brave. Mais de guerriers grimaçants, point. Quel dommage ! Quel effet, en effet, me fait la vue de jambes velues dépassant d'un tartan clanique et plissé. Inénarrable !

Intervention divine ? Le lendemain, le Royal Mile nous attend sous un soleil rayonnant. Un bleu grec idyllique inonde les toits des bâtiments qui ornent cette avenue mythique. Mythique car elle nous mène directement au Palais de Holyrood à la rencontre de Marie Stuart. Une sensation de remonter le temps grandit à chacun de mes pas. Qui n'a pas vu le Royal Mile ne peut certainement pas comprendre. A moins d'avoir visité Pise. Pise l'éblouissante. Voire Pise et mourir ? Je ne sais pas, je ne connais pas Venise. Enfin, pas encore. Un jour peut-être ? Au Danieli. Mais avec qui ?

Bref, Le Royal Mile comme un tapis rouge vers le palais de cette Reine déchue. De tout temps, il me semble, l'histoire tragique de cette femme m'a fascinée et Stefan Zweig a fixé pour toujours dans ma mémoire son souvenir comme si je l'avais connue. J'ai lu sur elle avec passion. Quoi de plus romanesque en effet que la vie de cette souveraine ? Reine d'Ecosse à six jours, Reine de France à dix-sept ans. Veuve rapidement, remariée à un homme qu'elle n'aime pas, aura-t-elle tramé avec Bothwell son assassinat ? Vingt ans de prison sous la garde D'Elizabeth 1er avant d'être par elle condamnée pour tentative de régicide puis décapitée. Savez-vous ce que raconte la chronique de l'époque sur son supplice ? Je vous le livre là car quel meilleur plaidoyer contre la peine de mort.

"La mort par la hache sera toujours quelque chose d'horrible et d'abject. Le premier coup du bourreau a mal porté, le couperet s'est abattu sourdement sur l'occiput. Un gémissement étouffé s'échappe de la bouche de la victime. Le deuxième coup s'enfonce profondément dans la nuque et fait jaillir le sang. Mais il faut frapper une troisième fois pour achever la décollation. Et nouvelle horreur lorsque l'exécuteur veut saisir la tête par les cheveux pour la montrer, elle roule sur le plancher comme une boule sanglante : il n'a en main que la perruque..." *

Et c'est avec sa vie de roman fraîchement imprimée sur mon esprit que je découvre sa résidence. Rares furent les fois où un château sut comme celui-là me submerger d'émotions à la vue d'un lit, d'un petit cabinet. Voir le petit bureau meublé comme à l'époque où son secrétaire particulier, David Rizzio, fut assassiné sous ses yeux par des partisans de son époux jaloux. Il me semble voir sur le tapis, là, les traces de son sang. On dit que les objets n'ont pas d'âme, soit, mais n'ont-ils pas la capacité de rester imprégnés de l'âme de ceux qui les ont fréquentés et de la restituer en ondes impalpables ? Je crois que si, et partout dans le palais il me semble voir, ici et là, l'ombre flottante de Marie Stuart. Je ressors un peu étourdie et rêveuse, comme quelqu'un qui aurait subi l'effet d'un charme et tenterait de s'en débarrasser.

Edimbourg, une seule recommandation : allez-y ! 

Epilogue : "Déjà les bourreaux s'apprêtent à enlever les tragiques débris, lorsqu'un petit incident rompt le silence et l'effroi. Au moment où ils ramassent le tronc sanglant pour le transporter dans la pièce voisine où il doit être embaumé, quelque chose se met à bouger sous les habits. Sans que personne l'eût aperçu, le petit chien de la reine l'avait suivie et s'était blotti contre elle pendant l'exécution. Maintenant il sort, inondé de sang et se met à aboyer, glapir, hurler et mordre, se refusant à quitter le cadavre. (...) Cette petite bête défend sa maîtresse avec plus de courage que Jacques VI sa mère et que des milliers de nobles leur reine, à qui ils on pourtant juré fidélité." *

* extraits de "Marie Stuart" par Stefan Zweig.

 

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20 août 2009

ELLE - Quitter Paris et trouver la sérénité

serenite.jpgWeek-end express à Paris.

Les rues de Paris vides de monde, sensation inéffable de liberté, la capitale pour moi toute seule. Quelques rencontres chaleureuses prétextes à un brunch ou vice-versa. Un taxi qui m'attend, comme la limousine la vedette incognito, merci Fiso. Le coeur en joie, farci de plaisirs simples et du soleil qui illumine les façades haussmanniennes donnant à ma ville encore plus d'éclat. Mon chauffeur est charmant, il n'est pas parisien, évidemment. Il me fait la conversation et contre toute attente je lui donne la réplique avec entrain. Nous parlons des vacances, de la fluidité remarquable de la circulation, des conducteurs du dimanche et des vélocyclistes amateurs plus dangereux encore que les motards. "Hier, à Montrouge, une femme à vélo s'est fait tuer. Elle était juge d'instruction." La mort, encore, elle est partout, paix à son âme. "Quelle tristesse, moi je ne veux pas mourir !" Il rigole. Comment puis-je, tel un enfant, affirmer une telle chose, et pourtant. Et même si le sujet est triste, je suis gaie, je me sens bien, je suis en vie.

le TGV est à l'heure et je trouve sans encombre mon wagon. Ma valise rose fuchsia qui éblouit le monde pèse un âne mort. J'escalade l'escalier perchée sur mes hauts talons et défie la pesanteur. J'esquisse une grimace "la vache, c'est fou ce qu'une femme trimballe !" mais je me retiens d'ahaner car une femme élégante, sous l'effort ça ne grogne pas.

Les portes s'ouvrent sur une voiture vide. Vide ? Non ! Je pousse un cri sur le ton d'un juron "c'est pas vrai !". Arrêt sur image, lui face à moi, devant à cinq pas installant ses bagages. Mes mots jaillissent tous seuls. Ils éclaboussent le silence, caustiques comme un giclée d'acide "Décidément, le monde est petit... bien trop petit !" Son sourire fond comme la cire dégouline et devient triste. A la hâte, je lui tourne le dos. Lui, c'est n'est pas LUI, c'est mon ex, celui qui m'a fait subir ça.

Que fait-il là ? Des sentiments mitigés m'assaillent. Je m'enfuis sur le quai prendre l'air, tentant de les semer en chemin. Quel hasard ! Hasard ? La vie comme un pied de nez. Le train va bientôt partir, il me faut prendre place. Je suis derrière lui. Je suis derrière eux car mon ex est avec elle. Elle. La salope, forcément. Celle qui a su réveiller en lui le Chevalier à l'armure rouillée qu'il héberge toujours. Sauveteur de femmes à la dérive, il a choisi de la sauver à mes dépens.

"Nous vous signalons que le TGV circule à 300 km/heure, sa vitesse maximum."mais ce n'est rien à côté de la vitesse de mes pensées. Certaines personnes n'évoluent pas. Elles reproduisent à chaque nouvelle relation le même schéma. Les personnages sont différents mais le scénario est le même. Les termes consacrés, psychologie de comptoir,  parlent de "remettre le couvert." Ils ou elles élisent inconsciemment des amours qui ne sont que la personnification de problématiques qu'ils ou elles n'ont toujours pas réglé et qui reviennent comme le refrain d'une chanson lancinante. Ils ou elles reproduisent leur échec aussi précisément qu'un calque en maudissant la vie qui leur impose des circonstances défavorables sans jamais voir, hélas, que ce sont eux qui font le choix. La vie comme un dieu malfaisant n'existe pas. Il y a les choix que l'on fait et les opportunités que l'on provoque ou pas. En le voyant, je constate avec une forme de déception qu'il a reproduit avec elle ce qu'il avait fait avec moi, et avec celle d'avant etc.

Je ne peux m'empêcher de comparer ce que je sais de leur histoire à celle qui fut la nôtre. Et la déception ressentie un court instant auparavant se transforme en pitié. Je ne l'envie pas. Ni elle non plus, d'ailleurs, assez vite elle  comprendra. "Chaque histoire est différente" me direz-vous, "comment prétendez-vous savoir ce qu'ils vivent à l’ instant ou ce que demain ils vivront ?" En effet, je ne suis pas Madame Irma et pourtant je suis persuadée qu'une fois "guérie" il en voudra une autre pour exercer ses talents de sauveur. Un sauveur ne vit que pour sauver. C'est sa quête, c'est sa raison de vivre, c'est sa justification en quelque sorte mais lui-même ne le sait pas..

Moi dans tout cela ? Je me sens bien. Aucune émotion survivante du passé ne vient remuer mes entrailles. Je vois le sommet de leur deux têtes, il se penche vers elle pour un baiser. Je me sens bien. Plus rien. Rien que de l'indifférence même pas rance. Je suis guérie. Je suis heureuse de ce constat. Le temps a fait son œuvre.

Le TGV dévore les rails et le staccato de ses roues, comme une douce mélodie, arrive à mes oreilles pour me bercer. Ce que je sais, avec la certitude celle qui a grandi, c'est que plus jamais je ne laisserai un chevalier à l'armure rouillée s'occuper de moi.

Je sais très bien faire cela toute seule maintenant !

 

17 août 2009

ELLE - Gicerilla sous influenza

grippe-porcine.jpgDepuis quelques temps l'inquiétude doucement s'immisce en moi.

Oui, elle s'immisce au sens propre du terme "elle (me) pénètre indûment..." Enfin au sens propre, c'est vite dit même si la propreté, en l'occurrence, est recommandée. L'inquiétude me gagne et pour peu je deviendrais hypocondriaque. Si Argan avait un féminin, je m'appellerais bientôt Arganne car, comme lui, je commence à me croire atteinte de tous les maux.

Il faut dire qu'en matière de communication anxiogène (c'est comme cela qu'on dit maintenant. C'est fou les mots que l'on apprend à l'occasion d'une épidémie, endémique ou pas, potentiellement pandémique) l'OMS ou les gouvernements ont un don affirmé. Et la valse des recommandations télévisées viennent nous alarmer tout en rappelant les règles de l'hygiène de base. Comme je hais cette société qui fait de nous des assistés et qui pallie tant bien que mal la carence éducative de nombre de parents. Car enfin, enseigner à la télévision le B-A-BA du lavage de main, n'est-ce pas là la preuve d'une société qui périclite ? Ah, la colère m'égare et je perds le fil de mes pensées.

Ah oui, l'inquiétude. L'inquiétude me gagne en effet. Je suis pourtant d'un naturel détaché et je sais en général me distancier des frayeurs collectives. Mais là ! Partout l'on parle de PCA comme si demain, au sein des entreprises et a la lumière de ce qui se trame, naïen-ileveun nous paraîtra aussi peu grave qu'un éternuement. Ah, l'éternuement redouté comme un auspice sinistre. Le PCA comme la dernière forteresse derrière laquelle se retrancher pour pouvoir lutter contre l'inévitable. Plan de Continuité d'Activité. Comment faire pour que l'entreprise ne s'ankylose pas au rythme des courbatures fiévreuses de ses équipes ? Et me voilà à passer de groupes de travail en simulation de crise, à envisager ce qui se passera si la majorité d'une équipe est décimée par la grippe porcine. Porcine la mal nommée, mais il fallait au moins cela pour ne pas réveiller dans la mémoire collective le spectre de la grippe espagnole. Principe de précaution, un peu de fièvre, un pet de travers et voilà l'employé consigné à la maison.

N'empêche, même si la meilleure défense c'est l'attaque, si vis pacem para bellum, un tient vaut mieux que deux tu l'auras, à force d'envisager le pire je commence à regarder bizarrement ceux qui m'entourent. Je guette la moindre toux, j'interroge le moindre œil vitreux, j'épie le moindre éternuement. Je ne serre plus la main des visiteurs, flirtant avec l'incorrection. Dans les toilettes, j'observe subrepticement les femmes qui ne se lavent pas les mains et je n'ose plus toucher aux poignées de porte qu'elles ont tripotées. Argh, bientôt je crois, à l'instar de Michael, je vais porter des gants. Au fait, Michael Jackson est toujours mort !

J'écoute, attentive, chaque flash d'info qui énumère comme un compte à rebours à l'envers le nombre des contaminés et celui des morts. La mort qui ne me quitte pas en ce moment. L'inquiétude grandit à mesure que les mesures de prévention se mettent en place. Tiens, et si par sécurité, tous les matins je prenais la température de mes troupes ? Et hop, avant même de se connecter, un thermomètre dans la bouche en fredonnant "toute ma vie j'ai rêvé d'être une infirmière, toute ma vie j'ai rêvé..." J'ai toujours adoré jouer au docteur ! Bref, "bon pour le service" ou la porte. On n'est jamais trop prudent. Ah, je deviens folle, je crois à la théorie du complot, je crois aux prédictions de sinistres prophètes. Et si c'était encore un coup de Ben Laden ?

Une seule solution, rester à la maison ! 

 

13 août 2009

ELLE - Donner c'est donner...


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Cette maudite question ne me lâche plus.

"Qu'es-tu capable de donner à ceux dans le besoin ?" Cela fait quelques jours qu'elle va et vient. Et la réponse que j'y fais me met en rogne. Je soupçonne mon cerveau mal à l'aise de tenter de la faire taire mais sa voix est plus forte. Non, en fait il n'est pas question de décibels. C'est une question de conscience. Ma conscience qui m'impose à la reconnaitre comme faisant partie de moi malgré les dénégations de mon cerveau qui, lui, ne veut pas.

Tout est arrivé à cause de lui. Lui, une connaissance qui au fil du temps est devenue plus proche. Un homme bon et intelligent, savant, entreprenant mais... Mais il a plus de cinquante ans et ne trouve plus de travail depuis des années, quoiqu'il fasse, il est proche du dépôt de bilan et le jour est proche où peut-être il devrait rejoindre la cohorte des sans-abris. Car en France, voyez-vous, quoiqu'on fasse, quelles que soient nos compétences et quelle que soit notre détermination, passé cinquante ans ont ne trouve pas de travail, et la branche d'activité ne change rien à l'affaire. Et un ex-PDG ne peut pas comme il veut devenir manutentionnaire !

Son silence ces derniers temps me donnait à craindre que ça n'allait pas. Non, en effet, il est au bord du gouffre et risque chaque jour de tomber. Pourtant, en dépit de l'urgence, en dépit de la détresse qu'avec pudeur il laisse entrevoir, je ne peux que le soutenir par ma présence. Ah, la belle affaire. Une présence à distance est-ce que ça nourrit ? Est-ce que ça paie les factures et un toit ? Non. Pourtant, que puis-je faire s'il me répond "rien !" ?

Depuis, il ne quitte plus mon esprit mais au fond je me trompe de débat. Il ne s'agit pas de lui. Il ne s'agit pas de faire ou de donner à un ami dans le besoin, mais de donner, que celui qui est dans le besoin soit un ami ou pas. J'avais déjà raconté à quel point deux êtres peuvent être différents dans leur conception de l'altruisme, l'un est capable de beaucoup quand l'autre ne l'est pas et vice-versa, sans pour autant faire de l'un un égoïste et de l'autre un saint. Il est vrai que le miroir que l'autre devient alors ne nous renvoie pas toujours une image papier glacé de soi, de qui l'on est ou de ce que l'on est disposé à faire.

Et bien moi, je vous le demande, "qu'êtes-vous prêt à faire pour quelqu'un dans le besoin ?" La question est brute comme le bois de coffrage. Il y reste des tas d'échardes sur lesquels vos doigts aventureux pourraient se blesser. Il faudrait peut-être en polir un peu le bois pour pouvoir répondre correctement sans vous égratigner. Vous me diriez alors certainement "mais que mettez-vous dans le mot "quelqu'un" ?" et vous introduiriez immédiatement une forme de hiérarchie dans la signification de ce "quelqu'un" justifiant l'existence de toute une gamme de vocabulaire qui va de connaissance, relation, voisin à copain, ami voire même ami de cœur presque comme frère ou sœur. Oui, en effet, il existe une gradation dans nos sentiments et dans nos liens et, du coup, dans l'investissement émotionnel et matériel qu'on est prêt à y mettre.

Si je vous répète maintenant la question et que vous la considérez à la lumière de qui cela concerne, j'imagine que votre réponse variera en fonction de la catégorie dans laquelle spontanément vous aurez mis la personne considérée. Et si vous n'adhérez pas à ce qui précède, je peux vous dire que moi, j'ai ancrée en moi, bien involontairement, cette distinction qui fait que je suis prête à tout pour mes amis, ceux qui sont chers à mon cœur, et prête à moins quand les sentiments envers une personne de moi éloignée sont moins prégnants.

Alors il convient de bien peser les mots qu'on dit à quelqu'un dans le besoin. Et si l'on dit dans un élan de solidarité apitoyée ou authentiquement altruiste "Je suis là pour vous. Que puis-je faire pour vous ?" il faut être prêt à entendre n'importe qu'elle demande, même celle qui ne nous agrée pas et que nous devrons pourtant satisfaire faute de se révéler beau parleur, homme creux. Cela dit, il ne faut pas s'effrayer des conséquences et, du coup, plonger la tête dans le sable quand on entend un appel au secours histoire d'y être sourd. Non, il faut accepter de s'avouer qu'on n'est pas prêt au même soutien, mais qu'on fera de notre mieux. Tout sauf une feinte ignorance, une froide indifférence.

Les petits ruisseaux ne font-ils pas les grandes rivières ?

A Michel, Cara et les autres...

 

10 août 2009

ELLE - Panégyrique ou épitaphe

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Parfois on s'acharne sans savoir si l'idée est bonne.

 

Mais avant de parler de cette idée, je dois absolument vous mettre dans le contexte de ma réflexion. Dans le contexte de ma réflexion ? A bien y réfléchir, voilà une proposition peu réaliste si on la prend au pied de la lettre. D'ailleurs essayez un instant de prendre ma lettre au pied. Ah, mais je ne vais jamais y arriver !

Faisons simple. Le contexte : les blogs. Ma réflexion : quel humain, quelle vie se cache derrière un pseudo ? En effet, depuis deux ans j'erre chez vous, chez eux. Je découvre lentement, au gré de mes envies, ceux qui se dévoilent derrière les mots que je lis. Et lentement, une image en trois dimensions se dessine. Et lentement la froideur de l'écran s'estompe et laisse place à la chaleur de vos vies qui vibre entre vos lignes. Et alors, de virtuels vous devenez réels, à vous toucher souvent, avec violence quelque fois quand la vie vous maltraite. Tout n'est pas rose et même si parfois c'est cette couleur-là qui donne fond à vos mots, elle ne peut occulter pour toujours la réalité. La réalité de la vie dans toute sa trivialité qui s'impose et crée le choc.

Le choc. La mort. La suspicion de mort. Mais les morts ne parlent pas. Alors il faut rester avec le doute. Il faut accepter le silence du Net, ce silence intolérable qui laisse croire le pire, ou pire encore, si c'est possible. Ce silence humide et glacial d'outre-tombe qui chaque jour qui passe pénètre ma conviction qui se rebelle. "Non, c'est encore une de ses mauvaises blagues, une de ses morts prétexte à renaissance. Tu le sais bien, il est comme ça..." Il, c'est un homme hors norme que j'apprécie en dépit de tout. Devrais-je dire "que j'appréciais" ? J'ai peur. Je ne veux pas. Superstition idiote, surtout ne pas parler de lui au passé. Non, surtout pas.

C'est cet homme différent dont la créativité m'a rapidement hameçonnée. Je me suis attachée à lui comme une groupie, sans le lui dire bien sûr, justement parce que ses réactions sont inhabituelles et déstabilisantes. Il est exigeant, excessif, tyrannique, cyclothymique, dépressif sans doute. Possessif sans rien pouvoir offrir. Sensible mais fier. Fier à en oublier parfois qui se trouve face à lui et il foule trop promptement au pied les émotions qu'il suscite. Roi de l'esquive, il fuit toute conversation conflictuelle et du jour au lendemain coupe tous les accès qui mènent à lui, ultime punition qu'il prononce en huis clos dans son tribunal. Un médecin de l'âme sûrement le rangerait dans la catégorie "caractériel". 

Ce portrait sombre ne serait pas juste si je ne le complétais en ajoutant : homme de plume génial, aux lettres tour à tour élégantes ou désespérantes, truculentes ou grossières, hybrides débridées de San Antonio et d'Aragon. Blogueur viscéral, il soumettait à notre gourmandise, il y a peu de temps encore, ses poèmes touchants, ses créations à la faconde hardie ou érotique. Tel un Arsène Lupin, il évolue sous le masque de Boris ou Victor, Gudlov ou Vilain, ce qu'il est souvent.

L'idée qui me harcèle depuis des jours c'est de parler de lui. Rien ne m'interdit de parler de lui mais qui m'autorise à faire cette note comme une missive pour l'au-delà ? Car, depuis quelques semaines, son dernier blog affiche en lettre blanches et pourtant macabres "Fermeture. Pour cause de décès". Je lis et relis ses mots. Je retourne sur son site comme on visite une tombe, priant qu'il ressuscite sous un autre de ses pseudos. Tous mes messages restent sans réponse. Je doute. Je ne supporte plus ce doute et je me doute que si j'écris sur lui, il se réveillera. Ou bien alors, quelqu'un qui le connaissait pour de vrai me délivrera. Je préfère subir son courroux indigné ou celui de ses proches plutôt que son silence qui m'accable.

Et si la mort l'a fauché trop tôt, je veux faire résonner ici, au moins une fois, les notes d'une chanson qu'il écrivit et qui me tourneboule les tripes à chaque fois. Il me la donna, me faisant jurer de lui conserver son anonymat. Je vous la confie en vous priant de l'écouter avec attention car en elle réside, je crois, tout ce qui fait la richesse de son âme.

A Boris, à Victor, où qu'il soit... 

Nota bene : a la demande de Boris revenu d'entre les morts, j'ai du retirer la chanson. Respect.

07 août 2009

ELLE - Eloge de l'inconstance

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  •  CONSTANCE, subst. fém.

 1. Persévérance dans la conduite d'une entreprise, ou dans une attitude déterminée. 2. Fidélité en amour (...)

Comme pour toute chose, il convient de rappeler premièrement la signification de l'antonyme du mot que l'on va disséquer, particulièrement quand ledit mot à considérer contient dans son entier son antonyme. Hum, ça y est, vous êtes largués. C'est pourtant simple, je vous assure. Soyez persévérants et continuez, vous n'êtes pas si paresseux ni si sots qu'il vous faille arrêter.  

On pourrait penser à la lecture de cette définition que la constance est une vertu. On serait tenté, sans réfléchir plus avant, d'en vanter les mérites et de vouloir sous à son joug se plier car qui saurait résister au projet de mener à bien une entreprise sans faillir ou de faire preuve de fermeté d'âme ou de caractère ? Il y a de l'élégance voire du panache dans la constance, en particulier dans nos sociétés où le retournement de veste est devenu monnaie courante. Non, vraiment, la constance est une des multiples cordes que chacun devrait vouloir tendre sur son arc plutôt que d'avoir un cheveu sur la langue !  

Cela étant posé, vous me direz "Où voulez-vous en venir ? Mais pourquoi donc intituler cette note "Eloge de l'inconstance" ?" et vous aurez raison. Vous penserez que voilà bien la contradiction féminine dans toute sa splendeur et vous aurez tort. Comme toute vertu, la constance porte en elle un désir tu de perfection et la perfection, chacun le sait, mène irrémédiablement à l'ennui. L'ennui par la prédiction qu'on fera, sans être devin pourtant, que celui qui pratique la constance comme on pratique la langue de bois jamais ne cessera. La perfection n'a d'attrait que pour celui qui la fréquente. La perfection ennuyeuse comme le marbre est lisse, sans aucune aspérité, ne laissant aucune prise à la critique ou tout simplement à la perfectibilité, espoir du genre humain. Ah, quel ennui vraiment ! Le plaisir se loge dans l'imperfection et de la même façon dans l'inconstance.  

Et puis toute vertu poussée à l'extrême ne devient-elle pas vice ? Bien sûr que si. Voyez un peu comme le constant mettra un point d'honneur à l'être tout le temps et veillera à ce que tous ses actes soient à la hauteur de son engagement.  Dès lors, à n'en pas douter, un peu de vanité viendra teinter sa constance et forcément la viciera. Car toute qualité contient aussi en elle le ferment du défaut qu'on peut lui opposer.

Bref, je vous le dis, rien ne vaut l'inconstance car dans l'inconstance assurément il y a la variété. Cessez donc de blâmer votre mari ou votre épouse pour sa frivolité. Au contraire, bénissez cet aspect de sa personnalité qui fait que demain n'est pas une partition déjà jouée, dont chaque note jamais ne variera. Quel bonheur, n'est-ce pas, de pouvoir râler en traitant l'autre d'insupportable versatilité alors que l'autre justement permet de voir à tout moment un même point de vue autrement. Rien n'est cousu de fil blanc, tout est chaque fois à recommencer. L'inconstant est mobile dans ses envies et ouvre le champ à toutes les possibilités. Oui vraiment, soyons inconstants, je vous le dis.

Je vous le dis ? Je me le dis. Mais rien n'y fait. Sur tout les tons* je me chante cette chanson mais constante je reste et je pense à lui. Trois ans que je ne varie pas et que l'ennui bientôt me gagne de ne pouvoir rien y changer. Lui. Trois ans de vie perdus à l'espérer, résultat d'une constance démodée que je n'arrive pas à renverser comme on renverse une allégeance. Trois ans que je tente en vain de l'oublier. Trois ans passés à y penser. Je finirais presque par croire qu'il y a, comme je l'ai dit ici, des attirances plus fortes que des envoûtements et, plutôt que de les combattre, il faut s'en accommoder. Alors tant bien que mal je m'en accommode tout en me languissant. Et si, comme d'aucuns pourraient le proposer, c'est karmique, alors j'attends impatiemment une autre vie.

Mes amis, croyez m'en, soyez inconstants !

Certaque de sola est mobilitate fides.
(« L’inconstance est la seule certitude. »)
Albertino Mussato, Epistola, 1, 108

* sur ces tons-là :

L'arrogance du désespoir
Note funèbre
Immarcescible
Hasard ou destinée ?
Le sortilège
Hallucination autoroutière
Obsession

04 août 2009

ELLE - "Rires et Chansons" ou la décadence inconsciente

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Ca y est, je me lance !

Il m'a fallu du temps pour m'y résoudre car la pensée de conduire 550 kilomètres d'une traite, seule avec l'autoroute, m'épuisait à l'avance. Pourtant, je fais partie de ces femmes qui adorent conduire et qui prétendent qu'elles conduisent bien, forcément. Oh, bien sûr, ces messieurs vont à la lecture se récrier et se gausser, la bedaine tressautant, mais je vous le dis, je conduis beaucoup mieux que nombre de mes congénères velus.

En effet, il ne suffit pas, comme certains le pensent, de posséder des chevaux sous le capot pour instantanément être investi de compétences. Il ne suffit pas non plus de faire ronfler le moteur pour exceller dans l'art de la conduite. Ceux-là se trompent dangereusement et du coup ignorent trop souvent le code ainsi que celui de l'honneur. Car bien conduire n'est pas seulement le fait de savoir ou de facultés, c'est surtout savoir-être au volant comme on a du savoir-vivre. Evidemment, je ne me laisse pas impressionner par ces bolides ronflants et au volant de ma 206, bleue de Chine s'il vous plait, je leur montre comment l'on doit se comporter.

Me voilà enfin derrière le volant, radieuse comme le soleil qui m'éblouit, heureuse de partir à l'aventure sur des routes inconnues. France Culture accompagne mes premiers tours de roue et j'écoute avec une attention mêlée de curiosité gourmande le philosophe Raphaël Enthoven (hum, Raphaël !) parler de « l'inexistence des possibles et de la réalité » dans la pensée bergsonienne. La monotonie du parcours n'érode pas encore mon ardeur conductrice car ce que j'entends nourrit ma réflexion et je m'enorgueillis de comprendre chaque concept développé avec la facilité de celle qui les aurait imaginés. Aurais-je ratée ma vocation de Pangloss ? Concentrée sur le sujet, je me félicite qu'il y ait encore en France des radios de qualité avec un sens critique, capables d'érudition vulgarisatrice et de programmation éclectique.

Deux heures passent ainsi. Je sens lentement la fatigue me gagner. Les propos du philosophe et de ses invités perdent peu à peu de leur intérêt ou serait-ce que l'acuité de mon attention décroit, rendant la compréhension de l'émission plus difficile ? Je ne sais pas mais soudain la prose de l'intervenant m'apparait insupportable et pompeuse, gargarisme pour intellos prétentieux et une envie irrépressible de lui fermer le caquet me prend. Ce que je fais d'un doigt volontaire en passant sur France Info. Je revis. Les jingles plus nombreux et la brièveté des flashs info contribuent à me tenir éveillée. Rien de tel que ces journaux découpés en tranches pour rendre plus digestes les bornes que j'avale et les informations.

Hélas, au bout de cent kilomètres, le chantage aux bonbonnes de gaz de New Fabris ou les débats épistolaires du PS me saoulent et il ne faudrait pas que je finisse enivrée dans le fossé. Mon cerveau me susurre « ça suffit la culture ! Quelle prise de tête, détends-toi donc un peu... » et aussitôt mon doigt chercheur fouille la bande FM en quête d'une radio digne de ce nom. Nostalgie ! Ah, voilà une radio comme il faut, une radio qui détend. Plus de salades intellectuelles qui rappellent à l'auditeur qu'il n'est pas à la hauteur mais des chansons sans prétention.

« Le premier pas »  de Claude-Michel Schoenberg fait remonter en moi des souvenirs de premiers émois enfouis et je m'attendris en fredonnant ces mots bien trop sucrés qui collent au palais pire que guimauve en fusion. Pourtant, ces paroles gnangnan me font vibrer autant que du Shakespeare et je me dis que Roméo, avec ses mots-là, auprès de Juliette aurait fait un tabac ! Les minutes s'écoulent ainsi que les kilomètres qui s'étirent. Plus ça va, moins ça va et plus je doute que le kilomètre ne fasse que mille mètres. Ou bien serait-ce qu'en vallée de Loire, le mètre n'ait pas eu le même étalon car il me semble ne jamais devoir terminer mon expédition.

Bientôt, un haut-le-cœur effleure mes lèvres alors que débute une chanson à faire chialer dans les chaumières. Daniel Guichard et son « Mon vieux» est la goutte qui fait déborder le vase et me voilà, frénétique et vitupérant la programmation, à chercher sur les ondes une radio qui ne m'agace pas ! Mon poste de radio docile repère sans tarder ce qu'il me faut et me propose, soulagé,  « Rire et Chansons ». Moi qui ne supportais pas cette radio et raillais ceux qui goûtent chaque jour ses divertissements,  je me surprends à écouter en rigolant les blagues graveleuses de Bigard et à trouver, du coup, le temps moins long. Et sans aucune conscience de ma décadence,  je termine enfin ce voyage sans fin, pliée de rire !

Maintenant, la preuve est faite, la bagnole, ça rend bête !

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