19 novembre 2009

ELLE - Fucking société de consommation

Banania.jpgJ'ouvre ma boîte email et mon cœur fait un bond !

Un bond ? Non, quelque chose de bien plus acrobatique vus les battements qui s'en suivent. Mes yeux sont écarquillés comme ceux de Banania et mon cœur qui s'emballe. Ca y est, la gloire est à ma porte, elle s'essuie poliment les souliers sur le seuil. Je n'ose pas ouvrir l'email tant l'anticipation de ce qu'il contient me fait mousser. "Faire mousser quelqu'un : le mettre en valeur de manière exagérée." Je sens que j'ai enfin atteint le sommet. Je savoure, je jubile, un sourire niais illumine mon visage alors que je rumine comme une génisse gourmande les mots de l'objet "Coup de cœur pour votre blog". Ca y est, c'est sûr, un critique littéraire m'a repérée et va m'éditer.

Comment exprimer sans la trahir l'émotion qui s'est saisie de moi ? Impossible. Et c'est d'un index fébrile que j'ouvre le message électronique. La première phrase est de bon augure "Je viens de visiter votre blog  http://gicerilla.hautetfort.com/  que j'ai beaucoup apprécié." Ah, cette Christelle qui m'écrit, quelle femme de bon goût. Mes yeux avides poursuivent la lecture. "Je suis Christelle, webmaster du site www.solvital.fr et j'aimerais vous compter parmi nos sites amis.

Nous récompensons nos partenaires ce mois ci en faisant gagner des simulateurs d'aube MP3 (réveil par la lumière) à toutes personnes nous accordant un lien sur sa page d'accueil ou diffusant un de nos articles sur son blog. Nous pensons que c'est une marnière original et conviviale de remercier ceux qui parlent de nous sur la toile.
Pour participer, c'est très simple : il suffit de vous inscrire sur notre page
http://www.solvital.fr/jeu-concours-novembre-2009.php  où vous trouverez toutes les explications.

J'espère vous compter parmi nos blogs amis et n'hésitez pas à revenir vers moi pour plus d'information.
Christelle

Webmaster www.solvital.fr " 

Argh, subitement j'étouffe. Mon sourire d'aise se transforme en grimace haineuse. Quoi, il s'agit de racolage publicitaire ! Quoi, ils investissent sans vergogne la blogosphère à la recherche de bonnes poires ? J'enrage. Un rouge hargneux me monte aux joues, nouvelle nuance dans la gamme chromaticoléreuse. Quelle audace, me susurre mon indignation, t'associer à un site commercial, ils ont perdu la raison. Et pour quel produit encore ? Mon sang breton ne fait qu'un tour, déjà je fourbis mes armes, ça va saigner comme du temps du combat des Trente.

Je hais cette société de consommation qui vient jusque chez moi envahir mon espace de création. Qui sont-ils ces autoproclamés maîtres de la toile qui racolent pire que des sergents recruteurs, ces petits bras qui tentent d'appâter le chaland avec un simulateur d'aube MP3 ? Ils nous récompensent, disent-ils, avec de la pacotille, vulgaire verroterie de colonisateur. Et le blogueur deviendrait le héraut de ces bonimenteurs, bon-samaritain qui, par un simple lien, aiderait à soigner les maux d'une société dépressive ?

Le mépris qui m'habite ainsi que le dépit, me font répondre en mots acides. Evidemment que je suis dépitée. Oui, j'éprouve du dépit, plus contrariété que déception d'ailleurs. Non pas tant par la gloire qui de moi s'éloigne, mais par le fait qu'il n'existe plus aucun sanctuaire où l'on peut rester à l'abri de cette société qui nous propose de consommer à tous prix.

La Web Master est par moi habillée pour l'hiver. Une garde-robe sur mesure, je vous assure. Elle doit regretter amèrement les mots charmants qu'elle a dits sur mon blog mais qu'importe, les a-t-elle seulement un seul instant pensés ?

Ah, ça va mieux !

 

16 novembre 2009

ELLE - Tel est pris...

telEstPris.jpgDelphine l'a encore envoyé balader.

 

Cela fait six mois que Stéphane la harcèle avec ses invitations de plus en plus insistantes. Six mois que tous les jours à la cantine, il essaie de la charmer. Aujourd'hui, quand il est venu la relancer à sa table, elle n'a pas pu se contenir et les paroles ont cinglé l'air en mots vulgaires, un vieux reste de son passé. Il est resté bouche bée. Les autres autour de la table se sont esclaffés. Il est devenu rouge écarlate et ses yeux pleins de violente colère ont trahi la puissance de l'affront qu'elle venait de lui faire. Il est parti en bégayant et si Delphine avait fait attention, elle aurait vu ses deux poings serrés le long des cuisses, de toute évidence prêts à cogner.

 

"Mais qu'est-ce qu'il me trouve" se dit-elle pour se calmer. "Non, mais franchement. Je ne suis pas Gwyneth ou Monica. Il m'emmerde à la fin. Et en plus je suis plus grande que lui !" Delphine quitte le self-service en croisant son propre reflet dans la porte vitrée "Et puis franchement, vu notre uniforme, je ne vois pas comment il peut fantasmer !" Ce qu'elle ne voit pas, c'est que la fine cravate noire se noie entre les deux seins pommés qui tirent la toile blanche de son chemisier. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que ses fesses callipyges tendent indécemment le 38 de sa jupe droite bleu marine. Et même si ses escarpins bleu foncé ne valent pas des stilettos, de dos, ils mettent en valeur le galbe de ses mollets. Ce qu'elle ne sait pas c'est qu'elle porte l'uniforme comme d'autres portent une tenue de soirée. Sa stature hors norme et sa démarche de podium fait d'elle celle qu'on voit sur les photos de la brigade.

 

Elle se dirige d'un pas pressé vers les vestiaires. Elle va enfin enfiler un vêtement qui effacera momentanément ses courbes féminines qu'elle n'a pas encore entièrement apprivoisées. Sa tenue, veste-pantalons-rangers, lui redonne immédiatement la confiance que son autre uniforme lui ôte parfois. Réminiscence d'une vie antérieure, remisée au placard comme un prêtre suspend pour toujours la soutane qu'il a reniée. Reniée parce qu'il n'est plus celui qu'un temps il crut qu'il fut. La vue de l'imprimé camouflage fait remonter en elle des vieux souvenirs de sa vie d'avant. Avant son affectation à la base de Cambrai. Elle se sent mieux maintenant. Elle se sent dans son élément et c'est avec une forme de jubilation qu'elle boutonne la veste serrée sur son nouveau 90 C.

Arrivée au chenil,
Delphine se dirige vers la cage de Black, son berger allemand, qui aboie de joie à son approche. Elle est maître-chien.  Elle aime la solitude de ses tournées de surveillance sur la base aérienne, loin des regards parfois trop appuyés de ses collègues. Être une femme dans l'armée de l'air est loin d'être un atout. Elle découvre depuis quelques mois le machisme de la majorité qui se prend trop souvent pour des héros qu'ils ne seront jamais. Elle a 350 hectares à couvrir. Elle n'est pas seule pour le faire, ils sont six, mais elle est la seule femme. Ils la charrient, ils l'appellent "maîtresse" et font mine de se soumettre, parodie mi-bienveillante mi-humiliante qui lui rappelle qu'elle ne sera jamais vraiment l'un d'eux. S'ils savaient...

Elle entame la première phase de sa surveillance. Elle est arrivée au bout du territoire grillagé et marche mécaniquement, les yeux rivés sur la nuit qui est tombée, sans vraiment voir pour autant. 
Black connaît le chemin par cœur et la guide comme une aveugle. Subitement, un craquement de branche, sinistre, la fait se retourner. Elle braque sur le vide noir la torche mais ne voit rien que de calmes fourrés de l'autre côté du grillage. Elle a dû rêver. Elle tente de se concentrer mais son cœur bat, les oreilles aux aguets comme du temps où elle passait des nuits entières en entraînement, le ventre sur du sable brûlant ou sur des terres détrempées. Réflexe conditionné. On n'oublie rien. On n'oublie pas le passé. Tous ses muscles sont tendus. Bizarrement Black n'a pas aboyé.

 

Elle continue sa ronde et tente de se détendre. "Tu bouges pas un cheveu" entend-elle s'intimer alors que dans son dos elle sent, sans se méprendre, la dureté d'un canon de révolver. "Passe la muselière à ton chien... maintenant !" La voix est ferme, glaciale mais elle croit en reconnaître les intonations. Delphine tente de se retourner "tu bouges, j'te flingue." Elle a posé la torche sur l'herbe à côté de Black. "Aller, magne-toi, musèle-le et bronche pas. C'est ça. Et maintenant tu l'attaches au grillage." Le cerveau de Delphine mouline comme un derviche mais elle sait pertinemment que contre un flingue elle ne peut rien. Et puis d'un coup, le néant, plus rien.

 

Elle est plongée dans l’obscurité. Elle écarquille les yeux et sent un élancement violent à l'arrière de son crâne. Elle a froid. Elle caresse à peine la bosse qui a gonflé sous ses longs cheveux blonds. Elle est nue. Elle se redresse et se recroqueville contre le mur. Elle réfléchit intensément et tout lui revient en un flash. Le salaud l'a assommée, ça ne peut être que cela. Et si elle est à poil, c'est qu'il veut jouer avec elle. Quel jeu ? Elle en a une petite idée. Qui est ce salopard ? Se sentir nue, les bras croisés sur ses seins la fragilise. Elle n'a pas l'habitude. Sa nouvelle silhouette est sa fierté mais elle se révèle aussi sa fragilité. Elle ne se reconnaît plus. Mais où sont passés ses putain de réflexes si durement acquis ? Au placard, comme sa défroque ? Ses oreilles tentent de percevoir les bruits alentour, il faut absolument qu'elle se ressaisisse.

 

Elle croit percevoir des notes de musique étouffées. Soudain, une lumière violente lui fait cligner les yeux. Une porte, face à elle, vient de s'ouvrir. Dans l'encadrement de la porte, comme une ombre chinoise, la silhouette noire d'un homme se dessine. Elle ne peut distinguer ses traits. Un rire fuse, sardonique, méchant. "Alors, tu la fais plus ta pimbêche, chérie ! T'es moins fière là..." Le cœur de Delphine fait un bond, c'est la voix de Stéphane. Il est cinglé. "T'as pas voulu qu'on se la joue traditionnel, hein, j'suis pas assez bien pour toi, c'est ça ? Et bien tu vois, on va s'la jouer pas conventionnel. T'as voulu m'humilier en public, ben moi, j'fais ça en privé. Le jeu n'est plus le même, ce sont mes règles maintenant ! Tu vas voir, on va bien s'amuser. J'vais t'faire voir c'qu'un cuistot sait faire !" Il fait un pas en avant. Delphine sent de nouveau tous ses muscles tendus, durs comme du métal. Il ne sait pas ce qu'il attend "approche donc mon chou", se dit-elle, prête à l'assaut.

 

Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il y a un an, Delphine s'appelait Thomas et était instructeur au GIGN !

 

 

 

Ce texte est une pure fiction.

Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayants existés serait fortuite.

 

 

Texte librement inspiré par un dessin d'Imago qu'il m'a gentiment demandé d'illustrer !
 

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13 novembre 2009

ELLE - Les mules de Fiso

mule2.jpgMe voilà de nouveau sur la route.

Les pneus gonflés à bloc, je mange l'asphalte. J'imagine la calandre de Titine  qui avale les kilomètres tel un Pantagruel jusqu'à la crise de foie. Que la route est longue qui me mène dans le Lot et plus précisément dans la région de Sarlat. Il pleut et le vent souffle en trombes, projetant sur mon pare-brise des paquets d'eau feuillue qui m'empêche de voir. Les camions qui circulent comme des bolides ne respectent rien et surtout pas la vitesse et transforment chaque dépassement en un acte héroïque. La nuit est noire. Noire d'encre. La lumière des phares se fractionne en mille gouttes éblouissantes qui m'aveuglent doublement. Subitement, je me rappelle que je n'aime pas la conduite de nuit et que je hais l'hiver aux nuits si promptes.

Enfin, sur les panneaux blancs, je vois en rouge et noir la fin de mon périple qui égrène des noms connus et rassurants : Figeac, Vayrac, Bétaille, Bretenoux, Puy brun... des noms propres comme une comptine de mon enfance qui me réchauffent le cœur instantanément. Le grand pont sur la Dordogne et au bout qui m'attend Carennac et l'Hostellerie Fénelon. Hostellerie a quelque chose de grandiose qui en impose. Pourtant, quoi de plus modeste que ce petit hôtel de famille au bord du fleuve ?

Déposer mes affaires, prendre possession du lieu, saluer les propriétaires. Et puis nous repartons. Je me prends pour Fiso un court instant et me régale par anticipation de la note que je vais vous cuisiner à sa façon pour vous mettre l'eau à la bouche. Gicerilla, émule de Fiso si c'est possible. L'émule. Les mules. Je ne peux pas résister au jeu de mots. Pourtant de la mule je n'ai rien quoique, la tête peut-être ?

Nous arrivons au restaurant "Les trois soleils de Montal" à St Jean de Lespinasse. Au firmament des étoiles, il en a une et je compte bien par lui accéder au huitième ciel puisque le septième... Bref, le ciel m'attend assurément. Ah, non, ne faites pas le savant en l'affublant d'un ignare "macaron" ! Plus que la conduite de nuit, je hais le particulier qui parle en initié de "macaron". Macaron c'est chez Pierre Hermé ou Ladurée. Là, il s'agit d'étoile et je compte bien en avoir plein les yeux et le palais.

Mon Guide, le seul que je daigne consulter, nous a montré la voie et son alléchant "Savoureuse cuisine au goût du jour servie dans une élégante salle à manger agrémentée de toiles du 19e s." nous a semblé de bon aloi. Nous pénétrons dans la salle à manger et je suis immédiatement terrassée par la lumière aveuglante de plafonniers carrés dignes d'une cantine. La décoration, qui se veut cossue, est surannée comme une vieille idée du confort bourgeois dans les années soixante-dix et les toiles 19e ne sont que pales copies. Tout est trop blanc, tout est surexposé et c'est aveuglée quasiment que je consulte le menu.

Ceux qui m'entourent sont enthousiastes. On me conseille le foie gras en entrée, de canard s'il vous plait, et sa papillote de figue tiède. Je me lance un défi avec le plat "pied de cochon aux cèpes", et oui, je suis comme ça, "A choisir sans péril on déguste sans gloire" aurait certainement commenté Pierre. La propriétaire, fragile jeune-femme accorte, nous recommande un "Marsannay" des fameuses Côte de Nuits que nous adoptons immédiatement !

Le foie gras arrive, servi mi-cuit mais bien trop froid. Au lieu de somptueusement fondre sur ma langue, il l'enrobe d'un épais film gras. De papillote de figue, point, mais une compote d'agrumes déguisée en quenelle accompagne mon entrée. Sans intérêt ! Allons, Gicerilla, que diable, ne soit pas si critique. Et hop, une giclée de Marsannay pour faire passer. Hélas, trois fois hélas, aucune longueur en bouche et alcoleux avec ça. Il n'a de prestigieux que la terre qu'il partage, on se demande comment, avec la Côte de Nuits. Je pense fort à Fiso et me dit que l'extase viendra sûrement avec le plat. Malheur, seuls les cèpes croquants à point empêchent le plat de sombrer. Le pied de cochon n'offre qu'une peau flasque et gluante et la viande de canard qu'elle enrobe est desséchée d'avoir trop patienté. La galette de champignons qui chapeaute le tout n'a que peu d'élégance. Je mâche en silence pour ne pas faire ma bêcheuse alors que les autres semblent être mieux tombés.

De dépit, je vide mon verre d'un coup et offre aux autres un sourire contraint. Moralité de l'histoire ?

N'est pas l'émule de Fiso qui veut.

Emule :
A.-
Celui, celle qui tente d'égaler, de surpasser autrui dans le domaine artistique, intellectuel, sportif, etc.
2. Usuel. Celui, celle qui imite quelqu'un ou lui ressemble, est du même genre, du même style.

 

10 novembre 2009

ELLE - Irréversible mutation ?

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"Mais que m'arrive-t-il ?"

M'exclamé-je dans ma salle de bain. Je scrute mon visage dans le miroir à la recherche de signes avant coureur qui m'auraient échappée ! Je ne vois rien. Quelques ridules infimes au coin des yeux ? Oui, peut-être, et alors ? Je m'interpelle cherchant dans ma physionomie les traces de la transformation mais ne vois rien de probant "pourtant, je n'ai pas le profil..." me lamenté-je ! Mais y a-t-il véritablement un profil ?

Oui, bien sûr, il y a un profil. Enfin, plus exactement une silhouette. Imaginez Bridget Jones en moins sexy car celle-là elle est bien trop gironde pour être crédible. Oui, la silhouette de la bonne copine, vous savez, celle qui fait toujours tapisserie. Ronde, souvent bâtie comme une bouteille de Perrier, plutôt mal fagotée, rarement maquillée, le cœur sur la main, toujours prête à garder le chien ou à arroser les plantes en votre absence. Elle est toujours seule et depuis que vous la connaissez jamais vous n'avez vu d'amant à ses côtés. Indécrottable romantique, elle y croit encore et voit dans chaque homme un potentiel Prince Charmant. Elle ratisse large mais ne se prend que des rateaux. En dépit de son ouverture d'esprit personne ne se précipite dans ses bras ni même entre ses cuisses. Elle se confie rarement, aborder le sujet la déstabilise car alors elle doit regarder en face le vide abyssal de sa vie affective. Disponible à tout moment, elle a toujours un paquet de mouchoirs en papier dans la poche quand les larmes et la morve envahissent votre doux visage. Elle écoute vos chagrins, religieusement, et vous offre la chaleur d'un chocolat et la douceur d'une pâtisserie que vous ne mangez pas et qui finit sur ses hanches. C'est elle, la bonne copine, celle qui rend toujours le plan de table bancal, celle qui ne plait à personne mais qui suscite sans le vouloir toutes les confidences.

"Non !" m'écrié-je encore "je n'ai pas le profil..." Et pourtant. Pourtant, c'est bien moi qui occupe les bouts de table, ma chaise gênant dans le passage. C'est encore moi qui tends le mouchoir ou une oreille attentive aux complaintes des copines. C'est toujours moi qui suis libre le week-end sur simple coup de fil "on voudrait sortir en amoureux ce soir, t'es libre pour garder le fiston ?". C'est à moi qu'Arnaud confie ses déboires amoureux sans se soucier de savoir si cela ne me trouble pas. Argh, j'enrage. Quelle est donc cette transformation que je subis irrésistiblement sans pouvoir en arrêter l'outrage ?

Et puis, signe parmi les signes, je ne parle plus jamais de sexe ! Avez-vous remarqué ces dernier temps l'absence totale de la chose dans mes pages ? Si, je vous assure, remontez dans le temps et vous verrez que je ne produits plus que des Billets d'humeur et des Billets d'humour saupoudrés parfois de Rubrique à brac. De Rubrique à brac, marre ! Je veux du lubrique, je veux de l'éros, je veux du sexe. Moi qui m'insurgeais il y a peu encore contre son omniprésence, ne voilà-t-il pas qu'il me manque. Comme l'appétit, n'est-il pas signe de bonne santé. Ne serais-je pas en train de m'étioler ? Comment renverser la tendance ? Je ne veux pas finir à la table des petits lors des banquets !

Une idée ?

 

07 novembre 2009

ELLE - Dans le bain ou dans le pétrin ?

baignoire.jpg

Allez ma fille, soit courageuse !

C'est ainsi que je me secouais, tentant sans enthousiasme de stimuler en moi la fibre astiqueuse. Oui, la fibre astiqueuse ! C'est une fibre que nous avons tous, en plus ou moins grande quantité, tissée dans nos tissus à l'instar de la fibre musicale, la fibre paresseuse, la fibre matheuse etc. Chez moi, je soupçonne la fibre astiqueuse de ne pas avoir été généreusement distribuée à ma naissance. La Fée concernée devait s'astiquer ailleurs quand je suis née. Bref, me voilà tentant de ranimer ladite fibre, endormie assurément, car une montagne de chaussures n'attend que son réveil pour éblouir encore.

C'est bon, j'y vais. Et comme je fais ce genre de chose avec application, je m'équipe comme une pro. Cirages, brosses à reluire, chiffons de toute sorte, gomme, graisse de bœuf et autre lotion nourrissante, toute chose indispensable à cet ambitieux projet. J'étale sur le carrelage de la salle de bain de vieilles feuilles de journaux et dispose en rang d'oignons que je n'ai pas les paires qui s'impatientent. Je remonte mes manches, c'est parti, on ne peut plus m'arrêter. Je décrotte et je dépoussière, je tartine et je crème, je frotte et j'astique, une véritable machine aux rouages bien huilée. Des images des "Temps modernes" me viennent à l'esprit et pour une peu, avec du cirage,  je me dessine une moustache !

Mes souliers frétillent d'être étrillés, ils ne brillent pas, ils rutilent mieux que les chromes d'une Jaguar. Enfin, arrive le moment de la touche finale, un voile d'imperméabilisant. Noir. Pour ne pas souiller le carrelage, me vient la bonne idée de pulvériser les chaussures au-dessus de la baignoire. Je bombe comme une artiste, le geste large, le geste leste, le geste créatif. Je jongle, je tourne et je retourne encore. Une forme de jubilation m'habite et je souris niaisement. L'émail de la baignoire se macule de giclées noires au gré de ma fantaisie, je suis insatiable toute entière dédiée à mon entreprise. Ah, quelle extase de faire de la bel ouvrage !

J'ai fini. Je constate les dégâts : ma baignoire ressemble à une pièce d'art contemporain. Plus audacieux que l'urinoir de Marcel Duchamp, plus révolutionnaire que les projections de Jackson Pollock, voici la baignoire zébrée de Gicerilla. Mais il va bien falloir que je nettoie. "Et hop, un p'tit coup de Topp's et le tour est joué !" me dis-je en pulvérisant consciencieusement les zébrures. Hélas, trois fois hélas, les marbrures noires ne s'effacent pas ! "Pff, ce n'est rien" me dis-je comme pour me rassurer "j'ai le Cillit Bang surpuissant, une formalité !"

Hélas toujours, le Cillit Bang échoue lamentablement. Une inquiétude s'insinue, vicieuse, dans mon cerveau me susurrant "Ma fille, il va falloir racheter une baignoire..." Je me précipite dans la buanderie. J'enfile mes gants de ménage et ramasse au passage le White Spirit, Le K2R, l'Eau Ecarlate, c'est sûr, je vais y arriver. Me voilà penchée sur la baignoire comme une orante devant son dieu. Je tente le White Spirit, le noir ne bronche pas. Je tends tous les muscles de mon bras, je m'acharne sur les traces. Rien.

Argh ! La panique me saisit, vite le K2R. Un cataplasme sur une jambe de bois et le noir me ricane au visage. Je deviens fébrile, tente sans succès de déboucher l'Eau Écarlate, mais mon énervement m'empêche de vaincre le bouchon de sécurité. Je m'agace, je vitupère, j'insulte la baignoire et ses trainées. "Bande de trainées !" m'écrié-je devenue furieuse. Enfin, le bouchon cède et j'applique comme une forcenée le détacheur sur les souillures. Je m'arc-boute, j'ahane, j'invective mais rien n'y fait, l'imperméabilisant reste incrusté.

"Ah, non !" hurlé-je. Je me rue dans la cuisine et vide le placard. "Ouiiiii !" crié-je en brandissant le Décap' Four, "Je vais t'avoir !" Maintenant entre la teinture et moi, c'est à la vie à la mort. Soit je l'aurai, soit elle m'aura mais une de nous deux devra s'effacer, mieux vaut que soit elle. Pour la bonne cause, je pulvérise une double dose. La sueur perle sur mes tempes, je tousse manquant m'étouffer à respirer les vapeurs nocives à la soude caustique. Je ferme la salle-de-bain à double-tour et me mets à prier les Pénates pour que le miracle par Décap' Four soit consommé.

Dix minutes plus tard, échevelée, un rictus inquiet déformant mes lèvres, j'avance vers la salle-de-bain comme une condamnée. Munie d'une brosse dure, j'attaque. Alléluia, doucement, lentement, à force de frottements et d'huile de coude, les zébrures enfin cèdent du terrain. De noires elles deviennent grises, rougissent un peu et disparaissent enfin. Le bilan est affligeant car je suis épuisée et j'ai déversé dans les canalisations plus de produits chimiques que l'usine Givaudan, mais la baignoire est blanche, enfin presque...

Moralité, ne jamais imperméabiliser sa baignoire en noir !


POST SCRIPTUM : elle est presque blanche mais maintenant elle est fêlée. Urgemment besoin d'un plombier, vous en connaissez ?

 

 ILLUSTRATION GRACIEUSE DE MON CHER IMAGO

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Crédit photo : La vie secrète de Charlemagnet

04 novembre 2009

ELLE - Coemētērium librorum

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La triste liste s'allonge.

Je n'aime pas ça. Une forme de sens du devoir m'oblige. Mais parfois, impossible de m'obliger. Pourtant rien ne me désole plus que de raccrocher. Comme le boxeur les gants au vestiaire sur une défaite. Chaque livre reposé sur l'étagère est pour moi un échec. Oui, un échec car je me dis que d'autres l'ont aimé puisqu'il est publié et qu'il doit bien valoir quelque chose. Pourtant, combien de fois ai-je refermé les pages d'un livre à la couverture prometteuse, m'indignant qu'on ait pu imprimer un tel amas d'inepties ennuyeuses. Car pour me captiver, pour capter mon attention il ne suffit pas de faire des phrases ciselées. On peut éventuellement tenter d'y mettre de la maestria pour un instant m'éblouir mais hélas, trop souvent il n'y en a même pas.

Je me suis toujours interrogée de savoir quelle était cette espèce de loyauté mal placée (mais peut-on appeler cela "loyauté") qui fait que je ne peux bouder sans culpabiliser un livre offert. Car ceux qui prennent la poussière sont, pour la plupart, des cadeaux que l'on m'a faits. Serait-ce une forme de révérence devant l'objet, comme une métaphore du savoir inaccessible, du mystère devant lequel je dois impérativement m'incliner ? Je ne sais pas, mais je répugne à abandonner la lecture d'un bouquin qui me fait suer. Mais au fond, la véritable question n'est-elle pas de savoir comment on peut produire un bouquin chiant, et pire encore, comment peut-on l'éditer ?

La liste s'allonge. Hier dans une tentative plus mue par la loyauté que par la curiosité j'ai ouvert pour la première fois le livre offert par N* à noël. "N'oublie pas d'être heureuse". Le titre résonnait pour moi comme une prophétie. N'est-ce pas ce que je fais en ce moment ? Oublier de tenter d'essayer de peut-être être heureuse ? Sans me le dire, j'anticipais que ce livre serait peut-être comme une révélation, vous voyez. De celles qui ont fait de la Pucelle une héroïne. Je l'ouvre. En première page, une citation de Shakespeare de bon aloi "Car rien n'est en soi bon ou mauvais, la pensée le rend tel." (Hamlet, acte II, sc.2).

Une telle vérité ne pouvait qu'augurer d'un roman de qualité. "Ma mère disait "n'oublie pas ton chapeau." Mon père disait "n'oublie pas d'être heureuse",..." Pourquoi dès la deuxième ligne j'ai l'intuition que je vais m'ennuyer. Je m'accroche pourtant car mes plus belles amitiés n'ont-elles pas commencé sur un conflit ? "C'était à la fois simple et plus compliqué : attraper le bonheur comme un gilet dans un placard." Ca y est. J'ai décroché. Je referme le livre déjà condamné à rejoindre la multitude de ceux qui prennent la poussière sur les étagères de la bibliothèque.

Et je m'amuse à les énumérer comme on tente de compter ses anciens amants qui justement n'ont pas compté. Ces ouvrages ne me laisseront pas plus de souvenirs. Un, deux, trois, six... Truismes, Mes mauvaises pensées, La possibilité d'une île, La conversation amoureuse,  La maîtresse des épices, Les clochards célestes. Liste non exhaustive mais significative. Les livres que je n'aime pas vous livrent-ils ici une part de ma personnalité ? Y a-t-il dans tous ceux-là un élément fédérateur ? Un point commun qui fait que je n'ai pas eu le courage ni l'envie de les lire ? Je ne sais pas, mais ce que je note c'est que certains ont été primés. Primés ? C'est à ne pas y croire.

J'ai envie de gueuler. De dire que tout le monde ne peut pas écrire. Tout le monde ne sait pas raconter des histoires. A l'instar de beaucoup de pièces d'art contemporain, je crains bien qu'il soit plus question de moyen que d'art et, peut-être aussi, d'un peu de relations bien placées. Tous ne sont pas pistonnés, évidemment, mais tous ne sont pas distingués non plus par la qualité intrinsèque de leur ramage. Arrêter de nous faire croire que sous la belle couverture il y a de la littérature ! Je pense qu'il y a une forme de snobisme de la pensée des membres de certains comités de lecture qui veulent promouvoir, sous leur enseigne, non pas l'originalité ou la qualité d'un auteur qui a emporté leur suffrage, mais une stratégie d'être différent, de se différencier des confrères en tentant d'imposer au public ignorant des créations littéraires qui n'en portent que le nom.

Il se peut que vous réagissiez en me disant "justement, Gicerilla, ils tentent de promouvoir l'originalité pour nous donner à voir autre chose. Ne faut-il donc pas les louer tous ces sélectionneurs en comité ?" Et bien non, car souvent il me semble, ils confondent originalité avec un parti-pris purement commercial qui veut prendre le contre-pied de ce qui s'est fait jusqu'à présent. Comme s'il fallait à tout prix renverser le "classicisme" de l'écriture au profit de discours écrits désordonnés, sans saveur et sans beauté. Comme si seuls l'audace d'un manque de style et le contenu creux d'une histoire valent d'être donnés à lire parce que c'est innovant. Je soupçonne leurs motivations d'être toutes mercantiles et ça m'agace. J'ai reposé Orban sur l'étagère.

Le papier jaunira et bientôt nourrira les rats. 

Cimetière des livres :

Les clochards célestes, Jack Kerouac,
La maîtresse des épices, Chitra Banerjee Divakaruni,
La conversation amoureuse, Alice Ferney,
Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui,
Truisme, Maire Darrieussecq,
N'oublie pas d'être heureuse, Christine Orban,
La possibilité d'une île, Michel Houellebec...

 

 

01 novembre 2009

ELLE - Çatagamor

 

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Parce que je ne pouvais pas lui refuser, j'ai dit oui à Oh!91. Voilà la suite.

"Quoi ?"

Ce petit mot là, on l'appelle pronom interrogatif, avait jailli de ma bouche dans un bouquet d'incrédulité. Quoi ! Si j'avais pu articuler séparément chacune des lettres qui le composent, je l'aurais fait mais, ici, point de diphtongue ou de triphtongue à l'anglaise. Pourtant, d'anglais il était bien question. Enfin, d'Anglais, avec un A majuscule. Ou était-ce avec un S majuscule, S comme Sexe ? Les deux mon capitaine, car tel était son grade. "Quoi, tu l'as fait ?" Isabelle me regardait avec des yeux pleins de fierté. Oui, Isabelle, dix-huit ans, ma bonne amie de l'époque venait de "le faire" avec un capitaine des Marines de sa majesté la Reine d'Angleterre ! Venait de "le faire". Un verbe et un pronom encore, rien de plus, avaient suffit pour que je comprenne. Un verbe et un pronom lourds de sens. Oui, il s'agissait bien des sens justement. Et moi, vierge encore, je la regardais comme une cadette regarde son aînée, avec une forme de respect et de jalousie.

Nous étions en Angleterre, rejouant pour un autre été le film version masculine d'A nous les petites Anglaises. C'était l'époque de mes vacances linguistiques. Il était en effet beaucoup question de langues, à tout bout de champ à un âge où on a à cœur de les pratiquer, mélangées de préférence. Le cœur n'avait pas vraiment sa place dans ces échanges-là et seuls un intense apprentissage de nos corps et la recherche du plaisir inconnu nous motivaient. Le plaisir. Le mythe d'entre tous les mythes. Jouir. Le verbe d'entre tous les verbes. Mystère. Nous n'étions pas très romantiques. Enfin, un peu tout de même, mais nous jouions plus que nous m'aimions.

Isabelle m'avait lancée un défi sans me le dire. Elle était devenue femme sans m'avoir attendue, nous qui faisions toujours tout en chœur et en quasi synchronie. Elle m'avait devancée, j'allais la rattraper.

On l'appelait Woody. Il était Marine aussi. Un joli blondinet, petit gabarit mais bien découplé, gueule d'ange aux yeux bleus. Il m'avait séduite et nous flirtions depuis quelques jours. A cet âge, quelques jours étaient aussi longs qu'une vie de mariée. Quelques jours ressemblaient presque à un engagement. Je lui plaisais bien plus qu'il ne me plaisait. Il me convoitait comme le péché. Alors, le soir même de l'annonce faite par Isabelle, j'ai décidé de lui dire oui.

Ah, le cauchemar. Comment fait-on l'amour quand on ne sait pas ce qu'il faut faire ? Comment fait-on l'amour quand l'autre n'en sait pas beaucoup plus que soi ? Mais il fallait que cela se passe. J'étais prête à tout. Je voulais le lendemain déclarer à mon amie que nous faisions dorénavant partie des initiées, elle comme moi. Ce fut rapide et maladroit mais avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Des timidités qu'hélas je ne retrouverai jamais plus. De ces hésitations tremblantes qui font battre le cœur à tout rompre et mettent nos sens en émoi. Aucun plaisir à la clé mais beaucoup de partage teinté de sourires. Faire l'amour la première fois avec un débutant qui ne parle qu'anglais était une garantie de faillite. Je ne le savais pas.

Nous sommes restés toute la nuit enlacés.

J'ai fini mes vacances avec lui et je ne l'ai plus jamais revu. 

Illustration photo : Oh!91

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